‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáereChapitre 22 sur 146 · ADDITION A UNE LETTRE A M. LE DUC D'ENGHIEN · texte numérisé non relu

ADDITION A UNE LETTRE A M. LE DUC D'ENGHIEN

[ Fontainebleau,] 22 septembre i644.

Depuis avoir escrit [la lettre] cy-dessus nous avons- receu la nouvelle de la reddition deWorms2 et de la delfaite des trois regimens de cavalerie deBeck, que le sieur de S1 Julien nous a aportéeavec vostre lettre; jel'ay incontinent fait sçavoir à la Reyneet à M. le duc d'Orléans, et elle ne sera pas leue dans la gazette. Cette action est d'importance, et elle donnera lieu aux troupes de M. Magalotty d'entreprendre sans beaucoup hasarder. Ce sera à vous à régler le tout, nous sommes en repos de ce costé la et en espérance de voir prospérer les armes du Roy partout où vous les commanderez.

L'on attend icy qu'aprez avoir fait beaucoup plus qu'on n'eust osé l'espérer, vous songerez à vous venir icy relaisser3. En eiTect, quoy que vous trouviez en un article de cette lettre, je vous conjure de ne

' La lettre suivante, qui porte la date du édit. Michaud et Poujoulat , page 378.)

22 septembre, paraît être le comple'menl de 3 Le mot relaisser est employé dans le

celle-ci. sens de prendre du repos. Le duc d'Engbien

Ce fut Turenne qui s'empara de revint en effet à la cour après cette glo-

vvorms. (Voyez les Mémoires de Turenne ""rieuse campagne.

rien entreprendre où vostre présence soit nécessaire; mais il suffira Septembre que vous fassiez agir une partie de vostre année quand elle sera renforcée des troupes que commande M. Magalotty1. Si vous croyez demeurer vers Metz jusqu'à ce que les ennemis ayent pris leurs quartiers d'hvver, vous pourrez profiter des occasions sans engager vostre personne à quoy que ce puisse estre.

Je vous advoue que j'aurois grande passion que La Motte fust mise en estai de ne plus tourmenter, comme elle a fait, la Champagne; ce seroil une grande occasion de gagner les cœurs des peuples d'une province dont vous estes gouverneur, d'ayder à les délivrer de la persécution, sur quoy on a icy fait plusieurs projets qui tous vont à blocquer cette place avec deux mille hommes et cinq cents chevaux. Je vous supplie de nous en mander vos sentimens . puisque l'intention de la Reyne est de les attendre avant que de prendre sa dernière resolution là dessus.

Vous aurez veu, dans la coppie du mémoire envoyé à M. de Magaloth. comme on luy toucha quelque chose de Longuy, affin qu'il avisast s'il y auroit moyen de s'oster celte espine du pied; tout est neantmoins remis à ce que vous jugerez devoir estre fait.

La Reyne désire que ledit sieur de Magalotty commande sous vous le corps qu'il a mené de Picardie avec mon régiment d'Italiens; ce que vous agréerez, s'il vous plaist.

Il ne se peut mieux faire que ce que vous avez fait pour la garnison de Philisbourg; mais, comme il sera aisé à M. d'Espenan de faire un bon régiment, tant de la -garnison qu'il a dans Leucate qu'en employant les officiers du régiment qu'il a dans l'armée de Catalogne, l'on en pourra aprez cela tirer les huict compagnies que vous y avez laisse.es des quatre régiments en y laissant les gardes-escossoises.

J'ay demandé à la Reyne mille escus de pension sur les menus plaisirs en faveur dudit sieur d'Espenan; vous pouvez croire qu'elle n'a d.i^ eu de peine à les accorder.

\ oyez une lettre du roi à Magalolti, en à envoyer quelques régiments en Allemagne date du ai septembre i644, pour qu'il ait (manuscrit M. N. Fr. Z1170, f" a33, 28/1).

Septembre iMtt.

Pour ce qui est de M. de S1 Aunais1, j'adjousteray encore icy qu'outre qu'il n'est pas fort accommodé, il y a quelque justice qu'il rentre dans le gouvernement de Leucate, pendant que M. d'Espenan a un establissement plus considérable. Je me persuade, outre cela, que la raison qui vous obligera davantage à l'aymer, sera l'affection que j'ay pour luy, et qu'il est impossible qu'il soit de mes amis sans estre vostre serviteur. Enfin vous considérerez que son père et tous les siens ont esté nourris dans le service de la maison de Montmorency, et que cette considération estant la cause de la bonne volonté que Madame la Princesse2 a pour luy, vous devez aussy, ce me semble, en estre touché.

Vous sçavez, Monsieur, combien il importe de fortifier d'infanterie l'armée d'Allemagne; c'est aussy à quoy je m'applique avec tous les soins imaginables. C'est pour quoy je vous supplie de vouloir faire remettre au sieur d'Anisy, qui commande mon régiment d'infanterie qui est dans cette armée, la recreue qui avoit esté faite, que commande le sieur de Castelnau, la facilité estant plus grande de fortifier celuy-cy, quand il sera en France, que l'autre.

M. de Belnave levé aussy un régiment, qui partira pour le 2 5e de ce mois, pour aller servir dans l'armée de M. de Turenne.

M. de Vaubecourt3 est party encore de Sens avec treize à quatorze cents hommes en vingt compagnies du régiment de Sauvebœuf et douze de celuy de S* Germain, qu'il faudra faire passer avec grand soin vers ladite armée, l'expérience nous ayant fait connoistrc qu'il est nécessaire de forlidier l'hyver cette armée, et afiin que les soldats s'estaul

' Voyez plus haut, p. 73, note 1.

2 Charlotte-Marguerite de Montmorency.

1 Voyez, dans le manuscrit de la Bibliothèque nationale (Fr. ii 70, {" -jao, 2-a 1), une lettre du roi à M. de Vaubecourt, pour qu'il aille joindre le duc d'Enghien au premier ordre qu'il en recevra. Celle lettre est datée du 17 septembre iQhk. En voici le début: cr Monsieur de Vaubecourt, par ma

dernière depesche, je vous ay mandé qu'en arrivant à Metz vous recevriez mes ordres de ce que vous auriez à l'aire. Maintenant je vous escris celle-cy pour vous dire que vous ayez à exécuter ponctuellement tout ce qui vous sera ordonné pour mon service par mon cousin le duc d'Anguien; qu'aussytosl qu'il vous mandera de l'aller joindre, vous marchiez vers lui, etc.»

reposez et raffraischis pendant ce, temps-la, se trouvent plus propres Septembre à agir par aprez en campagne.

L'on a pensé aussy d'y envoyer Rasilly; mais on remet à vous de le faire, si vous le jugez à propos.

Je me promets que vous considérerez le mérite de M. de Vaubecourt. alïin d'agréer qu'il serve dans vostre armée, mais je vous supplie encore de le considérer pour l'amour de moy, qui l'affectionne beaucoup.

Quant aux Liégeois, j'ay considéré comme je devois les raisons que vous avez de ne les pas mener, mais je vous supplie aussy de faire rellexion sur celles qui persuadent de les laisser et sur le danger qu'il y a qu'ils ne se desbandent, s'ils approebent le Luxembourg, et ne se retirent cbez eux, au lieu crue, demeurant en Allemagne, ils y pourront subsister dans les garnisons, et ceux qui sont à pied s'y remontant avec quelque argent qu'on leur donnera, j'estime qu'on les pourroil mettre à YVorms. Pour M. de Marsin, son inclination seroit d'y demeurer, y ayant son autre régiment; en tout cas je croy que vous n'en [devez] mener que le régiment de Guy l.

L'on a fait partir l'autre demi-monstre, et l'on fera en sorte que ce qui est nécessaire pour le payement des trouppes que commande M. de Magalotty arrivera en mesme temps.

J'ay grande impatience de vous voir revenir et de vous pouvoir dire, de vive voix, la joye que je ressens de vos glorieux succez. J'en dispute avec Madame la Princesse et Madame de Longueville, avec lesquelles, pour ne vous rien cacher, je me trouve si bien, que j'ay peine à me deflendre d'en prendre de la vanité. Gelle-cy s'en va aux eaux de Bourbon; mais, se portant bien comme elle fait, je conclus avec Madame la Princesse que c'est pour entretenir M. le Prince

Le chevalier de Chabot vous portera la présente. Contre ce que j'en croyois au commencement, il emporte le brevet de inareschal de camp que la Reyne luy a accordé, et à vostre prière, et en considération de son mérite. Il vous pourra rencontrer en chemin; si cela est, je vous

1 Voyez plus liant, p. 7.

octobre supplie de faire depescher quelqu'un à M. de Turenne avec les lettres ,',/,/|' dont il est chargé. Je suis tres-inviolablement, etc.

P. S. Je viens d'avoir avis que le gênerai major Gneisse, Hessien, s'avance vers le Mein avec deux mille fantassins, deux mille chevaux, el six ])ieces de canon, pour agir de concert avec nous. Je ne doute point qu'il ne vous advertisse. Nous avons aussy nouvelles que Gallas a passé l'Elbe à Hambourg et que Torstenson l'alloit passer à Domitz ' pour le suivre2.

Manusc. de la Bibliotb. Mazarine, n° 1719, tome II, f 5o verso. — Copie du temps.

A M. LE DUC D'ENGHIEiV.

[Fontainebleau,] 3 octobre i644.

Monsieur,

Dieu veut que nos prosperitez soient tempérées de quelque sujet de douleur; celuy de la blessure de M. d'Aumont3 et du peu d'apparence qu'il en guérisse n'est pas petit pour moy, qui l'estimois et aymois beaucoup, et de l'amitié duquel j'avois beaucoup d'asseurance. De sorte que, me recommandant les interestz qu'il laisse, vous me recommandez mes inclinations, et je n'auray point de peine de donnera la prière que vous m'en faites ce que j'eusse rendu à sa mémoire. C'est tout ce que je vous puis dire en gênerai, les médecins ne me permettant point d'entrer dans le particulier d'aucune autre affaire.

J'espère que, dans peu de jours, je sera y délivré de la sévérité de leurs loix, et que la fin de ma maladie, qui s'approche, me donnera

\ ille de Mecklembourg sur l'Elbe. pagne. Elle porte la date du 22 septembre

Le manuscrit de la Bibliothèque natio- îùhd. nale (Fr. ^169. f" 160-1&/1) contient une ' Charles, marquis d'Aumont, succomba

instruction au duc d'Enghien sur ce qu'il à sa blessure le 5 octobre, à l'âge de trente -

aura à faire pendant le reste de la cam- huit ans.

moyen de vous escrire de plusieurs choses auxquelles ils ne veulent Octobre pas seulement que je pense; mais ny leur rigueur, ny quelque mal que je puisse avoir, ne seauroient m'empescher, Monsieur, de penser à vous, non plus que rien au monde n'est capable de diminuer la tresveritable passion avec laquelle je suis, etc.

Le sieur de S' Martin vous dira plus particulièrement ce que je ne vous escris qu'eu gênerai, et surtout l'impatience que j'ay d'avoir l'honneur de vous voir. J'ay l'ait son rajustement avec le grand maistre1, et je me promets qu'il trouvera l'année prochaine que ma protection rie luy aura pas esté inutile; ce pendant je tascheray de luy procurer quelque advantage par lequel il connoistra que je le considère. J'ay passion de vous revoir icy, et je ne voy rien qui vous y puisse empescher, car quoy que le duc Charles vienne dans le Luxembourg, le corps que M. de Magalotty commande, avec les ordres que vous luy laisserez, tiendra touttes choses en seureté de ce costé là.

Maiiusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, t. II, f'J 48 verso. — Copie du temps.

A M. LE DUC D'ENGHIEN

[ Fontaineblenu,] 1 5 octobre il]/ii.

Monsieur , Il ne me pouvoit rien arriver de plus agréable que la nouvelle que j av receue parla vostre du 11e de ce mois, de vostre acheminement à la cour 2. Vous pouvez croire que ce n'a pas esté un petit soulagement à l'impatience que j'ay de vous voir, et de vous dire de vive voix touttes les joyes que j'ay eues pour tant d'heureux succez, dont Dieu a besny, cette campagne, les armes que vous avez commandées.

' Le grand maître de l'artillerie, Charles 19 octobre (voyez le Journal d'Olivier d'Orfle la Porte de la Meilleraye. (Voyez t. I messon, à cette date), et partit peu de des Lettres de Mazarin, p. 121.) jours après pour Fontainebleau, où se trouve duc fl'Enïrbien arriva à Paris le vait la Cour.

Octobre Aprez avoir laissé les choses du Rhin au meilleur estât où elles pou-

ioM. voient estre maintenant, je ne cloute point qu'en quittant la frontière vous n'y laissiez de si bons ordres, que, non seulement il n'y aura rien à craindre, mais que M. Magalotty pourra encore, avec les troupes qu'il commande, profiter des occasions favorables qui se pourront présenter. Bien que je m'attire une querelle sur les bras avec M. le Prince, en vous envoyant un duplicata des provisions du gouvernement de Stenay qu'il a retirées il y a desja un mois, je n'ay pas laissé de le faire, et le désir que j'ay de vous plaire m'a fait passer par dessus cette considération.

Quant à la resolution que vous devez prendre icy, dont vous voulez me donner part, touchant la personne que vous destinez au commandement de cette place, je n'ay [rien] à vous dire, sinon que, n'ayant rien à contribuer en cela, non plus qu'au reste de vostre conduite, que mon approbation, je reçois ce tesmoignage de vostre amitié avec tout le ressentiment qu'il mérite.

Vous aurez sceu, Monsieur, ma maladie et le commencement de ma guerison, qui est maintenant tellement avancée , qu'il ne me reste presque plus que de la foiblesse. J'espère de recouvrer dans peu l'entière santé avec les forces; elle me sera bien plus chère, si elle me donne un moyen de vous pouvoir rendre les preuves de la passion, etc.

iManusc. da la Bibliolli. Mazarine, n° 1719, tome IV. f° 212 recto. — Copie du temps.

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