‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáereChapitre 16 sur 146 · A M. MAGALOTTI · texte numérisé non relu

A M. MAGALOTTI

Paris,] 2 septembre i6A4.

Monsieur, Je vous fais ces lignes pour vous dire que M. de Raulzau ne se trou-

1 Voyez dans le manuscrit de la Bibliothèque nationale , Fr. A 1 69 (fos 1 36-i Ao r°) , une instruction, en date du 6 septembre 16AA, adresse'e à Magalotti. Elle commence ainsi :

aLe roy, ayant eu plusieurs ad vis considérables du costé de Flandres et Luxembourg, dont il importe au bien de son service que le sieur de Magalotti, marescbal de ses camps et armées, que Sa Majesté a envoyé sur la frontière de Champagne pour y commander le corps des troupes quelle a fait assembler de ce costé-là, soit particulièrement informé, etc."

Suivent les avis indiquant la marche du duc de Lorraine vers Luxembourg , pendant que Beck, qui s était avancé jusqu'à Namur, retourne vers Luxembourg. On suppose que le duc de Lorraine marchera droit à Spire et à Worms, a cause de la comtesse de Canlccroix et de son argent, qui est ;'i Iloiubourg. Beck pourra suivre le duc de Lorraine vers le Rhin. Magalotti

devra observer la marche de ces troupes et les empêcher ou d'attaquer les frontières, ou de rejoindre l'armée de Bavière, ou de troubler le duc d'Enghien dans le siège qu'il a mis devant Pliilipsbourg.

Magalotti tiendra le duc d'Enghien au courant de tous les mouvements des ennemis.

On donne ordre à plusieurs régiments de le rejoindre. Le sieur deVaubecourt, maréchal des camps et armées du roi, doit se diriger sur Metz et combiner ses mouvements avec ceux de Magalotti. S'ils reçoivent ordre de se joindre, ils conserveront chacun le commandement des troupes placées sous leur direction.

Magalotti devra toujours avoir du pain de munition pour huit jours et ses équipages d'artillerie prêts. S'il estime que Longuy puisse être pris en cinq ou six jours , le roi l'autorise à en entreprendre le siège. Il devra en donner avis au duc d'Enghien.

DU CARDINAL MAZARÏN.

vant point en estât d'aller à la frontière de Champagne pour y coin- Septembre mander le corps qui s'y forme du costé de Metz, vous demeurerez dans l6â6, le commandement dudit corps, en quoy ce que vous aurez principalement à faire sera de tenir correspondance avec M. le duc d'Anguyen , et de recevoir ses ordres, aprez que vous luy aurez donné avis de Testât de la frontière, et de ce qu'il y auroit à craindre du costé du Luxembourg, en cas que Beck, qui a fait halte vers Namur, y retourne, ou qu'il y arrivast quelque autre chose qui meritast qu'on en iist considération.

Biblioth. de Saint-Pétersbourg. Original signé. Envoi de M. Léonzon Le Duc.

MAZARIN A BRASSET.

Paris, 3 septembre i644.

Monsieur, Nous avons nouvelles de M. d'Estrades par lesquelles il nous mande que M. le prince d'Orange ayant esté destrompé des faux rapports qu'on luy avoit faits contre les sieurs de Rorté et de Croisic, donnoit les mains au desarmement de M. le comte d'Embden1; mais que, pour l'interest de l'honneur de ce comte, il falloit que ce desarmement se fist peu à peu, et que MM. les Estais seront cautions envers Madame la Landgrave, qu'elle aura une entière seureté pour ses quartiers et pour ses contributions.

' La correspondance publiée dans les Archives de la maison d'Orange -Nassau (2e série, t. IV, p. n4) prouve que cette affaire préoccupait les Provinces-Unies. Al. de Wilhem écrit de la Haye à M. deZuylicliem, ambassadeur de Hollande en France, le j.tembre \§lxh : (Je n'ose vous importuner par mes advis des plaintes et discours qui se forment contre Son Altesse à l'occa-

sion de l'armement du comte d'Oost- Frise; j'estime qu'en soyez (serez?) assez csclairée, et que le tout s'accommodera par la sage conduite de Son Allcsse, lequel fera un chef-d'œuvre de persuader ledit comte à donner ses inleresls pour le temps présent au | bien | public sur la semonce de deux couronnes si considérables comme sont celles de la France et de la Suéde.»

Septembre Sur quoy j'ay à vous dire qu'il ne suffît pas pour le bien de la France que ce desarmement se fasse, s'il ne se fait promptement, et que c'est en cela que MM. les Estats peuvent obliger sensiblement Sa Majesté, et qu'ils n'en doivent pas perdre l'occasion, dont elle sçaura se prévaloir non seulement à son avantage, mais encore à celuy de tous ses alliez.

Qu'affin qu'il n'y demeure point de difficulté qui retarde la conclusion de cette affaire, nous avons parole du résident, qui est iey, de Madame la Landgrave, qu'elle faira desmolir le nouveau fort que le comte d'Eberstein a construit dans le pays du comte d'Embden, ce qui pourra encore servir pour mettre à couvert la réputation de ce prince. Mais prenez garde au nom de Dieu qu'il ne se perde point de temps à cela , aflin que l'armée bessienne estant débarrassée de cette affaire puisse agir où il conviendra pour le bien de la cause commune.

Le Roy donnera tousjours les seuretez qu'on exigera de luy : que Madame la Landgrave quittera les postes qu'elle occupe dans le pays d'Embden, quand les causes qui l'obligent à les conserver cesseront, qui cesseront pour le plus tard avec la guerre, et Sa Majesté -faira tousjours la considération qu'elle doit de l'interest que MM. les Estats y prennent et du particulier que M. le prince d'Orange y a , à cause de l'alliance qu'il a faite avec M. le comte d'Embden. Je croy queux et lin n'en doivent jamais douter.

Il importe que vous soyez averty d'un avis qu'on nous a donné, qu'il y avoil quelqu'un auprez du comte d'Embden de la part de l'électeur de Cologne, et quelqu'autre de celle du landgrave de Darmstadt pour le faire roidir dans la resolution de ne desarmer point. Si cela est, il est vrây semblable qu'ils redoubleront leurs efforts pour cela maintenant que l'armée de Bavière a receu un si grand eschec devant Fribourg, et que la nostre est en estât de faire de grands progrez deçà et delà le Rhin, à quoy la hessienne nous pourra estre fort utile1.

Le rcsle de la di'jtêche ne contient que des renseignements donne's par d'autres lettres.

DU CARDINAL MAZAKIN. 55

Manusc. delà Biblioth. Mazarine, n° 1719, t. I, f° -2.34 recto. — Copie du temps.

A M. D'ESTRADES

[Paris,] sans date, 16W.

( EXTIUIT. )

Je suis ravy que le siège du Sas-[de-GandJ s'achemine si heureusement; mais je vous avoue que le danger où vous m'avez escrit que s'estoit trouvé M. le prince d'Orange, quand on a passé le fossé, m'a fait frayeur, et que, si la bienséance me permettoit de parler de la conduite d'un si grand capitaine, il me semble qu'il devroit un peu mieux mesnager une vie si précieuse et si nécessaire que la sienne. Vous l'asseurerez tousjours de la tres-parfaite passion que j'ay à l'honorer et à me conserver ses bonnes grâces.

J'estime qu'aprez la réduction de cette place il n'en demeurera point là, et qu'il envoyera de fortes parties dans le Brabant et en Flandres mesme pour exciter par là la disposition au soulèvement où se trouvent les Flamands, pendant que nous n'oublions rien de nostre costé pour cela. J'estime qu'il n'y a point d'inconvénient que vous fassiez traduire en flamand le livret que je vous ay envoyé affin de le rendre plus commun en ce pays-là.

Biblioth. Mazarine, n° 1719, t. II, P 44 recto — Copie du temps.

A M. LE DUC D'ENGHIEN

[ Paris,] '1 septembre i M h.

Monsieur, H m'est impossible de vous exprimer la joye dont j'ay esté touché

1 La lettre précédente prouve que celle-ci ment ne fait que reproduire des de'tails condoit être du 3 septembre. Le commence- tenus dans la dépêche précédente

Septembn i644.

Septembre recevant la nouvelle du siège de Philipsbourg, et de l'heureux com-

i&hh- mencement que vous luy avez donné par la prise du fort qui est entre

cette place et le Rhin, sans parler de touttes les petites places dont

vous vous estes emparé aux environs , et qui ne seront pas peu utiles

au progrez de vostre entreprise.

Je ne feindray 1 point de vous dire que ma joye est d'autant plus grande, que mes sentimens se sont rencontrez en ce point, comme en plusieurs autres, conformes aux vostres, et je me persuade qu'une des raisons de cette conformité est que Lruslans tous deux du désir de la belle gloire , nous cherchons l'un et l'autre les occasions qui en peuvent produire davantage, qui sont sans doute les plus difficiles; mais il y a cette différence entre vous et moy, que je désire ou projette à mon aise ce que vous exécutez avec de la peine et au péril de la vie, qui est, à vous dire vray, le seul obstacle qui m'empesche quelquefois de vous proposer des choses hautes à cause des dangers où vous vous exposez pour les faire réussir.

Je suis bien ayse que l'avis que je vous ay donné de la foiblesse de la garnison se soit trouvé véritable, le sieur de Castellier m'ayant dit quelle estoit à peu prez du nombre que je vous ay mandé.

Vous recevrez une copie des ordres qu'on envoyé à M. de Magalotty où vous verrez le soin qu'on prend de vous appuyer au delà mesme de ce que vous ne vous estiez pas promis. Outre le corps qu'il commande, je vous puis asseurer qu'il a un esquipage fort leste d'artillerie, ayant plus de trois cents chevaux pour cela. J'ay aussy procuré que M. de Vaubecourts'avançast pour joindre le mesme corps avec quelque infanterie qu'il mené du Limosin.

J'ose pourtant espérer que vous viendrez à bout de vostre entreprise sans que les ennemis vous fassent de grande opposition, et sans vous servir des troupes dudit sieur de Magalotty, lequel, en tous cas, ayant six à sept jours de marche devant le duc de Lorraine, qui s'est destaché de l'armée espagnole, pourra aisément empescher qu'il

1 Je nhé'silerai point.

ne vous fasse point de mal , et qu'il n'arrive à temps pour sa uver Worms , Septembre Spire et les autres places qui servent de quartier d'hyver à son armée, et dans l'une desquelles est la personne du monde qu'il ayme le mieux1.

Quoy que c'en soit, je vous puis respondre que ledit duc et Beck, qui a rebroussé vers le Luxembourg, joints ensemble, seront bien plus torts de cavalerie que ledit sieur de Magalotty, mais qu'ils seront beaucoup plus foibles en infanterie, qui est ce de quoy vous avez principalement besoin.

Je ne voy point qu'aprez que vous serez débarrassé du siège de Philisbourg rien puisse empescher les armes du Roy d'estre maistresses de la campagne, et de faire d'autres progrez, principalement aprez que les troupes hessiennes seront desgagées de l'affaire de l'Ostfrise, ce qu'elles seront bientost, ainsy que M. le prince d'Orange nous fait espérer. Elles pourront estre de trois à quatre mille hommes de pied d'excellente infanterie, comme vous sçavez, et de plus de deux mille chevaux, et elles agiront partout où il sera le plus convenable.

Pour ce qui est des forces impériales, il n'y a nulle apparence quelles puissent venir au secours du duc de Bavière, puisque Gallas, avec quelques Danois qui l'ont joint d'avance, est [vers le pays] d'Holsthein , où Torstenson l'attend dans ses advantages , et luy donnera vraysemblablement assez d'occupation, et que le prince Ragotzky, à ce qu'on escrit, s'avance vers la Silesie, où Kœnismark, qui tient la campagne dans l'archevesché de Brème, le pourroit bien aller rejoindre. En tout cas il est aisé à juger par là que l'armée impériale pourra avoir assez d'exercice en l'autre bout de l'Allemagne, sans venir chercher de l'occupation en celuy-cy.

11 n'estoit pas besoin que vous me fissiez des excuses de ce que vous ne m'avez point escrit de vostre main, je vous ay clesja mandé ce qui me dispense de vous escrire de la mienne2; mais il me semble que, dans la profession d'amitié et de franchise que nous faisons ensemble, celte formalité est superflue ; nous devons nous tenir à l'essentiel et au

1 Béalrix de Cusance, comtesse de Cantecroix. (Voyez la table alphabétique à la fin du volume.) — 2 Voyez ci-dessus, p. 5.

Septembre solide dans lequel vous trouverez, non seulement dans l'occasion pre- ,6'1'1- sente, où vous estes, mais en toutes les autres où vous serez, que personne au monde ne sera jamais plus véritablement que moy, etc.

P. S. L'attaque de Pliilisbourg force les plus incrédules et les plus critiques d'avouer l'advantage que vous avez eu sur les ennemis devant Fribourg1, puisque tout le monde voit qu'ils n'osent plus paroistre, nonobstant le danger où se trouve une des plus importantes places

d'Allemagne.

Je ne vous sçaurois dire la joye que j'ay de cela, et de l'espérance de vous voir bien tost revenir aussy couvert de gloire que vous le t'ustes l'année passée.

J'ajouste encore que ce seroit un grand coup, si vous pouviez vous passer de faire avancer le peu de troupes que commande M. de Magalolty, et vous servir seulement de celles des nouvelles levées qui marchent pour vous joindre. Le tout neantmoins est à vostre disposition; vous verrez le nombre de toutes dans le mémoire de M. le Tellier, et vous reconnoistrez, Monsieur, par là, que, si je ne suis point exact à tenir ce que je vous promets, c'est pour aller beaucoup au delà de mes promesses.

Les quatre régiments de Hazfeld vont certainement joindre le duc <le Bavière.

1 On voit, dons plusieurs écrits contemporains, que le succès fie la bataille de Fribourg' était loin d'être regardé comme décisif. Une gazette à la main , conservée dans les papiers de Mazarin (Archives des affaires étrangères, Fr. t. cvini , pièce 16), s'exprime ainsi : «Le Te Deum fut chanté de la victoire de Fribourg , lequel fut un peu advancé par les instantes prières et intercessions de M. le Prince et de M"'c la Princesse envers la Reyne,qui ne vouloit pas [qu'on le chantast] qu'on n'eus! la nouvelle asseurée de la reprise de Fribourg, puisque c'est

pour elle que le combat si sanglant s'est donné, n

Olivier d'Ormesson exprime l'opinion d'une partie des contemporains, lorsqu'il dit (Journal, t. I, p. 210) : a Chacun se plaignent du Te Deum pour P affaire de Fribourg, où nous avions perdu beaucoup de personnes de condition sans faire grand effect, etc. n C'est à ces accusations que répond Mazarin. Les effets de la victoire devinrent évidents par la prise de Pbih'psbourg et la conquête de In plupart des villes du Palatinat.

.l'av tasché de servir M. d'Aubeterre dans ses affaires, mais je vous Septembre dirav qu'il seroit à désirer que les personnes qui doivent servir eu Allemagne eussent aversion de Paris.

La plus grande partie de l'argent de M. de Lorraine esta Hombourg1.

J'ny procuré que le Roy envoyast à Strasbourg un résident qui est le sieur Stella-, pour la considération principalement de l'armée, et atfin qu'il v facilite Toclroy des choses dont vous aurez besoin, et pour v obliger davantage ladite ville, et la rendre plus zélée pour nos interests, je luy ay obtenu l'exemption de la contribution d'un bailliage, qui luy appartient appelé Vantzenau3, qu'elle avoit ardemment recherchée.

Manusc. tle la Hiblioth. Mazarine, n° 1719, tome III, f" 366. — Copie du temps.

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