‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáereChapitre 73 sur 146 · AU MARQUIS DE FONTENAY · texte numérisé non relu

AU MARQUIS DE FONTENAY

[Fontainebleau,] 7 octobre 16A7.

(extrait.)

Aprez avoir escrit la lettre cy-joincte„j'en ay receu une de M. de Guise sur le mesine subject, dont il vous a parlé de delà, sur lequel M. le chevalier, son frère \ m'a entretenu de sa part. Toutes choses bien considérées, on n'est pas d'advis qu'il s'aille exposer à la meic\ d'une populace inconstante jusques à ce que l'on voye plus clair dans tous ces mouvemens, n'estant ny de sa réputation, ny de la dignité de cette couronne, qu'il s'embarque dans une affaire si scabreuse, sans prendre bien ses seuretez2, veu qu'outre le regret que nous aurions tous s'il luy mesarrivoit, le blasme en rejailliroit sur Leurs Majestez, n'y ayant personne qui ne jugeast que, tenant ie rang qu'il a dans ce royaume, il n'auroit eu garde d'entreprendre des choses de cette conséquence, sy on ne luy en avoit donné ordre.

Si, par la suite, on voyoit qu'il y eust lieu de le laisser agir avec apparence de bon succez, Leurs Majestez seroient ravies de ses advantages, et qu'il eust la gloire de ceux (des advantages) que cette résolution pourroit apporter à cet Estai.

On a escrit tousjours par advance à M. le bailly de Valençay, allin qu'il agisse dans l'armée navale, durant le teins qui luy reste à tenir

j Roger de Lorraine, chevalier de Malle, né le -21 mars 162 4, mort le 6 septembre i653. s Dans la minute il y a ses mesures.

la mer, suivant les advis qu'il pourra recevoir dudict sieur duc et de Octobre vostre part. Et d'ailleurs l'on n'hésite plus à faire la despense de l'en- ,()/l'' tretenement, durant cet hyver, de bon nombre de vaisseaux armez; à <|uoy l'on adjoustera aussy, quand il sera tems, touttes les assistances <[ue la disposition des affaires pourra requérir.

Mais il l'aul bien prendre garde à ne rien précipiter; car ce seroit tout perdre, au lieu que, se donnant patience et prenant la conjoncture bien à point, tout ce qu'on peut espérer se fera avec facilité, seureté et réputation.

J'escris en ce sens audit sieur duc, et je vous prie de luy parler en la mesme conformité, considérant meurement avec luy Testât des cboses, et luy faisant faire, sur chaque occurrence, les bonnes réflexions que vostre prudence vous suggérera.

GCXIV.

Archives des Affaires étrangères (Allemagne). Minutes des négociations de Munster, tome XVI, f 2 85. — Minute de la main de Lyonne.

[Fontainebleau,] 11 octobre 1667.

(extrait.)

Mazarin craint que les Espagnols ne parviennent à conclure avec les Suédois un traité particulier. 11 est nécessaire de veiller attentivement pour s'y opposer.

Je vous diray confidemment, ajoute Mazarin, que le prince d'Orange ' a esté enfin ouvertement gagné par madame sa mère, et qu'il ne songe plus qu'à luy plaire et escoute avec grand plaisir toutes les propositions d'attachement et d'amitié avec les Espagnols, et, ce qui est plus lascheux, c est qu'ils vont rejeter sur nous la cause de ce changement, ayant dict à un ministre de Brandebourg qu'il n'avoit aucun subjecl d'estre satisfaict de la France et beaucoup de se louer des Espagnols,

1 (iuillaume de Nassau, qui avait suc- comme prince d'Orange et stathouder des cédé, en 1 G67. à son père Frédéric- Henri. Provinces-Unies.

(Moin, quoy que, depuis cinq ans que je suis dans les affaires, je n'aye laissé lfi'7, eschapper aucune occasion imaginable de donnera monsieur son père «'I à lu y des marques d'une passion tres-cordiale pour tous leurs interests, pour les advantages de leur maison et pour leur réputation particulière; mais celuy-cy n'en a pas profité, n'ayant aucune applicalion aux affaires et ne songeant qu'à ses plaisirs.

Mazarin indique le duché de Limbourg comme promis au prince d'Orange par les Espagnols, mais sans qu'ils aient l'intention de le lui donner. 11 parle ensuite d'un libelle de Brun, intitulé Advis au gaietlier de Paris par celui de Cologne, el termine en recommandant au duc de Longneville les intérêts de la landgrave de Hesse.

Archives des Affaires étrangères (Suède), tome VII, î° 336. — Copie du temps.

A M. CHANUT

[Fontainebleau], î î octobre 16/17.

Ma précédente lettre ne vous tou choit qu'un mot du changement de M. de Bavière, m'estant remis à ce que MM. les plénipotentiaires vous feroient sçavoir des sentimens et des intentions de Sa Majesté sur cette occurrence. J'y adjousleray cette fois que, comme j'ay advis que ce coup a extrêmement abattu les ministres de Suéde, qui sont à l'assemblée1, jusques à faire craindre aux nostres que, dans cet estonnement, ils ne fussent capables d'entendre à un accommodement particulier, dont ils ne manqueront pas sans doute d'estre recherchez par nos parties à l'instigation des Espagnols , il importe extrêmement, ainsy que vous jugerez , de rasseurer l'esprit des ministres qui sont auprez de la Reyne; car, pour Sa Majesté, je la cognoistrois trop mal et croiroys luy fayre grand tort, s'il mevenoit la moindre pensée d'employer aucunes paroles pour exciter sa générosité et sa fermeté.

Jean Oxenstieri) et Salvius, plénipotentiaires suédois à Osnabrùck.

H faudra donc qu'à l'esgard des autres , vous ayez continuellement Ocfobr en la bouclic que la France se tient plus offensée que la Suéde du pro- '''''"■ céder de ce prince; qu'elle est incapable de manquer en la moindre partie de ce à quoy elle est obligée par les traitez d'alliance; qu'un enîiemy de la Suéde ne peut vivre en neutralité avec cette couronne; que l'armée de M. de Turenne a eu ordre aussytost de repassser le Rhin; qu'on n'oublie aucun soin imaginable pour la mettre en meilleur estât qu'elle n'a jamais esté, jusqu'à destacher un corps considérable de celle de Flandres, où l'on sçait le besoin que nous en avons, les Hollandois n'agissant plus; qu'il y aura bien plus de gloire pour les couronnes alliées d'avoir surmonté tant d'obstacles et passé par tant de chemins espineux, sans que leur foy ayt jamais peu estre esbranlée par un artifice de nos ennemis; que la France refusera tousjours constamment tous les advantages qu'elle pourroit acquérir aux despens de ses alliez ou de sa réputation , et que plustost qu'y entendre elle s'exposera gayement à toute sorte de préjudices et de périls: que rien ne peut encourager davantage nos ennemis communs et les esloigner de la paix que s'ils voyoient que les couronnes se relaschassent de quelqu'une des conditions accordées, par l'appréhension des evenemens de la guerre; qu'au contraire, si nous lesmoignons fermeté et que les mauvais succez ne sont capables que de nous faire opiniastrer à ne vouloir point de paix, sans y avoir remédié par les armes, ce discours et cette déclaration leur donneront 1 sans double beaucoup de peine, et produira de bons eiïects. En tout cas, chacun aura subject de louer et estimer une si généreuse conduite, et d'autant plus prudente, que la contraire ne seroit pas seulement imputée à bassesse, mais reculeroit nos alïaires au lieu de les advancer.

Il \ a bien leur donneront au pluriel, et le second verb'* produira au singulier.

Octobre 16/17.

Irchives «les affaires étrangères (Hollande), tomeXLVII, p. i33. — Minute de la main

de Lyonne.

A M. DE LA THLILLERIE.

[Fontainebleau,] 11 octobre i^li'].

( EXTRAIT

J'espere que les Provinces-Unies accepteront les propositions du ro\ de Portugal. Quant à Pau, la somme de cent mille livres, destinée à l'acheter, doit estre mise en depost entre les mains de personne confidente, pour estre délivrée à service rendu, avec une plus grande dont on pourra convenir dez à présent, et donner toutes les seuretez. On ne doit pas compter sur le prince d'Orange, qui est entièrement gagné par sa mère , et à tel point qu'il ne songe plus qu'à luy plaire en tout.

La suite de cette dépêche a été publiée dans les Archives de la maison et Orange- Xassau (20 série, t. IV, p. 2^10-262).

GGXVII.

Archives des Affaires étrangères (Allemagne). Minutes des négociations de la paix de Munster, tome XVI, f 332. — Minute de la main de Lyonne.

| Fontainebleau,] 18 octobre 1 ( j 6 7 . (extrait.)

Mazarin, après lui avoir annoncé la marche de Turenne vers le Rhin, lui fait connaître la mort de l'archevêque de Mayence; il aurait voulu le remplacer par le prince de Conli , mais il n'espère pas y réussir :

Je ne crois pas que les obstacles se puissent surmonter, surloul celuy de n'estre pas chanoine dans cette eglise-là. A son dellaut, nous avons songé à M. Tevesque de Wurtzbourg, qui a toujours tesmoigné

affection poui' cette couronne et de bonnes intentions pour le bien public, outre que nous venons de conclure un traité d'alliance avec luv et avec Bamberg '.

Il arriva byer un courrier extraordinaire <le Home, qui a apporté la nouvelle de la promotion de sept cardinaux, dans le nombre desquels mon frère 2 s'est trouvé compris. . . . Les Espagnols n'ont rien oublié

Octobn

1 L'évéque de Bamherg.

' Michel Mazarin. La promotion avait eu lieu le 7 octobre, et le jour même Laura Martinozzi écrivait à son oncle. Jules Mazarin : a Non devo lasciar passai' quesfa 00 casione cosi importante di dar parte à Vostra Eminenza corne questa matina è stalo esaltato da Sua Sanlilà al cardinalato monsignor zio arcivescovo d'Aix. Me ne ralcgro per tanlo con Vostra Eminenza con il maggior affetto che Vostra Eminenza si puote (sic) iiumaginare, etc." (Archives des Affaires étrangères (Rome), t. C1II, I" 178, autographe.)

De son côté, Fontenay-Mareuii entretenait les plénipotentiaires français à Munster de la promotion de Michel Mazarin au cardinalat et de l'état des affaires de Naples, dans une dépêche du 1 2 octobre : rrLe courrier que je vous mandai , par ma lettre du 17 août, eslre allé en Espagne, n'ayant rapporté autre response, sinon que le roy d'Espagne s'opposoil formellement à la promotion de M. l'archevesque d'Aix, et vouloit qu'on (ist celle des princes, le Pape. qui esloit si fort engagé à la faire et pour luy seul , qu'il ne pouvoit change]' sans merns- Irer trop de légèreté ou de foiblesse, n'a pas voulu la différer d'un jour, quelques instances que les Espagnols en aient faicles, et. n'ayant personne de recommandé par

eux, ne leur a aussy donné aucun cardinal.

•fCe n'est pas que je ne crois que, si le roy d'Espagne s'accommode à ce que le Pape désire et luy recommande quelqu'un qui luy soit agréable, que Sa Sainteté ne soit pour luy donner un jour le chapeau. qu'il n'a pas eu cette fois-cy : estant bien apparent que des sept lieux * qui sont vacants, il ' n'en a voulu remplir que six, el qu'il a réservé le septième in pectore, que c'est qu'il le garde pour le donner au roy d'Espagne quand les choses seront assez bien disposées pour cela; mais pouvant bien estre aussy que le Pape la (pour le) prendra pour luy, ainsy qu'il a tesmoigné jusqu'icy qu'il vouloit faire, principalement si les affaires de Naples se terminent avec autant de desavantage pour les Espagnols que tout le monde le croit , parce que le roy d'Espagne demeurerait alors sans aucune considération en Italie.

rePour ce qui est de Naples, don Juan d'Austriche, ayant voulu tenir une autre conduite que celle du vice-roy, il a déclaré aux Napolitains qu'il falloil qu'ils quittassent les armes dans trois jours, autrement qu'il les contraindrait par la force. A quoy n'ayant pas voulu obéir, ils en sont venus aux mains depuis samedy au soir, el se battent de telle sorte, que tout le monde commenceà croire

Dans le sens de: liu-es de cardinaux *' Il faudrait »*i7.

Octobre pour la traverser; mais le Pape a tenu bon, et, au lieu de le faire car-

l<;'7 dinal à la nomination de Pologne qu'il avoit, il a voulu, pour obliger

davantage la France, et moy en particulier, à ce que Sa Saincteté dict,

le faire de son propre mouvement, sans l'imputer au roy de Pologne.

GGXVIU.

archives des Affaires étrangères (Hollande), tome XLVII, P i4i. — Minute de la main

de Lyonne.

A M. DE LA THLILLERIE.

[Fonlainebleau,] 18 octobre 16/17.

(extrait.)

La colère des Provinces-Unies contre les Espagnols a esté bientost apaisée, dez qu'ilz ont sceu, par les lettres de Munster, que ceux-cy (lemeuroient d'accord de leur donne)' contentement.

Dans ces circonstances, la Thuillerie conseillait de conclure la paix avec l'Espagne, «afin d'avoir plus de moyens de soustenir les aflaires d'Allemagne, qui se rembrouillent plus (pie jamais par la déclaration de M. de Ba\iere. i> Mazarin n'est pas de cet avis :

Outre que l'Espagne ne conclueroit jamais son traité, laissant l'Empereur embarrassé dans une guerre inesgale, il est aysé à juger que, si nous relaschions quelque point de ceux qui ont esté accordez, pour avoir plus prompteme.nl la paix, nous ne ferions que tesmoigner foiblesse sans aucun l'ruict ; car elle ne se feroit pas, et les Espagnols croiroient, en tenant bon, obtenir, dans tous les autres points successivement, ce que nous aurions cédé en un, par la mesme nécessité qui nous auroit obligé d'en relascher.

que c'est un mal irrémédiable. Il y a bien cours de tous les lieux voisins, et en peut

de l'apparence que les Espagnols succom- encore attendre de noslre armée navale, que

beronl, puisqu'ils sont desja tres-foibles et je pense estre en estât d'aller de ce costé-

ipi'ils ne peuvent estre secourus de nulle là. n (Archives des Aflaires étrangères.

part, cl quele j euple. qui a i3o,8oo hom- Rome, tome GUI. î° 189.) mes portant les armes, lait venir des se-

.... La ruine de Lamboy , que Kœnismarck tient assiégé clans ses Octobre retranchemens, seroit aujourd'huy un coup de partie des plus deci- '0/'7" sifs que l'on puisse faire, non-seulement pour nettoyer la Westphalie et empescher la déclaration que Brandebourg et Brunswic peuvent estre sur le point de faire , mais pour mettre Kœnismarck et les troupes de Mme la Landgrave en liberté de tendre la main au gênerai Wrangel et de l'aller desgager de la Bohême. C'est pourquoy je me suis extrêmement resjouy que vous ayez obtenu que MM. les Estatsne laissassent prendre aucuns vivres ny rafraichissemens audict Lamboy dans les Provinces-Unies. Il faut tirer ce qu'on peut de mauvais payeurs.

Archives des Affaires étrangères (Suède), tome VII, f° 368 v° et suiv. — Copie du temps.

A M. CHANUT

[Fontainebleau,] 2 5 octobre 1M7.

(extrait.)

Après avoir engagé Chanut à insister pour que Ion donnât à Turenne autant de retires des armées de Wrangel et de Kœnigsmark que la sédition des Weymariens lui en a enlevé, Mazarin ajoute:

L'appréhension que la Reine de Suéde vous a tesmoigné avoir que la foy de Kœnismarck, qui est Allemand, ne fust pas à l'espreuve des sollicitations de nos parties et qu'il se laissast gagner au nom spécieux de liberté germanique, me semble trop juste et très-bien fondée, d'autant plus que je remarque qu'il esvite de tout son pouvoir de se joindre au gênerai Wrangel, qui avoit pourtant grand besoin de ce renfort dans la conjoncture présente. Si la guerre doit continuer, il ne faudroit pas estre en doubte dans une affaire de cette importance, qui, à un coup prez ', pourroit donner gain de cause aux ennemis et ruiner entièrement le bon party. Il me semble que la Reyne pourroit prendre occasion, dans cet hyver, d'appeler ledict Kœnismarck sous prétexte de

1 La copie porte bien à un coup prez , probablement dons le sens de à un coup préparé.

H IZABIH. — II. 65

Octobre luy faire quelque grâce, el luy donnant quelque autre employ prez de 16/17. sa personne, establir quelque autre officier en sa place.

Mais cela, la conduite de l'électeur de Brandebourg et des ducs de Brunsvvic, le changement du duc de Bavière, les négociations de beaucoup de villes d'Allemagne au préjudice de la bonne cause, la froideur des protestans, les espérances que le parti impérial a de les gagner entièrement à soy et de pouvoir faire une paix interne avant que se pacifier avec les estrangers, le peu d'amitié de Dannemarck pour la Suéde et les négociations qu'on me mande de Vienne avoir esté introduites par un comte Magni pour reconcilier et réunir le roy de Pologne et le prince Casimir, son frère, avec la maison d'Austricbe, sont toutes choses qui nous doivent obliger plus que jamais à souhaiter la paix et à la conclure, s'il se peut, aux conditions qui nous ont esté accordées, en nous préparant neantmoins en mesme tems, avec toute l'application possible, à la continuation de la guerre, et faisant cognoistre à tout le monde les bonnes intentions que nous avons, en sorte qu'elles ne puissent estre révoquées en doubte par qui que ce soit. Car, si la dureté de nos ennemis prive la chrestienté de ce grand bien, le blasme et la hayne générale en tombera sur eux. Nous aurons, au contraire, gagné l'amour et la bonne volonté de tous ceux qui désirent le repos public Je suis aprez à depescher une personne adroite pour tascher

de rompre toutes les négociations que nos parties ont avec l'électeur île Brandebourg, et ne suis pas sans espérance d'en venir à bout.

GGXX.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tome II, f° 2 46 recto. — Copie du temps.

A M. DE TURENNE

[ Fontainebleau,] 97 octobre 16^7.

(extrait.)

J'ay receu vostre depesche du 1 ke du courant et veu les nouvelles raisons qui vous auroient obligé à ne perdre pas un moment de tems de marcher vers l'Allemagne, comme vous avez faict, quand les ordres

du Roy n'y auroient pas esté sy précis. Je ne doute point que, sy vous octobre n'avez peu arriver assez tost pour empescher la perte de Worms, que la l647 garnison de Frankendal x avoit attacqué , qu'il ne vous ayt esté fort facile de reprendre la place sans vous y arrester beaucoup. Je suis seulement faschéque cet incident m'ayt empesché le bien, que je m'estois promis, de vous voir icy; mais, comme je vous ay mandé, je pourray peut-estre avoir ce contentement cet hyver, quand les choses seront mieux establies de delà; ce que je me flatte qui pourra estre vers Noël, et vous pourriez vous desrober, pour quelque tems, desguisantvostre dessein à tout le monde de2 prétexte d'aller donner quelques ordres en Alsace, et estre de retour avant quasy qu'on se soit aperceu de vostre despart.

\ous aurez veu ce que je vous ay desjà mandé touchant M. de Bavière, et on persiste icy dansla croyance qu'on ne doit rien innover ny remuer de vostre part encore, mais plustost vous prévaloir des protestations que faict ce prince de vouloir observer religieusement le traité d'Ulni à nostre esgard, afin de jouir sans trouble de vos quartiers, d'autant plus que vous m'escrivez que, s'ils eussent esté libres, vous eussiez respondu, mesme sans le retour des mutinez, de mettre vostre cavalerie à cinq ou six cens chevaux prez de l'année passée.

Il est vray que cette conduitte, qui nous seroit fort advantageuse présentement, ne dépend pas absolument de nous, et qu'il faut que nos alliez y donnent leur consentement; car, s'ils désirent que nous rompions dez à présent pour essayer d'obliger ledict duc à rappeler prez de luy les trouppes qu'il a jointes à l'armée impériale, qui se trouve en estât, par ce renfort, de donner quelque grand eschec au gênerai Wrangel, il n'y a point de doute qu'il faut préférer cette considération generalle, et les devoirs de l'alliance aux particuliers de l'interest de nos quartiers, et à tous les autres respects que nous pouvons avoir pour dilferer à rompre contre ledict duc. Vous verrez donc par là qu'on ne sçauroit vous prescrire icy une règle bien certaine pour vostre conduitte, puisque la resolution en doit estre prise avec nos alliez.

' Ville du bas Palutinat occupée par les ~ Il y a bien de dans la copie au lieu

Espagnols. de sous.

iC'i

Novembre Sa Majesté a escrit au long à MM. les plénipotentiaires, pour traitter là-dessus avec les ministres de Suéde , et leur représenter les raisons pressantes que nous avons de dissimuler encore pour quelque teins nostre ressentiment contre ce prince, puisque se flattant1 dans une conjoncture où nos forces se trouvent de beaucoup inférieures aux siennes, cela ne serviroitqu'à nous faire plus de mal qu'à luy,et à luy donner occasion, sinon de nous chasser de nos quartiers, de les estrecir2 au moins extrêmement, ou de ruiner nostre armée pour les deflendre, mettant, en outre, en grand hazard nos places avancées qu'il auroit respectées sans cela, et enfin courant fortune d'estre confinez deçà le Rhin, dans l'impossibilité de refaire nos troupes, et avec une dépense pour les entretenir, à laquelle les finances de Sa Majesté ne sçauroient fournir en aucune façon.

On espère que les ministres de Suéde entreront, en ce rencontre, dans nos interests qui sont les leurs , puisqu'il est question , ou de remettre nostre armée en estât, ou de la ruiner vraysemblablement sans aucun fruit. Neantmoins, s'ils ne tombent pas d'accord que nous tenions cette conduite, et qu'ils désirent que la France rompe dez à présent avec M. de Bavière, l'intention de Sa Majesté est qu'on s'accommode plustost à leur désir qu'à ce qui nous conviendroit, ne voulant laisser aucun subject de plainte imaginable à ses alliez, ny leur donner le moindre ombrage de sa sincérité.

GCXXI.

Archives des Affaires étrangères (Hollande), t. XLVII, P i54. — Minute de la main de Lyonne.

A M. DE LA THLIILLERIE.

[Paris,] 1" novembre 1 0/17.

(extrait.)

Mazarin approuve ce que '.'ambassadeur a fait pour les Portugais; puis il conlinue en ces termes :

Je suis de vostre advis touchant la conduite que nous devons tenir

C'est-à-dire se faisant illusion , concevant de vaines et trompeuses espérances. — ' Resserrer nos quartiers.

avec M. le prince d'Orange, et qu'il ne faut point luy tesmoigner de met- Novembn liance ny d'estrc informé de toutes ses négociations avec les Espagnols,. l647pour ne le pasjeter nous-mesmes entre leurs bras et luy faire achever ce qui n'est qu'entamé, et qui peut-estre ne réussira pas. .Je tiens, au contraire , qu'il faut le flatter et le caresser, quand ce ne seroit que pour le mettre davantage dans son tort et luy imprimer quelque sorte de honte de nous manquer. Je vous prie mesme de me mander si vous croiriez à propos qu'on luy fist d'icy quelque présent comme de chevaux ou de senteurs, ou d'autres galanteries, si je pourrois envoyer Milet prez de luy et sous quel prétexte, et enfin vos sentimens sur ce que nous pourrions faire de mieux, sinon pour le gagner entièrement, au moins pour le tenir en devoir.

Le voyage de quatre des députez de MM. les Estats à la Haye, entrepris contre l'ordre exprez qu'ils avoient de leurs supérieurs de ne désemparer pour quelque cause que ce fust, nous doit estre fort suspect, et asseurez-vous que, quand ils escrivoient de Munster, du i3, d'avoir descouvert d'estranges menées, cela ne va que contre nous, et que c'est quelque artifice nouveau que nos parties leur ont suggéré pour nous nuire prez de MM. les Estats , et les obliger à passer outre à leur traité, sans considérer nos interests. Sa Majesté se repose sur vostre adresse et vostre suffisance de destruire tout ce qu'ils advauceront de faux, et de faire toucher au doigt auxdicts sieurs Estats la malice de nos ennemis, quand vous aurez sceu quelle elle est, et, pour faire plus d'elfect, vous pouvez mesme les faire souvenir de celles qu'ils ont pratiquées par le passé, qui, parla suite, se sont tousjours trouvées de pures calomnies, ou des chimères qu'ils forgeoient à plaisir pour nous faire du mal.

On voudroit bien demander à MM. les Estats si le voyage que va maintenant faire le roy de Bohême ' en Espagne est pour marier l'Infante avec le Roy, dont leurs députez leur ont donné fort longtems un

' Ferdinand-François d'Autriche, (ils de nommé roi de Bohême en i6i0. 11 fut élu l'Empereur Ferdinand III et de sa première roi des Romains le 1 1 mai 1 653, et mourut . femme Marie-Anne d'Autriche, avait été avant son père, le 9 juillet 1 6 5 /i .

Novembre si grand ombrage '. et il me semble que vous avez beau champ, dans im1- celle occasion , de faire comprendre aujourd'huy auxdicts sieurs Estats s'ils seroient bien conseillez de desobliger cette couronne et de s'abandonner entre les mains des Espagnols, comme se voit que c'est l'intention de quelques-uns de leurs députez de les y porter, et si, au contraire , ils ne devroient pas raisonnablement craindre que le roy de Bohême, venant à hériter de la couronne d'Espagne et estant assisté des forces de l'Empereur, qui sera, ouson père, ou son frère2, ou luymesme , ne songe, avec le tems, à faire valoir, par les armes, les droits qu'ils prétendent d'avoir sur les Provinces-Unies, quelques cessions ou renonciations qu'elles aient pu exiger de sonbeau-pere, la maxime d'Espagne ayant tousjours esté qu'on n'est pas obligé de garder la foy à des hérétiques, et beaucoup moins quand ce sont dessubjects, qu'ils prétendent que nul contrat ny prescription ne sçauroit jamais rendre libres, ny avoir obligé valablement leprince qui s'est despouillé delà souveraineté. Vous sçavez pourtant qu'on me mande de Vienne que Pennaranda y a escrit depuis peu en termes fort pressans pour faire encore différer le voyage dudict roy de Bohême, ou au moins emporter qu'il ne se publie de quelque tems, afin d'avoir tousjours le moyen de donner jalousie aux Hollandois du mariage de l'Infante avec le Boy, et, par cet artifice , les conduire mieux à ses fins.

Mazarin termine sa dépêche en insistant sur les inventions des Espagnols pont irriter les Hollandais contre la France:

Ils l'ont en mesme tems, ajoute-t-il, des diligences pour former une ligue avec le roy de Dannemarck et le parlement d'Angleterre contre la Suéde, sous prétexte de la liberté de commerce de la mer Baltique, et se flattent que MM. les Estais y entreront aprez leur accommodement laict, et peut-estre le roy de Pologne. Il sera bon que vous tesmoigniez auxdicts sieurs Estais d'estre informé de toutes ces pratiques.

On a vu ci-dessus, p. 217-218, que la France les Pays-Bas espagnols (Belgique). Mazarin avait prêté l'oreille à ces pro- 2 Léopold d'Autriche, frère cadet de Ferpositions de mariage du Boi avec Fin- dinand-François, fut élu empereur d'Allefante, dans l'espérance d'assurer ainsi à magne en i658.

Archives des Affaires étrangères (Allemagne), tome LXXXVI. — Minute de la main

de Lyonne.

AU DUC DE LONGUEVILLE

[Paris,] icf novembre 1667.

(extrait.)

Mazarin lui annonce qu'il lui adresse copie d'une lettre préparée pour le duc de Bavière et non envoyée. Il ajoute :

Il nie semble que nous avons grand interest de mesnager ce prince , et nous le maintenir tousjours favorable, autant qu'il sera possible.

Je vous advoue que j'ay peine à comprendre la raison de procéder des médiateurs, dont nous avons perdu la bonne volonté depuis qu'ils ont sceu l'entrée de nos armes dans le Milanois, du costé de Crémone, appelant cela une nouvelle entreprise. Je voudrois bien leur demander, si les Espagnols estoient en estât d'attaquer le Languedoc ou la Provence, comme cette année leur armée navale avoit eu dessein sur Toulon, s'ils qualifieroient cela du nom de nouvelle entreprise.

Mazarin se plaint des faux bruits que l'on répand pour persuader que la France ne veut point la paix.

Dans un post-scriptum que le duc de Longueville doit seul déchiffrer, Mazarin l'avertit que les plénipotentiaires d'Espagne ont eu communication de leurs dépêches depuis le mois de mars; il importe de mettre tout en œuvre pour découvrir par quel moyen cela est arrivé, et s'en garantir à l'avenir. Il termine ainsi sa dépèche :

Je prends cette occasion de vous' prier de me mander librement vos sentimens, à part, sur tout ce qui se passe dans vostre négociation, et si vous croiriez que, de nostre part, on doit faire quelque chose plus ou moins. Je feray grand cas de ce que vous me ferez la faveur de m'en mander, et vous respondray avec la mesme franchise.

Novembre

Novembre 16Û7.

GCXX1II.

Archives des Affaires étrangères (Allemagne), tome LXXXVI. — Minute de la main

de Lyonne.

AU DUC DE LONGUEVILLE

[Paris,] 8 novembre 16^17.

(extbait.)

Mazaiïn regrette de n'avoir pu présenter la candidature du prince de Conti pour l'archevêché de Mayence :

On doit surtout s'appliquer à préparer les choses en faveur de ce prince, et, si cette occasion, ou celle de Liège arrive, vous verrez que, de ma part, il n'y sera rien obmis de possible.

Mazarin lui parle ensuite de projels de mariage entre i'Empereur et Mademoiselle, que l'on avait suggérés au duc d'Orléans, et qui ont été rejetés par l'Empereur, ff parce que, écrit-on, il estttssuré, à n'en pouvoir douter, qu'en France on ne veut point la paix.n

Vous sçavez, Monsieur, mieux qu'aucun autre ce qui en est, ajoule Mazarin; mais ce qui me surprend davantage en cela est de voir que les Impériaux ayent une telle croyance et luy donnent cours, eux qui en devroient destromper les autres, ayant peu toucher au doigt en mille rencontres, et particulièrement Trautinansdoriï, avec quelle passion Leurs Majestez souhaitent le repos de l'Empire et de la chrestienté, jusqu'à mespriser tous interests politiques pour l'advancer, et jusqu'à courir risque de se brouiller avec nos alliez, pour les presser trop sur ce point, lorsque nous les en tenions plus esloignez qu'ils ne le sont en elïect. C'est un grand malheur que nos intentions soient si

mal receues et recognues Je vous conjure de nouveau, Monsieur,

de me faire sçavoir ingenuement, si on manque, de ce costé-cy, à faire quelque chose qui puisse advancer ou faciliter la paix, ou si, suivant ce que l'on a escrit en diverses depesches et que l'on mande encore en celle-cy, il faut prendre quelque resolution hardie, pour tesmoigner fermeté en une conjoncture, où, faisant aultrement,on mous-

(reroit foiblesse sans aucun profit l. Vous me pouvez parler librement de tout, et vous ne sçauriez plus sensiblement m'obliger.

iMazarin remercie ensuite le duc de Longueville de la part qu'il a prise à la promotion de son frère au cardinalat.

11 y a quelque chose de bas, ajoute-t-il, en la conduite que les Espagnols ont tenue à Rome dans cette affaire, qu'ils ont traversée, jusqu'au dernier moment, avec tant d'opiniastreté et de violence, qu'il sembloit que la fortune de la couronne d'Espagne y fust attachée.

I\ ovcjmln-.

Archives des Affaires étrangères (France), tome XXII, f° A36. — Copie du temps.

AU DUC D'ORLÉANS

Paris, 12 novembre 16/17.

Monseigneur, Le Roy eut hyer au soir un mal de reins, qui lui a causé quelque esmotion cette nuit; on a jugé à propos de luy donner un remède ce matin, et peut-estre resoudra-t-on de le faire saigner aujourd'huy. J'ay jugé à propos de depescher ce gentilhomme à Vostrc Altesse Royale, pour luy en faire part, el luy dire que toutes les apparences sont, Dieu mercy, que cela n'aura point de suitte; selon le sentiment de

1 Dans une lettre adressée le même jour à M. de la Thuillerie, ambassadeur en Hollande ( voyez aux Analyses ) , Mazarin montre le danger des concessions: trQuant à ce que vous dictes que l'on pourroit se relascher, dans ce rencontre, de la sévérité que l'on conserverait en un autre, vous sçavez ce que nous a servi d'avoir relasché le point de la tresve de Portugal, que les médiateurs asseuroient estre le seul achoppement à la paix et la voir comme conclue dez

qu'il seroit adjusté. Nous sommes prests à en relascher d'autres et avec plaisir pour le bien de la paix ; mais , comme l'on cognoist visiblement que les Espagnols ne veulent qu'amuser le tapis , c'est avec beaucoup de raison et de prudence que MM. les plenipoteniatires marchent avec circonspection et fort retenus à ne pas accorder des choses dont le relaschement, bien loin d'advancer la paix, la reculeroit plustost par l'espérance dont nos parties se flalteroient. «

Novembre M. de Vaulier ' et des autres médecins, on pourrait seulement craindre ,(5^ la petite vérole. Cependant je supplie Vostre Altesse Royale de me croire toujours inviolablement.

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