‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáereChapitre 21 sur 146 · A M. LE PRINCE D'ORANGE · texte numérisé non relu

A M. LE PRINCE D'ORANGE

[ Fontainebleau,] 17 septembre iti'ii.

Monsieur.

Je depesclie exprez ce gentilhomme vers Vostre Altesse pour me resjoûir avec elle de l'heureux succez du siège du Sas-de-Gand2. Je luy diray pourtant que ce sentiment n'est pas tant une nouvelle joye qui me soit arrivée pour ce subject, que la continuation et le comble de celle que j'eus d'abord que Vostre Altesse eust assiégé cette place ayant creu, par la conséquence qui ne peut manquer, que la prise en esloit tout asseurée. J'advoue pourtant à Vostre Altesse que j'ay esté surpris au terme de cette conqueste, et que les apparences vouloient qu'elle ne se fist point sy tost et qu'elle fust acheptée par un plus grand employ de temps que celuy qui y a esté mis; mais la grande capacité de Vostre Altesse et sa longue expérience l'ont emporté en cecy par dessus les apparences, et nous ont appris qu'il ne falloit point juger de l'événement de ce qu'Elle entreprenoit par les règles communes de l'art militaire; et c'est ce qui augmente sans mesure la joye que j'en ay, et la

' Au tome 11 (f' /17 v°, de la même collection) celte lettre porte la date du 27 septembre; mais, comme la nouvelle de la prise du Sas-de-Gand devait être arrivée à Paris \ers le 1 5 ou 16 septembre, on doit préférer la date du 17.

J Une lettre de M. Zuylicbcm, datée du S septembre îG-'ii, du camp d'Assenède, el adressée à la princesse d'Orange, s'exprime ainsi : «Les remparts (du Sas-de- Gand) seront bien aysement remis en leur premier estât ; mais, si je nous cognoy, e'esl de quo\ nous ne nous contenterons pas. La

place au-dedans est faicle quasi selon les exécrations de l'Escrilure saincte, à peine pierre y est demeurée sur pierre, et peutestre que jamais gens n'ont esté fouettez dans une place comme dans celle-cy, tellement incommodée de toutes parts qu'enfin à peine y avoit-il aucun lieu où se cacber des balles. . . Grandes interdictions ont esté faicles partout contre les livres françois que Voire Vitesse aura veu;mais c'est le moyen de les faire lire soigneusement. y>(Archive$de In maison d' Orange-Nassau, -2' série. I. IV, p. 1 1 G. 117.)

gloire de Vostre Altesse ne sçauroit faire de progrez que je n'en sois Septembre touché à un poinct merveilleux. l6t>!i'

En suite de cela, je me persuade qu'Elle est trop bien intentionnée et trop sage pour laisser perdre aucun des fruicts qui se peuvent recueillir de cette victoire, et pour ne mesnager pas tous les advantages qui peuvent sortir de la consternation et de la foiblesse où sont les ennemis, qui ne sçâuroient estre plus grandes; mais d'autant que j'escris la dessus au long à M. d'Estrades pour l'en entretenir, je me remettray à ce qu'il lu y en dira pour revenir au premier subject de cette lettre et pour l'asseurer que personne ne prendra jamais plus de part que moy à ses prosperitez et à ses contentemens , et que de tous ceux qui font profession de l'honorer, nul ne me surpasse en la tres-veritable passion avec laquelle je suis, etc.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tome I, f° 307 verso. — Copie du temps.

A M. LE PRINCE l.

[ Fontainebleau , ] 17 septembre 16M.

Monsieur, Je faisois estât d'envoyer à Vostre Altesse un gentilhomme exprez pour me resjouir avec Elle de la prise de Philisbourg'2 et du bon estât de la santé de Monsieur vostre fils; mais, ayant sceu que la Reyne vous

1 Henri de Bourbon, prince de Condé, père de Louis de Bourbon, duc d'Engbien.

2 Cette ville avait été prise le 9 septembre. On trouve, dans le manuscrit delà Bibliothèque nationale (Fr. 4 170, ('" 225, 396), une lettre de félicitation adressée par la reine au duc d'Engbien, également à la date du 17 septembre îQlih, à l'occasion de la prise de cette ville. Voici le début de la lettre: trMon cousin, j'estois desja dans

un contentement qui n'estoit pas médiocre d'avoir appris comme la ville de Spire a d'elle-mesme chassé la garnison ennemie, et a receu celle que vous lui avez voulu donner, et comme Worms et autres places se monstroient disposées a suivre cet exemple, lorsque le chevalier de Cbabot m'a donné de vostre part la nouvelle de la prise de Philisbourg , qui m'a comblé de joie, etc."

Septembre depeschoit, je m'en suis dispensé, sç.achant que vous ne vous souciez i6U!>- pas de ces apparences. Vostre Altesse jugera bien la joye qu'a eue toute la cour d'un événement si important au bien des affaires de cette Couronne. Pour moy le ravissement que j'en ay eu ne se peut exprimer, et a esté beaucoup augmenté par la consideratiou de M. vostre fils, qui a eu occasion d'y accroistre sa gloire à si haut poinct. On en chantera demain icy le Te Dcum, et je prendray soing d'en faire envoyer les ordres aussy à Paris, comme la chose ne le peut mieux mériter.

Dieu n'a pas voulu que nous eussions une joye parfaite; il y a meslé de l'amertume en la perte du pauvre feu M. le comte de Tournon1 dont je ne puis pas me consoler, estant du mérite que chacun sçait, et de mes plus particuliers amis.

On envoie les ordres à M. vostre fils de repasser le Rhin avec les troupes, à la reserve des Liégeois qu'il laissera à M. de Turenne, lequel estant d'ailleurs fortifié des troupes nouvellement levées qu'on luy envoie, pourra proffiter d'une si belle conqueste en establissant ses quartiers d'hiver dans l'Allemagne sans qu'ils puissent luy estre contestez.

Diverses personnes ont prétention au gouvernement de Philisbourg ; mais j'espère de conduire l'affaire en sorte qu'il tombera entre les mains de M. dEspenan , suivant ce que Vostre Altesse m'a tesmoigné désirer et ce que M. vostre fils m'en escrit. C'est une personne que j ay tousjours beaucoup estimée, et qui a trop bien servi le Roy pour l'oublier en ce rencontre. Je ne fais poinct de doute qu'en ce cas il ne se dispose à laisser celuy de Leucate, puisque mesnie M. vostre fils m'escrit en faveur de M. Arnauld pour le luy faire avoir, et que certainement le poste de Philisbourg est le plus important, le plus honorable et lucratif que le Roy puisse donner. 11 y a dedans la place soixante pièces de canon, et sans contredict un homme comme M. dEspenan fera trembler à cinquante lieues aux environs. Je souhaitterois de tout mon cœur de pouvoir servir en cela Monsieur Arnauld, qui vaut

1 Voyez la table alphabétique $ la fin <lu volume; on y trouvera les renseignements nécessaires sur lesnoms propres.

beaucoup, et est de mes meilleurs amis; mais se faisant un change- Septembre ment dans Leucate, il seroit difficile, maintenant que M. de S1 Aimais1 l()</' est rentré dans son devoir, d'y mettre une autre personne sans Iny l'aire tort,

La Reyne, qui a envie de faire quelque chose de particulier pour luy, m'a dict, quand je luyay desja parlé de M. d'Espenan, que ce seroit un moyen de les accommoder tous deux avec leur satisfaction, et parceque le gouvernement de Philisbourg pourroit courre fortune d'estre rendu à la paix, on chercherait des expediens d'en asseurer en ce caslarescompense à M. d'Espenan, ou en charge, ou en argent, qui ne pourroit estre moins de cent mille francs. Ledict sieur d'Espenan, à ce que m'a dict S1 Aimais, luy a faict faire compliment, et tesmoigné que, si on faisoit quelque autre chose pour luy, il seroit ravy de le voir rentrer dans sa place.

Nous avons les nouvelles de la cheute du Sas-de-Gand et de Santia; que M. le prince d'Orange, ayant sceu que les nouveaux travaux qu'avoient faicts les Espagnolz pour empescher les suittes de la cheute du Sas nestoient pas encore à leur perfection, alloit essayer de les emporter, et que M. le prince Thomas alloit travailler à chasser les Espagnolz de la citadelle d'Ast, qu'ilz ont trouvé moyen de surprendre. Nous avons aussy nouvelle du retour de Torstenson en Allemagne, malgré l'opposition de Gallas.

De Rome il y a quantité de négociations qui seroient longues à desduire, mais qui se terminent toutes aux irrésolutions ordinaires el aux longueurs accoustumées de M. le cardinal de Barberin. Le pauvre cardinal Bentivoglio a esté fort malade , et est sorti de conclave. 11 avoit eu sept jours de fiebvre et commençait un peu à se mieux porter.

Il y a dans la copie d'Espenan; mais pourvu depuis longtemps du gouvernement

on a ajoute, dans le manuscrit, la note • de Leucate. Il avait été disgracié sous le

suivante : rtAu lieu d'Espenan, je crois qu'il ministère de Richelieu ; il était rentré en fa-

faut Saint- Aimé, et qu'il \ a faute dans l'o- veur sous le ministère de Mazarin, et aspi-

riginal.» Saint-Aimé, ou Saint- Aimais, était l'ait à recouvrer le gouvernement de Leucate.

H \7 Wll>. --II. | 0

7/i LETTRES

Septembre Voilà tout ce q'ue nous avons digne de la connoissance' de Vostre l(i''/'' Altesse, laquelle je supplie de me croire tousjours avec passion extrême, Monsieur, de Vostre Altesse, etc.

Manusc. de la Bibliolh. Mazarïne, n° 1719, tomelt, P 52 recto. — Copie du temps.

A M. LE DUC D'ENGHIEN

[Fontainebleau,] 18 septembre 16I1I1.

Monsieur,

Je sera y bien ayse que nous fassions à l'advenir tresve de complimens, et que vous me fassiez l'honneur de croire que toutes les occasions que je trouve de vous servir sont autant de sujets de satisfaction que je rencontre, et que vous m'imposez autant d'obligations que vous me donnez de moyens de vous tesmoigner la véritable et fidelle passion que j'ay pour vostre personne. J'en demeure donc là pour ne tomber pas dans l'inconvénient que je désire esviter, et pour vous dire que vous pouvez juger par cette mesme passion de lajoyequej'ay receue à la nouvelle de la conqueste de Philisbourg, qui est si glorieuse aux armes du Roy, et qui mettra plus longtemps à estre creue aux pays esloignez, quand elle y sera arrivée, que vous n'y en avez mis à la faire.

Je ne trouve point estrange que louttes les trouppes y ayent servy audelà de ce qu'on devoit attendre d'elles, puisque vous leur en avez donné l'exemple, et la seule chose en laquelle je pouvois estre surpris, pour ce qui regarde MM. les mareschaux de Gramont et de Turenne, eust esté s'ils eussent moins fait que ce que vous me mandez.

Quant au peu d'argent qui a esté employé à faire les travaux du siège, j'avoue que c'est une chose assez extraordinaire; mais il faut aussy confesser que ce soulagement de finances nous est fort utile; qu'il 'vous est aussy fort advantageux, puisque c'est une marque d'atfection que les gens de guerre ont pour vous, et qu'ils négligent leurs interests quand il est question de vous plaire.

Je suis bien de vostre sentiment qu'aprez que vous aurez achevé ce Septembre qui reste à faire, vous devez absolument revenir et tenir la parole que l6iivous avez donnée aux trouppes de les ramener en France, avant la fin de la campagne. Il y en aura neantmoins que vous serez obligé de laisser là. dont vous trouverez le particulier dans les depesebes de M. le Tellier, auxquelles je me remets pour vous dire que, quand je vous parle de retourner en France, je n'entens pas vous convier par là devons venir reposer, si vous avez encore volonté d'agir, comme vous trouverez de la matière pour cela , et des forces touttes fraisches, que M. de Magalotty commande et qui ne monteront guère à moins de six mille hommes, avec un fort bel esquipage d'artillerie; mais en cela vous ferez ce que bon vous semblera, et le repos et l'action sont en vos mains pour choisir à vostre gré. J'estime pourtant que vous mesnagerez pour 1 action ce qui restera de beau temps, et que vous n'en voudrez pas perdre un moment de celuy que vous pourrez tourner à l'advantage des affaires du Roy, et au progrez de vostre gloire.

Au reste nous faisons ce que nous pouvons pour débarrasser Madame la Landgrave de Hesse de l'affaire de l'Ostfrise, affin que nous puissions nous prévaloir de son armée , qui ne sera pas peu considérable en cette fin de campagne, puisqu'on nous asseure qu'elle pourra estre de plus de deux mille chevaux, et de plus de trois mille hommes de pied.

Nous avons nouvelles certaines que M. Torstenson est rentré dans 1 Allemagne, et à la face de Gallas, qui n'a osé entreprendre de le combattre pour l'en empescher. Il est, à ce qu'on nous mande, le double plus fort en cavalerie que celuy-cy, bien que plus foible en infanterie, et, quand Kouiismark 1 aura joint, ils feront ensemble quinze mille chevaux el six à sept mille hommes de pied; l'armée de Gallas ne scauroit estre tout au plus que de cinq à six mille chevaux et d'autant de fantassins.

Ce retour de Gallas dans l'Allemagne, et le degoust que le Roy de Danemarck a esprouvé de ce qu'il n'a point voulu combattre Torstenson , bien qu'il eust renforcé son armée deprez de cinq mille Danois, nous font espérer que raccommodement de ce prince avec les Suédois

Septembre se rendra facile, ce qui donneroit moyen à ceux-cy d'agir encore avec l,,/" plus de force dans l'Allemagne.

La nouvelle de prise de Santya1 par M. le prince Thomas nous est arrivée un jour avant celle de Pliilisbourg2, et en mesme temps celle de la prise du Sas-de-Gand, bien qu'elle ne nous soit pas venue de l'armée de M. le prince d'Orange, mais seulement d'Anvers, d'où elle pouvoit venir le plus promptement. Nous en attendons bientost la confirmation, comme aussy le succez du siège de Tarragone, qu'on nous fait jusques icy es-

1 La ville de Santya, Santlùa ou Santia. avait été prise le 6 septembre.

- Voyez dans le manuscrit de la Bibliothèque nationale (Fr. k 170, f"s 2 17-12 18) une lettre de félicita tion adressée par le Roi au prince Thomas de Savoie, en date du 1 5 septembre 1 G/1/1 , à l'occasion de la prise de Santia. Elle est ainsi conçue : «Mon cousin, j'ay receu avec beaucoup de satisfaction, avec la Reyne régente madame ma mère, [la lettre] apprenant la prise de Santhia, en voyant comme, parla vigueur avec laquelle vous l'avez attaquée, vous avez achevé heureusement ce siège en beaucoup moins de temps qu'il n'en falloit pour prendre une place de cette force. Je sçaia combien la surprise de la citadelle d'Ast, arrivée par la faute de ceux qui la gardoient vous a touché. Aussy est-ce une perte considérable; mais il ne faut pas que les ennemis ayent l'advantage qu'ils s'en sont promis, qui sans doubte a esté d'arrester voz progrez et de vous divertir de tout autre dessein, en vous obligeant de vous attacher ii reprendre celte place, et, s'ils y ont jeté des hommes, ce ne sera que pour y recevoir plus de perle. J'estime donc, avec la Reyne régente madame ma rnere, que vous devez aller attaquer Seraval ou prendre quelque place de ce costé-là, qui puisse fa-

ciliter l'establissement du quartier d'hyver de mes troupes dans le pays ennemy, et que , aprez , vous pourrez loger des gens entre Alexandrie et Ast, qui, avec un peu de patience, contraindront ceux qui se sont jetez dans la citadelle à se rendre , remettant à vous neanlmoins d'en user selon la bonne connoissance que vous avez des forces de mon armée et de celles des ennemis. Et cependant je désire que vous fassiez sévèrement chastier ceux qui se trouveront estre causes et coulpables de la perte de ladite citadelle, sans exception ni faveur quelconque, et, pour cet effect, j'ordonne présentement au sieur Chauvelin de faire toutes les procédures et diligences qui deppendent de sa charge, en sorte qu'il s'en fasse au plus tost un notable exemple. C'est ce (pie je vous diray, par cette lettre, vous asseuraul de la continuation de ma biemeillance et de l'estime particulière que je fais de vostre personne, et priant Dieu qu'il vous ayt, mon cousin, en saincle et digne garde.

rrEscrit à Fontainebleau le xv septembre. « Signé; LOUIS.

«El plus bas: Le Tellier.»

A la suite de cette lettre du roi au prince Thomas, il s'en trouve une seconde du même jour, et sur le même sujet, au comle du Plessis Praslin (f° 918-320).

perer devoir estre heureux. Je vous escris ces nouvelles principalement septembre pour vostre satisfaction , et affin que vous soyez à peu prez informé de lestât présent des affaires. J'estime encore qu'il ne nous peut estre qu'avantageux qu'on les respande le plus qu'il se pourra.

WWIII.

Manusc. de la Bibliolh. Mazarine. n° 1719, lome II, 1° 17A recto. — Copie du lemps.

A M. DE TUREWK.

[Fontainebleau,] 29 septembre 1GV1.

Monsieur,

J'av receu celle que M. Douglas1 m'a portée de vostre part, et je suis de vostre opinion que c'est un homme de bon sens, et fort capable de servir, aussy u'oublieray-je rien pour luy en procurer le moyen, et pour luy faire remettre, outre les Irlandois qui se ramasseront de divers endroits de France et d'ailleurs, un bon nombre de ceux qui viennent de nous arriver d'Irlande, de sorte que, de tout cela, il se pourra former une tres-bonnc et forte brigade.

Quant à Madame la Landgrave, nous avons parole asseurée qu'elle nous fournira deux mille fantassins effectifs; outre que les corps qu'elle avoit envoyez pour renforcer les Suédois, estant maintenant débarrassez, vous en devez attendre, en cas de besoin, toutte sorte d'assistance; car, pour les mille François que vous demandiez, c'est une chose tout à fait impossible comme je vous ay desja escrit, aussy bien que de faire aller des Suisses pour garder Mayence.

' Il y a Doutai dans la copie; niais je slitil.. . Duglasius, multi prajterea milites. . .

n'ai pas liésilé à remplacer ce nom par celui desiderati. » (Labardaeus . De rébus gallicis,

de Douglas, (pii se trouve dans d'autres lili. III. p. 1 50).

lettres de Mazarin. I n capitaine de ce nom On voit d'ailleurs, par la lettre de Maza-

ligure dans la guerre de Trente ans. et pé- rin, qu'il s'agissait d'un capitaine étranger

rit. en i645, à la bataille de Jankau ou destiné à commander un corps composé

Jankowitz, où il servait dans l'année sur- principalement d'Irlandais ou d'Ecossais; ce

doise ; -Nec parvo ea Victoria Suecis con- qui s'applique parfaitement à Douglas.

Septembre De vous fournir aussy un régiment de cavalerie en la place de celuy 1 f''''1- d'Aumont, nous ne sçaurions où le prendre, car de le tirer de l'armée de M. le duc d'Anguyen , ce seroit trop l'alï'oiblir à considérer particulièrement le corps qui doit demeurer vers la Moselle pour vous favoriser, et d'ailleurs les recreues n'estant encore faites, il n'y a point de régiment qui ne soit tres-foible et qui ne fust fort peu capable de servir en Testât où il est maintenant. Pour vous faire voir neantmoins qu'on desire vostre satisfaction à quelque prix que ce soit, tout ce que je puis faire ce sera de vous envoyer quatre compagnies que je fais lever pour mon régiment, et, sy cela ne suffit point pour vos desseins, il y a un colonel auprez de Madame la Landgrave qui nous a fait offrir de mettre sur pied, en fort peu de tems, un régiment de six compagnies, la pluspart vieux soldats qu'il a arrestez. Vous pourrez, si vous voulez, en escrire au sieur de Beauregard, affin qu'il l'arreste à trois mille risclalles pour chaque compagnie, bien que nous n'ayons coustume d'en donner que deux mille, et nous ferons remettre l'argent au premier avis que nous aurons de la conclusion du traité.

M. le Tellier a envoyé l'ordre pour faire payer les quatre mois de subsistance aux regimens qui ne les ont pas receus, pour estre entrez dans leurs quartiers plus tard que les autres, et doit escrire à M. d'Erlac, ou pour faire sortir les compagnies de Holstein1, ou pour vous fournir trois cents Allemans quand vous les demanderez. J'en parleray aussy à son neveu qui est icy , et qui est sur le point de s'en retourner.

Vous sçavez avec quelle sincérité je vous ay tousjours parlé des intercsts de M. vostre frère2, et du desplaisir que j'avois qu'il les connusl si peu, ou qu'il les suivistsi mal. Je vous diray avec le mesme franchise que Mm0 vostre belle-sœur, pour se faire davantage de leste à Rome, s'y laisse entendre que vous suivrez tousjours les resolutions que son mary prendra. Je suis aussy averty de tres-bon lieu, qu'il est en un commerce fort estroit avec l'ambassadeur d'Espagne; vous pouvez juger où cela tend. Je ne doute point que le tout ne vous fasse de la peine,

' Ce nom est le seul que j'aie pu lire; 2 Le duc de Bouillon. (Voyez t. 1 des

mais il est possible que le texte ait été altéré. Lettres de Mazarin , p. 686 , 699 . etc.)

non pas qu'il se puisse faire sur vous aucune réflexion de sa mauvaise Septembre conduite, niais à cause de vostre bon naturel, et pour moy je vous ,6',/|" proteste que vostre considération est une des causes et des principales pour lesquelles j'ay travaillé à luy faire tousjours laisser la porte ouverte pour, en rentrant dans son devoir, rentrer aussy aux bonnes grâces de la Reyne.

Estant sur le point de fermer cette lettre, nous avons receu nouvelles de la reddition de Worms et de la deffaite de trois regimens de cavalerie de Beck, qui a esté une suite de la joye que nous a causée la prise de Pliilisbourg; nous attendons ce qui arrivera de Mayence1.

Je songe fortement à vous renforcer, cet hyver, d'infanterie2, d'autant que les soldats qui l'auront passé à leur ayse dans les quartiers se trouveront, par le moyen de ce rafraischissement, plus propres à servir aprez la campagne. C'est pourquoy j'estime qu'il sera à propos que vous leur donniez, au inoins au commencement, peu de travail et quelques commoditez, aflin qu'ils s'affectionnent au service.

Il faudra aussy songer à faire une bonne brigade à M. d'Aumont, d'autant que, dans la charge qu'il a dans l'armée, il aura moyen de la tenir tousjours forte. Pour la vostre, vous y songerez assez, sans qu'il soit besoin de vous le recommander.

M. le vicomte de Melun s'en va à son régiment; je luy ay fait payer sa pension, affin qu'il pust mieux soustenir la despense qu'il luy faudra faire. [Il semble bon que l'on escrive] à M. le duc d'Anguyen que ce seroit l'inlercst du service du Roy, et que c'est l'inclination de M. de Marsin, que la cavalerie liégeoise demeurast en Allemagne, et tant à cause que les cavaliers, qui sont à pied, s'y pourront plus facilement remonster, qu'à cause du danger qu'il y a, qu'approchant du Luxem-

1 La ville de Mayence se rendit au duc faisait en Suisse et en Allemagne le baron d'Engbien le 17 septembre. de Coupet ou Goppel, pour renforcer l'ar-

2 Voyez, dans le manuscrit de la Biblio- mée du maréchal. Le roi écrit sur le même tbèque nationale (Fr. 4 170 P" 136, 127), sujet, et à la même date, à M. de Tracy une lettre du Roi au marécbal de Turenne, (f" 227-229) et à M. deCaumartin, ambasendale du 20 septembre, sur les levées que sadeur de France en Suisse (f" 229-282).

Septembre bôtiffg, ils ne se desbandent et ne retournent chez eux; mais, comme i644. (m pemet à M. le Duc de faire la dessus ce qu'il jugera à propos, vous en pourrez conférer avec luy, allin qu'il prenne la dessus ses résolulions, dont les plus advantageuses sont, à mon avis, que cette cavalerie demeure dans vostre armée.

Sy M. de Marsin demeure, on luy pourroit former un régiment de douze compagnies, tant des nouvelles que des anciennes qui sont à luy; el des six restantes en mettre quatre dans mon régiment et deux dans celuv de M. d'Aumont.

Nous croyons icy très-important de fortiffier Phihsbourg et de rendre bon le fort qui est sur le Rhin; mais nous remettrons, à l'arrivée de celuy que vous devez envoyer, à résoudre ce qu'il y a à faire la dessus. .1 estime que M. d'Espenan y pourra très-bien servir.

M. de Tracy nous demande congé pour s'en revenir icy, disant que, dans Testât présent des affaires de l'année, il n'y est pas nécessaire. On désire neantmoins qu'il y demeure tout le mois d'octobre, aprez quoy on avisera de luy donner satisfaction. Je vous prie cependant de m'en mander vostre sentiment.

Je vous supplie me mander ce à quoy vous jugez à peu prez que pourra monster toute la despense de l'armée, sans y comprendre ce que la levée et l'envoy des soldats coustcnt, mais seulement le souslageinent qui se pourra retirer des quartiers des contributions.

Surtout vous devez soigneusement prendre garde à bien traiter les villes qui se rendent, à cause que cela en pourra attirer d'autres à faire le mesme, et que le contraire les pourroit faire penser à changer de inaistre et rebuteroit toutes les autres.

Je vous ay escrit, par le mesme courrier, tout tes choses, mesme celles qui dévoient estre faites par M. le Duc , sur l'opinion que j'ay eue que, quand vous recevrez cette lettre, il pourroit estre party; ce qui m'a obligé de prier M. le chevalier de Chabot, s'il le rencontre sur le chemin, de vous despescher un courrier pour vous porter cette lettre, que je finis avec ma protestation ordinaire, etc.

Manusc. delà Bibliotb. Mazarine. n° 1719, lome II, ('" kg verso. — Copie du temps.

A M. LE DUC D'ENGBIEN.

[Fontainebleau,] 22 septembre i644l.

Je me promets que vous ne. serez point faschéqueM. de Magalotty serve sous vous, et d'autant qu'il est homme de mérite et à cause qu'il est particulièrement voslre serviteur, et pour ce encore que je suis asseuré qu'estant fort mon amy, et n'ignorant pas à quel point je vous honore, cette considération l'obligera à tascher plus soigneusement daller au devant de tout ce qui pourra vous plaire; comme je me flatte aussy de la créance que vous en ferez une particulière considération pour l'amour de mov.

J'ay demandé à la Reyne le gouvernement de Philisbourg pour M. d'Espenan, qui le luy a accordé de fort bonne grâce, tant en considération de ses services et de sa capacité qu'à cause que vous l'affectionnez. Je suis marry que je n'aye point eu lieu de demander celui de Leucate pour M. d'Arnauld, que j'estime d'ailleurs beaucoup; mais, dans les justes prétentions que M. de Saint-Aunais y a , je n'ay pu refuser à l'affection que j'ay encore pour luy de m'employer pour le faire rentrer dans le susdict gouvernement, et affin que M. d'Espenan ne souffre point de cet eschange, si nous estions obligez de rendre Philisbourg, par un traitté de paix ou autrement, on luy donnera un brevet par lequel Sa Majesté lui promettra de le rescompenser par quelquautre gouvernement ou charge considérable et par une somme d'argent qui sera au moins de cent mille livres.

Pour M. le chevalier de Chabot je fera y effort, aflin qu'il puisse remporter à son tour la satisfaction que vous demandez pour luy.

1 Cette lettre porte, dans le manuscrit, les détails qu'elle renferme, elle doit être la date du 8 octobre i6û4; mais, d'après datée du 22 septembre i644.

HAZABIlt. — il. 11

Septembre i644.

Septembre Je n'ay receu que fort tard celle par lequelle vous nie donnez avis de l6/,/'' la mort de M. le comte de Tournon, bien que je l'eusse apprise d'ailleurs : vous sçavez qu'il y a longtemps que je l'estimois et aymois à un haut point, et partant vous pouvez juger par là combien cette mort me doit estre sensible; mais considérant encore ce que l'Estat perd en sa personne et ce que vous perdez encore , vous croirez facilement que ma douleur, qui est excitée par tant considérations, ne peut pas estre médiocre'.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tome II, f° 54 recto. — Copie du temps.

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