‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáereChapitre 70 sur 146 · AU MARÉCHAL DE RANTZAU · texte numérisé non relu

AU MARÉCHAL DE RANTZAU

[Fontainebleau,] 3o septembre 1667.

(extrait.)

Je reçois un courrier de M. Foucquet1 qu'il m'a depesché en toute diligence, pour me donner advis que M. le mareschal de Gassion avoit receu un coup de mousquet à la teste, en défendant la demy-lune que nous avons emportée à Lens, et dont les ennemis nous vouloient chasser.

Vous pouvez juger combien je suis affligé, sçachant qu'il ne peut y avoir de coup en ces parties, qui ne soit fort dangereux. Vous verrez, parla lettre du Roy, que son intention est que, mondict sieur le Mareschal n'estant pas en estât d'agir sy promptement, comme il y a grande apparence, vous vous rendiez en toute diligence dans l'armée pour commander et la faire agir, selon que vous estimerez le plus à propos pour son service, prenant neantmoinsbien garde à vostre seureté pour vostre passage.

En ce cas, je crois superflu de vous recommander le soin dp Dixmude et de Furne, estant asseuré que vous prendrez les précautions qui seront possibles pour les laisser en toute seureté et tout ie costé de la mer. Peut-estre estirnerez-vous bien de faire demeurer le marquis de Piennes2 en ces quartiers-là. Je vous mets seulement en

Nicolas Foucquet, qui devint plus tard Foucquet fut arrêté le 5 septembre 1661 et

surintendant des finances, était alors inten- enferme' à Pignerol, où il mourut vers la

dant de l'armée de Flandres. Né en i6i5, fin de mars 1680.

nommé maître des requêtes en 1 635 , sur- ' Antoine de Brouilli, marquis de Piennes.

intendant des finances en iG53, Nicolas (Voyez table alphabétique.)

Octobre considération , si, en. cas que les ennemis soient avec leurs forces à ,fi'J7' Doiiay, comme on le mande d'Arras, il seroit à propos que vous menassiez quelques troupes avec vous, pour renforcer l'armée, sans que pour cela lesdictes places demeurassent exposées à aucun danger; tout est remis à vostre prudence.

Je veux croire que l'affaire de Lens est achevée maintenant, puisque les assiégez ont desja voulu se rendre deux fois, la première aux conditions ordinaires et deux pièces de canon1, et la seconde avec les armes seulement, mais on ne les a voulu recevoir qu'à discrétion. Le courrier dict qu'ils ne pouvoient pas tenir encore vingt -quatre heures, ayant perdu tous les dehors, quoyqu'il y eut quatorze cens hommes dedans, et des meilleures troupes qu'eussent les ennemis2.

Manusc. de la Bibliotb. Mazarine, n° 1719, tome II, f° 2^3 verso. — Copie du temps.

A M. DE TURENNE

[Fontainebleau,] a octobre 1667.

(extrait.)

Nous venons de recevoir un courrier exprez de M. d'Erlach, pour nous donner les advis, que vous trouverez cy-joints, touchant M. de Bavière. Je vous advoue qu'ils m'ont surpris, et que j'aurois creu malaysement que ce prince eust esté capable de prendre une resolution sy contraire à sa réputation et à ses interests propres, notamment aprez avoir adjusté à Munster, avec les couronnes, ceux qui luy sont les plus chers et les plus considérables, qui est l'affaire palatine3, qu'il renverse et destruit entièrement, s'il exécute ce que l'on dict.

Il faut sans doute qu'il se soit imaginé de pouvoir mesnager tous-

1 C'est-à-dire en conservant deux pièces M'"c de Motteville (Mémoires, édition Cbarde canon. pentier, t. I, p. 392), Mazarin témoigna

2 La ville de Lens ne se rendit que le peu de regret de la mort de ce ge'né- 3 octobre. Gassion mourut des suites de la rai.

blessure qu'il avait reçue. Si l'on en croit 3 Voy. ci-dessus, p. £96, note 1.

jours l'amitié et l'appuy de la France, en ratifiant le traité d'Ulm à son Octobre esgard; car autrement il auroit bien jugé qu'ayant de nouveau ses l("7 armes sur les bras avec celles de Suéde, il va estre encore dans le mesme point qui a failly h luy couster sa ruine entière, dont il ne s'est garanty que par la conclusion du traité qu'il est sur le point de violer aujourd'hui ; mais il a grand tort, s'il nous a creu capables de commet! re une infidélité et une imprudence tout à la fois, manquant d'un coslé aux traitez d'alliance que nous avons faicts avec la Suéde, comme nous ferions sy la France demeuroit, les bras croisez, à les regarder faire, et, d'ailleurs, nous laissant endormir parles belles protestations que faict ce prince de vouloir entretenir une amitié inviolable avec cette couronne, et de joindre mesme ses armes aux siennes, s'il est besoin, pour réduire la maison d'Austriche à faire la paix à nostre satisfaction; car cela seroit bon à faire présentement que ladicte maison tesmoigne assez par sa conduite ne vouloir point de paix, au lieu d'attacquer nos alliez, qui la souhaitent et la poursuivent sans trouver seulement qui leur responde; mais nous serions bien mal advisez de nous fier qu'un homme, qui commence par le violement de sa foy, la gardas! mieux à nostre esgard, et [de croire] qu'aprez avoir lait du mal aux Suédois, dont il nous auroit séparez par son artifice, il ne nous tombas! sur les bras, ou ne nous laissast tomber les armes de l'Empereur; et, à la vérité, il y a grande apparence que, s'il est hardy à commettre une infidélité, lorsque l'événement de son action est douteux, il n'hesiteroit pas beaucoup à en commettre une autre, quand il auroit moins à craindre.

Il est pourtant de la prudence de dissimuler pendant quelque tems , jusquesà ce que nous soyons en estât de l'en faire repentir, sy les advis se trouvent véritables, afin que, s'il est possible, le coup suive immédiatement la menace, qui autrement ne serviroit qu'à luy faire prendre des resolutions plus dangereuses ou contre nos alliez ou contre nous, entreprenant sur nos places du Rhin, pendant que vous estes esloigné, ou qu'arrivant, vous n'auriez pas assez de forces pour tenir teste aux siennes, et j'espère que, dans cet accident, nous aurons subject de louer

MAZABIH. — II. (i.3

Octobre Dieu que ce prince, voulant estre uieschant, ne l'ayt pas esté autant '<^'7- ([u'il le pouvoit, et qu'il soit venu s'attacquer à Memmingen1, lorsqu'il ])Ouvoit joindre ses forces à celles de l'Empereur, et faire courir grand risque d'une desroute totale à l'armée du gênerai Wrangel. 11 est mesme très-important que vous estoufliez, autant qu'il sera possible, les bruicts qui pourront courir, dans l'armée, du manquement de foy de ce prince, disant que ce n'est qu'un malentendu, et que la chose s'accommodera, parce que vous aurez plus de facilité d'exécuter les resolutions que vous prendrez aprez contre luy, quand il y sera moins préparé.

Vous verrez, par la depesche du Roy, que Sa Majesté désire que l'armée que vous commandez repasse promplement en Allemagne; aussy n'y a-t-elle esté jamais plus nécessaire qu'en cette conjoncture pour redresser les affaires.

On voudroit seulement que vous laissassiez trois ou quatre cens chevaux à Thionville, sous quelque bon officier, mais qui obéit à M. de Marolles2, afin d'empescher que Beck n'entreprenne impunément de faire des invasions dans le pays Messin et Verdunois et mesme d'entrer dans la Champagne; ce qu'il semble qui vous sera facile, sy les compagnies des gouverneurs s'assemblent toutes dans ce rencontre, que l'on forme un corps de garnisons frontières, et que l'on fasse tenir prestsles païsans, pour prendre les armes au moindre bruict et défendre leurs foyers.

Je vous prie, en cette occasion, de dire à M. de Marolles qu'il s'entende avec M. de la Ferté Senneterre, à qui on envoyé ordre d'assembler, dans le besoin, les garnisons de Lorraine, pour accourir où la nécessité le requerera, comme aussy de dire ou escrire la mesme chose à tous les autres gouverneurs de ce costé-là, lors que vous prendrez vostre marche vers l'Allemagne. Cecy ne peut durer longtems; car, outre que nous touchons à l'hyver, on a desjà donné ordre de

1 Celte ville, située près de lTHer, faisait 2 Joacbim de Lenoncourl, marquis de

alors partie du cercle de Souabe. Elle est Marolles, gouverneur de Thionville. (Voyez maintenant comprise dans la Bavière. la table alphabétique.)

destacher deux corps l'un aprez l'autre de l'armée de Flandres, l'un Octobn pour passer en Allemagne et l'autre pour demeurer en Lorraine, et, t6û7dez que le premier sera arrivé en ces quartiers-là, la cavalerie que vous aurez laissée à M. de Marolles vous ira joindre où vous serez, el en partant mesme, il faudra que vous luy laissiez cet ordre, et elle sera suivie de prez dudict corps qui doit vous aller trouver.

Sa Majesté a escrit amplement à MM. les plénipotentiaires sur cette occurrence de Bavière, et, comme les resolutions se doivent prendre principalement avec nos alliez, on leur a ordonné de concerter toul avec les ministres de la couronne de Suéde, et de vous faire sçavoir, en diligence, en quels termes on sera demeuré, et quelles mesures on aura prises ensemble. Nous aurons soin, outre cela, de vous informer de jour en jour des intentions du Roy, et ce pendant si vous recevez quelques nouvelles des dicts sieurs plénipotentiaires, Sa Majesté désire que vous vous conformiez à ce qu'ils vous feront sçavoir qui a esté résolu avec les ministres de Suéde; mais, avant que de recevoir de nos nouvelles, ou de Munster, vous n'exercerez aucun acte d'hostilité contre le duc de Bavière , pour les raisons qui sont marquées cy-dessus.

Mazarin termine sa dépèche en indiquant les moyens de renforcer l'armée.

CCVI1I.

Affaires étrangères (Suède), tome VII, ('" 365. — Copie du temps.

A M. CHANUT

[ Fontainebleau , | 4 octobre 16/17.

(extrait.)

Mazarin vient d'apprendre que le duc de Ba\ière était sur le point de rompre la neutralité stipulée à Ulm :

On envoie un long mémoire à MM. les plénipotentiaires sur cette occurrence, leur disant la conduite qu'ils doivent tenir, et qu'ils ne manquent pas de vous entretenir de toutes choses tres-particulierement, afin que vous parliez et agissiez au lieu où vous estes en mesme

octobre conformité queux. C'est pourquoy je me remets à ce qu'ils vous en l(i''" feront sçavoir. Je vous diray seulement en gênerai que vous pouvez asseurer la revue de Suéde, en cas que la nouvelle se trouve véritable , qu'il n'y a rien qui puisse dépendre de nous pour venger l'offense que ce prince nous auroit faicte, et pour l'en faire repentir, à quoy la France ne se porte, faisant de plus grands efforts en Allemagne que l'on n'a faict jusques icy, au hazard que nos affaires souffrent aux autres endroits, et desjà Leurs Majestez ont envoyé ordre à M. le inareschal de Turenne de repasser le Rhin, toutes choses laissées, avec l'armée qu'il commande, et on y faict mesme joindre un corps considérable de celle de Flandres pour la renforcer, nonobstant le besoin que vous jugez bien que nous pouvons en avoir dans les Pays-Bas maintenant que MM. les Estats nous laissent demesler seuls cette fusée. On nous dict que M. de Bavière prétend distinguer, dans ce rencontre, la France d'avec la Suéde, et observer à nostre esgard la suspension d'Ulm; mais vous pouvez asseurer la Reyne que nous ne donnerons pas dans ce piège et que nous sommes incapables de voir nos alliez dans quelque péril sans y prendre aussytost la part que nous devons.

GCIX.

Archives des Afl'aires étrangères (Allemagne). Minutes des négociations de la paix de Munster, tome XVI, f° 260. — Minute de la main de Lyonne.

AU DUC DE LONGUEVILLE

[Fontainebleau,] h octobre îfi'iy.

( EXTRAIT

Mazarin s'étonne que le duc de Bavière rompe la neutralité, dont il a un si grand besoin, «de tout faute de se bien entendre, et pour donner trop de croyance à des chimères que nos ennemis lui mettent dans l'esprit. n Les troupes de la France et celles du duc deModène ont envahi le duché de Milan. Le marquis de Fontenay- Mareuil a dû avertir le duc de Longueville des mouvements de Naples.

J'y adjousteray seulement, continue Mazarin, que nous avons receu

cette semaine un ' courrier de M. de Guise qui prétend avoir mesnagé Octobre avec ces peuples-là qu'ils l'appelleront pour les gouverner, et que les princi- j6l7 paux d'entre eux qu'il a gagnez, par le moyen de quelques amis, luy en doivent faire bientost porter la parole. Il demande permission du Roy de s'y engager, et assistance, s'il en est besoin, quand il y sera. La pensée de ces peuples-là, à ce qu'il mande, est de s'ériger en republique et de luy donner la mesme authorité pour leur direction que les princes d'Orange ont parmy .1717. les Estais. On pourra luy permettre tout ce qu'il a désiré; mais vous voyez bien qu'il croit peut-estre trop fortement les choses qu'il souhaite ; car, si ces peuples-là avoienl véritablement l'envie qu'il présuppose, il y a apparence qu'ils s' adresser oient directement au Roy et non pas à luy.

Mazarin annonce ensuite que Ton a reçu les nouvelles suivantes de Portugal:

Le roy de Portugal, aprez avoir bien considéré la constitution des affaires présentes, estait disposé de renoncer à la couronne et de se retirer aux Terceire2 et d'offrir de remettre son royaume à la personne que la Reyne voudra, se faisant fort de le faire jurer roy et obéir par tous les peuples du royaume de Portugal. Il lesmoignoil seulement désirer que ce fust un prince qui pust espérer d'estre assisté puissamment de la France, et qui eust moyen défaire une alliance avec son fils aisné qui luy asseure la succession du royaume, et il propose M. le duc d'Orléans et Mademoiselle*, ou Monsieur le Prince, du vous et mademoiselle voslre fille11 . V oilà ce que nous en sçavons en gros. Il y a un père jésuite en chemin qui vient exprez pour cette négociation.

On a donné ces jours-cy un passe-port du Roy à don Miguel Salamanca, pour aller de Flandres en Espagne, qui nous rendra à l'advenu plus reservez à en accorder. H a veu, en passant à Blois, M. duFargis,

' Tous les passages soulignés le sont éga- de Montpensier, née le 29 mai 1627, du

lement dans le manuscrit On indiquait ainsi , premier mariage de Gaston d'Orléans , morte

dans la minute, les parties qui devaient être le 5 avril i6o3.

chiffrées. ' Marie d'Orléans, née le 5 mars 1625,

1 Terceire est une des îles Açores; ce nom du premier mariage du duc de Longueest appliqué ici au groupe entier. ville, épousa, en 1657, le duc de Nemours.

' Anne-Marie-Louise d'Orléans, duchesse

Octobre et luy a tenu divers discours fort malicieux, et tous tendant à brouiller ,(i/'7- l'esprit de M. le duc d'Orléans, comme d'asseurer qu'il navoit tenu qu'à la Reyne et à moy que Mademoiselle ne fus t reyne d'Espagne, et que le roy, son maislre, navoit jamais rien tant souhaité, mais que, comme je ne voulois point la paix en aucune façon, je rejettois indifféremment tout ce qui pouvoit y acheminer les choses.

Mazarin ajoute que l'on a mandé au maréchal de Turenne de se conduire, à l'égard du duc de Bavière, suivant l'avis des plénipotentiaires. La maladie de Monsieur (le duc d'Anjou) dure depuis six semaines et donne des inquiétudes. Mazarin termine sa dépêche en indiquant diverses précautions à prendre pour la rédaction des traités.

CGX.

Archives des Affaires étrangères (Allemagne). Minutes des négociations de Munster, tome XVI, f° 259. — Minute de la main de Lyonne.

A M. D'AVAUX

[Fontainebleau,] h octobre 16/17.

(extrait.)

Mazarin l'engage à se tenir en garde contre les Espagnols, qui s'efforcent de l'attirer à une conférence, pour exciter la défiance des députés des Provinces- Unies. Il lui rappelle la conduite de Brun :

11 usa du mesme artifice il n'y a pas longtems, quand il tesmoigua de faire grande confidence à M. Servien, et, le jour d'aprez, il ne se contenta pas de le descouvrir à Pau et à Knut, mais fit dire audict sieur Servien mille choses, auxquelles il n'avoit jamais songé, pour porter, par ce moyen, les Hollandois à ce qu'il desiroit.

La conférence proposée par le provincial des Bécollets n'est peut-être qu'un piège pour sonder les dispositions des Français. Mazarin ajoute :

"Je vous advoue que je ne sçay plus tantost quelle conduite nous pouvons tenir; car, si nous parlons haut, et avec la resolution qui convient à Testât de nos aflaires, la France aussytost ne veut point de paix , et les médiateurs, amys et ennemys, s'accordent à le prescher

ensemble par les carrefours. Si, au contraire, on se relasche tant soit' Octobre peu, et que l'on apporte quelques facilitez au traité, on croit d'abord '6/'7que nos affaires sont décousues et que nous ne sçaurions plus subsister, et ainsy tout ce que nous pouvons faire ou dire est tousjours interprété en mauvais sens; mais nous aurons subject de nous contenter, si nous pouvons au moins imprimer dans le public la croyance que Leurs Majestez souhaitent sincèrement la paix, et qu'un chacun rejette sur nos parties le blasme que mérite le retardement du repos de la chrestienté.

Archives des Affaires étrangères (Hollande), tome XL VII, f'° 11'S. — Minute de la main

de Lyonne.

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