‹ Lettres du cardinal Mazarin pendant son ministère (volume 2)Chapitre 15 sur 81 · AU MARÉCHAL DE L'HÔPITAL · texte numérisé non relu

AU MARÉCHAL DE L'HÔPITAL

Sedan, 16 août 1667.

Vous m'avez obligé de me mander franchement l'incommodité que Paris souffre des courses de ceux de Rocroy \ et vous ne pouviez jamais vous adresser à personne qui prist plus de part que moy à sa seureté et à son repos. Sur ce que j'ay eu l'honneur de représenter là-dessus au Roy, Sa M^, aprez avoir faict examiner en sa présence les moyens les plus propres pour remédier à ce mal , a commandé tout aussy tost à Gharleville et à Mezieres pour faire puissamment la guerre à la garnison de Rocroy, logeant, pour cet effect, dans les deux places plus de trois cens chevaux. Outre cela. Elle faict mettre un bon nombre de cavalerie à Retel, AubentonS Ghaumont et autres lieux, y adressant

^ ]je mot d'vn a été omis par le copiste , que le saccesseur du titulaire d'un office et cette distraction s'explique parce que le devait lui payer, lorsqu'il s'en démettait, mot celle termine une page et que le mot * Il a ëtë question ci-dessus de l'enlève-

gouverneur commence la suivante. ment du ânancier Girardin aux portes de

' La copie porte du pair. Paris. (Vôy. p. 91 , note 3.)

* Voy. ci-dessos, p. &5, note 9.

de riûfanterie en quelques endroits, afin de boucher les passages, autant Août 1657. qu il sera possible, avec ordre aux uns et aux autres de se bien entendre entre eux, et tenant bonne correspondance avec les plus advancez, mesme avec la Gapelle et Ghasteau-Regnault, où il y a aussy quelques troupes de renfort, courir sus à tous les partis qui sortiront de Rocroy.

Pour commander tout ce corps, tant cavalerie qu'infanterie, le Roy a faict choix de la personne de M. le comte de Grandpré et d'officiers expérimentez, pratics^ du pays, et sages, qui feront vivre lesdictes troupes dans une discipline d'autant plus exacte qu'elles seront bien payées. Et, pour affoiblir tousjours la garnison de Rocroy, en luy retranchant les advantages qui ont le plus servy jusqu'icy à l'entretenir et [à] augmenter et faciliter ses courses. Sa M** a faict deffenses à tous ses sujets, demeurant au delà de la rivière d'Aisne et des marais de Liesse^ et de Pierrepont*, de contribuer* à ladicte place ny d'y avoir aucun commerce, à peine de la vie.

De plus, afin d'appuyer l'exécution des arrests du Parlement contre ceux qui, se glissant dans Paris et à l'entour, plus tost en espions qu'en gens de guerre, enlèvent les personnes pour les rançonner, le Roy a faict faire un fonds pour donner moyen à quatre prevosts des mareschaux de tenir leurs compagnies bien complettes, et mesme de les augmenter, et de quatre postes diiferens, qui leur seront assignez dans l'Isle-de-France, battre continuellement la campagne et se saisir des vagabonds et autres désignez par lesdicts arrests.

A toutes ces précautions le Roy veut encore adjouster l'entretenement d'une compagnie de cinquante maistres, proche Paris, qui tiendra tous les environs par les divers partis qui seront tous les jours à cheval, et qui estant composée de gens choisis de toute l'armée, entre les meilleurs hommes de parti et les mieux disciplinez, et payée régulièrement tous

' ConDaissant à fond le pays. ^ Village, aiij. dép. de T Aisne, arr. de

* Notre-Dame-de-Liesse, auj. dëp. de Laon. TAisoe, arr. de Laon. * De payer des contributions.

HAXAAIII. — VIII 1 h

UrtRlMIMB SATtOMLt.

Août 1657. les jours, contribuera notablement à la seureté publique, sans eommettre le moindre desoMre.

J'espère que toutes ces choses bien exécutées, comme elles seront, par le soin qu'on y apportera et l'application avec laquelle, en mon particulier, j'y tiendray la main , produiront l'effect qu'on s'est promis. Neanlmoins, si, dans vos conférences, l'on trouvoit qu'il y eust encore quelque autre diligence à faire, je vous prie de m'en advertir, offrant, de bon cœur, mon entremise auprez de Sa M^ et tout ce qui pourra dépendre de moy pour asseurer le repos ou la liberté de la ville.

BibL nat., ms. t fr., t. 33,qo9, f° aSâ; original. — Aff. ëtr., France, t. 376, f* ^53 v'; copie du temps.

k L'ABBÉ FOUQUET.

Scdau, t6 août 1667.

11 ne se peut rien de plus obligeant que ce que vous m'escfivez sur la prise de Monlmedy. Je sçay bien que je peux compter sur vous pour toutes choses. Aussy devez-vous estre fort persuadé de mon amitié, dont je ne saurais donner une plus véritable marque qu'eu vous disant sincèrement ce que je crois estre de vostre bien et de vostre interest. *"

Puisque vous n'avez point eu d'autre interest dans l'accommodement que vous avez faict de Tabbé de Guitaul^ avec l'abbé de Grasse^ que de faire cesser la poursuite que celuy-cy faisoil au Parlement, je vous diray qu'il est fort indiffèrent au Roy où leur procez soit jugé et lequel des deux le gaigne, et du reste je vous advoue que je seray bien ayse

' L'abbë de Guitaut ëtait Bertrand de sieurs abbayes en France portant le nom de

PecbpeiroQHCominges, abbë de Saint-Mi- Grâce ou Grasse; mais il est plus probable

chel de Bessan, au diocèse d'Auch. que Tabbë dont il s*agit ici appartenait à la

* La copie porte Grâce. Il y avait plu- famille provençale de Grasse-Tiily.

de ne me roeder point des interests des personnes que je sçay n estre Aoàt 1657. pas bien intentionnées ny pour le Roy, ny pour TËstat, ny pour moy, et que je souhaiterois que mes amis en usassent de mesme.

Vous n avez pas esté bien informé de ce qui s'est passé touchant le (lis de M. Inchequin^ Vous sçaurez que Tambassadeur d'Angleterre ne l'a point envoyé prendre au collège des Grassins^, mais qu'il est allé chez iuy de son mouvement, et qu'estant sur le pas de la porte, il en fut enlevé de force par des gens qui frappèrent mesme un laquais dudict ambassadeur qui estoit avec Iuy'; et comme c'est une injure que Ton a faicte à un ministre d'un prince estranger, où la religion n'a point de part et dont M. le Protecteur a tesmoigné mesme du ressentiment d'en faire faire quelque prévention (sie)^ aussy audict ambassadeur, qui s'est, ce semble, mis à la raison, en se contentant que l'on [le] renvoyé* chez Iuy, et pour un jour ou deux, et que, dans cet intervalle, on mettra auprez de Iuy telle personne que l'on désirera pour empescher que sa mère, ou d'autres, n'essayent de le corrompre sur le faict de sa religion; aprez quoy, s'il veut retourner au collège et qu'il persiste dans les sentimens où l'on dict qu'il est, ledict sieur ambassadeur a déclaré qu'il ne s'y opposeroit point, et il ne prétend cette démonstration que pour une satisfaction à l'affront qu'il a reçeu.

Vous sçavez les soins que l'on a pris pour empescher doresnavant les courses de Rocroy ^ et restablir la seureté publique. Quand vous aurez nouvelles de l'homme de la Franche-Comté'', je vous prie de

^ Nom de cet. Anglais dont il a ëté question d-dessus, pagfe 81. Cette affiaiire touchait aux intérêts religieux , quoi qu*en dise plus loin Mazarin, dans un temps on ia tolérance n'était encore admise par personne.

* Ce collège de Tancienne Université de Paris était situé rue de la MontagneSainte- Geneviève. Pierre Grassin, conseiller au Parlement de Paris, Tavait fondé en 1669.

^ Avec le fils de H. Inehoquin.

* Tel est le texte de la copi^; il y a évidemment erreur, an moins pour le mot prévention. Il faudrait plutôt excuse ou réparatùm.

^ Que Ton renvoie chez lui le jeune lachequiju.

^ Voy. ci-dessus, p. 19 et 80.

' Probablement Retz, que Ton disait s'être retiré en Franche-Comté.

lA.

Aoât 1657. lû'en donner part et de croire que j'ay pour vous toute la tendresse d un véritable amy.

On n est pas encore tout-à-faict convenu de ce que dessus avec l'ambassadeur d'An^eterre; mais on taschera de l'en faire contenter, et le Roy ne se reiaschera [à] rien de plus.

Aff. ëlr., France, l. 27a, f* asa. — Copie du temps.

À M. DE LUMBRES,

RBPRiSBVTAlIT DO BOI DB VBiNGB BN POLOGNE.

Sedan, 17 août 1657.

(UTIAIT.)

Je ne doute pas que les partisans de la maison d'Âustriche ne se servent de toutes sortes d'artiGces pour vous faire retirer; mais je ne suis pas persuadé qu'ils souhaitent la retraite de la reyne en Silesie; car, ainsy que je vous ay desja escrit, on croit, à Vienne, que c'est elle qui a donné la dernière main à la conclusion du traité ^ par lequel le roy et la republique de Pologne s'engagent à asseurer la succession de ce royaume-là au frère du roy de Hongrie. Mais peut-estre que la reyne, ayant reconnu de plus près le peu de fondement qu'elle doit faire en lamitié des Espagnols, qui sont ceux qui gouvernent et qui disposent de tout à Vienne, et se ressouvenant qu'elle est née en France, que le Roy et la Reyne n'ont rien oublié pour la bien servir, et que Leurs Ma-, jestez conservent encore pour elle une parfaite estime et amitié, avec la dernière tendresse , et que rien ne peut empescher qu'Elles ne continuent à luy en donner des marques, pourveu que Sa M*- agisse, de son coslé, en la manière qu'il est nécessaire pour les recevoir; peut-estre, dis-je, qu'ayant considéré tout cela, elle vous aura tesmoigné de vouloir estre tousjours la mesme à l'esgard de cette couronne

^ Ce traité entre rAntriche et la Pologne avait éUi concia h Vienne, le 97 mai 1687.

et de vonioir prendre une entière confiance en Tamitié de Leurs Ma- Août 1657. jestez, et au tres-humble service quejeluy ay voué; ce que je souhailo avec toute la passion imaginable.

Mazarin conclut en déclarant à M. de Lumbres qu'il doit i*ester en Pologne et travailler, avec tout le zële possible, à la réconciliation de la Suède et de la Pologne.

Bibl. nat, ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5i A, P a 45. — Minute.

À M. DE TURENNE

(extrait.)

Sedan, 18 aoâl 1607.

J'espere que Dieu favorisera la resolution que vous avez prise et que vous serez sur la Lys assez à temps pour y entreprendre quelque chose auparavant que les ennemis vous en puissent empescher. Si Armentieres^ est desgarny, comme il y a apparence, puisque les ennemis avoient retiré toutes les troupes qui estoient de ce costé-là et de celuy de la mer, vous en aurez bon marché^, et je m asseure que vous ne manquerez de rien; car outre que MM. de Crequy* et Broglia vous assisteront de tout ce qu il y aura dans leurs places, dans Tasseurement qu'on leur rendra sans aucun delay tout ce qu'ils auront fourny (en quoy vous pouvez engager ma parole), M. de Mondejeux en useia

' Armentières, sur la rive droite de la Lys, est auj. chef-lieu de canl. du dëp. do Nord , arr. de Lille.

* Turenne , en s*avançant vera la Flandre , savait qu*il ne pouvait prendre cpi'un jour d'avance sur TenDemi, (t lequel, dit-il, pouvant marcher par son pays , ne secait point retardé. Ce qui fîit cause qu'il (Turenne) ne voulut point assi^^er Annentières, parce que Temiemi eut pu y être un jour plus

tôt qu'h Saint-Venant», que le Maréchal se hâta d'investir. Cette marche de Turenne à travers TArtois avait été très rapide, et, lorsque Mazarin écrivait cette lettre, le 18 août, le siège de Saint- Venant était déjà commencé depuis deux jours.

' On a déjà dit que Créquy était gouverneur de Béthune et Charles de Broglie chargé du gouvernement de la Bassée pendant la minorité de son neveu.

Août 1OÔ7. de mesme de son caste, non-seulement par le zèle qu il a pour le service du Roy et par le désir de vous obliger, mais parce que je luy en escris fortement par ce gentilhomme. Je luy mande que je l'ay depesché exprès, et que c'est le mesme que j'employay d'autres fois avec beaucoup de satisfaction dudict Mondejeux. Je le prie mesme de vous prester jusqu'à mille pistoles que vous pourrez faire prendre par Blondot^ à mesure qu'il en aura à faire pour les despenser par vos ordres, et vous me permettrez de vous dire qu'il sera hon que vous en usiez avec ledict sieur de Mondejeux en la manière que vous avez faict en dernier lieu, dont il s'est extrêmement loué.

Mazarin lui annonce que Jacquier est parti pour le rejoindre avec Genlis^ qui conduit de la cavalerie. Il ajoute :

Le régiment de M. le comte de Soissons [y est compris], lequel (comte) a voulu estre aussy de la partie, et depuis j'ay faict joindre encore à ce corps le chevalier de Joyeuse^ avec son régiment, que l'on a retiré de Rethel, de façon qu'il y aura près de quinze cens chevaux; mais si, lorsque ledict sieur de Genlis sera arrivé à Guyse, où il avoit ordre d'aller, il ne reçoit pas les vostres^ de ce qu'il aura à faire, il tardera à vous joindre. J'espère pourtant que, vous ayant escrit de l'informer à l'avance de vos intentions, il aura sceu assez à temps la [marche]^ qu'il devoit prendre pour se rendre diligemment auprès de vous par le chemin le plus seur et le plus court; ce que je souhaite avec passion; car cette cavalerie, avec ce que Seyron me mande qu'il avoit ramassé d'infanterie pour mener à l'armée, vous sera un renfort assez considérable^.

^ Intendant d*année. lieutenant gëoëral, dont il est très souvent

* Voy. ci-dessus, p. 101, note a.> question.

' Voyez sur le chevalier, plus tard mar- * Vos ordres,

quis, de Joyeuse-Grandpré, dont il s agit * Mot douteux.

sans doute ici, le tome V, page &33, des ^ Seyron conduisait les bagages; il avait

Lettres de Mazarin. Ce personnage, qui de- en ordre de Turenne de prendre h Saint-

vint maréchal de France sous Louis XIV, Quentin des outils qui s'y trouvaient, et de

était le frère cadet du comte de Grandprë, s'en venir, par Arras et Bëthune, droit à

C'est un grand malheur que, prenant t4)usjours le seing de faire Aoât 1657. venir i'arg^it nécessaire pour le payement des Anglois, il arrive, par des aecidens qu'on ne sçauroit prévoir, qu'ils ne le reçoivent pas si à point nommé qu'on voudroit II y a huit jours qu'un commis de TEspargne est avec cet argent à Rethel, attendant vos ordres, et comme il se pourroit faire qu'il ne les receust pas sytost, je luy escris par deux endroits de partir, avec une escorte que M. de Grandpré luy donnera, pour s'en aller à Peronne, d'où il ne partira que par vostre ordre que vous luy envoyerez, s'il vous plaist, afin que les Anglois soient payez avec ia ponctualité ^qu'on leur a promise.

Vous ne serez pas fasché d'apprendre qu'on a résolu de faire puissamment la guerre à Rocroy, et que toutes les places frontières seront les premières à commencer, le Roy ayant estably pour cet effect trois cens chevaux dans Mezieres, Gharle ville et Chasteau-Regnault, et plus de trois cens hommes sur la rivière d'Aisne, à Aubenton, Ghaumonl et d'autres lieux, avec trois cens hommes de pied, sans compter ce que foarniront d'infanterie ces places frontières, dont les gouverneurs m'ont promis de donner jusques à quatre ou cinq cens soldats en cas de besoin; le tout sera commandé par M. de Grandpré, et on luy a donné pour agir soubs luy le s' Dieudanger\ que vous cognoissez. J'espère qu'avec tout cela et une compagnie de cinquante rnaistres que l'on a envoyée aux environs de Paris, laquelle sera bien commandée et bien payée, non seulement on empeschera les enlevemens, mais on restreindra fort la garnison de Rocroy, et les contributions seront réduites au petit pied; et c'est toute la guerre qu'il me semble que Ion peat présentement faire à Rocroy.

L'on a esté obligé de laisser cinq ou six jours l'armée à Montmedy, parce que la place estoit toute ouverte; et comme on a receu advis depuis trois jours que les ennemis avoient envoyé trois cents hommes à Herbemont^ et que l'on travailloit en grande diligence pour fortifier

Saint- Venant. On verra plus loin comment, ' Ou Dieudauger.

par son imprudence, presque tout ce ba- * Voyez, dans les Mémoù'es de Montglai

gage tomba aux mains de Tennemi. (ëd. Michand, p. SaS), le rëcit d'une em-

Aoùi 1057. ce chasteau qui est assez bien situé et qui a une demy-lune revestue devant la porte, le Roy, ayant considéré qu'il feroit contribuer toute la Champagne avec la mesme facilité que faisoit Montmedy, et quil estoit bon par d'autres raisons de s'oster promptement cette espine du pied, a donné ordre au marquis d'Huxelles de lattaquer avec le corps d armée qu'il commande, et pour cet eflfect il doit y arriver aujourd'huy avec quatre pièces de vingt-quatre; nous ne sçavons pas la résistance que l'on y trouvera; mais ce que je vous puis dire, c'est qu'à l'instant qu'il (le marquis d'Uxelles) l'aura pris, il aura ordre de marcher droit à Saint-Quentin, et le corps qu'il mènera sera composé de six mille hommes de pied effectif, compris les dragons, sans compter les trois compagnies des gardes que le Roy a auprès de sa personne; et, pour la cavalerie, il y aura plus de deux mille chevaux, y compris les compagnies de gendarmes et de chevaux-legers du Roy, et les autres qui sont à la suite de Sa M^.

Leurs M*** partiront aussy au mesme temps, prenant la route de la Fère, pour s'advancer, après, suivant ce qu'on estimera plus à propos. Il sera bon de recevoir au plus tost de vos nouvelles, tant sur ce que le marquis d'Uxelles aura à faire que sur le lieu auquel vous croiriez que le Roy se dust rendre de la Fère; et vous sçaurez que, comme il veut cstre tousjours à l'armée, ou en estre peu esloigné, l'endroit le plus proche que vous indiquerez sera celuy qui luy plaira davantage. Neantmoins que cela ne vous contraigne point, car il faut regarder preferablement ce qui est le mieux pour le service.

Toutes les troupes qui estoient dans le Luxembourg y sont encore, à l'exception de deux regimens de cavalerie qui ont passé à Givet depuis trois jours; elles sont toutes partagées à Arlon, à BastoignesS à Virton et en d'autres postes, dans la crainte que le dessein du Roy ne soit de pousser ses progrez de ce costé-cy, voyant qu'on y laisse la plus

buflcade dans laquelle le Roi fut sur ie point ^ Bastoignes ou Bastogne est aujour-

de tomber, et dont les auteurs ëUienttrenle d*hni, comme Arlon et Virton, dans ie soldats détaches du chAteau d*Herbemont. Luxembourg belge.

grande partye de i armée qui avoit faict le siège de Montmedy. Ainsi Août 1657. D. Juan ne pourra pas avoir mené sur la Lys l'armée plus forte qu elle estoit quand elle est venue à Riblemont.

Je vous prie de songer tousjours à la mer^ autant qu'il vous sera possible , ou du moins de faire cognoistre au chevalier Reynolds Timpossibiiité de rien entreprendre de ce costé-là, afin qu'il l'annonce à M. le Protecteur.

Bibl. nat, ms. f. fr., Milanges de Coibert, t. 5i A, f" 9A7; minute. — Aff. ëtr., France, t. 373, f 9a&; copie du temps.

AUX PLÉNIPOTENTIAIRES (GRAMONT ET LIONNE)

Sedan, 18 aoâl 1657.

( BKTBAIT. )

Je vous avois mandé que j'avois renvoyé le comte de Wagnée vers M. l'électeur de Cologne pour sçavoir positivement de S. A. El. et de M. le comte de Fûrstemberg à quoy le Roy s'en devoit tenir touchant l'exclusion de la continuation de l'Empire en la maison d'Austriche; mais lorsque ledict comte estoit en chemin pour Bonn et avoit desjà passé la ville de Liège, il a rencontré le comte Guillaume de Fûrstemberg avec une lettre de son frère ^, par laquelle il priait ledict sieur de Wagnée de le vouloir accompagner à la cour, où S. A. EL l'envoyoit, afin qu'il rendist compte de tout ce qu'il avoit négocié à Munich avec le duc de Bavière et de la disposition en laquelle toutes choses estoient pour la prochaine élection.

Il a eu trois longues conférences avec moy, et quoyqu'il m'ayt promis de vous dire en détail toutes les mesmes choses dont il m'a entre^ tenu, et que peut-eslre il arrivera auprès de vous auparavant que vous

^ C'est-à-diré, à assi^er les places si- pulé Tattaque dans le traite avec les Aii« tuées sur ia mer, comme Dunkerquer g^ais. Mardick, Gravelines, dont on avait sti- ' Voy. ci-dessus, p. 63.

MAXAtm. — Tlll. ] 5

. llfi LETTRES

.Ma 16&7. receviea celte lettre, jay neantmoios jugé k propos de vous en infoi^ mer en substance, d'autant plus que aon frère doit deafa e$tre à Franc** fort, où son maistre la envoyé pour adjuster iea preliminaîrea de Taa* «emblée.

Premiei^ment, il ma ponetueilemeni informé de ce qui s'est passé dans lentrevue de MM* les Electeurs eccleaiastiquefi, et il m'a dtct qu'ils convinrent de ne se point desunir, quelque chose qui pust arri*ver, afin de concourir tous trois conjointement k relevaliou de la personne qu'ils jugeroient la plus propre pour le bien de TEmpire. En outre, que l'exclusion seroit absolument donnée au roy de Hongrie, que Ton y avoit parlé du roy [de France], et que, pour plusieurs raisons qu il m'a desduites et auxquelles il me semble d'avoir assez bien respondu, on n'avoit pas creu qu'il fust à propos que Sa M*^ y songeast, ny possible d'en venir à bout, et qu'enfin il avoit esté conclu entre eux que, si le duc de Bavière ne vouloit prétendre à la couronne impériale, ou seroit obligé de Tofirir à l'archiduc Leopold, lequel n'auroit pas le mesme attachement aux Espagnols que )e roy de Hongrie, et on ie bridei^mt en sorte, pour tout ce qu'il auroit à faire à l'instant qu'il seroit Empereur et pour toute sa conduite à Tadvenir, que non seulement les contraventions faictes par le feu Empereur ' au traité de Munster seroient aussytost reparées, mais que cette paix seroit, en toutes ses parties, religieusement observée; à quoy TArchi*duc, estant esleu, s'engageroit par toutes les formes les plus authen* tiques qu'on pourroit pratiquer, consentant mesme que les Electeurs et autres princes fissent une ligue avec la France pour luy faire la guerre et se porter aux dernières extreraitez contre luy, s'il y contrevenoit. Il a adjousté que ces messieurs estoient aussy convenus que, sy l'Archiduc refusoit la dignité impériale, ils demeureroient fermes à ne la donner pas au roy de Hongrie et à chercher ailleurs un sujet qui en pust estre honoré.

Apres cela, il m'a dict qu'estant allé avec le baron de Bennebourg,

' Ferdinand HI.

par ordre de MM. les Electeurs^ à la cour de Bavière, il navoit tenu Aoûi 16B7. qu'à eux de s'en retourner sans voir le duc, et très- mal satisfaits, puisqu'on les avoitfeict attendre quatre jours sans leur donner audience; mais qu'ils avoient jugé à propos de souffrir ce mauvais traitement, ayant recongnu qu'en usant autrement, ils feroient ce que souhaiteroit le comte CurtzS lequel, pour favonser la maison d'Austriche et em* pescher qu'on ne songeast paa^ à l'élévation de l'électeur de Bavière, avoit pratiqué cette politique de faire traiter incivilement les mi* nistres qui estoient venus ou avoient demandé de venir à Munich pour offrir le service de leurs maistres audict Electeur; qu'enfin ils avoient veu le comte Gurtz et S. A. EL, laquelle leur avoit parlé, en la première audience, dans la mesme manière que son ministre, c'està-dire en termes généraux, qui ne concluoient rien; mais que, dans la dernière audience, luy, comte de Fîîrstemberg, ayant reconnu que l'Electeur prenoit plaisir à entendre ce qu'il luy disoit, de la part de M. l'électeur de Cologne, il estoit entré bien avant en matière et luy avoit parlé de toutes choses avec une entière liberté, jusques à luy dire que l'on avoit esté surpris que son ministre à Francfort avoit déclaré que S. A. El. ne songeoit en aucune façon à l'Empire pour soy.

A quoy S. A. El. respondit qu'il en avoit menty; qu'il estoit vray qu'il ne s'estoit pas encore engagé à prétendre à la dignité impériale, parce qu'il vouloit estre bien esclaircy auparavant s'il pourroit réussir dans sa prétention, s'il pourroit conserver l'electorat, s'il pourroit estre garanti des éxtremitez auxquelles la maison d'Austriche se porteroit contre luy, se prévalant de la facilité qu'elle auroit de se venger, les Estats de Bavière confinant avec les Estats héréditaires de ladicte maison et estant tout ouverts et sans places de ce costé-là ; et qu'enfin il vouloit voir comment il pourroit fournir aux despenses qu'il seroit obligé de faire pour soustenir l'esclat de la couronne impériale, et particulièrement aux premières despenses de l'envoy d'un ambassa-

^ Gurtsou Kurtz. (Voy.CHJessus, p. 9.) mer pas; mais, k cette ëpoqae, cette r^e * Grammaticaiement, il faudrait suppri- a'était pas toujours observée.

Aoûi 1667, deur d'obédience à Rome, et de plusieurs autres qui! faudroit envoyer en divers endroits ^

A quoy le comte ayant respondu que toutes les choses estoient dii»posées à le faire Empereur, s'il le vouloit estre; qu'il n'y auroit nulle difficulté à conserver l'electorat dans sa maison, et que tous les Electeurs et princes, qui se seroient unis pour empescher la continuation de l'Empire dans ladicte maison d'Âustriche, le seroient encore estroitement pour garantir, avec toutes leurs forces, ses Ëstats de l'invasion qu'il craignoit, et qu'on pouvoit aussy engager la France à se déclarer et [à] joindre ses forces aux leurs pour le mesme effect; et pour ce qui estoit des despenses nécessaires pour soustenir sa dignité, lant s'en faut que S. A. El. en deust faire aucune extraordinaire pour cela; qu'au contraire, sa cour estant plus grande et mieux entretenue que celle du feu Empereur, il auroit matière d'espargner, s'il la vouloit réduire sur le mesme pied. M. l'Electeur, à ce que ledict comte m'a rapporté, escouta tout cela avec plaisir, el comme estant intérieurement disposé à s'élever à l'Empire.

Mazarin insiste sur la nécessite de porter le duc de Bavière à TEnipire et sur la nécessité d'écarter tout prince autrichien. Il n'admet pas la possibilité de Téiectien de l'archiduc Lëopold et déclare qu'il en résulterait de grands malheurs pour l'Allemagne. Continuant le récit de sa conversation avec le comte dePûrstenberg, il ajoute :

Je luy ay déclaré que, si les diligences que Sa M^^ avoil faictes pour faire toucher au doigt à MM. les Electeurs que leur interest, le

' On sait que la dignité impériale ne rapportait absolument rien au delk de quelques milliers d'écus par an. C'était un simple titi^, une autorité nominale et morale. D ny avait aucun budget, aucune^ Mçette , aucune armée d^empire; et, dans les rares circonstances où un empereur avait le droit de se servir de cette autorité nominale , il n'était sâr de la faire prévaloir qu'à la con-

dition de la soutenir avec une armée qu'il payerait de ses deniers. C'est là ce qui rendit si précaire, au moyen âge, la situation de certains empereurs pauvres, et qui eut rendu, au xvu' siècle, celle du duc de Bavière à peu près impossible sans l'appui constant de la France. Le calcul très habile de Mazarin eût consisté précisément à faire bien payer cet appui.

repos de l'Empire et peut-estre ceiuy de toute la chrestienté despeu- Août i65 doient de faire un Empereur qui ne fust pas de la maison d'Austriche, et la bonté que Sa M**^ avoit eue de vouloir employer pour cela sa personne, ses forces, ses soins et toutes sortes de moyens, en quoy Elle agissoit plus par le motif du bien gênerai de l'Europe que du sien particulier, [que si] ces diligences ne produisoient pas l'effect qu'Elle souhaitoit, MM. les Electeurs se laissant décevoir par les artifices de la maison d'Austriche, ou préférant d'autres considérations mal fondées aux raisons solides que le Roy leur a faict continuellement représenter, Sa M** estoit résolue de chercher ses seuretez dans sa propre puissance, et, après avoir perdu tout-à-fait l'espérance do, la paix, d'avoir recours à ses forces et de former une grande armée pour aller combattre en Allemagne mesme le nouveau [sic) Empereur austrichien, afin de prévenir la nécessité où Elle seroit de le faire en Italie et en Flandre, et en tous autres lieux où le roy d'Espagne en voudra estre assisté; qu'on n'estoit pas si simple que de vouloir seulement escouter ce que l'on advançoit que l'Archiduc pourroit estre engagé par MM. les Electeui^ à reparer les infractions de la paix de Munster, à l'observer inviolablement à Tadvenir et à n'espouser en aucune façon les interesls et les sentimens du roy Catholique. Car nous sçavons fort bien qu il ne sçauroit le promettre que dans la resolution de faire le contraire, et qu'il ne seroit pas en son pouvoir de l'exécuter, quand mesme il le voudroit, et l'on conçoit aysement qu'il n'y a aucune apparence que ledict Archiduc, qui ne sçauroit subsister que par les bienfaits du roy d'Espagne, et qui aime autant sa maison qu aucun autre des princes qui en sont sortis, voulust ^ plustost en sacrifier la grandeur et offenser le roy d'Espagne, en refusant d'embrasser ses interests, que de desobliger les Electeurs en n'exécutant pas ce qu'il leur auroit promis, d'autant plus qu'il auroit tout à craindre du costé dudict roy d'Espagne et du roy de Hongrie, et fort peu, pour ne pas dire rien du tout, des électeurs ecclésiastiques, mesme quand ils seroient unis et résolus à

* La copie porte voulant; mais il y a voulust dans la minute.

Août 1657. se porter à toutes contraintes pour tirer raison de son manquement de parole.

Mazarin continue d'insister sur la nécessite de choisir {'Empereur dans une autre maison que celle d'Autriche. li rappelle que IMlecteur de Bavière ne refuse pas, comme on l'avait dit, d'accepter la couronne impériale. Il faudrait seulement chercher à éloigner de loi le comte Curtz.

Aff. étr., France, t. «7*, f 464. — Original 8Îgii<^.

À J.-B. COLBERT

Sedan, 31 août 1657.

Je suis bien ayse de ce que vous me mandez de mon neveu ^ Je fais response à la lettre qu'il ma escrite pour l'exciter tousjours à mieux faire, et il est juste de luy donner quelque extraordinaire pour ses vacances, pendant lesquelles je trouve bon qu'il tire du fusil.

Je vous prie d'aller voir, de ma part, le principal du collège des Grassins^ et le fils du mylord Inchequin qui m'ont escrit, et de leur dire que le Roy donnera audict Inchequin toute la protection que la justice permettra; mais que l'ambassadeur d'Angleterre se plaignant d'avoir receu un affront par la violence qu'on a faicte en enlevant cet enfant sur la porte de son logis, où il s'estoit venu réfugier de son mouvement, et en excédant' mesme un de ses domestiques qui vouloit s'y opposer, on ne peut pas refuser de luy en faire quelque réparation, M. le Protecteur ayant desjà tesmoigné beaucoup de ressentiment de cette injure*. On tasche . d'accommoder l'affaire, et si Ton

^ Alphonse Mancini. (Voy. ci-dessus, ^ C'eift-è-dire, en ie portant à des exeh

p. 39, note 9.) sur, en niolenianl, suivant le sens qu^avait

' On a vu ci-dessus, p. 81, note 1, et alors le mot excéder, dans la lettre à TabbéFouquetduiâ août, * La phrase altérée dans la lettre à

que ie fils du lord Inchequin avait été mis Tabbé Fouquet (ci-dessus, p. 107) est ici

par son père au collège des Grassins. correctement écrite.

renvoyé cet enfaiii chez l'ambassadeur, comme on ne sçauroit s eu Août 1657. deffendre, ce ne sera que pour un jour ou deui, et il y aura tousjours une personne qu'on choisira pour demeurer auprez de luy et l'obséder \ en sorte que sa mère ny aucune autre [personne] ne puissent tenter de le corrompre sur le faict de la religion , de sorte que s'il demande aprez cela de retourner dans son collège , l'ambassadeur ne s'y opposera point, souhaitant seulement que l'on repare l'offense qu'il avoit receue, et ne traitant point cecy d'une affaire de religion; et pourveu que l'on dispose l'enfant à demeurer ferme dans les sentimens où il tesmoigne estre à présent, il n'y a nul sujet de s'alarmer du reste.

Aff. ëtr., France, t. 979 , f* %ii. — Copie du temps.

À M. DE GRAVEL

Sedan, at août 1657.

(bitrait.)

Je suis en quelque inquiétude, ne voyant pas que vous me parliez encore, par vostre lettre du 7 , de l'officier que je depeschay à MM. les ambassadeurs et à vous, de Stenay. Je veux pourtant croire que les précautions que je pris afin qu'il fîst le voyage en seureté, auront servi pour le faire arriver à bon port, et que vous aurez encore receu la depesche que je vous fis, à mon retour en cette ville, avec les deux lettres^ de trois cens mille escus; car j'ay advis de Saint-Aubin', de Metz, qu'il avoit receu le pacquet, et qu'il vous l'avoit envoyé par l'ordinaire, qui estoit sur le point de partir. J'attends, neantmoins,

Ml y a bien obséder dans l^original. On achetées à Paris, et dont Gratel detait par-

serait lent^ de lire observer; mais , d'après tager le montant entre plusieurs princes

rëtyi])oIogie, le mot obséder signifie ici se allemands.

temr près de lui, et donne un sens conve- ' D a ëtë question ci-dessus de Saint-

naUe. Aubin, qui était à Metz un des représen- '

* Lettres de change que Masarin avoit tants de l'autorité royale.

Août i«r,7. avec impatience d'en avoir des nouvelles, parce que, si, par malheur, ce dernier pacquet estoit perdu , il faudroit vous envoyer le duplicata desdictes lettres.

Je n ay rien à adjouter à ce que je vous ay escrit pour l'employ de cet argent; car je lay desja faict amplement, et j ay esté bien ayse de voir que vous en aviez donné au résident de Suéde et luy aviez faict cognoistre que vous estiez prest à payer tout ce que vous luy devez fournir, comme vous aurez pu faire aysement en recevant les lettres cy-dessus.

Il est tout-à-faict ridicule de proposer d'oflrir l'Empire à l'archiduc Leopold dans Tasseurance qu'on prétend avoir qu'il ne l'accepteroit pas, et j'ay parlé là-dessus au comte Guillaume de FûrslembergS qui m'a entretenu sur ce sujet et sur beaucoup d'autres choses concernant la matière de l'Election, qui tesmoigne partir bien persuadé des choses que je lui ay dictes et des biais qu'il faut prendre pour empescher la continuation de l'Empire dans la maison d'Austriche; sur quoy j'escris au long à MM. les ambassadeurs, qui seront aussy informez en détail par ledict s' comte des entretiens que nous avons eus ensemble.

Tay curiosité de sçavoir en quelle assiette vous aurez trouvé sur ce point M. l'électeur de Mayence. Ce seroit un grand malheur s'il estoit aussy persuadé qu'on deust faire l'offre de l'Empire à l'Archiduc; car ainsy toutes nos diligences auroient este faictes en vain. Je ne veux pourtant pas croire qu'il soit dans ce sentiment aprez les paroles positives qu'il nous a données au contraire.

Mazarin termine sa dëpéche par des détails sur des chevaux que Gravel a achètes pour lui et sur les levées de troupes que doivent faire le prince de Saim et le comte de Linange.

* Voy, ci-dessus, p. 63 et tt3.

Aff. ëtr., France, t. 373, f° 336. — Copie du temps.

AUX PLÉNIPOTENTIAIRES (GRAMONT ET LIONNE)

Sedan, si août 1667.

Le comte Guillaume de Fûrstemberg, m'entretenant sur les offres et promesses que les ministres de la maison d'Austriche faisoieut aux Electeurs et autres personnes pour les avoir favorables dans la présente Election, lesquelles [promesses] estoient assez considérables, il ma dict que, pour donner des seuretez réelles de l'exécution de ce qu ils promettoient et prendre aussv leurs précautions afin de nestre pas trompez, ils proposoient de mettre entre les mains d'un banquier la somme d'argent qu'ils tomberoient d'accord de donner, à condition que, sans autre ordre, ledict banquier s'obligeroit de la payer à la personne qu'ils nommeroient, si le roy de Hongrie estoit eslu Empereur. Je le remerciay de l'advis, et je luy dis que je vous le donnerois, afin qu'en cas de besoin vous vous en servissiez, si ceux avec qui vous auriez à traiter soubaitoient que vous en usassiez ainsy.

J'ay adjousté que ceux qui pourroient servir en ce rencontre n'auroient pas grande difficulté à conclure avec vous, s'ils vouloient se contenter de ne recevoir l'effect de ce qu'on leur auroit promis r que quand ce que le Roy désire pour le bien et le repos de l'Allemagne et pour l'advantage de MM. les Electeurs, princes et Estats de l'Empire auroit reussy; car, s'il àrrivoit que le roy de Hongrie, ou l'Archiduc, fussent élevez à l'Empire, il [seroit]^ raisonnable que Sa M^^ fust en liberté d'employer les sommes qu'EIle auroit destinées pour faire tomber l'Election sur un prince qui ne fust pas de la maison d'Austriche, à mettre des armées sur pied, qui la garantissent

' La copie porte : 1/ eMaù.

MAZAiin. — fin. 16

Août 1657.

Août 1667. des nouveaux efforts qu elle (la maison d'Austriche) ferait contre la France.

Pour M. l'électeur de Cologne, ledict comte m ayant dict qu'il ne recevroit pas d'argent et qu'il faudroit trouver quelque prétexte de le gratifier, comme de luy donner quelque somme pour Tayder à fortifier Bonn ou bastir à Brîihl, ou qu'on luy fist quelque présent de tapisseries ou choses semblables, je luy ay respondu que luy, ou M. son frère, en pouvoîent traiter avec vous autres messieurs, à qui le Roy donneroit ordre avec grand plaisir de faire tout ce qui seroît le plus de la satisfaction de S. A. EL, que Sa M^ considère comme un de ses meilleurs amya.

Il m'a parlé de la prétention qu'a M. Telecteur de Trêves d'estre payé de soixante mille escus, qu'il dict qui estoient deus à un de ses prédécesseurs par Henry IV, et il m'a dict qu'il faudroit donner pour le payement de cette partie toutes les asseurances nécessaires, comme aussy promettre quelque chose à son frère, qui avoit desja receu dix mille livreSi Je luy ay respondu que vous le feriez de fort bonne grâce.

Pour les interests de son frère, les siens et ceux de toute sa famille, je luy ay promis, de la part du Roy, comme vous le confirmerez et dans la meilleure forme qu'ils pourroient souhaiter, qu'au cas qu'ils perdissent quelques biens dans les pays héréditaires S Sa M^ leur en donneroit d'autres de mesme valeur en France, dans les lieux qui se* roient le plus de leur bienséance, jusques à ce qu'Ëile pust obliger le roy de Hongrie à leur rendre ce quil leur auroit retenu; que Sa M^*" gratifiera le comte son frère ^ de l'evesché de Metz, qui est une des plus considérables pièces du royaume, valant, en temps de paix, cin* quante à soixante mille escus de revenu', et que, pour cet etfect, je donneray ma démission^ et envoyeray toutes les expéditions neces-

* G'e&trà-dire, dans les provinces qui for- ' Ce revenu ëqttividait> au poid» de la

maient le domaine héréditaire de la maison monnaie, à fi&o,ooo francs environ, et,

d'Autriche. d'après la différence de pouvoir des métaux

^ Le comte Guiilaume-Elgon de Fiirsten- précieux , à /ï8o,ooo francs de nos jours,

berg fut, en effet, nommé évéque de Metz * On a vu qn^en i65a, Mazarin, quoi*

en i658. qu*il ne fut pas prêtre, ni mAme engagé

saires entre les mains de vous antres, Messieurs. Je luy avois aussy Aoét 1657. offert que le Roy feroit en sorte qu'il fusl nommé au cardinalat par TEmpereur qui seroit elu; mais j'ay reoognu que ce n'estoit pas une chose qui iaccMumodast, espérant Teiectorat de Cologne, si son maistre, dont la santé n'est pas trop bonne, venoit à manquer \ et parce qu'il m'a faict cognoistre que son frère, qui est au service de Bavière ^, est créancier du roy de Hongrie d'une somme de quatrevingt mille livres, de laquelle il ne pourroit plus faire estât si luy et sa maison servoient la France en ce rencontre; je luy ay dict que le Roy vous donneroit ordre de promettre le payement d'une partie de Micte s<Mnme, qui pourroit aller jusques à la moitié, en cas que l'Election reussist comme nous le souhaitons.

Il m'a encore tesmoigné, de la part de son frère qui est à Francfort, qu'il souhaileroit que l'on donnast cinq ou six cens pistoles au ehan* celter de M. l'électeur de Cologne aprez l'Election, et je luy ay promis que cela se feroit et que je vous en escrirois.

Pour son particulier, je luy ai promis qu'au lieu d'une abbaye , qu'il a présentement à la frontière, je me demettrois de l'abbaye de S^ Arnoul de Metz, qui vaut trente mille livres de rente en temps de paix^, afin que Sa M^ luy en fist un présent. Je luy ai donné une bague qui

dans les ordres majeurs, avait été nomme * Pour apprécier la portée de ces mots

parieBoiëvéqaedeMetz; mais le Pape lui ventemps de paix», il finit sesouTenirque,

doona les boUes nécessaires pour qu'A en dans tonte la r^on de TEst et du Nordi

remplit les fonctions ecclésiastiques. Il s'é- depub lonj^temps désolée par la ^erre,

tait borné à en toucher les revenus, qui, le revenu des terres avait baissé d'une façon

on le voit, étaient fort considérables. formidaUe. En Lorraine notamment, il était

' Guillaiime-Egon de Fnrstenberg Ait réduit, dans les dernières années dn miais-

promu cardmal en 1686. Il prët^pdit à la tère de Masarin, au cinquième de ce qu'il

succession de Télecteur de Cologne en 1 688 était à Tavènement de Louis XIII. Le revenu

et fut soutenu par Louis XIV. Ce fut une des abbayes, étant presque exclusivement

des causes de la guerre qui dura de 1 688 h foncier, se ressentait fort de cette déprécia-

1697. tien des immeubles mraux. Dans les baux

' Herman^Egon , comte, piUB prince de que Ion signait en Cbampagne et en Lor-

Fûrstenbeig, était grand maître de la mai- raine, à cette époque, on insérait presque

son de Tâseteur ée Bavière. Il mourut à toujours cette clause, que le fermage dou*

quarante ans, en 1 67a. bterait à la signature de la paix.

tô.

Août 1657. vaut sept à huit cens escus, et deax belles monstres attachées de deux chaisnes dor\ et je iuy ay laissé entendre que, comme son frère et luy faisoient de continuelles dépenses en voyages, si les choses s'acheminoient bien à Francfort pour le dessein que nous avons, il vous trouveroit disposez à leur donner volontiers quelque assistance d argent; sur quoy il se pourroit ouvrir à vous, comme vous leur en parleriez aossy avec liberté. En effect, le Roy trouve bon que, si vous voyez que ces deux frères agissent bien, vous leur donniez de quatre à six mille risdalies, bien entendu que la plus grande partie doitestre pour laisné^. Ce sont des personnes de condition, et je ne sçaurois croire qu ils voulussent s'engager à prendre nostre argent dans le dessein de nous tromper.

Et sur cette matière de promettre et de donner, je vous repliqueray ce que j'ay desja eu le fiien de vous escrire, que le Roy sera satisfaict au dernier point et ne plaindra point ce que vous vous serez engagez de donner, pourveu que les choses réussissent suivant nostre dessein; mais Sa M^ désire aussy que Ton prenne toutes les précautions nécessaires pour ne rien perdre, si TElection n'est pas conforme à nostre désir; car enfin, ou il faut faire un Empereur qui ne soit pas de la maison d'Austriche, ou il faut conserver nostre argent, pour remployer comme j'ay desjà marqué cy-dessus.

J'avois oublié de mettre dans mon autre mémoire que, ledict comte m'ayant pressé de luy déclarer, en cas qu'on ne pust pas faire sortir l'Empire de la maison d'Austriche, lequel le Roy aimeroit mieux qui fust Empereur, ou le roy de Hongrie, ou l'Archiduc, je luy ay respondu que nous ne faisions aucune différence de l'un à l'autre, et que Sa M*^ tenoit fort esgaux à l'esgard des interests de cette couronne des princes qu'EUe sçavoit qui feroient aveuglement ce que voudroîent les Espagnols. Ce n'est pas qu'à vous parler confidemment, nonobstant toutes les raisons que je vous aye alléguées au contraire pour vous servir auprez de MM. les Electeurs, il n'y en ayt de fortes pour lesquelles

' Il est déjà question de ces bijoux dans la lettre à Colbert du 3o juin préoëdent. (Voy. le tome VI, p. SA 1, des Lettres de Mazarin.) — * L'aiaë était François-Egon.

noas devons croire que relection de T Archiduc seroit moins desadvan- Août 1657. tageuse à la France que celle du roy de Hongrie.

LXXUF.

Bibl. nat, dis. f. fr., Mélange* de Co&ert, t. Si A, f* 989 v*. — Minute.

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