‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáereChapitre 27 sur 146 · XL VIII · texte numérisé non relu

XL VIII

Manusc. de la Bibliolb. Mazarine, n° 1719, tome II, f° 186 recto. — Copie du temps.

A M. DE TUREiNNE.

[ Paris, 1 7 décembre 1666.

Monsieur, Nous avions déjà eu la nouvelle de ce qui s'est passé en vostre passage du Rhin3, et en celuy de la Mozelle par le duc Charles et par

1 Prosper de Gonzague , marquis de Poma , avait été nommé maréchal de camp en 1637, d'après la Chronologie tnilitaire, qui l'appelle marquis de Pomare.

~ Viennent ensuite, dans le manuscrit, plusieurs paragraphes que les copistes ont rattachés à tort à celte lettre. Il y est question du siège de (îravelines terminé depuis longtemps. (Voyez plus haut , p. i4.)

1 11 faut, pour suivre les opérations militaires auxquelles Mazarin fait allusion, se reporter aux Mémoires de Turenne (édit. Michaud etPoujoulat, p. 379).

L'auteur raconte que l'armée bavaroise, commandée par Merci s'était avancée jusqu'à Manheim, el, après en avoir pris possession, elle menaçait Spire, Worms, Mayence, places nouvellement conquises par les Fran-

Gleen l, lorsque la vostre du 8e de mois m'a esté rendue. Cela veut Décembre dire que vous ne vous pressez point à publier les bonnes actions que ,6^'vous faites et les bons succez qui vous arrivent.

Quoyque la diversion que vous avez faite en faveur de Torstenson ne soit pas de grand esclat, elle n'aura pas servy peu, iuy donnant moyen d'entreprendre plus hardiment sur Gallas, dans l'esloigneinent des forces bavaroises qui l'eussent obligé d'aller d'avantage bride en main , sy elles eussent esté proches des impériales. Surtout le conseil que vous avez donné à Mme la Landgrave de Hesse, qui a esté conforme à la pensée que j'en avois eue d'envoyer son armée pour renforcer Torstenson, nepouvoit estre plus judicieux ny plus convenable au bien de la cause commune, aussy l'ay-je fait valoir icy et ailleurs, comme je de vois, aussy bien que la diversion que vous avez faite, et la retraitte peu honorable du duc Charles et de Gleen, causée par la seulle resolution que vous avez monstrée d'aller à eux.

J'av escrit fortement à Mn,e la Landgrave pour avoir, au commencement du printems prochain, les deux mille fantassins que vous desirez. tNous avons lieu de croire qu'elle vous donnera cette satisfaction, et je vous promets que d'abord que j'en auray response, je travailleray sans

çais et mal défendues. Puis il continue ainsi : -M. de Turenne. voyant qu'il étoit nécessaire de repasser le Rhin pour couvrir ces places, laissa deux mille hommes de pied dans un camp sous Philipshourg , pour en empêcher le siège, et , ayant pris quelques mousquetaires commandés avec toute sa cavalerie, il repassa le Rhin, marcha à Spire, et envoya promplement mille chevaux dansWorms et Mayence pour renforcer les garnisons. . . C'est ce qui empêcha M. de Merci de faire passer le Rhin à tout son corps. Il ny eut que peu de troupes qui vinrent en deçà, et tout le corps demeura entre Heidelberg et Manheim.n

1 Voici comment le second fait dont parle Mazarin est raconté dans les Mémoires de

Turenne (édit. Michaud et Poujoulat , p. 379- 38o) : trM. de Turenne apprit que M. de Lorraine avoit attaqué Racharach , qui est une petite place sur le Rhin , où il y avoit cent hommes de garnison. Il n'étoit pas en état de la secourir. Néanmoins il étoit bien aise de faire croire à M. de Lorraine qu'il y inarchoit avec beaucoup de gens. Etant arrivé près de Ringen , qui n'est qu'à trois heures, il envoya des partis et des sauvegardes en divers lieux pour préparer des vivres pour l'armée, et fit même entrer queiques-uns de ces gardes dans le château, qui crièrent aux Lorrains que l'armée venoit. M. de Lorraine leva le siège et se retira au delà de la Moselle."

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Décembre perdre de temps à luy faire tenir l'argent dont nous conviendrons pour l6i/|- les levées des trouppes qu'elle sera nécessitée de faire pour le remplacement de celles qu'elle vous envoyera. Elle tesmoigne tant de disposition, par la dernière lettre qu'elle m'a escrite, à vouloir appuyer nos armes touttes les fois qu'il sera besoin et que la Reyne le désirera, non seullement d'une partie, mais encore de touttes ses forces, que c'est avec raison que je présume qu'elle nous accordera les deux mille [ hommes] susdits, estant principalement desdommagée, comme elle le sera de ce costé.

Pour ce qui est des levées, vous sçavez aussy bien que nous ce que ce peut estre, et comme, aprez beaucoup de despense employée, tout cela revient à rien, de sorte qu'en conservant avec grand soin ce qui est sur pied, il faudra lascher de tirer de l'Allemagne le plus qu'il se pourra des renforts d'infanterie.

Japprens qu'il y aura quelque difficulté pour le règlement des contributions qui se lèveront delà le Rhin, sy les armes du roy, comme nous l'espérons, y font des progrez. Pour ce qui est du Rhin gauche l, estant sy fort à nostre bienséance, et comme attaché à Mayence, j eslime que cela ne nous peut estre disputé. Pour ce qui est de la haute Hesse, dont Mmela Landgrave prétend que les contributions luy doivent appartenir, nous nous en remettrons à ce que vous en conviendrez avec elle, en quoy tant s'en faut que nous craignons que la proximité du sang- vous fasse despartir en sa faveur de ce qui sera de la raison et de l'équité, et de ce qui sera convenable au bien de la cause commune-que j'estime qu'il y auroit plus à appréhender que, pour ne paroistre pas donner quelque chose contre la justice à la considération de la parenté, vous ne portassiez cela contre elle avec plus de rigueur que peut-estre nous ne voudrions point. C'est pourquoy, sans craindre de nous estre suspect de ce costé-là, comme vous n'estes point capable del'estre en quoy que ce soit, agissez en cette affaire ainsy que la rai-

G'esl-à-dire pour ce qui est des pays si- Nassau, qui avait des relations de parenté tués sur la rive gauche du Rhin. avec la Landgrave de Hesse-Cassel.

La mère de Turenne était Isabelle de

DU CARDINAL MAZAR1N.

son et l'équité et le bien de la cause commune vous conseilleront. La Décembre résolution que M. de Tracy a prise de retourner à l'armée et d'y servir l644, avec plus de zèle et de soin que jamais, fait cesser touttes les pensées que nous avions de chercher quelqu'un qui pust remplir sa place.

La Reyne a accordé, à la prière que je luy en ay faite, une pension à M. de Beauvau; de quoy j'ay esté bien aise, et à cause de son mérite, que je considère beaucoup, et d'autant que la connoissance que vous avez de ce qu'il vaut vous a rendu ses interests considérables.

J'approuve fort la pensée que vous avez touchant Frankendal 1 ; mais, pour l'exécuter, j'estime qu'il ne se peut que M. le duc d'Anguien ne soit en campagne , ce qui apportera beaucoup de facillité à tous les desseins que nous avons en Allemagne.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, ri" 1719, t. III, f° 376 verso. — Copie du temps.

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