CLXXXVII
Archives des Affaires étrangères (Rome), tome GUI. — Minute de la main de Lyonne.
A FONTENAY-MAREUIL
Amiens, 20 juillet 16^7.
(evtrait.)
Fonlenay-Mareuil, nommé ambassadeur à Rome, venait d'arriver dans cetU
luiHet iti'17. v'^e- Mazarin fait l'éloge de la conduite qu'il a tenue envers le Pape. On attend les effets des promesses de Sa Sainteté :
Je comprends, ajoute Mazarin, par les dernières depesches de Rome, que l'affaire de mon frère pourroit prendre un train que le pape se resoudroit à le faire cardinal , sans parler de la nomination de Pologne.
Mazarin examine cette solution, et n'en parait pas satisfait; il aimerait mieux que le Pape fit la nomination en vertu de la présentation du roi de Pologne. Il passe ensuite anx événements de Naples, où Masaniello avait soulevé le peuple contre l'Espagne le 7 juillet :
Le courrier que vous avez depesché pour donner advis à Leurs Majestez du soulèvement de Naples arriva hyer. Sa Majesté est tres-satisfaite des soins que vous en avez pris et de fomenter l'esmeute de Sicile, approuvant non-seulement la despense du voyage des personnes que vous y avez envoyées; mais désirant que vous continuiez à ne rien espargner en des matières de cette conséquence, où il ne s'agit pas moins que de la perte de deux royaumes pour l'Espagne, qui seroit le coup mortel de cette monarchie-là, ou de réduire, par cette crainte, les Espagnols à la paix , et ta les faire consentir aux conditions équitables où cette couronne s'est laissé aller, pour faire un présent à la chrestienté d'un bien dont elle a tant de besoin. Vous pourriez envoyer de trois mois en trois mois un estât des frais que vous aurez esté obligé de faire, et je prendray soin moy-mesme de vous en faire rembourser ponctuellement.
Sa Majesté a fort approuvé ce que vous avez respondu à l'abbé Basqui sur le suject de M. le connestable Colonne1, et si, par l'entremise de Mme la prefete, sa sœur, il y avoil moyen de le porter à songer de se faire roy de la Sicile, vous pouvez faire toutes sortes d'avances là-dessus avec asseurance que tout ce que vouz direz et promettrez sera exécuté icy ponctuellement.
' Marc- Antoine Colonna, connétable du Taddéo Barberini , frère des cardinaux Franroyaume de Naples. Sa sœur, Anne Go- çois et Antoine Barberini. lonna , avait épousé le préfet de Rome ,
DU CARDINAL MAZARIN. /i67
CLWXVW.
Archives des Affaires étrangères (Rome), tome C1IH, f°s 3i i-3iâ. — Copie du temps.
AU CARDINAL GRIMALDI
Amiens, 26 juillet 1667.
(extrait.)
Mazarin, après avoir parlé des affaires de Catalogne, annonce que des propositions ont été faites au prince de Condé, pour qu'il prit la direction d'une armée qu'on enverrait à Xapîes :
Se non essendovi apparenza di tentare alcun clisegno cola
(en Catalogne), il detto prencipe si applicasse ad operare ne! regno de Napoli, riconoscendo che l'allontanarsi di Catalogna non apportarebbe nocnmento al servitio del Rè, quando ancora conducesse seco due mila fanti, converrà assisterlo di quello sarà necessario per tentai' l'impresa di Napoli; e perô vero che gl' ho scritto quello dovevo in (juesta materia e sopra lutte le risolutioni che protrebbe prendere, e che ne attendo in brève riposta; non mi persuado con tutto ciô che prendera la risolutione di voler impegnarsi all'impresa di INapoli, ne comandando 1' esercito di terra, ne tampoco imbarcandosi sopra îarmata navale per questo effetto, ancor che gl'habbia io accennato, che, se vorrà comandar la sudetta arma ta di mare, la Maesta délia Regina ne sarà contentissima, e di qualcunque risolutione, che prendera per Timprese di Napoli e di Sicilia l.
' On verra plus loin , dans les dépêches en tête des Mémoires de Henri de Guise,
de Mazarin à Fonlenay-Mareuil, quelle im- une déclaration écrite en iG5a; le duc de
portance il attachait à ce que M. le prince Guise s'y exprime ainsi (édil. Michaud et
de Condé acceptât le commandement des Poujoulat, p. 12): crCe mauvais ministre eûl
troupes qu'on aurait envoyées à Naples. bien voulu éblouir les yeux de M. le Prince
Quelques historiens ont prétendu que le but des belles apparences de cette illustre con-
secret de Mazarin était de tenir le prince de quête, etc." Condé éloigné de la cour. Voyez entre autres,
luillet 1667.
Vm'il il)h-j.
GLXXXIX.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, t. II, f° a3o recto. — Copie du temps.
A M. DE TURENNE
[Dieppe, '] 6 août 16/17.
(extrait.)
Vlazarin l'engage à se rendre à la cour et ajoute :
Je vous prie pourtant de bien examiner sy le service n'en souffriroit point de préjudice, puisque, cela estant, il vaudroit mieux se priver de cette joye, d'autant plus que vous pourriez tousjours, cet hyver, lorsqu'on verra plus clair dans ce qui se passe, ou que nos troupes seront dans leurs quartiers, prendre le tems de faire icy une course par Lyon, et j'aurois soin d'envoyer à vostre rencontre des carosses de relais pour vous délasser; mais en cas que vous veniez dez à présent, je vous prie que ce soit, s'il est possible, en trompant ceux mesme de vostre armée , afin que l'on sçache aussytost en Allemagne vostre retour que vostre despart.
Quelque chose que vous résolviez là dessus, il me semble que vous devez depescher en toute diligence à M. le gênerai Wrangel, pour luy donner advis que, dez la première nouvelle que l'on a receu à la cour de la conduitte de M. de Bavière, vous avez eu ordre de quitter tout, aux quartiers où vous estes, et de faire marcher l'armée à grand pas pour repasser le Rhin, et que l'on détache mesme des corps de celle de Flandres pour le mesme effect, et que l'action dudict duc se trouvant telle qu'on la publie, le Roy n'oubliera rien pour donner des marques de sa f'oy et de son affection à la couronne de Suéde, et tout ce que vous trouverez à propos d'y adjouster. Il faut pourtant prendre la précaution de ne le pas escrire , parce que les lettres pourroient se perdre,
1 D'Amiens la cour s'était rendue à tacle de la mer; elle y passa les premiers Dieppe pour donner au jeune roi le spec- jours d'août et revint à Paris le g août.
mais en charger la croyance de celuy que vous envoyerez, qui devra Août 16/17. estre quelque personne sage et intelligente.
Il seroit bon aussy de traitter par advance avec Mme la Landgrave et avec Kœnismark, pour voir s'ils voudroient se disposer à joindre leurs troupes ou partie dicelles à vostre année, quand elle arrivera de là le Rhin, affin d'avoir plus de moyen d'agir.
J'ay oublié, dans mon autre lettre, de vous dire que, comme l'on a faict le fonds entier pour les regimens de cavalerie allemande, comme s'ils estoient complets, quoy qu'ils ne soient pas à moitié de ce qu'ils devroient estre, les officiers auront beaucoup de reste, qu'il faut tascher qu'ils employent, ou à remonter des cavaliers qui sont à pied, ou à faire des levées pour les mettre en bon estât.
GXC.
Archives des Affaires étrangères (Allemagne); minutes de la négociation de Munster,