‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáereChapitre 72 sur 146 · AU MARQUIS DE FONTEMY · texte numérisé non relu

AU MARQUIS DE FONTEMY

(extrait.)

Fontainebleau, 7 octobre 16/17.

Je vous remercie des nouvelles que vous m'avez données par vos depesches des 9e et 18e de septembre, et par le duplicata de celle du 16e du mesme mois, que je n'ay pas encore receue, l'ordinaire n'estant pas encore arrivé.

Il ne se pouvoit respondre mieux que vous avez fait aux deux envoyez de Naples, pour leur faire ouvrir les yeux et les porter à une bonne resolution. Je m'asseurc qu'outre ce que vous leur avez dit des assistances qu'ilz doivent attendre de cette couronne, pourveu qu'ilz se mettent en estât de les recevoir, et de la fin que l'on se propose icy, qui n'est autre que leur soulagement et leur advantage, ils ne seront pas partys d'auprez de vous sans que vous les ayez remplis d'espérance pour leur interest particulier.

On a donné ordre pour faire demeurer à la mer l'armée navale du Roy encore quelques jours dans le mois proebain, au moins pour ce qui sera des vaisseaux , si la saison n'est plus propre pour les galères, et l'on faict estât de tenir armées cet hyver trois escadres de navires de guerre, pour estre tousjours prests à se prévaloir des conjonctures.

Il y aura, outre cela, trois bons vaisseaux de Portugal qu'on me mande estre partis de Lisbonne dez le premier d'aoust, lesquels, outre leurs esquipages ordinaires, ont six cens soldatz pour descendre à terre dans l'occasion.

Vous tiendrez correspondance, s'il vous plaist, avec M. le bailly de Valençay1, qui vous advertira de tout ce qui sera de ces arméniens,

1 Voyez, sur le bailli de Valençay, la table alphabétique, au mot Valençay.

DU CARDINAL MAZAR1N.

et auquel aussy vous pourrez escrire, avec entière confiance, ce que vous croirez capable de les faire agir plus à propos et avec plus d'advanlage.

Je croy qu'il seroit à souhaitter tjue l'armée navale d'Espagne parust devant Naples, y ayant grande apparence qu'elle y allumeroit le feu plustost que de Lesteindre l et principallement tandis que celle du Roy qui la cherche pour la combattre est encore en son entier; mais on nous mande que, comme elle s'avançoit vers ces costes-là, elle a esté dispersée par un mauvais teins qui l'a séparée en trois. L'advantage que nous pouvons prétendre, en ce cas, est d'en attraper quelque partie, ce qui peut arriver facilement, si elle est divisée comme on dict, et ce ne seroit pas un mauvais coup pour enfler le cœur à ces peuples, parmy lesquelz il ne faut pas douter que beaucoup ne soient retenus par la crainte de ladicte armée.

Dans le reste de la dépèche, ftfazarin indique les mesures à prendre pour entretenir ies troubles de Naples. Il n'espère pas que l'on puisse gagner Toraldo , chef de l'armée napolitaine; mais on pourrait réussir avec Octavio Marchese. Le parti le plus sûr est de s'entendre avec le peuple. (Mazarin disait le contraire dans une lettre précédente.) Il a été surpris du dessein du duc de Guise :

C'est un incident tout-à-fait bizarre, et auquel nous ne comprenons pas plus que vous de delà. Je ne vous en puis dire autre chose, si ce n'est qu'il faut le laisser faire, et que, pourveu que ce peuple-là secoue

Oclobn

iii'17.

1 D'après les dépêches de Fontenay-Mareuil l'insurrection devenait, de plus en plus menaçante pour l'Espagne. Cet ambassadeur écrivait, le 28 septembre, aux plénipotentiaires français à Munster: tr Les bruits. qui ont couru à Naples , que l'armée d'Espagne y seroit bientost , ayant obligé le peuple à bastir trois loris dans les endroits les plus eminents de la ville, et qui peuvent davantage incommoder les chasteaux etdeflendre l'entrée du port, ils continuent tousjours d'y travailler., nonobstant toutes les dili-

gences que les Espagnols ont faictes pour les en divertir. Le vice-roy ayant esté par deux fois refusé* de l'argent qu'il avoil demandé pour secourir le roi d'Espagne dans ses premières nécessités, avoit creu en pouvoir maintenant obtenir, sous le prétexte de don Juan ; mais le peuple a respondu qu'il n'estoit point besoin d'en donner pour cela; que. si don Juan estoit seul, il n'en avoit pas besoin, et que, s'il venoit avec l'armée, il ne seroil pas receu. » (Archives des Affaires étrangères, Rome, t. CIII, Pi38.)

Octobre le joug de la domination d'Espagne, il ne nous importe par quel l6''7- moyen.

Mazarin lermine en recommandant à l'ambassadeur les intérêts de la maison Barberine.

Page 1