‹ Lettres du cardinal Mazarin pendant son ministère (volume 2)Chapitre 2 sur 81 · IMPRIMERIE NATIONALE · texte numérisé non relu

IMPRIMERIE NATIONALE

M DCGG XCIV

AVERTISSEMENT

C'est dans la période qu'embrasse ce volume ^ — du i*''" juillet 1657 au î5 août i658 — que Mazarin force enfin l'Espagne à se reconnaître vaincue et à demander la paix. En même temps, par d'habiles négociations, il réduit à l'impuissance la branche allemande de la maison d'Autriche. Enfin il ne cesse de travailler, quoique avec moins de fruit, à la pacification de l'Europe septentrionale.

La correspondance du Cardinal est le guide le plus sûr, nous pourrions presque dire le seul , pour suivre le travail délicat de notre diplomatie en Angleterre, qui contribua fort au triomphe de Turenne sur les Espagnols. C'est aussi par les instructions de Mazarin qu'on pénètre le fond des intrig.ues qui agitèrent l'Allemagne au cours des années iGSyetiôSS. Les lettres du Cardinal à MM. de Terlon et de Lumbres, ambassadeurs en Suède et en Pologne, font connaître le rôle de la France dans la vieille querelle, toujours ouverte entre ces deux couronnes; rôle difficile, tout de modération et de concorde, entre un allié que nous ne pouvions abandonner tout à fait, mais qui s'efforçait de nous compromettre avec lui plus ouvertement qu'il ne convenait à notre politique, et ses adversaires polonais, soutenus du Danemark, de l'Autriche et de la Russie.

AVERTISSEMENT

Confirmation de Talliance avec Olivier Cromwell; prise de Mardick (1657). — Nouveau traité conclu le a8 mars i658. — Bataille des Dunes (i 4 juin i658); prise de Dunkerque. — Maladie du Roi. — Siège et prise de Gravelines.

On a VU, dans le tome YII des lettres dé Mazarin, que le Cardinal, après avoir conclu, en mars 1687, avec le colonel Lockart, représentant d'Olivier Cromwell, un traite d'alliance offensive contre TËspagne avait, sous divers prétextes, différé de l'exécuter. De là des plaintes très vives de Cromwell et de son ambassadeur, même des menaces sérieuses de rupture. Mazarin s'en émut et s'occupa, dès le mois de septembre 1667, de remplir avec vigueur les engagements qu'il avait pris.

La forteresse de Mardick fut assiégée et enlevée en peu de temps aux Espagnols (octobre i658). On craignait un retour offensif des ennemis, qui occupaient Gravelines et Dunkerque et y avaient concentré des troupes. La correspondance de Mazarin montre avec quelle sollicitude il mit à l'abri d'une attaque la place de Mardick qui devait être livrée aux Anglais. Il convainquit ainsi Cromwell de sa sincérité et le décida à renouveler l'alliance primitive, qui n'avait été isignée que pour uti an. Le nouveau traité fut négocié, pour la France, par Servien et Brienne. Signé le 28 mars i658, il était promptement ratifié par les deux puissances ^

Le préambule rappelait que, Tannée précédente, le Roi de France et le Protecteur d'Angleterre avaient résolu d'entreprendre le siège de Dunkerque et de Gravelines, mais que les troupes jetées

* Le texte de ce traite, rédige en latin tinuation do traité de 1687, n*en parle pas

et en français, se trouve aux Affaires ëtran- dans son UisUnre du^Protectorat dfi Cromwell.

gères (Angleterre, t. 6g, p. aSA et 399). Le Corps diplomatique de Dumont Ta ëga-

M . Guizot, qui l'a considéré comme la con- lement omis.

AVERTISSEMENT

dans ces places par les Espagnols s'étaient trouvées trop nombreuses pour permettre de les attaquer avec succès. Cependant les deux contractants, désireux d'exécuter le projet ajourné, fixent le commencement du siège de Dunkerque entre le âo avril et le lo mai au plus tard de Tannée courante. L'armée française sera chargée de bloquer la ville par terre, pendant que la flotte anglaise interceptera tous les secours par mer. Si I un des deux alliés manquait aux conditions stipulées, il serait obligé de rembourser à l'autre les dépenses faites en vue de l'expédition. Les vaisseaux de la Grande-Bretagne devaient ensuite concourir au siège de Gravelines, pour lequel le traité déterminait aussi des dates extrêmes. Six mille Anglais serviraient sous les ordres du général français. Enfin les articles concernant le maintien de la religion catholique dans les places livrées à l'Angleterre étaient confirmes par le nouvel accord.

Mazarin, ses lettres le prouvent, s'empressa de concourir en personne à l'exécution de ces clauses. Il vint avec le Roi s'établir d'abord à Calais, puis à Mardick^ et pourvut à l'approvisionnement de l'armée. Cromwell ayant envoyé en France son gendre, lord Falconbridge, pour complimenter le Roi, une ambassade française, dont faisait partie Mancini, neveu du Cardinal, partit à son tour, sous la conduite du duc de Créquy, pour remercier le Protecteur^. Cet échange de politesses et de présents atteste la bonne inlelli-

' Le Roi y resta pendant une partie du siège. Les lettres de Mazarin prouvent que Voltaire s'est complètement trompe quand il dit que ffle cardinal mena Louis XIV près du théâtre de la guerre, sans lui permettre d^y monter, quoiqu'il eût plus de vingt ans. Ce prince se tint dans Gdais». {Siècle de Louis XIV, cbap. vi.)

' Voltaire, fort mal renseigné sur les événements de cette époque, prête, à ce

propos, à Mazarin une lettre bien connuo et toute Ceintaisiste dans laquelle le Cardinal aurait dit à Cromwell {Siède de Louis XIV, chapitre vi) irétre affligé de ne pouvoir lui rendre, en personne, les respects dus au plus grand homme du mondes. Il n'y a pas un mot de ce style dans la lettre authentique du la juin i658, publiée parM.Guizot. (T. II de son Histoire du protectorat d'Olivier Crotnwell, a* édition, p. 636.)

ivriiiMCiiK siTi04ii.r.

ir AVERTISSEMENT.

geoce qui régnait désormais entre les alliés et qui servit puissamment à la réussite des plans communs.

Les Espagnols ne négligèrent rien pour les faire échouer. Don Juan d'Autriche s^avança jusqu'à Furnes (i o juin 1 658) à la tête de Tarmée des Pays-Bas; il avait avec lui le prince de Condé et les Français qui suivaient sa fortune ^ Le maréchal d'Hocquincourt, dont on a vu la trahison en i655, vint ly rejoindre, et s'étant avancé jusqu'aux lignes de larmée du Roi, dans une reconnaissance imprudente, il fut mortellement atteint^. Quelques jours plus tard Turenne sortait de ses retranchements et livrait à Don Juan la fameuse bataille des Dunes où les Espagnols étaient complètement défaits.

On voit ici combien il importe de n'ajouter foi qu'à des documents authentiques. Loin de se montrer jaloux de la gloire de Turenne, comme l'ont prétendu quelques historiens^, Mazarin lui transmit avec une chaleur affectueuse les félicitations du Roi, auxquelles il joignait les siennes. La correspondance du Cardinal avec le général victorieux continue sans interruption pendant les années i658, 1669, ^^^^ ^t prouve que jamais leur confiance réciproque n'a subi le refroidissement imaginé par des courtisans aigris et admis par des écrivains crédules.

La prise de Dunkerque suivit bientôt la victoire des Dunes (â/i juin i658). La place fut remise aux Anglais, suivant les conventions, mais les privilèges des habitants leur furent confirmés, et la religion catholique maintenue. Retz et les ennemis ordinaires du Cardinal ne manquèrent pas de l'attaquer à cette occasion; Servien fut chargé de leur répondre et Mazarin surveilla lui-même cette polémique*.

^ On trouve le récit très complet et, on ^ Voir, dans ie présent yolome, la lettre

peut dire, dëfiniUf de cette campagne dans de Mazarin h Talon, du 1^ juin i658.

ïHiitùire des pmee^ iè Condé, par M. ie . ' Voir p. à^k , note 3.

duc d^Aumaie. * Voir p. 453.

AVERTISSEMENT. y

La meilleure réponse à faire aux libelles fut d ailleurs la coutinuation des succès militaires, un moment suspendus par la maladie du jeune Roi^ qui se poursuivirent par le siège et la prise de Gravélines (ag juillet-27 août i658).

Négociation pour Télection du successeur de Ferdinand HI (1657). — Ambassade du maréchal de Gramont et d'Hugues de Lionne (1657-1 658). — L'em* pereur Léopold est nommé (18 juin i658); capitulation qui lui est imposée par les électeurs. — Ligue du Rhin (août i658).

La mort de Ferdinand III (1667) avait éveille lambition de plusieurs compétiteurs au trône impérial. Mazarin rêva de profiter de cette circonstance pour enlever k la maison d'Autriche une dignité qu'elle possédait depuis plusieurs siècles. La France était alors représentée à Francfort par Robert de Gravel, profondément instruit des affaires d'Allemagne, fort en crédit auprès des électeurs-archevêques de Cologne, Mayence, Trêves et en général de la haute noblesse rhénane.

Ces petits princes, ruinés par la guerre de Trente ans qui avait transformé leur pays en désert, recevaient comme la manne les pensions du trésor français. Mazarin se flattait, en achetant leur influence, d'obtenir la majorité dans le collège électoral. Cette assemblée se composait, on le sait, de huit membres : trois ecclésiastiques, cinq laïques (Bohême, Bavière, Saxe, Brandebourg et Palatinat). La présidence appartenait à l'électeur de Mayence, archichancelier de l'Empire.

Le titulaire de cette dignité, l'archevêque Philippe de Schœnborn, passait pour un habile politique, dont le suffrage, toujours aux enchères entre la France et l'Autriche, était exploité par lui

^ Les lettres de MazanD sur ceite maladie màntent d'être lues. — Voir p. A87 et suiv.

VI AVERTISSEMENT

comme une ferme lucrative. L'ëlecteur de Cologne, Maximilien de Bavière, ëtait gouverné par les deux frères Fûrstenberg. Quant à l'électeur de Trêves, Charles-Gaspard de Leyen, il avait beaucoup moins d'autorité en Allemagne que les deux précédents. Parmi les laïques, Léopold, roi de Bohême et de Hongrie, aspirait à la couronne impériale qu avait portée son père Ferdinand III. L'électeur de Bavière demeurait hésitant entre sa mère, qui le poussait dans les bras de l'Autriche, et sa femme, princesse de la maison de Savoie, qui l'engageait h courir pour lui-même les chances d'une compétition avec le Roi de Hongrie. L'électeur de Saxe se montrait favorable au parti autrichien; au contraire, le Palatin était un des pensionnaires de la France. Quant à Frédéric- Guillaume, électeur de Brandebourg, un des personnages les plus fins de cette époque, il dissimulait et traitait successivement avec les deux partis.

Pour obtenir la majorité dans ce collège où siégeaient cinq catholiques, il fallait un candidat de cette religion. Mazarin jeta d'abord les yeux sur le duc de Neubourg, Philippe-Guillaume de Bavière ^ comte palatin du Rhin, duc de Juliers et de Bergues, dont la puissance était moindre que les titres. Dépouillé de Juliers par les Espagnols, confiné à Dusseldorf, dans son duché de Bergues, il s'était toujours montré zélé pour les intérêts français.

Seulement il n'y avait guère d'apparence de le voir réussir en face de l'hostilité déclarée des électeurs de Bohême, de Saxe, de Trêves et de Brandebourg; ce dernier, ayant naguère enlevé aux Palatins de Neubourg le duché de Clèves, tenait avant tout k le conserver. Le Cardinal, désespérant de vaincre une opposition aussi sérieusement motivée, finit par abandonner ce prince et songea tour à tour à pousser la candidature de l'électeur de Bavière ,

^ Né en i6i5, ce prince mourut en 1690.

AVERTISSEMENT. vu

qui fiodlement se déroba, et à mettre sur les rangs Louis XIV luimême. Le Roi de France pouvait compter, disait-on \ sur les électeurs de Mayence, Cologne, Trêves et sur le Palatin.

Mazarin, pour donner corps à ce projet, conduisit le Roi à Metz (septembre et octobre 1667), en même temps que le maréchal de Gramont et Hugues de Lionne se rendaient à Francfort, après avoir visité les principaux électeurs ^. Ces négociations compliquées se poursuivirent jusqu a la réunion de la diète en i658. A cette époque, le Cardinal reconnut l'impossibilité d'enlever au roi de Hongrie la dignité impériale. Il avait échoué dans son premier projet, il réussit dans le second qui consistait à lier d'avance les mains à l'empereur par une (r capitulation 97, en lui enlevant toute faculté de secourir les Espagnols dans leur lutte contre la France^. A cette condition seule et après avoir pris les engagements exigés de lui, Léopold, roi de Hongrie, fut élu empereur et couronné le 3i juillet i658 par l'électeur de Cologne.

Afin d'assurer l'exécution des clauses contenues dans la capitulation, plusieurs princes d'Allemagne formèrent la ligue dite rrdu Rhin 79. Les deux électeurs de Mayence et de Cologne*, le duc de Neubourg, le landgrave de Hesse-Cassel , les trois ducs de la maison de Brunswick (Hanovre, Lûnebourg, Wolfenbûttel), en constituèrent le noyau. Le Roi de France y accéda comme landgrave d'Alsace, le 1 5 août 1 858 ; le roi de Suède, comme duc de Brème, souverain de Wismar et d'une partie de la Poméranie, suivit son exemple.

^ Voir les lettres i Gramont et k Lionne. et sur les mœurs de TAHemagne à cette

' Uambassade de Lionne ii Francfort a époque. été racontée, d'après les docoments origi- ' Les principales conditions de cette canaux, par M. VaUrey dans son ouvrage pitnlation sont indiquées dans les mémoires Hug¥e8 de Uonne et ses ambassades (t. II). du maréchal de Gramont. Les mémoires du maréchal de Gramont sont * L'arcfaevéque-électeur de Trêves n'en pleins de détails curieux sur ces n^pociations fit partie que plus tard.

VIII AVERTISSEMENT

La ligue eut pour président nomioal rarchevêque-ëlecteur de Mayence; en rëalité, Louis XIV en fut l'âme. Ainsi se noua, sur les bords du Rhin, cette alliance qui donnait à notre pays la prépondérance en Allemagne. L'habileté de Mazarin et des négociateurs qu'il dirigeait consista h se présenter toujours comme le défenseur des libertés germaniques à l'égard de la maison d'Autriche; et le fait est — tellement la demi-sincérité est chose fréquente en diplomatie — r qu'il y avait dans cette attitude plus de vrai que les hommes d'Etat français ne le croyaient peut-être eux-mêmes. La ligue du Rhin fut le complément des traités de Westphalie.

Négociations dans le nord de TEurope. — Mort de d'Avaugour (septembre 1657); il est remplace par le chevalier de Terion. — Coalition contre la Suède. — Invasion de Charles-Gustave en Danemark; traité de Roskiid (a6 février i658) conclu sous la médiation de U France et de Tàngleterre. — (1 est rompu (août 1 658).

Au moment où une redoutable coalition se formait dans l'Europe septentrionale contre le roi de Suède, la France perdait lambassadeur fidèle et dévoué qui la représentait auprès de ce prince. Le baron d'Avaugour mourut à Lubeck (11 septembre 1667)^ Il était souffrant depuis plusieurs mois, et Mazarin lui avait adjoint le chevalier de Terion, qui lui succéda^. Gomme d'Avaugour, il eut pour mission d'entretenir l'alliance entre les deux pays et d'engager Charies-Gustave à se réconcilier avec le roi de Pologne. Le rôle de notre ambassadeur était difficile en face de l'ambition obstinée du roi dé Suède; celui-ci, cependant, se voyait attaqué par une coalition des plus dangereuses. Tandis que

* Voir la noie sur d'Avaugour dans le le commencement du xvn' siècle. On a putome V des Lettres de Mazarin, p. 796 , 796. Mi^ ses Négociations de 1 656 à 1661 (9 vol. ' Hugues de Terion, n^ à Toulouse vers in-ta , Paris, 1681 ).

AVERTISSEMENT. u

les Moscovites envahissaient laLithuanie, que les Danois attaquaient le duché de Brème et que les Polonais se relevaient, Fëlecteur de Brandebourg, croyant voir la fortune se déclarer contre Charles- Gustave, Tabandonna. Il signa avec la Pologne le traité de Welau ^ (19 septembre 1657). Il s'engageait h rendre à cette nation les palatinats que lui avait cédés Charles-Gustave, à condition que Jean-Casimir le reconnaîtrait comme souverain indépendant de la Prusse ducale. Le roi de Pologne ratiGa ce traité à Bromberg.

Malgré la défection de l'électeur de Brandebourg, ^le roi de Suède ne perdit pas courage. Laissant ses généraux tenir têie aux Moscovites et aux Polonais, il se jeta sur les Danois. Son lieutenant Wrangel les avait déjà chassés du duché de Brème; lui-même envahit le Holstein (septembre 1 657). Il s'était adressé à la France pour en obtenir des secours; mais, à cette époque, Mazarin absorbé par le siège de Mardick et par les négociations d'Allemagne pouvait malaisément lui venir en aide. Sa correspondance prouve cependant qu'il ne se désintéressa pas de la lutte. Il prodigua à Charles-Gustave mieux que des témoignages d'admiration pour son énergie : de larges subventions pécuniaires^. Il fit plus : pour diminuer le nombre des ennemis de ce prince, il pressa la reine de Pologne de se réconcilier avec lui, au lieu de se soumettre à la tyrannie de l'Autriche^. 11 s'efforça enfin d'empêcher l'alliance entre l'électeur de Brandebourg et le roi de Hongrie et chercha au contraire à rapprocher Frédéric-Guillaume du roi de Suède *. Il agissait en même temps en Hollande pour éviter que la république des Provinces-Unies n'excitât ou ne soutînt le Danemark contre le souverain Scandinave '.

^ Petite ville de la Prasse ducale. * Lettre ii Blondel, du i4 novembre

* Lettres an chevalier de Terion , en date ' 1 667 .

des 9, 33 et a 6 novembre 1667. * Lettre à de Thou, du 16 novembre

' Lettre à de Lumbres , en date du 1 6 no- 1 657. vembre 1667.

X AVERTISSEMENT

Sans négliger l'appui diplomatique de la France, ce dernier comptait avant tout sur la supériorité de son armée. Accoutumé à braver les rigueurs de l'hiver, il traversa les Belts sur la glace, entra dans le Sleswick, s'empara de l'île de Fionie et menaça le Jutland (janvier i658). L'intervention des ambassadeurs de Louis XIV et de Cromwell parvint à mettre un terme aux hostilités. La paix fut signée à Boskild ou Roschild^ sous leur médiation (â 6 février i658)^. Le Danemark se retirait de la coalition et confirmait la cession faite à la Suède des provinces de Scanie, Bleckinge et Aland; il y ajoutait l'île de Bornholm et le gouvernement de Drontheim. L'entrée des Belts devait être ouverte aux Suédois qui n'auraient aucun droit à payer; les autres nations ne pourraient franchir ces passages.

Le traité de Roskild déplut très vite aux deux parties. Le roi de Suède voyait avec regret lui échapper la conquête de Copenhague et de tout le Danemark^; Frédéric III, roi de Danemark, ne se résignait qu'avec peine à une paix humiliante, et la Hollande, qui se trouvait exclue de la Baltique, le poussait à ne pas se soumettre à des prétentions qu'elle jugeait exorbitantes. Aussi quelques mois à peine s'étaient écoulés, qu'après des négociations infructueuses, cette convention était rompue, et Charles-Gustave se précipitait dans de nouveaux hasards.

^ La ville de Roskild est sîtuëe dans Tile France me veut donner des bornes et me

de Seelaqd. prescrire jusqu'où je dois aller, et TAn-

* Voir la lettre du so juin i658, où gleterre aussi; mais je me mettrai en état

Mazarin félicite le chevalier de Terlon de la de ne prendre pas leurs lois, n Voir cette

conclusion de ce traité. dépêche dans VHistoire de France sous le

' Il disait hautement, d'après une dé- ministère de Mazarin, par M. Chéniel;

pèche de Tambassadeur Terlon : n La tome III, p. 356.

Bibl. nat, ms. f. fr.. Mélanges de Colbert, t. 5i A, f* 90, minnte. — AC é(r., France, t. tg, f* 339; original signe, avec post-teriptum autographe.

À M. SERVIEN

La Fère, 9 juillet 1667.

Je vous escris cette lettre à part pour vous dire que j ay esté sur- ^^^^^ ^^^ipris d'en recevoir une de M. le Procureur gênerai sur ce qu on luy a dict que je me plaignois de sa mauvaise administration des finances et que toutes choses manquoient faute d'argent, me représentant que ces bruits le decreditent et le mettent hors d'estat de continuer à servir utilement; et comme je sçay que ledict Procureur gênerai faict tout ce qu'il est dans la possibilité; que, si j'estois mal satisfait de luy, je le luy lesmoignerois à luy-mesme, et que je nay parlé à qui que ce soit des finances quà vous, en présence de M. de Lionne, vous disant une chose que je ne ferois pas scrupule de dire à tout le monde ; (c que je rvoudrois bien que nous fussions plus au large; que nous eussions de crquoy pourveoir à tant de despenses nécessaires qu'il y a à faire de (rtous costez, et qu'il falloit songer aux moyens de faire venir au profit cr du Roy ce que Ton estoit obligé de donner avec profusion aux gens cr d'affaires, parce qu'autrement nous manquerions tout d'un coup d S

' Le vœu de Mazarin ne devait pas 80 millions de livres qui représratent Sa o mil-

se réaliser sitôt, puisque Mallet, dans ses lions de francs d'aujourd'hui, tr En réduisant

OtmptetrtnJM^» nous apprend que , de 1 656 les remises [des traitants] à 1 o ou 1 a p. 0/0,

à t66g, les ir traitants» reçurent plus de disaient déjà, en i6/i4, les trésoriers dq

■AZAUll. TUl. 1

JuiUei 1^57. VOUS adjoustant que j'en a vois parlé ainsy audict sieur Procureur gênerai , j ay creu qu'en l'entretenant là dessus vous auriez peut^estre trop exagéré et que cela luy auroit faict croire ce qui n'est pas, et je suis d'autant plus marry de son inquiétude que je sçay fort bien que je n'ay rien dict qui la pust causer.

J'ay leu les lettres et les mémoires du prince de Hombourg, par lesquels il me paroist deux choses : la première, que ledict prince, soubs prétexte de faire rapport de toutes les raisons que luy a dittes le comte de Fûrstemberg pour l'eslevation du duc de NeubourgS nous les insinue luy-mesme, parce qu'il désire plus que personne l'advanlage dudict sieur duc, pour lequel vous sçavez bien que nous Savons pas besoin d'estre excitez, et que le Roy souhaiteroit qu'il fust empereur preferableinent à tout autre, s'il y avoit lieu de le porter à cette dignité, parce que, asseurement, il a de plus grandes qualitez que le duc de Bavière, et qu'ayant desjà beaucoup d'affection pour cette couronne, laquelle [affection] s'accroisteroit par l'obligation qu'il luy auroit de celte eslevation, nous en pourrions espérer des effects ti*es considérables, sans craindre qu'il en fust destoumé par une mère , ou par un favory^* La seconde, c'est qu'il va bien viste en matière d'argent, ne lui coustant rien de conseiller de donner des millions, comme si nous nagions dans l'argent, ce qui vient asseurement du chanoine

France à Paris « dans un mémoire au mini»- 1ère , il y durait moyen d^ëpargner plus de i5 millions.'? Ces prélenrs occultes étaient payés sur les «r comptants n; les intérêts incroyables quHls exigeaient et qu*on n*eat osé faire figurer dans les comptes publics se réglaient au moyen d'un rr acquit au comptante. Indemnités aux Termiers des impôts, courtages aux financiers, les «r comptants n

étaient un vaste compte ^ Profits et Pertes r de la grande maison française.

* On a vu dans le tome précédent qu'il s agissoit de Télévotion du duc de Neobourg à la dignité impériale.

' Allusion à Tinfluence qu'exerçaient sur le duc de Bavière sa mère, princesse autrichienne, et son ministre favori, le comte Kurte\

' Voy., dans les Mémoireê du maréchal de GramofU (éd. Micbaad» p. 997), le récit d« l*inU;r?cnUon de Kurts dans rentfetien que noire ambassÉdeor eut avec ie duc de Bavière : «Le comte de Rurtx , rapporte Gramont, cominença toQtd*un coup à dire que, pour lui, il ne voulait tromper personne -, qtt*il n'arait point conseillé à s^n maître d*accepter TEinpire, qu'il ne le lui conseillerait jamais ; et que ses raisons étaient si fortes et si bonnes sur ce sujet, que s*il les pouvait confier à qttelqu*ua, il était bien assure que ce quetqu un-* là s*en paierait et trouverait qu'il avait iprandc raison de ponscr de la sorte.*

Arnaud, qui en est tout-à-fait persuadé; car dans Taccez quil a eu Juiiiei 1657. chez vous, comme on n'y parle que des grandes sommes que Ton despense et des grands partys que Ton faict, qui sont le plus souvent des choses en l'air, il croit qu'il n'y a qu'à parler pour avoir de grands trésors. Je remets à vous de luy faire la response que vous jugerez la meilleure, luy faisant cognoistre les bonnes intentions du Roy à l'es* gard de M. de Neubourg, et la résolution de Sa M^^ d'employer tous les moyens imaginables pour l'eslevation de M. le duc de Bavière, ou pour la sienne.

Poit^seriptum autographe :

Je vous envoyé les copies des deux lettlres que j'ay escriptes à MM. de Turaine [sic) et de La Ferté, par lesquelles vous verres ce que il y a icy de nouveau. II vous prie de les communiquer à MM. le Chancelier et Procureur gênerai et publier ce que vous estimerés à propos.

Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5i A, P 91. — Minute.

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