AU SÉRÉMSS1ME ROY DE PORTUGAL
[Paris,] le 8 septembre iG!\f<..
Sire,
Votre Majesté connoistra par l'envoy que le Roy fait de M. le marquis de Rouillac pour résider auprez d'Elîe, en qualité de son ambassadeur, le désir qu'il a d'entretenir avec Elle une estroite amitié et une parfaite intelligence. Les bonnes qualitez dudit sieur marquis de Rouillac, et les ordres exprez qu'il a de vacquer principalement à cela, Luy en seront une preuve qui ne reçoit point d'exception.
Je ne doute point, Sire, que Vostre Majesté ne corresponde aux généreux sentimens d'un prince sy amy, par touttes les démonstrations que mérite sa bienveillance. Surtout, Sire, j'ose prendre la liberté de
1 II y a dans le manuscrit Hambourg, quelques années plus tard à Strasbourg.
mais c'est une erreur du copiste. (Voyez ci- ' La Vantzenau est un village de la
dessus, p. 5s8, note 1.) basse Alsace, situé sur les bords de i'IIl, an
Stella de Worimonl , qui mourut nord de Strasbourg.
Septembre
La conjurer de profiter d'une conjoncture si favorable et si advantageuse que celle où nous nous trouvons; et, pendant que la France fait des efforts qui paroissent incroyables contre le commun ennemy, et que Dieu envoyé à ses armes des prosperitez qu'à grand'peine elle eust osé espérer, que Vostre Majesté fasse aussy de son costé tout ce que à quoy l'oblige l'interest qu'EUe a que ceux qui ont juré sa ruyne soient frustrez des effecls de leur mauvaise intention, et La puis asseurer que les préparatifs que nous faisons pour l'année prochaine du costé de la Catalogne, Luy feront voir que nous sçavons secourir aussy bien nos alliez qui ont besoin de diversion, que conserver les peuples qui se sont donnez à nous1.
Quant cà moy, Sire, j'estime que Vostre Majesté sera persuadée par
1 Voyez pins hautp. 5i, l"col. de la note, la lettre de la reine aux députés de Catalogne. On trouve dans le manuscrit de la Bibliothèque nationale (Fr. 4 170, à la date du 9 septembre 16&&), une lettre du roi adressée au maréchal de La Mothe sur la dispersion des troupes que l'on attendait d'Italie :
frj'avois faict estât de tirer un nombre considérable d'infanterie des troupes qui estoient au service du pape et des autres princes d'Italie, qu'ils ont licenciées après leur traicté de paix faict par mon intermission, et comme elles avoient esté embarquées pour descendre en Provence, j'avois donné tous les ordres a mon cousin le comte d'Àlais et au sieur de Champigny, pour les faire recevoir en la dicte province, et à mon cousin le duc de Brezé pour les faire embarquer et de là passer en Catalogne, et comme j'avois envoyé exprez sur les lieux , et mesme en Catalogne, des sommes considérables pour engager les officiers et les soldats desdictes troupes à mon service et pour tous les frais qui pourraient est re nécessaires en cette occasion. Mais la chose ayant manqué par la mauvaise volonté des officiers et le liberti-
nage des soldats, toutes les troupes s'estant dissipées en mettant pied à terre et ayant faict exprez leur descente en desordre et en d'autres lieux que ceux où elle avoit esté concertée, j'ay résolu, par l'advis de la reyne régente, madame ma mère, non-seulement de remplacer le secours que vous pouviez espérer de ce costé-la , mais de vous en donner un plus grand. «
La lettre indique ensuite que les régiments d'infanterie de Guienne et de Ruvigny doivent se rendre en Catalogne. Tous les soldats des galères et de la flotte seront mis à la disposition du maréchal de La Mothe, qui pourra en composer un régiment particulier ou les distribuer dans un autre corps. rrAu surplus, ajoute la lettre, estant bien à propos de prendre la revanche du trailtement faict à la garnison de Lerida par les ennemis, je m'asseure que, si Dieu a faict retomber Tarragone en vos mains . vous n'aurez pas manqué à les obliger à une mesme condition, et ce que je vous en marque est pour vous faire sçavoir comme c'est mon intention.')
ma conduite passée, par le rapport que luy en aura fait M. le marquis Septembre de Cascais, et par ce que M. le comte de Vidiguiera voit tous les jours, que je ne sçaurois avoir plus de passion que j'ay pour les interests de \ ostre Majesté et pour le bien de ses affaires. C'est de quoy j'ay particulièrement prié M. le Marquis de Rouillac de luy confirmer les asseurances et de luy protester de ma part que personne ne sera jamais avec plus de respect que moy , etc.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719 , tome III, f" 3/17 verso. — Copie du temps.