‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 5)Chapitre 95 sur 285 · CCLXX.IX · texte numérisé non relu

CCLXX.IX

Aff. étr. , Pays-Bas, t. 38 (sans indication de page ni de folio). — Copie du temps.

Montreuil, 29 mai 1657.

(extrait.)

Un mareschal des logis du régiment de Fabert vient d'arriver, qui m'a rendu le duplicata de vostre depesche escrite d'hyer matin du camp de Calonne '. Le Roy a esté bien aysc de sçavoir la resolution que vous

1 Le départ, du Pas-de-Calais renferme thune. Bussy, dans ses Mémoires (II, 28),

deux localités du nom de Calonne: 1° Ca- dit que Tu.Ynne s'avança «jusqu'auprès

lonne-Ricouarl; 2° Calonne-sur-la-Lys. Ces d'Aire, à un village nommé Galonné, d'où

deux localités font partie de l'arrond. de Bé- il détacha, le 28 mai, Castelnau La Mauvis-

avez prise1, et nous espérons que vous serez assez heureux pour ein- Mai i65pescher qu'il n'entre rien dans la place; c;n\ quand mesme le prince de Ligne et le prince de Gondé n en seroient pas loing, ils pourroienl croire que c'est le mareschal de La Ferté qui a investi Rocroj on quelque autre place dans le Luxembourg, et que vous marchez pour [la]2 prendre. En tout cas. il n'y a pas apparence que le prince de Coudé soit avec un grand corps de troupes à Douay, pendant que le mareschai de La Ferté est si proche de Rocroy, de Montmedy et de Luxembourg3.

Mazarin donne ensuite des détails étendus sur les mesures prises pour em ii l'armée îles renforts et des munitions il'1 toute nature. Il ajoute :

Les Anglois partiront aujourd'hui de Boulogne pour venir loger a ÎNeulchastel ' et demain aux environs de celle place | de Moulreuil ] ,

après avoir passé la rivière. Leur gênerai8 arriva byer, et ils ont le nombre complet de six nulle hommes sans les officiers.

Les Anglois ne feront pas de grandes journées, et il esl bon de les mesnager et d'en avoir grand soin, (l'est pourquoi |<' ne cro\ pas qu'ils puissent estre que mard\ à Peronne.

sière avec trente escadrons pour aller investir Cambrai, cl lui, avec quarante, marcha en si grande diligence, que le lendemain, an, il arriva deçà l'Escaut devant la même ville. . . »

1 Turenne devail assiéger Cambrai.

1 La copie porte le.

Mazarin se trompait, comme on le voit par les Mémoires de Turenne (édit. Michaud, p. 48a ). Ce dernier, venant du côté de la

Flandre, avoue qu'il itne savait rien de M. le Prince qu'il croyoil vers la Meuse-.

Mais les Espagnols pressaient Condé de couvrir la Flandre, qu'ils tenaient avant tout a sauver, préférant r laisser courir hasard* au places ilu Luxembourg. Ce fui ainsi qu'il

arriva à liourli.nin . où il vit l'armée du Roi

défiler vers Cambrai; et, devant le danger couru par cette ville, il n'hésita pas, sans attendre de renforts, a >-'\ jeter avec l >■ 3,ooo chevaux qu'il conduisait

' Neufchâtel(dép.du Pas-de-Calais, arr.

de Boulogne ).

' Le chevalier Reynolds

Uni 1667.

Bibl. nal., ms. fonds Raluze, t. 176.

À J.-B. COLBERT

GOLBERT À MaZARIN.

Paris, 27 mai 1657.

(extrait.) Le pauvre Girardin, que V. E. sçait avoir este' enlevé dans les fauxhourgs de Paris, implore dans sa disgrâce la bonté de V. E. et la conjure ou de le réclamer comme ayant l'honneur de le servir dans ses affaires domestiques, ou de luy faire donner sa liberté pour quelque temps pour venir donner ordre à ses affaires, ou d'interposer son nom en l'avouant pour son domestique pour obliger les ennemis à convenir promptement de sa rançon à un prix raisonnable et à le renvoyer. J'ay creu estre obligé de faire ces propositions à V. E., croyant que la protection qu'elle peut donner à ceux qui ont l'honneur de la servir peut tousjours contribuer quelque chose à

MaZARIN À J.-Ii. GOLBERT.

Abbeville, 3o mai 1657.

Je feray tout ce qui peut dépendre de moi en faveur de Girardin, mais ii doit considérer qu'étant entre les mains de M. le Prince, mes offices, au lieu d'aider à sa liberté, lui seraient très préjudiciables. Parlez-en avec M. l'abbé Fouquet, voyez ce que je puis faire et mandez le moi, et à l'instant je m'employeray de la bonne manière pour le faire revenir. Cependant il faudroit user de la dernière rigueur contre ceux qui ont trempé dans une si abominable lâcheté.

DU CARDINAL MAZWWY

liai i »;.".-.

Bibl. nal., ins. f. fr., Mélanges de Co/bert, t. 5i A, f" 27 v"; minute . e! I. ia3, f 1-28. — A(T. dlr. , France, l. 9.7.3, f" 380; copi'' du temps.

À L'ABBÉ FOUQL'ET.

Abbeville . ■'! 1 mai 1 65?.

(bxtur.)

J'ay parlé au Boy de la proposition qu'on voua a falote de permettre au s* de Ghemarault ' d'aller trouver son frère pour persuade) démettre Girardio en liberté2. Sa M' , aprei L'avoir examinée, n'a pas jugé à propos de le faire sortir pour cela de la Bastille; mais Elle trouvera bon que Tabouret3, qu'il peul charger d'une lettre de créauci fasse ce voyage, prenanl lesseuretez aécessaires qu'il viendra Be remettre à la Bastille, en cas qu'il ne puisse rien obtenir pour la liberté dudicl Girardio; et comme la Cour s'en va à Péronne, et que c'est le chemiu |)our aller au Castelet, ledit Tabouret, en passant, prendra son passeport et n'aura qu'à s'adresser à M. Le Tellier pour cet effect.

Je crov que voua aurez desjà sceu «pie Cambra) esl tnvest} d'avanthyer au matin. Je m'asseure que \1. le Procureur gênerai, considérant l'importance de cette entreprise, fera effort pour noua assister en cette

1 Chcmeraull-Bni'lxv.ièivs. (Voy. noto 3.) 1 Le sens est : ajin i/uo ce dernier lui prr-

tmde, etc.

1 C linncraul h m (llioilii'iiiul Talion re tétait

frère de Chemerault-Barbeiièrea qui avait enlevé le financier Girardio et l'avait livre* au prince de Condé. Ces deux Chemeranlt lijjurent <lans les Historiette» de Tallemanl <l<s Réaux. Le second avait épousé Madeleine Ta booret, (alla d'un Gnancier, Martin Tabouret . qui est cité dans les pamphlets du temps. Quant k Ghemerault-Barbezièrea, condamné

ii mort une première foi- pour avoir enlevé M* de In Baiinière, sa cousine — BUe de cette belle CbenserauJl . surnommée la r belle gueuse», qui avait époqaé le trésorier de l'Epargne La Bannière, — il avait obtenu sa grâce par l'intervention du prince de Gonti, dmit il avait été le favori. Irrété de uouveau pour renlèveraeni d>' Girardin, il fut condamné à mort el eut la téta tranobée en place de Grève. Ootre Tallemant des Reoux, Danid deCosnac fournit dearenaeigaoïneala sur ( '.lirinei-aiilt-TabourclotClii'iiKTault-liarU'zières.

Juin i657. occasion et faciliter, en ce qui peut dépendre de luy, le succez d'un dessein si glorieux.

Je vous envoyé la copie d'une lettre1 que je viens de recevoir, que vous prendrez la peine de Caire voir à M. le Chancelier, à MM. les Surintendans et à M. le mareschal de L'Hospital, s'il est à Paris2. Il ne faut pas faire tant de fondement sur les nouvelles [qu'elle]3 donne, que l'on en conçoive d'abord de grandes espérances, car asseurement cette alTaire sera remplie de beaucoup de dillicultez; et les ennemis vraisemblablement ne devant rien oublier pour y jeter de petits ou de grands secours, il pourra bien y avoir quelque combat considérable. Ce que je puis vous dire, c'est que j'ay faict, de mon costé, tout ce qui pouvoit dépendre de moy. L'entreprise a esté bien conceue; le secret s'est gardé fort exactement; on a faict tous les préparatifs nécessaires pour le siège, et la place ne se trouve pas si bien munye qu'elle l'auroit esté, si les ennemis eussent tant soit peu pénétré nostre dessein.

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