‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáereChapitre 26 sur 146 · XLV1I · texte numérisé non relu

XLV1I

Mnmisc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, t. II. tb 180 reclo. — Copie du temps.

A M. DE TURE^NE

[Paris,] 2 décembre 166/1.

Monsieur, Le courrier de M. le vicomte de Courval3 nous a porté des propositions de sa part , auxquelles il vous sera plus aisé de satisfaire qu'à nous. H demande la levée de cinq cents hommes de pied, et d'une compagnie de cent maistres * pour la garnison de Mayence. Quant au premier, vous sçavez la difficulté qu'il y a de faire passer des gens de

1 11 faudrait liacuto au lieu de voluto. 4 Celte expression de maistres , appli-

' C'est-à-dire à l'entraîner dans le parti que'e aux soldats qui composaient la ca-

opposé ;i la France. valerie , s'explique par l'usage où l'on

Le vicomte de Courval, ancien gouver- était, dans l'origine, de faire accompagner

ueur d'Uberliogen (t. I, p. 712 des Lettres chaque cavalier des compagnies d 'ordonnance

de Mazarin), avait défendu cette place avec par des écuyers et des archers. L'homme

le plus grand courage. Il avait e'té nommé d'armes était comme un maître au milieu

gouverneur de Mayence après la prise de d'eux, celle ville par les Français.

Décembre pied en Allemagne, et qu'affin qu'il y eu arrivas! cinq cents, il eu ,(''''' faudroit plus de douze cents, de sorte que l'expédient le plus seur et le plus court sera de tirer le susdit nombre des garnisons de l'Alsace, qui n'en ont pas besoin; à quoy je vous prie de vouloir tenir la main, conformément aux ordres que M. Le Tellier vous en envoyé.

.Mous nenvoyerons pas d'intendant à l'armée \ en cas que nous y soyons obligez, que nous n'ayons bien considéré s'il a les qualitez nécessaires pour cet employ, et nous n'avons garde de revocquer le sieur Guilhoire, puisqu'il sert avec tant de satisfaction pour vous et pour le reste de l'armée.

Je vous fais part d'une afî'aire qui a esté proposée à MM. les plénipotentiaires qui sont à Munster, et qu'ils m'ont envoyée en chiffre2. Je vous supplie d'y faire reflexion et de m'en mander vostre sentiment; car je ne la tiens pas présentement sans difficulté. 11 la faudra tenir secrette; car toutes choses ont leur saison, et ce qui n'est pas bon en mi tems l'est à un autre.

Pour ce qui est de la compagnie de cavallerie que ledit sieur vicomte de Courval demande, il vous est encore plus aisé de le contenter de ce costé là, en destachant ce que vous en jugerez à propos, pour ce sujet, du costé de vostre armée, à laquelle vous avez peine de trouver suffisamment des quartiers. En quoy vous la soulageriez d'autant de ce que vous mettrez dans Mayence, comme aussy de celle que vous fournirez à M. d'Espenan, qui en demande pour substituer au régiment de Sirot, qui a esté ruiné. On avisera l'année prochaine, sy lors qu'il faudra mettre en campagne, il sera nécessaire de prendre quelque autre expédient et de changer cet ordre.

Ce pendant on escrit à MM. d'Espenan et de Courval que, pour cela cl pour les autres choses qui concerneront leurs gouverneinens, ils s'adressent à vous, affin que vous avisiez ensemble ce qu il sera à

1 Voyez plushaut, p. 97,nole, lanomina- ~ Les négociations secrètes pour le traité lion de M. de Girolles. Il semble, d'après ce de Munster ne fournissent aucun renseignepassage, qu'on renonça à l'envoyer en Al- menl sur l'aiïaire dont parle Mazarin. sace connue intendant de l'armée.

propos de faire, dont vous nous manderez vostre sentiment, dont nous Décembn ferons la considération que nous devons, et tascherons de pourvoir à ce que vous jugerez absolument nécessaire.

Pour ce qui est détenir Philipsbourg suffisamment pourveu de vivres, c'est un point entièrement iuesvitable et à quoy je vous supplie de contribuer ce qui deppendra de vos soins et de vos ordres. Ily a des fonds ordonnez pour les travaux, tant de Philipsbourg que de Mayence, dont le sieur de Charlevois, qui doit estre maintenant auprez de vous, vous a porté Testât. Aous attendons vostre response sur cela et sur plusieurs autres cbefs dont son instruction est cbargée.

Quant aux quartiers d'byver que vous estiez en peyne de donner à toute vostre cavallerie , l'esloignement de l'armée bavaroise vous en pourra faciliter le gain de quelques-uns de delà le Rhin. Je ne doute point que vous ne profiîttiez de cette occurrence, que le mauvais estât où l'on escrit qu'est l'armée de Gallas aura infailliblement attirée.

On mande aussy, d'un autre costé, de Cologne, que ciinj mille Hessiens. sous le gênerai major Gneisse, sont en marche; maison n'asseure point avec quel dessein, si c'est, ou pour aller appuyer Torstenson 1, ou pour venir se joindre à vous; c'est ce que vous pourrez sçavoir plus tost que nous; tant y a, comme cette affaire de Gallas et de Torstenson est aujourd'huy la plus importante de toute l'Allemagne, et qui tire de plus grandes conséquences aprez elle pour la guerre de ce païs-là, c'est à vous à vous tenir le mieux que vous pourrez en estât, ou de vous prévaloir des avantages qui peuvent arriver aux Suédois, ou à n'estre pas incommodé de ceux qui peuvent arriver au party contraire. Bien qu'à parler selon les apparences, il y a cette différence que, sj l'armée [de Gallas] vient à estre entièrement ruinée2, cet eschec produira quelque révolution favorable au party confédéré; que sy elle vient à estre deslivrée, et que le secours qui lui pourra arriver oblige Torstenson de se retirer, le gain que feront les impériaux sera d'avoir esvité leur

' On verra pins loin que tes troupes delà ' L'année de Gallas fut , en effet, dé-

Landgrave étaient, en effet , destinées à ren- truite par Torstenson à la bataille de Jùterforeer l'armée de Torstenson. bock, près de iVIagdebourg-.

xk.

Décembre ruyne, aprez s'estre beaucoup affoiblis, et vous aurez eu moyen de vous l6'l/l' avancer et estendre delà le Rhin, ce que vous pourrez faire infailliblement et avantageusement, sy l'armée hessienne vous vient joindre ou agir de concert avec vous; de quoy le résident de Mmc la Landgrave de liesse nous donne icy de grandes asseurances, et je luy en ay faict des instances Tort vives par deux fois consécutives, ainsy que je vous ay mandé. Cela me le fait espérer, sy ce n'est peut-estre qu'une plus forte considération, comme celle d'aller favoriser Torstenson, retardast ce dessein. Peut-estre aussy que cela auroit pu contribuer quelque chose à l'esloignement des Bavarois , qui est tousjours un avantage pour vous.

Je vous escris cecy de loin, et sur les fondemens que les avis que nous recevons nous fournissent. Vous qui estes sur les lieux et plus prez des occasions en pouvez estreplus tostet mieux informé que nous, et ne manquant ny de zèle ny de science, je suis certain que vous prendrez le party qui sera le plus avantageux aux affaires de Sa Majesté.

Je vous diray, outre cela, que les dispositions à la paix entre la Suéde et le Danemark s'augmentent tous les jours, et que M. de la Thuillerie nous a escrit du kc du passé que le traitté des préliminaires estoit résolu, et qu'il ne restoit qu'à le faire signer aux deux parties. 11 nous a escrit la confirmation de la victoire navalle obtenue par les Suédois, dont nous estions desjà asseurez d'ailleurs, et l'on escrit cette sepmaine (de quoy il faut attendre la confirmation avant que de croire) que le mareschal de llorn a eu par terre un grand succez sur le roy de Dannemarck. Si cela est, vous jugez bien ce que ces deux accidens peuvent produire, sans que je l'explique icy, et comme, sy cette paix vient à se conclurre, les Suédois pourront envoyer encore une armée considérable en Allemagne, et le désarmement du roy de Dannemarck nous donnera moyen de faire quelque levée d'infanterie du costé de Hambourg.

J'ay creu qu'd estoit à propos que je vous escrivisse cecy, a (lin que vous fussiez plus particulièrement informé de Testât des affaires esloi-

gnées, qui ont relation à celles que vous avez dans les mains. On a Décembre fait, en pallie, les expéditions du mémoire porté par le sieur de Grand ru , et le sieur de Montour portera, à son retour, le reste de ce qui se pourra taire et qui sera nécessaire. Je ne manquera^ point de présenter celluv-cy à la reyne et de lui représenter son mérite et ses services, pour luy faire accorder quelque gratification*

Vous pouvez croire que la nouvelle de la prise du chasteau de Creusnac1 a esté bien receue de Sa Majesté, puisqu'elle est d'importance, mais vous ne douterez point que je ne l'aye particulièrement ressentie, prenant, comme je fais, interest en tout ce qui vous touche, et ne pouvant voir réussir qu'avec une extresme joye le succès de vos entreprises.

1 J'ay donné ordre pour tascher de faire en Lorraine une recrue pour mon régiment d'infanterie. Je suis obligé de vous donner avis que MM. de Strasbourg ont envoyé icy faire des plaintes contre celuy de cavalerie, qu'ils disent avoir forcé quelqu'un de leurs villages et y avoir commis des violences. Je sçai la peine où vous estes pour trouver des quartiers; aussy, adoucis-je cette nécessité par la lettre que j'escris à ces messieurs -. Je leur tesmoigne pourtant qu'on est icy marry qu'on commette de ces violences, sy tant est que cela soit, et que vousmesine en serez fasclié, que vous escrirez aux officiers, sy ce logement est inesvitable, de garder plus de règle à l'avenir, et avec tout l'ordre possible, ce que je vous supplie d'escrire à mon lieutenant-colonel, et

1 Greutznach, villedu Bas-Palatinat (au- le Palatinat, et que l'on peul soulager le

jourd'hui Prusse rhénane). pays et mes finances de ce costé-là, pour

Une lettre du roi au baron d'Oysonville -, faire plus facilement ailleurs les despenses

en date du 2 5 novembre 1 64 lt (manuscrit de nécessaires, etc.* Nécessité de diminuer les

la Bibliothèque nationale Fr. 4i7o,f"3o3- garnisons d'Alsace: Le baron d'Oysonville.

• hj'i i. prouve que l'on s'efforçait de dimi- doit envoyer, par le retour de M. de Gi-

nuer les lourdes charges que la guerre avait miles, un état du nombre d'hommes que

fait peser sur l'Alsace. En voici le corn- l'on devra laisser dans les garnisons de

mencement: rr Monsieur le baron d'Oyson- haute et basse Alsace cl dans le comté de

ville, ayant considéré que les places de I' \l- Mootbéïiard, et un état défaille des conlri-

sace sont présentement couvertes par le butions en argent, en blé et en vin, que

moyen de celles qui ont esté conquises dans l'on peul percevoir dans ces contrées.

Décembre d'autant plus que je ne voudrois point que ce corps se portast à com- 'u>,![- mettre des excez, à cause qu'il est à moy, et se liant à ma protection, ce que j'excuserois plus facilement à un autre corps qui ne porteroit point mon nom.

La diminution qui s'est faite du régiment de Belnave, quoy qu'il fust party de ses quartiers fort de douze cents hommes, et qu'il ayl cousté &,ooo livres, nous doit faire prendre pour une bonne fois la resolution de n'entreprendre plus d'envoyer de l'infanterie en Allemagne; et, bien que, dans l'apparence, les levées que nous ferons ailleurs nous coustent davantage, il est certain que, clans îeffect, elles nous cousteront moins à cause que les soldats viendront davantage et ne se dissiperont pas sy facilement. Cette considération m'oblige de vous prier de vouloir de nouveau faire réflexion sur la proposition que; > vous faites des huit compagnies d'augmentation pour le régiment de la Couronne, estant certain, par l'expérience mesme de ce qui est arrivé audit régiment, que ce sera un argent comme perdu que celuy de cette levée.

L'on envoyera une ajusto Ai costa1 à M. Smitberg pour servir cette campagne, ainsy que vous l'avez désiré, comme aussy pour la levée de deux compagnies pour le régiment de Beauvau.

On entretiendra icy l'officier que vous envoyez pour conduire les Irlandois que nous vous avons destinez quand' ils seront arrivez.

Le sieur de Tracy se rendra à Brisach dans le iCT de febvrier. auquel temps l'argent de la monstre et demye dont vous aurez eu avis ne doit pas seulement estre à Strasbourg et à Basic; mais la plus grande partie y est desjà arrivée. Vous recevrez, outre cela, pour l'esquipage de l'artillerie, pour les munitions de guerre et les autres despenses de la campagne.

Je vous confirme icy ce que je vous ay escrit en un autre article, que je suis entièrement de vostre avis pour le siège de Frankendal, et vous verrez, par la depesche de M. Le Tellier, comme Sa Majesté ap-

Aide, subvention.

prouve ce dessein; mais d'autant qu'il est impossible de vous envoyer Décembn les quatre mille fantassins que vous demandez sans deiïaire l'armée de l6lV M. le duc d'Anguien, c'est à vous à examiner ce que vous aurez à faire pour asseurer le succez de cette entreprise, et s'il sera nécessaire d'attendre que. l'armée de M. le duc soit en campagne.

On donne ordre pour la subvention de la garnison de Philipsbourg , que vous dites estre nécessaire.

Je ne vous mande point icy le destail de la négociation du sieur d'Avaugour, que M. Torstenson a envoyé icy, d'autant que vous le trouverez dans la depesche de M. Le Tellier. Je vous diray seulement, en gênerai, qu'on le renvoyé avec une entière satisfaction sur les points que ledit sieur mareschal Torstenson nous a fait proposer, affin que luy agissant puissamment de son costé, comme il a esté résolu, vous ayez plus de facilité de faire des progrez du vostre.

J'ajouste seulement que les mesmes raisons qui nous ont obligé de conseiller M111C la Landgrave de luy envoyer ses trouppes, qui est le bien de la cause commune, requérant qu'elles ne s'en séparent pas de quelque tems, nous avons jugé à propos de prier Mme la Landgrave de les y laisser pour le susdit tems; sy ce n'est que vous ayez quelque raison que nous n'avons pas preveue qui nous oblige à en user autrement, auquel cas nous cbercherons quelque expédient pour les faire rappeler.

M. de Montausier croit que vous seriez fort content qu'il servist en la charge qu'avoit M. d'Aumont. Je vous supplie de me mander vos seutimens là-dessus, bien qu'à vous dire vray, je ne doute point que la Reyne, qui, d'ailleurs, l'estime beaucoup, n'eust bien de la peyne à y consentir, pour des raisons qui m'empescherent d'obtenir, l'année passée, qu'une personne serve avec vous, qui vous estoit fort agréable.

Je vous ay escrit par M. d'Hocquincourt, mais je n'en ay point eu de response. Cependant je vous feray une proposition sur ce sujet, que vous gousterez peut-estre plus que les autres que je vous ay faites. Nous avons icy le marquis dePoma, frère du prince de Robsolo, de la

Décembre maison de Gonzague1. 11 y a quatorze ans qu'il a servy le roy de maresi644. c}iaj jg camp5 e(, qU'il a donné tant de preuves de son courage, de son zèle et de sa fidélité pour le service de cet Estât, qu'il a mieux aimé demeurer chez luy en particulier, ne pouvant exercer la charge de lieutenant gênerai en Italie, pour laquelle il avoit prétention, que de recevoir des emplois considérables que les Espagnols luy proposoient en Italie et en Allemagne; outre qu'il a la naissance illustre , il a l'humeur fort accommodante, etj'oserois quasy respondre qu'en vostre particulier vous en recevrez beaucoup de satisfaction. J'estime, outre cela, qu'il ne luy seroit pas fort difficile de foire passer dans vostre armée un corps de quinze cents ou deux mille Italiens, qui ne seroient aisez à se desbander comme les François. Je vous supplie de nous faire sçavoir au plus tost vos sentimens sur cela, aflin que nous prenions aussy, sans perdre temps, les resolutions convenables2.

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