À M. DE FABERT
Liesse \ 95 août 1657.
J'ay escrit au s' Zacharie, qui a soin des soldats de mon régiment italien qui sont demeurez malades ou blessez à Verdun, de les amener par eau à Sedan, où il recevroit ordre de ce quil auroit à faire. Je vous prie donc, quand il sera arrivé, s'il y a quelques soldats qui ne puissent pas marcher, de les retenir à Sedan , leur faisant fournir ce qu'il («te) leur sera nécessaire jusqu'à ce qu'ils soient guéris, que je vous rembourseray, et de dire à Zacharie que mon intention est qu'il vienne joindre le régiment avec les autres, prenant les précautions que vous jugerez à propos afin qu'il vienne en seureté à la Fere.
Je prendray cette occasion pour vous dire que toute la Cour est fort scandalisée du s' de Montai^, qui semble affecter, toutes les fois que le Roy passe dans le voisinage de Rocroy, de dresser des embuscades sur le chemin de Sa Majesté ', ce qu'il sçait ne pouvoir pas produire grand effect; mais c'en est un (un effet) de si mauvaise volonté, qui marque si peu de respect pour la personne de Sa M'*^, qu'Elle pourroit bien s'en souvenir un jour *, et pe pendant cela luy faict désirer
' Voy. sur Liesse, ci-dessos, p. io5.
* Charles de Montsaulnin , comte de Montai. (Voy. ei-^leesas, p. go.)
^ Le rëdt de cette embuscade est contenu tout au long dans les Mémoires de Montglât (p. SaS ) et dans ceux de M"* de Montrpensier (p. aSg). Elle avait eu lieu au milieu des bois, dans un endroit qu'on nommait le Trou de Sottris. Le Roi avait montre,
dans la circonstance, beaucoup de pi*^nce d'esprit et avait chaîne lui-même les soldats ennemis, accompagne de Montaigu et de Du Passage. 11 n'en était pas aile de même de Monsieur, qui n'avait pas bougé de son carrosse, dit le Roi, «r parce qu'il n'était pas botté».
^ Louis XIV n'oublia pas, en effet, la conduite de certains personnages à l'époque
Août 1657. que Ton n'oublie rien pour faire fortement la guerre à Rocroy, ainsy qu'il a esté résolu. Ten escrirois à M. de Noirmoustier, si je ne le croyois à Paris, m'ayant dict qu'il partiroit hier de Charleville pour y aller; mais je vous prie de le mander au s' de Longuerue^ à Mezieres et à M. de Grandpré^, et de leur faire l)ien cognoistre quelle est en cela l'intention de Sa M^. Cependant je demeure, etc.
P.S. — Tout le monde crie contre l'insolence de Montai. Il y a eu deux gardes de la Reyne pris, lesquels il se faut bien garder de demander. On en a aussy fort blessé un , et l'on dict qu'il y a encore un homme tué. Le Roy, de son mouvement, m'a commandé fort de faire la guerre eiactement contre Rocroy. C'est pourquoy je vous prie de ce que dessus.
Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5i A, f* 997; miDule. — Passages à chiflrer soulignes dans la minute.
A M. DE TUREIVNE-
(IITIAIT.)
U Fère, t6 aoât 16Ô7.
Hyer au soir, en arrivant icy, j'appris, par des lettres, le malheur qui est arrivé à une partie du bagage de l'armée*, et voyant, par vostre lettre du 31, que vous ne m'en dictes rien, j'ay jugé que vous n'en aviez pas encore cognoissance quand vous m'aves escrit. Je ne sçay
de la Fronde et pendant les troubles qui la suivirent; Montai ne pot jamais obtenir, malgré sa capacité et ses services ultérieurs, le bftton de maréchal de Pranoe. Saint-Simon 6*en étonne dans ses Mimaires; mais il ignorait, ou avait oublié, la conduite de Montai, gouverneur de Rocroy.
* Il a d^à M question de ce DuCmit de
Longuerue, qui commandait à Charleville en Tabsenee de Noirmoutiers. (Voy. t. VI, p. &37, des Lettres de Mazarm.)
* Gouverneur de Mouion. (Voy. t. VU, p. 57 et 378 , des Lmres de Mouaim.)
* On voit par les Mémoires de Twmme que les bagages de Tarmée française avai«Dt été attaqués et en partie pillés par les ennemis.
pas comment ia chose s'est passée et qu'elle raison Seyron^ alléguera Aoûi 1657. pour se justifier; mais s'il est vray que Bouteville^ ayt seul [attaqué] ^ avec quinxe escadrons, qui pouvoient faire douze cents chevaux , je ne voy pas qu'il [Seyron] se puisse excuser de s'estre laissé battre avec neuf escadrons et deux mille hommes de pied et des chariots qui pouvoient servir d'un retranchement ^. Et si c'a esté un plus grand nombre de b'oupes ennemies qui ayt faict l'effect, il me semble que vous ne luy auriez pas refusé le secours, s'il eust pris la précaution de vous le demander pour mettre toujtrà-fait en seureté le convoy qu'il menoit; mais il est superflu de parler d'un mal passé, auquel il n'y a aucun remède que de punir la faute de ceux qui l'ont commis^, afin qu'à Tadvenir on songe mieux à s'acquitter de son devoir. Pour cela vous verrez ce que le Roy vous mande, que je vous prie de faire exécuter avec la dernière exactitude ^.
Je n apprends pas que , hors le régiment d'Alsace et deux escadrons qui faisoient l'arriere-garde, les autres troupes ayent souffert aucun eschec; mais peut-estre que le degoust des officiers qui ont perdu leurs bagages est capable, dans la conjoncture du siège que vous faites^, de
' C'était Seyron qui commandait les troupes chargées d'escorter les bagages.
(Voy. sur Seyron, t. IV, p. liy, note 1, des Letires de Mazarm,)
* Henry de Montmorency -Bouterille.
(Voy. t. VI, p. 390, des Lettres de Mazarin.) C'était lui qui commandait les ennemis qui avaient pillé les bagages.
* Mot douteux.
* Les Mémoires de Turenne, où le nom de Seyron est changé en celui de CiroH^ n'accusent pas formellement ce général d'imprudence ni d'imprévoyance, mais il semble bien r^ulter du récit de Turenne que Seyron conduisit les bagages avec lenteur et n^ligenee.
^ ûmmùê est écrit en interligne et corrige, dans la minute, en ont esté cause.
' (rLe Cardinal, dit Rnssy dans ses Mémoires (II, t36), ayant mandé qu'il voulait qu'on mit Siron au conseil de guerre, le maréchal (de Turquie) nous assemUa pour cet effet; mais nous ayant dit d'abord que Siron n'était pas responsable de ce qui était arrivé en son absence, nous jugeâmes qu'il voulait faire sn cour au Cardinal; ainsi personne ne le voulut dédire et se brouiller
avec le premier ministre y» La lettre
de Mazarin nous prouve que Bussy était dans l'erreur et que ce fut Turenne qui, personnellement , inclina à f indulgence.
^ Turenne avait entrepris le siège de Saint- Venant (auj. dép. du Pas-de-Calais, arr. de Bélhune). Les Mémoires de Turetme donnent les détails de oe «ège (p. 485- 686, édit. Michaud et Poujoulat).
\oût 1657. nous apporter plus de préjudice que si nous avions perdu trois ou quatre mille hommes. J'espère pourtant qu'autant qu'il aura esté dans la possibilité, vous aurez tasché de diminuer leur chagrin, et vous en aurez encore plus de moyen en leur faisant dire, de ma part, que le Roy veut soulager leur perte, soit en donnant présentement quelque argent à ceux qui se trouveront efl^ctivement avoir receu le mal, ou en leur procurant un meilleur traitement qu'aux autres dans le quartier d'hyver; et si vous croyez qu'il soit absolument nécessaire que j'envoye [outre cette mesure]^ jusques à quatre mille escus pour qu'ils fussent distribuez à ceux qui auroieut le plus souffert, je le feroy à l'instant, prenant cela sur un petit fonds de mon propre argent que je reservois pour les dernières nécessitez. Je ne me suis ouvert de cela qu'avec vous. C'est pourquoy, si vous croyez qu'on s'en puisse dispenser, [j'espargneray]^ ce fonds, car je prévois que nous en aurons besoing pour d'autres dépenses, auxquelles il faudra nécessairement suppléer.
On m'a dict qu'il estoit passé un officier de Bodwitz^ que vous aviez depesché de l'armée en diligence; mais, ne l'ayant point veu, je ne doute pas qu'il ne luy soit arrivé quelque malheur, et comme, par vostre lettre du 22, vous me pressez de vous envoyer au plus tost de l'infanterie, je ne doute pas que celle que vous m'aviez escrite après l'accident de Seyron n'en fasse encore de nouvelles et plus fortes instances. C'est pourquoy vous devez estre asseuré qu'on ne perdra pas un moment de temps pour faire avancer le corps que M. d'Huxelles amené, et vous aurez, je ni'asseure, assez bonne opinion de ma diligence pour croire que j'ay fait toute celle qui se pouvoit, tant pour faire marcher ledict corps que pour le départ de la Cour, dont vous serez encore plus persuadé quand vous sçam^ez qu'ayant la goutte bien fort, et Leurs M^®" voulant différer ledict départ de quelques jours pour attendre que je fusse en estât de les suivre, j'ay mieux aynié qu'il eust
' Les mois entre [ ] sont douteux. — * Ce passag^e est surcharge et la lecture douteuse pour les mots entre [ ]. — ^ Du régiment de Bodwitz ou plut6t Podwitz. (Voy. ci-dessus, p. 100, notes.)
Iteu ddns mon carrosse, accablé comme je Festois de douleurs ^ que de Août 1667. retarder d'un seul jour le voyage, croyant bien que mon approche ne vous seroil pas inutile; et asseurement il n'y a guieres de malade des gouttes qui eust pris le party que j'ay faict. Je suis encore mal; mais cela n'empeschera pas que vous ne receviez toutes les assistances que vous pourriez espérer si j'estois en une parfaite santé.
Il semble que tout conspire à Tempescher; car, d'un costé, on nous (aisoit de pressantes instances d'Allemagne de ne retirer pas l'armée de Luxembourg et de nous en aller à MeU, estant une chose qui pou voit fort contribuer à foire réussir les bonnes intentions que les Electeurs bien intentionnez ont pour l'advantage de la cause commune. De l'autre, on nous proposoit et [envoyoit]^ pour nous rendre maistres bientost de tout le Luxembourg, à l'exception des villes de Luxembourg et d'Arlon; et surtout \ depuis le 16 du mois, le temps a esté si détestable, que l'orage n'a point cessé, et vous ne sçauriez vous imaginer ce que l'infanterie a souffert, estant sans souliers, sans armes et abattue au delà de ce que je vous puis dire. Je prépare pourtant de quoy la raccommoder eu passant; mais vous devez faire vostre compte que, quoyque le marquis' d'Huxelles, persécuté d'un perpétuel orage, comme je vous ay dict, n'ayt pas [faict] halte un seul jour, il ne sçauroit arriver que demain aux environs d'icy.
Pour Genlis^, je crois qu'il vous aura joint avec onze escadrons et que Joyeuse arrivera demain à Arras avec son régiment et le fonds pour le payement des Anglois.
Mazarin insiste, dans les deroiers paragraphes de sa dépêche, sur les munilions envoyées à Turenne et fournies par Mondejeux, de Broglîe, de Créquy et de Bellebrune.
' Le Cardinal souffrait aussi cruellenienl suite des embarras qu'énumère Mazarin. de la gravelle. * GenlLs, brigadier de cavalerie ari-iva
' Ce mot est douteiu. On peut lire : on au camp le 37 août, avec huit escadrons de
wjjfùit. Tarmëe de la Ferle. On les fit camper au
^ Surtout en interligne corrige enfin, village de Rohecque. 11 a déjk <fté quostioji
qai conviendrait mieux pour expliquer la de Genlis, p. 101, note st.
MACABIH. THI. 1 7
iurRiatuis SATioiAtc.
Août 1667.
BibL D«t , ms. f. fr., Mibmgn ée Cotteri, t, 5i A, P 999. — Miiiat&
À M. SERVIEN
Lt Fère, §7 <oât 1657.
(iniiiT.)
Mazarin lui parle du Iraitë que les plëaipoteatiaires ont conclu, à Heklelbei]g, avec rélecteur palatin ^ Il exprime Tiaquiëtude que d autres princes allemands n'en éprouvent de la jalousie. Il écrit à Senrien :
Il est à craindre . . . qu en prétendant gaigner l'électeur palatin nous ne perdions Mayence et la Bavière, et ne nous attirions mesme encore la haine d autres princes de l'Empire, qui sont presque tous mal satisfaicts dudict Electeur et fort animez contre luy. C'est pourquoy il faudra bien balancer les advantages et le préjudice de ce traité avant qu'on envoyé la ratification.
Ce que vous m'escrivez sur l'indulgence que Ton a pour ceux qui sont attachez au prince de Gondé et qui jouissent aussi paisiblement de leurs biens que les fidèles sujets du Roy, a beaucoup de fondement. Tay faict souvent là-dessus les mesmes réflexions que vous, et je me suis diverses fois rescrié sur l'injustice qu'il y avoit que, par de vaines formalitez, on liast les mains à Sa M^, en sorte qu'Elle ne pnst se prévaloir des moyens qu'Elle a pour punir des sujets qui portent les armes contre son service. Je souhailerois fort qu'il se pust trouver quelque expédient pour se dispenser de ces formalitez-là, et quand vous autres^ Messieurs, serez à la Cour, nous en parlerons plus à fond.
Sa M*^ voyant la diète* différée a jugé à propos de s'en venir de deçà, son approche pouvant estre fort utile pour le bon succea du siège de Saint-Venant; mais c'a esté dans la resolution de retourner à Metz, suivye d'une armée plus considérable que celle qui estoit en Luxembourg
^ Od trouve, dans les Mémoires de Gramcmi (p. 989), les détails des n^[ociatioDs avec IVlecteur palatin, Charles-Louis. — * La diète pour Tëieefion de TEmpereur.
pour s'en servir selon la disposition des choses La seule considéra- Aoâti657. tion qu'Elk faict en cela, cest de ne commettre pas sa dignité et sa réputation en s'advançant sur la frontière d'Allemagne pour avoir la confusion d'estre simplement spectatrice de l'élection d'un Empereur de la maison d'Austriche, quelque diligence qu'EUe eust faicte pour l'empeseher. G est pourquoy on a escrit à MM. les Plénipotentiaires d'envoyer icy un courrier en toute diligence pour faire sçavoir à Sadicte M^ l'asâette des esprits et des [Electeurs]^ à Francfort, affin que là-dessus Elle rej^e la resolution qu'EUe aura à prendre d'aller ou n'aller pas à Metz, et on pourra recevoir de leurs nouvelles assez à temps, puisque MM. les Electeurs ne de doivent rendre audict Francfort que vers le commencement du mois prochain.
Le Roy fera déclarer à tous les princes de l'Empire qui sont intervenus au traité de Munster que, pour s'acquitter des obligations dans lesquelles Sa M*^ est entrée par ledict traité. Elle est résolue d'assister de ses forces le roy de Suéde pour la conservation des Estats qui luy ont esté laissez par les conditions de la paix, et les conviera de s'unir avec Elle pour la mesme fin, comme estant entrez dans les mesmes engagemens, et escrira en cette conformité à MM. les Henipotentiair^s.
Bibl. nat, ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5i A, f" 3oo. — Minute.
À M. m; turenne.
La Fère, s8 tout 1667.
(bztsait.)
J'ay l'eceu vostre lettre du 96. Je complois bien que les circonstances du siège le rendroient une entreprise considérable; mais si vous en venez à bout, comme je l'espère, ces mesmes obstacles auront servy
^ Le mot est écrit en abrégé et la lecture douteuse. II pourrait y avoir des (paires ou des oêtembiêes.
At^ùt 16&7. pour relever davantage la conqueste. Je croy aussy aisément ce que vous me mandez des Aug^ois, et je m'asseure que vous en prendrez tous les soins imaginables, afin de faire reconnoistre le désir que j'ay de les bien traicter, de les conserver et maintenir leur corps en bon estât. J'espère que les ennemis ayant quitté le poste de Montberneuse [sic) \ le chevalier de Joyeuse sera passé avec le fonds qu'on envoyoit pour le payement desdicts Ânglois. M. d'Huxelles, comme je vous ay desjà mandé, porte encore une autre somme, afin que vous n'en manquiez^ point jusques à la fin du siège. Neantmoins, pour plus de précaution, j'envoye deux de mes gentilshommes el quinze de mes gardes commandez par Gasau avec mille escus d'or que je fais prendre à Peronne et y rendre les mille [pistoles] que M. de Mondej^ux a advancez. Vous voyez bien que de la manière dont nostre marche s'est faicte et dans l'esloigneraent où nous estions, il estoit impossible de pourvoir si à point nommé comme j'eusse bien voulu à l'argent et aux autres choses qui vous éstpienl nécessaires, et vous avez pourtant esprouvé que je n'ay pas trop besoin d'estre sollicité à fournir ce qu'il faut pour le service, ayant assez d'envie et d'interest à ce que les choses aillent bien pour y contribuer tout ce qui peut dépendre de moy. Cependant vous méritez beaucoup de louanges de la resolution que -vous avez prise de vous servir de vostre vaisselle d'argent dans cette nécessité, et c'est un effect de vostre zèle que le Roy considérera comme [tant]^ d'autres que vous luy a\ez desja donnez*.
^ Montbemeux est auj. un hameau de la commune de Saint-Germain-sous-Doue (dëp.
de Seine-et-Marne).
* La minute portait d'abord : o^n que voîts ne tnanquiez pas d'argent La phrase ëlait plus claire.
' Mot douteux.
^ Turenne ne parle pas dans ses Mémoires de cette circonstance si honorable pour lui. Ce quVn dit Mazarin est confirme avec plus
de détails dans Touvrage intitule : Voyage de deux Hollandais à Paris, en 1687. Les auteurs racontent que Turenne fit couper pour plus de trente mille francs de sa vaisselle d'argent et fit marquer chaque pièce d'une fleur de lis. On distribua ces pièces aux Anglais, qui réclamaient leur solde avec impatience et menaçaient de se mutiner, ff Quand on aura recouvré d'autre argent (p. 359), on reprendra ces pièces.»
I , Août lOSy.
Bibl. nat., ms. f. fr., Mélange* de Colbert, t 5i A, f* 3o3. — Minute.
À M. DE FABËRT.
La Père, 99 août 1657.
(iXTBAIT.)
J'ay receu vos deux lettres du 26 et du 27 de ce mois.^. . Je doiineroy ordre à tout ce qui regarde Montmedy quand nous serons à Peronne, le sieur de Termes^ m'ayant trouvé près de partir et mon maP me tourmentant trop pour me permettre de le faire icy. J ay esté bien aise de voir le s*" de Termes; mais sur ce qui regarde le principal sujet de sa mission, si vous' avez bien considéré la lettre que je vous ay escrite de Rethel, vous aurez veu que, bien loin d'entrer en quelque traité, pour les contributions, avec Rocroy, le Roy veut plus que jamais qu'on luy fasse fortement la guerre^.
Vous cognoissant, comme je fais, il est assez superflu que vous me disiez par quel principe vous faictes cette proposition; et les raisons dont vous l'appuyez seroient mesme fort bonnes, si nous avions à faire à un autre homme que le prince de Condé; mais de l'humeur qu'il est à prendre advantage de tout, si on l'escoutoit, il en deviendroit encore moins traitable; et je suis bien trompé si ce que vous avez escrit au sieur du Mont et ce qu'il aura faict sçavoir au prince [de Condé] avec bonne intention n'est expliqué comme une recherche que la crainte et le mauvais estât où nous sommes nous faict faire de quelque accommodement.
C'est pourquoy le mieux, à mon ad vis, est de couper court à toutes ces négociations et de s'appliquer à resserrer fort la^ garnison de Ro-
« ^ Yoy. sur Termes, t. V, p. 56 1, des rautomne, une crise qui préoccupa TEu-
Lettrée de Mazarin, rope.
* Mazarin a parlé ci-dessus de la ' Voy., ci-dessus, la lettre du a5 août à
goutte dont U souflrait, et dont il eut, à Fabert.
lU
Août 1657. croy. A quoy jesuis persuadé qu'on réussira si on ne se relasche point, et que c'est le moyen le plus asseuré pour mettre Montai à la raison. Cependant comme le sieur du Mont, dans le malheur qu'il a d'estre contre le service de son Roy \ ne laisse pas de garder la bienséance et d'en user en toute rencontre fort civilement, je vous asseure que s'il est jamais en estât que j'aye matière de l'obliger, je le feray tres-volontiers, et me remettant du surplus à la vive voix dudict s' de Termes, je demeure de tout mon cœur, etc.
LXXVni.
Aff. ëtr., Pays-Bas» t. &i, f* 3o4. — Copie da temps.
À M. DE TURENNE
PéroDDe, So aodl 1657.
J'ay esté tres-ayse d'apprendre, par le s' de Montaulieu, la prise de Saint-Venant. Nous avons sceu presque en mesme temps la levée du siège d'Ardres, dont le sieur de Goulanges, qui s'estoit jeté dans la place, nous a apporté la nouvelle. C'est un advantage qui est entièrement deub à vostre diligence, et je ne vous en mande point les particularitez, parce que vous en aurez esté informé sur les lieux et que les ennemis sont fort foibles, particulièrement d'infanterie.
J'attends impatiemment de vos nouvelles, et jusqu'à ce que nous en recevions, on fera faire balte au corps que commande M. d'Huxelies, et le convoy qui devoit aller à Arras ne partira point. C'est pourquoy
^ Les Français, enrôles au service de l'Espagne , n admettaient même pas que i*on pût dire qa ils avaient rrce malheur de servir contre leur Roi». Us prétendaient distinguer le Roi , auquel , disaient-ils, ils demeuraient fidèles sous les drapeaux de fennemi, du gouvernement dirige par Mazarin, qii*ib avouaient combattre. Un eâèfare frondeur exprimait bien cette subtilité lorsqu'il di-
sait sur la fin de sa vie, k Louis XIV, en parlant de cette ^>oque : «rSire, c'était du temps que nous servions Votre Majesté contre le cardinal Mazarin.» On avait pu remarquer un étet d'esprit analogue sous la Ligue , où il semblait, dit on oontomporaia, Hurault, que ce iîit irun blasphème, un parricide, que de dire : Je ne saû pomt du parti dm ifei v.
je vous prie de m en donner au plus tost^ et de me mander ce que Aoàt 1657. voua croiriez que Ton pust Caire présentement de plus utâe pour le service du Roy, me remettant au surplus à la vive voix du s' de Montaulieu ^.
Bibl. nat, ms. f. fr., Mékmgei ék Colbert, t. 5i A, P a66. — Minute.