‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáereChapitre 65 sur 146 · A MADAME LA PRINCESSE DE PHALSBOURG · texte numérisé non relu

A MADAME LA PRINCESSE DE PHALSBOURG

[Amiens,] 19 juillet 1667.

( EXTRAIT

Dans cette lettre, Mazaiïn parle de la princesse et de lui à la troisième personne :

La Reyne a fort agréable les sentimens que ladicte princesse a pour Sa Majesté, et elle peut faire un estât certain de recevoir des marques de son affection en toutes rencontres et du service tres-humble du cardinal.

Le siège de Lerida ne s'est levé ny pour esmeute arrivée à Barcelone (car tout est dans le pays au mesme estât) , ny pour crainte du roy d'Espagne, n'ayant pas seulement encore son armée en campagne; mais pour avoir rencontré un roc impénétrable aux mines, et que, continuant à attaquer la place par cet endroit-là, le siège auroit duré longtems, et l'armée eust couru fortune de s'y affoiblir tellement que les ennemis y venant aprez auroient eu facilité de forcer les lignes. Pour les bruits de la mésintelligence du prince de Coudé

' Henriette de Lorraine, princesse de rin ont été signalées dans le tome I des Phalsbourg, dont les relations avec Maza- lettres de Mazarin, p. 648.

avec le cardinal, la suitte fera voir qu'ils sont faux et sans fondement Juillet itn: aucun.

Nous avons eu quelques petits malheurs dans le commencement de cette campagne, qu'à dire vray la prudence humaine ne pouvoit enipescher; mais' j'espère qu'à la fin ils se réduiront à une cessation de gain, si nous n'avons mieux.

Il n'y a rien de plus faux que toutes les nouvelles qu'on mande de Paris, et le plus grand advantage qu'on puisse recevoir icy c'est que ces messieurs de delà y adjoustent créance; car cela leur pourra bien faire prendre de fausses mesures.

Le cardinal a beaucoup de défauts; mais jamais on n'a recognu en luy celuy de la vanité et de la fanfaronnerie; il fera ce qu'il pourra pour bien servir, et pour la continuation des prosperitez de ce royaume, et ne désespère pas d'en venir à bout.

Peut-estre que, quand les Espagnols auront recognu qu'ils ne nous ont pas engloutis, nonobstant qu'ils ayent employé contre nous toutes leurs forces, jusques aux garnisons mesmes des places frontières de Hollande, et que la France seule est capable de continuer à leur faire de la peine, ils voudront bien se résoudre à la paix et faire ce beau présent à la chrestienté, qui en a tant de besoin.

CLXX.W Original signé; Bibl. imp. de Saint-Pétersbourg. — Copie envoyée par M. Léouzon Le Duc.

AL PRÉSIDENT DE BELLIÈVRK

Amiens, ao juillet 16^17.

(extrait.)

Je commenceras à respondre à vos lettres du 1 1 et du 1 5 du courant, louant de plus en plus la prudence, l'adresse et l'affection avec laquelle vous vous employez pour redresser, autant qu'il peut despendre de vous, les affaires du roy d'Angleterre, nonobstant le pitoyable estât dans lequel elles sont réduites depuis quelque tems,

billet 1647. et quoyque la conduite dudict roy et de ceux qui tesmoignent d'estre les plus attachez et intéressez en sort service ne servent qu'à l'empirer tousjours l. J'ay veu la pensée que vous avez d'aller visiter le roy, et, comme Leurs Majestés se reposent sur vous de toutes choses et approuvent les résolutions que vous prendrez, je ne doubte point aussy qu'estant sur les lieux, vous ne profitiez de toutes les conjonctures favorables qui vous donneront [lieu] d'espérer quelque bonne issue aux négociations que vous entreprendrez. Que s'il faut pour cela qu'on y contribue d'icy quelque chose, vous n'avez qu'à le demander, avec asseurance que tout ce qui se pourra sera faict à l'instant.

J'ay esté bien ayse de voir que vous ayez descouvert tout ce que je vous avois mandé de la négociation du résident de Suéde avec l'ambassadeur d'Espagne, par l'entremise de Rost, et je suis de vostre sentiment que ledict résident n'est pas un homme qui ayt si grand crédit en Suéde qu'il soit capable de proposer seulement une affaire de cette nature. Mais, comme on en a desjà escrit à MM. les plénipotentiaires et à M. Chanut2, qui est à Stockholm, il ne sera pas malaysé de destruire, par advance, toutes les machines dudict résident. C'est de Bruxelles que j'eus advis de toute cette menée, l'ambassadeur d'Espagne, qui est à Londres, en ayant escrit en termes [tels] qu'il semble espérer un grand succez de sa négociation, et je crois, si vous le jugez ainsy à propos, qu'il ne seroit pas mal de publier la chose et la mettre en risée, tesmoignant que, si ledict ambassadeur ne rend jamais d'autre service à son maistre que celuy de séparer la France de la Suéde, par le moyen du résident, il n'en tirera aucun advantage.

Le reste de la dépêche parle des levées que le président de Bellièvre devait faire pour la France.

' Charles I" traitait alors avec les chefs 2 Pierre Chanut, ambassadeur de France

de Tannée et lémoigiiait une confiance que en Suède, depuis i645. Linage de Vau-

Mazarin était loin de partager. (Voyez, sur . ciennes a publié des Mémoires de ce qui s'est

ces négociations, Y Histoire de la Révolution passé en Suède, etc., tirés des dépêches de

d'Angleterre deGuizol, t. II, p. 228 et suiv. M. Chanut. On trouvera, aux analyses, des

• l<" la .'ïc édition.) extraits de ces dépêches.

Juillet ;

GLXXKVI.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine. n° 1719, tome II, f° 98 reclo. — Copie du temps.

A M. LE PRINCE

[Amiens,] a a juillet 1647.

Monsieur,

Depuis mon autre lettre escrite, on a receu une clepesche du chevalier de Guitaut l, des îles de Sainte-Marguerite, où il a arresté un François, lequel portoit à D. Antonio Ronquillo, à Gènes, des lettres de D.Louis de Haro, favory du roy d'Espagne. Il y a longtems qu'on faisoit espier ce galant homme, qui, par l'intelligence de certains marchans d'Oleron, avoit accoustumé de prendre les lettres des ministres de Madrid à la frontière d'Espagne et les portoit à Gènes. Il s'est rencontré heureusement que celles dont il estoit chargé n'ont pas esté fort difficiles à estre deschilTrez, par ce qu'il y avoit des mots entremeslez qui ont donné la cognoissance du reste, avec celle que j'ay eu de la matière dont ilspouvoient parler, et j'en ay trouvé moy-mesme la plus grande partie. Je vous envoyé la coppie de touttes; vous y verrez Testât des ennemis et de leurs forces et touttes leurs pensées, et j'ay esté ravy, et ce ne sera pas une petite satisfaction pour vous. de voir que toulte l'Espagne vous craint, mesme quand vous vous retirez de Lerida, puisqu'ils ont renforcé d'abord les garnisons de Tarragone, de Tortose et de Lerida mesme, et qu'ils ne parloient point de remettre encore sur l'armée navale les trois mille hommes qu'ils en avoient tirez.

Les mesmes depesches vous apprendront aussy un secret bien important, et qui vous donne lieu d'en profiter bien advantageusement, qui est qu'ils veulent, à quelque prix que ce soit, esviter de donner un

Charles de Peichpcrou deComminges, (enu le gouvernement, dont il se démit, en

chevalier de Malin, s'était distingué, en i(i '19, en faveur de son neveu. Il fut nommé.

1637, ù la reprise des iles de Sainte -Mar- à celle époque, maréchal de camp des ar-

guerite el Sainl-IIonorat, et en avait oh- niées 1I11 roi.

16/17 combat, et on ne peut pas donbter que ce ne soit la véritable intention du roy d'Espagne, et que ceux qui commandent ses armées n'en ayent des ordres bien précis, puisque c'est celuy en qui il a le plus de confiance qui parle. Comme il n'y a donc point d'apparence que vous puissiez attirer les ennemis à un combat, si, d'ailleurs, vous ne voyez pas jour de pouvoir rien entreprendre, je vous mets de nouveau en considération, si vous ne croyez pas qu'il fust mieux de contremander le régiment du sieur de Valon, et ceux qui se lèvent en Languedoc et en Guyenne, et les cinq cens hommes de celuy de Provence, qui avoient tous ordre de passer en Catalogne, puis qu'ils seront tout à faict inutiles, et qu'on pourra les employer en Italie et en tirer grand fruit. Je m'asseure, Monsieur, que vous prendrez la peine de bien examiner les lettres deschiffrées que je vous envoyé tant pour voir le peu de satisfaction que les ennemis ont de l'Arragon que beaucoup d'autres choses qui vous donneront une entière cognoissance de leurs intentions et de leurs forces.

J ay aussy receu, depuis, la lettre dont il vous a pieu me favoriser du dernier du mois passé, et ay esté ravy d'apprendre que le succez du siège de Lerida n'ayt faict aucun mauvais effect dans l'esprit des peuples. Pour ce qui est du gouvernement de Fleix, je vous prie de croire une fois pour toutes que, pour rien au monde, je ne voudrois user d'artifice avec vous, ny vous desguiser les choses. L'affaire a passé comme je vous l'ay mandé: la Reyne en gratifia le sieur de Sainte-Colombe, marin, un jour avant que vostre courrier fust arrivé; cest une personne que je ne cognois que par les services qu'on m'a dict qu'il a rendus; mais il est mal aysé d'y pouvoir rien changer, Sa Majesté s'en estant déclarée si avant qu'elle a faict, et toute la cour l'ayant sceu, sur quoy je me remets à ce que vous mandera particulièrement M. le Tellier; neantmoins, comme touttes vos satisfactions me sont infiniment chères, j ay songé, sur ce que vous me mandez que vous avez donné les ordres qu'on travaillas! à fortiffier Balaguier, et que vous espériez d'en faire une fort bonne place, cjue Sa Majesté pourroit en donner le gouvernement au sieur de Jumeaux, et si vous me tesmoignez le désirer

DU CARDINAL MAZARIN. m

de la sorte, je m'y emploiera) volontiers, et je m'asseure que ce poste- juilUi ic>'>-. là sera plus considérable que l'autre pour toute sorte de respects.

J'ay veu, par vostre dernière lettre, les soins que vous avez agréable de prendre pour la fortification de Balaguier et pour le mesnage de l'argent du Roy.

J'ay esté ravy aussy de voir que vous vous applicassiez à fortifier un poste vis-à-vis de Tarragone, et attendray avec impatience la nouvelle qu'on ayt commencé. S'il n'y a pas lieu d'espérer d'entreprendre sur cette place le reste de cette campagne, on fera un fonds particulier pour cette despense1.

J'ay veu aussy que vous aviez renforcé les garnisons de quelques places, de crainte que les ennemis ne les attaquassent; mais vous avez veu depuis, je m'asseure, par leur contenance, qu'ils ne sont pas en cet estat-là, et les lettres que je vous envoyé vous le confirmeront encore, de sorte que cela vous obligera peut-estre à changer de resolution; tout pourtant est entièrement remis à ce que vous jugerez plus à propos.

L'agent de Catalogne pressoit fort icy dernièrement pour vous faire escrire que, s'il n'y avoit pas jour de faire rien de mieux , on reprit poulie moins Ager 2. Je luy dis qu'il n'estoit pas nécessaire .de vous rien prescrire, et que vous feriez tout ce qu'il faudroit pour le service. Je vous l'ay voulu dire simplement paradvis, sans qu'il vous oblige, s'il vous plaist, à rien qu'à ce que vous jugerez plus à propos.

Parmy les lettres que je vous adresse, il y en a une originale de don Louis de Haro à Castel-Rodrigo, où il y a un endroit qui n'a pu estre deschiffré, n'estant pas du chiffre des autres.

Les députez de Bavière ont reçu un courrier exprez de leur inaislre, pour donner part icy de la trahison que luy a fait Jean de Wcrt, qui a emmené un corps de sa cavalerie au service de l'Empereur. L'opinion que le monde a de la finesse de ce prince fera croire généralement que c'est de son consentement. Pour moy, qui juge des actions des

1 C'est-à-dire pour ce siège, qui sera remis 2 Petite ville de Catalogne sur la rivière

à la campagne prochaine. de Nogxiera.

hU LETTRES

luilta i o /j 7 . hommes par leur interest, je crois que véritablement il n'y a eu aucune part, et ne puis comprendre que, désirant la paix comme il faict, vovant que Ion est à la veille de celle de l'Empire, où il a remporté toutes les satisfactions qu'il a peu désirer, mesme dans les moindres choses, il eust voulu donner les mains à un accident qui peut embrouiller plus que jamais, esloigner la paix, et luy faire tomber sur les bras les armes des couronnes, aprez que, pour s'en garantir, il a donné des places considérables et cédé des provinces entières pour des quartiers. Neantmoins le tems fera voir plus clairement ce qui en est, et à quelque chose malheur est bon, estant beaucoup mieux à cette heure que M. le mareschal de Turenne n'ayt point quitté l'Allemagne.

Il semble que cette province-là va sens dessus dessous : mutinerie d'un coslé, défection de l'autre, attaques de places, resolution de l'Empereur d'aller à l'armée; mais, avec tout cela, jamais, selon mon advis, il n'y eut plus d'apparence d'y voir bientost la paix.

Je vous envoyé la coppie d'une lettre que don Joseph Margarit 1 a escrite icy depuis la levée du siège; je croy qu'il faut luy donner insensiblement le plus d'authorité qu'il se pourra sans trop de jalousie delà cabale contraire, et luy-mesme peut beaucoup contribuer à cela, en fuyant les apparences.

Enfin, Monsieur, nous avons eu raison de la Bassée, aussy bien que de Dixmude. Le mareschal de Gassion l'a emportée en quatre jours de tranchée ouverte, et y est entré le dix-huitieme [de ce mois], en mesme tems que les ennemis, desgagez du siège de Landrecy, marchoient à grands pas pour venir, disoient-ils, forcer nos retranchemens; mais on y avoit si bien pourveu , qu'ils eussent trouvé le mareschal de Rantzau arrivé avec son corps dans les lignes.

La plus grande partie de la cour, qui, comme vous sçavez, attend tousjour» les evenemens, pour louer ou blasmer ce que l'on entreprend, ne s'en estoit pas voulu donner la patience en ce rencontre; car la pluspart se disoient à l'oreille l'un à l'autre qu'il estoit un peu

' Don Joseph de Bièvre de Margarit. (Voyez tomel, p. 772.)

gaillard de faire deux sièges tout à la fois; mais, à présent qu'ils ont Juillet 16Û7. reussy, ce qu'ils pourront faire, c'est de le donner à la fortune; ce que je puis dire, sans vanité, estre tout à fait faux, et que la resolution a esté prise à point nommé et dans de telles circonstances que, sans un accident du tout extraordinaire, la chose estoit infaillible.

J'avois assemblé icy, par ordre de la Reyne, pendant que Son Altesse Royale estoit à Paris, un conseil de guerre où il y avoit entr'autres quatre de MM. les mareschaux de France, lorsque je proposay le projel de ces deux desseins, comme ils ont esté depuis exécutez; il n'y en eut pasunquinelerejetast, et qui ne trouvast seulement que c'estoit beaucoup faire que d'envoyer M. de Rantzau vers la mer, mais qu'il falloit nécessairement que M. de Gassion se tint tousjours sur la frontière, pour s'opposer aux entreprises que les ennemis pourroient y faire aprez le siège de Landrecy, parce qu'autrement Paris eust crié et toute la France.

Tous les deux ont reussy tellement à souhait, que, si le gouverneur de Landrecy eust fait son devoir, nous eussions peut-estre encore eu le tems de reprendre Armentieres, avant que les ennemis eussent peu en venir à bout; mais il n'a pas voulu tromper l'opinion que le monde avoit de son courage, il n'a tenu que huict jours de tranchée ouverte avec huict cens hommes, et, quand nous prismes la place, qui n'estoit pas la moitié sy bien fortiffiée qu'elle est aujourd'huy, le gouverneur en tint treize avec cinq cens; il est vray qu'il attendit que la mine eust joué, etceluy-cy n'a pas voulu seulement donner la peine aux ennemis ny de combler le fossé, ny de faire un pont, ny de faire la mine; le 1 h . ils n'estoient pas maistres de l'ouvrage à corne, et le 1 6, la place se rend.

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