COLBERT À MAZARIN
(extrait.)
Paris, 30 mai 16Ô7.
CoLBERT.
Je receus hier entre quatre et cinq heures du soir le pacquet de V. E. apporté par Petiljean et envoyai au mesure inornant au sr de Scl Aubin les lettres
Réponse de Mazarin.
(Sans date), probablement de Compiègne, 21 mai 1657.
Bon.
finances 1. Le rôle d'un intendant des finances, comme Gargant, était celui d'un contrôleur, analogue à l'inspecteur général actuel, auquel on se fiait du soin de débrouiller les comptes du Trésor, «qui demeuraient accrochés, au dire d'un surintendant, semblables à un peloton de fil
mêlé duquel vous ne pouvez tirer un bout que vous ne serriez davantage tous les autres *.
1 C'est-à-dire, où il e» /ait une grande aliénation. . .
2 Cette lettre ne se trouve pas dans le recueil de M. P. Clément.
1 Anne-Marie Maftinozri, nièce do Cardinal, mariée depuis troia ans avec le prince de Conti. (Voj . fc. VI, p. u3, des Lettres de
Ma: min.)
3 Sur Marie de Bourbon, princesse de Carignan, voy. le t. IV, p. 45, note i , des
Bon.
pour MM. Grave! , Dumas et autres pour Metz; de bonne fortune le courrier estoit à cheval, prest à partir lorsque mon commis y arriva.
Je visitay ensuitte de la part de V. E. Mmc la princesse de Conty1, M"10 la princesse de Carignan2 cl Mme la comtesse de Soissons; la première me dit qu'aussilost après ses bains, elle s'en yroil à Forges pour se rendre ensuitte à la Court; la seconde est en fort bonne santé; pour Mm0 la comtesse <\r Soissons, elle est fort incommodée de sa grossesse; je n'ay peu encoree voir Mm0 la princesse palatine, ce sera pour aujourd'huy.
Nous travaillerons, M. l'abbé Fou- «juetet moi, à descouvrir les placarts an cas que l'on m affiche; syV. E. en apprend quelque chose davantage, il est important qu'elle nous le lasse savoir.
M. de Servient et M. le Procureur général ne sont point en «elle ville; aussj
lost qu'ils seront de retour, je ne manqueray pas de m'acquitter de ce que V. E. m'ordonne à leur 88gard>
Je n'ay point encore nouvelles que ''0IL
la dernière voiclure soit arrivée à llri-
Bon . el je donnerai toutes les connaissances <|ii'' je pourrai avoir sur ce sujet.
Bon
Lettre* de \li':iiiin. C'était la belle-i
de la comtesse de Sois ona Olympe Mandai), nièce du cardinal, qui. le j i Kvriei de cette année 1667, mit épousé Eugène- Maurice de Savoie -Carignan comte de Soissons.
Mai i ' r» 7 . sak, mais j'ay receu lettre du commis que mon frère a envoyé à Auxonne pour la recevoir, qui porte qu'il l'a receùe et qu'il part le 8e de ce mois pour la conduire à Brisak.
Nous avons icy dans l'escurie de V. E. deux grands lévriers qui nous mangent huict solz chacun par jour1; sy V. E. a dessein de les donner ou de les envoyer, il faudrait s'en défaire au plus tost.
V. E. m'escrit par une de ses lettres que je payeray io,ooott à M. le comte de Soissons à compte des appoinctemens de la charge de colonnel gênerai des Suisses des mois de may et juin, et toutesfois je n'ay point receu cet ordre; je feray les diligences pour retirer les appoinctemens de ladite charge depuis la mort de M. de Schomberg.
11 faut garder ces lévriers et les tenir au bois de Vincennes, les donnant en garde à quelqu'un qui prenne soin de les faire promener tous les jours.
M. le Comte vous aura sans doute présenté l'ordre, et je vous prie de vous entendre avec M. Letellier pour avoir de quoi retirer ce qui est dû pour la charge des Suisses.
Aff. élr. , Angleterre, t. 69, f°* 88-89; copie du temps. — F0 90, minute corrigée par Mazarin.
À L'AMBASSADEUR D'ANGLETERRE LOKHART.
Montreuil, 26 mai 1657.
J'ay esté tres-aise de voir, par la lettre de V. Exe, que nous puissions faire estât d'avoir dans deux jours tout le corps de troupes an-
' Huit sols par jour, pour la nourriture d'un lévrier, semblait une somme énorme et capable d'effaroucher l'économe Colbert. Ces huit sols , qui représentent intrinsèque-
ment o fr. 65, équivalaient presque au salaire journalier d'un manœuvre, non nourri, à la campagne , et dépassaient sensiblement la paye de o fr.39 du manœuvre nourri.
gloiscs qui doivent passer en France. Je n'ay point douté que V. E\c. Mai estant à Boulogne, ne dissipast, par son adresse et son authorité, les petits scrupules qui paroissoicnt parmy elles, et qu'elle ne les disposasl à rendre au Roy le service que Sa M1' en attend. On ne manquera à rien dans l'exécution de ce qui leur a esté promis, et inesme pour leur faire co{»noistre qu'on veut tousjours les traicter favorablement, ayant veu, par la lettre du sr de Toucheprez, que les officiera avoienl prié V. Exe. d'obtenir que lous les trois mille hommes, qui esioienl desja arrivez, receussenl leur subsistance du jour du desbarquemenl des premiers mille, je lui ay mandé que le Roj le vouloit bien .
Sa M": verra bientost9 lesdictes troupes et leur tesmoignera ellemesme l'estime qu'elle eu laid, la confiance qu'elle \ \< ul prendre el le désir qu'elle a qu'ils augmentent tousjours «le plus en plus ' d'inclination pour la France par le l»<>n traictemenl qu'ils \ recevront4. Cependant S. VI1, ■ sera bien aise que, sans plus de delay, les diverses troupes marchent pour joindre l'armée, estanl tres-prejudiciable de donner temps aux ennemis de se mieux préparer à la défense il1, leurs ru-! V. Exe voit bien, par la marche de l'armée, qui est présentement entre Ayre et Saint-Omer, preste ;i entreprendre sur des places de
la mer, et par la résolution que le Roj a prise de s'avancer en personne de ce costé-cy, avec quelle passion Sa M' souhaiteroii execulei sans aucune remise ce qu'on a ajusté avec \. Exe. Mais le- ennemis rendent à présent la chose impossible par le bon ordre qu'ils ont donné à la défense des deux principales places", \ ayant jeté leurs meilleures troupes et des munitions de guerre et de bouche en abondance. Il tant nécessairement remettre à une conjoncture plus propre l'exécution de ce dessein et ne perdre pas un moment de temps à faire quelque autre
' Un résumé de In lettre de Matario à ' Effectivement Louis \|\. accompagné
Toucheprez se irouvo ;mx Vnalysos, à la «laie par Ma/ai m . sr rendil à Mootrcuîl quelques du 9Q mai i < V ."> 7 . jours a|iros. et il \ passa en rouir les troupes
2 Los deux mois nniu bMtoti sont une anglaises.
coiTorlion autographe on interligne! s Les deux lettres S, \i. sont «I • la main
3 Les cinq mois augmentent toujours de de Maxarin.
plus m plus soni de la main de Mazarin. Dunkerque el Grave! in -.
Mai 1657. entreprise considérable. Je conjure donc V. Exe. de me mander si on pourra faire marcher demain les premiers trois mille hommes. Car M. de Turenne me presse fort de luy mander en diligence s'il peut faire eslat que le corps anglois le joindra dans deux jours1.
J'allendray là-dessus la response de V. Exe. qui ne sçauroit me croire avec tant d'estime et de sincérité que je suis, etc.
AfF. étr., Pays-Bas, t. 38 (sans indication de page ni de folio). — Copie du temps.
Monlreuil, 2 5 mai 1657.
(extrait.)
J'ay receu vostre lettre du 2 3 [mai] avec le duplicata, et ensuite celle du 2/1, où il n'y a point de chiffres. J'ay depesché à l'instant un gentilhomme à M. l'ambassadeur d'Angleterre, qui est à [Boulogne2], afin de sçavoir précisément, dans ce soir, si on pourra se servir du corps anglois partout où le Roi voudra, et si, dimanche prochain, tout ce corps pourroit commencer à marcher; de sorte que j'espère, dans demain au soir, vous donner un advis certain là-dessus, et j'ay grand sujet de croire qu'il sera tel que nous le pouvons souhaiter; car ledict ambassadeur m'a desja escrit en des termes qui me donnent lieu de le croire ainsy. 11 m'asseure, par sa dernière lettre, que le reste des troupes angloises seroit arrivé dans tout le jour de demain, et qu'il gueriroit les petits scrupules3 qu'ils avoient, en sorte que le Roy aura sujet d'estre satisfait de leur service.
' Autographe depuis que sans plus de Mazarin,et dont il a déjà parié plus haut
delà;/ jusqu'à deux jours. dans sa lettre à Lokhart, consistaient, pour
La copie porte Bologne. les troupes anglaises, à se renfermer stric-
5 Ces cr petits scrupules» dont parle ici tement dans l'exécution du plan d'attaque
Dans le reste de la dépêche, Ma/ai in parle au Maréchal de la marche du corps M.,i i G r» 7 . de La Ferlé el des -ouïmes d'argent envoyée- pour Le service de l'armée.
Aff. éir. , France, 1. 374, I' 363. — Copie du tempe.
AU PROCUREUR GÉNÉRAL
Honlreuil, «7 mai 1 G57.
1 1 \ii:UT. )
J';i\ obmis insensiblement de faire responce à la lettre que je receus de vous à Gompiegne; mais je n'a) pas laissé de faire toutes les ch( quelle contenoit, et d'adresser les ordres nécessaires sur ce au s' Colbert. Je me contentera) donc de vous dire que j'a\ eu beaucoup de déplaisir de l'enlevemenl de Girardin '. Je crois que ça esté on dessein concerté à Paris pi ust *»^t qu'à Rocroy; mais, de quelque manière que ce soit, il esl fascheux d'estre exposé à de semblables insultes, el je vous prie d'examiner les moyens qu il \ auroit d intimider ceux qui les voudraient entreprendre, en sorte que l'on s'en puisse garantir à I advenir.
\011s sçavez quelle répugnance j'ay à \<»ns parler d'argent, parce que je suis persuadé que \ous n'avez pas besoing d'estre sollicité pour nous assister, et que vous laides tout ce qui est dans la possibilité; mais, dans la misère où nous sommes, qui, sans exagération, n'a jamais esté' plus grande (car j'a) donné tout ce que j'avois en mon particulier, el il faut tous les jours dépenser pour les Inglois, les Suisses et l'artillerie, et pour d'autres choses nécessaires), je ne peux m'empescher de vous demander du secours el de vous convier de faire un effort pour nous l'envoyer sans delay.
M. le prince de Gonty se plaincl qu'on n'a pas eu grand soin di
formé contre Dunkerqne el Gravelinea et à ' Ce financier avail été enlevé par un
ne s'associer à aucune autre entreprise qui, parti du prince de (.onde. (Voy. , ci-dessous.
même passagèrement, les en eût détournées. la lettre de Colbert, p. '178. )
HAZAMft, •• Ml- 60
/i7/i LETTRES
Mai 1657. affaires et qu'il ne peut estre payé de sa pension, quoyque M. son pereJ et M. son frère2 en ayent tousjours esté payez avec ponctualité dans le courant de l'année. Je vous prie de faire cesser ces plaintes, et particulièrement dans une conjoncture qu'il est obligé à faire de grandes dépenses.