AU PROCUREUR GÉNÉRAL (NICOLAS FOUQUET
La Fère, i jaiUet 1607.
( EXTRAIT
Je vous advoue que j'ay esté fort surpris des plaintes que vous me faictes par vostre lettre, parce qu'elles n'ont aucun fondement légitime et que vous auriez beaucoup plus de sujet de me remercier de la manière dont je parle de l'administration des finances que de vous en plaindre. Je ne sçay si M. le mareschal de Gramont s'est trouvé présent quand j'en ay parlé à M. Servien et à M. de Lionne; mais je ne leur ay dict que ce que je vous dis à vous mesme, qu'il falloit chercher quelque expédient pour que le Roy espargnast les grandes remises que l'on est obligé de faire aux traictans, parce qu'il estoit à craindre que, ces sortes de profusions continuant à se faire, nous ne tombassions tout d'un coup. Il est encore vray que je suis souvent cha-
Jaiiiei 1657. grin sur le sujet des finances, mais c'est par la qualité de la chose en soy et à cause de la disette où nous sommes et non pas contre vous, et si je n'estois pas satisfaict de vostre conduite, rien ne mempescheroit de vous le tesmoigner à vous mesme, sans m'en e)(pliquer à d'autres.
S'il estoît en mon pouvoir de reprimer celte licence de descrier toutes choses, que les François prennent, je les empescherois premièrement de parler contre la personne de Leurs Majestez, contre l'Estat, contre moy, et puis contre mes amys; mais c'est une liberté qu'ils ont toujours eue, qui s'est encore rendue plus grande dans le desordre des dernières guerres civiles, et particulièrement à l'esgard des gens de finances. Quand S* Pierre seroit surintendant, il ne seroit pas à l'abri de leur censure et de leurs médisances, et il me semble que les gens sages, comme vous, doivent peu se mettre en peine de ce que disent les sots^ Personne ne s'émancipe de parler devant moy, et quand je sçay qu'on vous a voulu rendre quelques mauvais offices auprès de Leurs Majestez, je les destruis aussytost par les asseurances que je leur donne qu'il ne se peut rien adjouster au zèle , à la suffisance^ et au désintéressement avec lequel vous servez. Que si de certaines gens, pour vous faire leur cour, vous rapportent le contraire, non seulement vous ne leur devez donner aucune créance, mais les rebuter fort et leur faire cognoistre que vous ne doutez nullement de mon amitié. Et par cette raison je ne veux pas prendre la peine de vous respondre sur ce que vous me marquez que l'on débite des grands remboursemens qui se font des gratifications que reçoivent vos amys, pour des bastimens que vous faictes faire' et du mariage de vostre fille*. Car je vous ferois
* Ge passage mërite d'être rapproché du * A la capacité, mot célèbre attribue à Mazarin:i/!srAanten(, ' On sait que Nicolas Fouquet faisait donc iU paieront. Le Cardinal, si enduraDt élever à Vaux-le-Vicomte un château d*une pour son propre comple, sous le rapport des magnificence telle qu'il coûta, dit-on, dixpamphlets, pourvu que leurs auteurs ne huit millions.
passent pas de la parole h Teffet, avait toute * Nicolas Fouquet avait épousé, en pre-
qualité pour recommander la même patience mières noces, Marie Fourché. Il en avait en
an surintendant. une fille, qui avait épousé, le 1 9 février 1 687 ,
grand tort et à moy aussy si je croyais qu'il vous fust tombé dans la Juaici 1667. pensée que j'eusse aucune part à des discours aussy exlravagans que ceux-là. Enfin jamais personne, dans le poste où vous estes, n'y a eu tant d'autorité que vous.
Pour ce qui est de mes interests, je vous dis sans aucun chagrin que vous en pouvez user comme il vous plaira sans que j'en aye le moindre mescontentement, et plust à Dieu qu'en sacrifiant ce que le Roy me doit et tout ce qui me reste, je puisse voir les choses en estât qu'il ne nous manquast rien de ce qu'il est nécessaire de despenser pour le bien de son service. Je vous as^eure qu'il n'y a rien au monde que je ne fisse avec si grand plaisir, et à la vérité je ne ferois pas un grand effort; car ce ne seroit que rendre au Roy ce qu'il luy a plu me donner, pour marquer la satisfaction que Sa M'^ a voulu lesmoigner des petits services que j'ay eu le })onheur de luy rendre ^
Aff. ëtr., Pays-Bas, t. âi, f* liS. — Minute de la main de Roussereau.
À M. DE TURENNE
(iXTRilT.j
LaFère, 3 juillet 1657.
Gomme je descendois de carrosse, le s' de Poys arrivé de Mon-
ie fils aîné du comte de Charosl, gouverneur de Calais et un des quatre capitaines des gardes du corps. On disait que Fouquet avait donné six cent mille livres de dot à sa fille.
^ Malgré les protestations d'amitié de Mazarin, Fouquet était en défiance, et ce fut probablement en 1 687 qu il rédigea le projet qui fut trouvé plus tard ii SaintrMandé et fut une des pièces alléguées dans son procès. D y indiquait les moyens de résister au Cardinal dans le cas où il voudrait le
faire arrêter et la conduite que devraient tenir ses amis. Parmi eux, il mentionnait son frère, Tabbé Fouquet. Il eut, dans la suite, des discussions qui amenèrent sa rupture avec Fabbé Fouquet. Il corrigea les passages où il Tavait cité. Ce projet a été conservé dans les manuscrits de la Bibliothèque nationale (Cinq cents de Colbert , t. a 35 , fol. 86 et saiv.). Il a été publié par M. P. Clément et dans les Mémoires sur la vie privée et publique de Nieohs Fouquet, t. I, p. &88 et suiv.
Juillet 1667. treuil, d'où il est parti ce matin à huit heures S nous a apporté la nouvelle que M. le comte de Gharost. et M. le mareschal d'Aumont avoient envoyé à M. le prince d'Harcourt de la retraite des ennemis, qui avoient marché de ce costé-là et s'estoient approchez d'Ardres dans le deâseing de l'attaquer, mais qu'il y avoit desja trois mille cinq cens hommes de pied dans la place; que toute ia cavalerie que l'on avoit destachée pour s'y jeter, avec les mousquetaires et mes gardes, estoit à Montholin preste à le faire, et que les gardes françoises et suisses es* toient arrivées àez hyer à Montreuil, de sorte que le gouverneur, ayant faict tirer cinquante volées de canon sur eux, et voyant bien^ qu'ils avoient pris de fausses mesures, ils s'estoient retirez dans leur pays, après avoir bruslé quelques maisons qui sont au faubourg de Calais, Guigne et d'autres villages circonvoisins, pour marque de leur rage et de leur desespoir; car, d*ailleurs, il me semble que ce seroit une assez foible vengeance.
J'ay creu vous devoir donner cet advis en diligence, parce que je m'asseure que, sur cela, vous envoyerez ordre à M. de Gastelnau de ne point s'advancer, et que vous jugerez aussi à propos de ne retirer aucunes troupes du Quesnoy et de Landrecy jusqu'à ce que l'on voye quels mouvemens feront les ennemis et quelle resolution il y aura à prendre.
Aff. ëlr., Franœ, t. syA, f* 371. -*- Copie du temps.
AU MARÉCHAL DE GRAMONT
U Fère, 3 juillet 1657.
(bxtbait.)
Je vous rends grâces de la peine que vous avez prise de voir, de ma part, M°* la princesse de Carignan' et M"^ la comtesse de Sois-
. ' Ce membre de phrase a étë ajoute en interligne. — ' Le sens est : e( fe« ermenûs voyant bien, etc. — * Marie de Bourbon-Soissons. ( Voy. 1 1. , p. 916, des Lettres de Mazarm.)
sons ^ Il tté se peut rien de plas ponctuel ny de plus obligeant. Je me resr* Juillet 1657 jouis avec vous de Taccueil que vostre secrétaire a rec^u à Francfort^. G est un bon eommeucement qui nous doit d'autant plus faire espérer des suites advantageuses.
Tay veu ce que vqus me mandez de la reyne de Pologne. Je croy Sa M^ trop équitable pour se plaindre de la conduite qu on a tenue à son esgard , estant asseuré qu'on ne pouvoit pas en user autrement à moins d aller ouvertement contre les règles de la prudence.
Additim de la main de $m htninenee :
J ay donné ordre au s' Golbert pour les bagatelles ^, et j'envoye à M. de Servien les papiers» afin qu'il vous' les remette, lorsqu'il s'en sera servy.
Nous ne faisons que marcher^ les ennemis çt nous. Ils avoient résolu de nous prendre Ardres; mais les diligences qu'on a faictes pour les en empescher ont produit leur effect, s'estant retirez en leur pays aprez avoir donné des marques de leur chagrin de nostre peu de complaisance et bruslant quelques maisons d'un faux bourg à Calais, la moitié de Juigné et cinquante ou soixante villages. Les courriers que j ay depeschez à M. le mareschal d'Aumont et à M. le comte de Charost arrivèrent assez à temps pour advertir le gouverneur d' Ardres et y faire passer de Calais quatorze cens soldais de la garnison, autant des places de Boulogne et Monthulin\ et plus de deux mille hommes de milice.
* Olympe Mancini, nièce deMazarin, née Taffaire des poisons oà elle atait été inju»*
à Rome en 16&0, mariëeau prince Eugène tement impliquée. Elle mourut dans celte
de Savoie comte de Soissons Je ao février ville en 1708. (Voy., sur elle, le tome VII
1687; ^"^ *^^^t été, comme sa sœur des Lettres de Mazartn , p, hù^.) Marie, très courtisée par Louis XIV, ffoon ' Voy., sur l'arrivée de nos ambassadeurs
pas tant pour sa beauté, dit Brienne, que èi Francfort, les Mémoires du maréchal de
par la familiarité dans laquelle il vivait avec Gramont (éd. Michaud), p. a 88 et a 90. elle*. Elle devint plus tard sorintendantc^de ' On a vu dans le tome Vil , p. S&i , qa'il
la maison de la Reine, fut exilée en i665 à s'agit ici des présents que devaient faire les
la suite d'une intrigue contre M"* de La Val- ambassadeurs, lière, et se retira en 1679 à Bruxelles, après * Cette petite ville, située sur 1rs fron*
Juillet 1657. Le marquis d'Hocquincourt^ et LoinviHe', que j avois mandé à M. de Gastelhau de d.e$tacher avec quinze cens chevaux et cent soixante dragons, avoient faict une telle diligence qu'ils estoient arrivez assez à temps pour se jeter dans laditcte place. Les mousquetaires du Roy et mes gardes, conduits par Baas', s'estoient aussytost rendus d'icy à Monstreuil en deux jours, et six compagnies des gardes françoises et suisses, que j avois pris le soin de faire embarquer à Gorbie, estoient arrivées assez à temps pour estre de la partie.
Le bruit du siège de Calais sera sans doute parvenu à Paris, où il y aura de bons François qui auront conclud d*abord à la perte, sçachant qu'il n y auroit rien de plus facile pour les ennemis que de faire la circonvallation du costé de la mer, ayant le roy d'Angleterre en personne avec eux; mais, Dieu mercy, tout est sauvé pour cette fois, et vous ne douteriez pas, jem'asseure, que je ne sois alerte pour tascher qu'il arrive de mesme à l'advenir.
Bibl. oaL, ms. f. fr., Mékmge* de Colberl, t. 5 1 A, f* 108. — Minatc. À M. DE TURENNE.
Ia Père, li juillet 1667.
(eitriit.)
J ay receu vostre lettre de ce matin, et j'ay veu l'ordre que vous avez donné à M. de Gastelnau de s'arrester sur le ruisseau de Vermand*. Ce qui a esté fort à propos, afin que, si M. Reynolds^ le veut, ^1 puisse
tières de la Picardie et de T Artois, était au- ' Jean de Castelmore de Baas ou Baats.
trefois fortifiëe. ( Voy. t. III, p. 767, des Lettres de Mazarin.)
* Voy., sur le marquis d'Hocquincourl, * Vermand est auj. chef-lieu de cant. du t. V, p. 5â3 , note & , des Lettres de Mazarin. dëp. de T Aisne, air. de Saint-Quentin.
* Anne des Boves-Goutenant , marquis * Le chevalier de Reynolds ëtait, conmie de Lainvilie, maréchal de camp en 16&9, on Ta vu dans le tome VU, p. ^76, gënâral h'eutenant général en i653, mort en 1688 des troupes anglaises que Gromwdl avait (9 décembre). envoyées en France.
retirer les justaucorps qui sont à Peronne^; mais peut-estre la chaleur Juillet 1657. l'obligera à les laisser là quelque temps.
Je croy qu'il est absolument nécessaire que vous destachiez deux ou trois petits regimens, mais remplis de bons officiers, comme celuy (J'Herbouville, pour envoyer à Montmedy; car je croy]que ce petit secours ne nuira pas à la prise de la place; mais il ne faut pas perdre un moment de temps à les faire partir, donnant les ordres que vous estimerez à propos, afin qu'ils puissent joindre en seureté M. le mareschal de La Ferté. Ce que je vous mande d'autant plus que je viens d'avoir ad vis que les ennemis avoient regagné la contrescarpe, où le pauvre Gouvonges^ a esté tué, et quelqu'un adjouste le commandant de mon régiment italien'. Il est vray que M. le marescbal de La Ferté mande à M. de Fabert que, la nuit du 1^' au s de ce mois, il faisoit estât de la reprendre et de la garder en sorte qu'un semblable inconvénient n'arrive plus.
Le Roy fera le voyage dont je vous ay escrit et pourroit bien partir aprez-demain« Cependant ce seroit un grand coup si vous pouviez venir à bout de l'affaire dont vous me parlez, et je m'asseure que vous n'espargnerez rien pour cela.
J'ay la confirmation de M. le marescbal d'Aumont de ce que je vous ay escrit cette nuit et j'ay veu que l'alarme avoit esté si chaude pour Calais *, que l'on avoit retiré effectivement beaucoup de monde d'Ardres afin de l'envoyer par mer à Calais. Je voy bien par là que je ne suis pas un grand capitaine; car j'eusse sans doute abandonné Calais sans prendre le moindre soin de le secourir*.
^ Cette phrase nous apprend que les soldats anglais étaient babilles, du moins en partie, aux frais du gouveinement français. Cëtait un fait exceptionnel, à cette époque où Tuniforme n'était pas encore en usage et où les soldats ne recevaient de leurs chefs que larniement et la solde.
* Ce Couvonges était probablement le fils d'Antoine de Slain ville , comte de Couvonges ,
lieutenant général des armées, tué en i6i6 au siège de Lérida.
* Ce commandant était le s' d'Arnolfini. (Voy. ce nom dans le tome VII, p. 698.)
^ Les ennemis avaient attaqué Calais et pris un faubourg.
* Une note avertit que la lettre suivante est la continuation de k dépêche adressée à Turenne.
MIXARIH. — TIII.
lUmiKCnil KftTIOKALI.
luillet 1657.
La Fère, le It juillet au soir.
Je vous ay escrit ce malin pour vous donner advis de la confirmation (|ue nous avions receue de la retraite des ennemis des environs d'Ardres, et je ne vous en envoyé pas le duplicata parce que je croy asseurement que vous avez receu ma lettre. M. de Ghaulnes ^ nous escrit la mesme chose de la rétraite des ennemis; mais il adjouste quils avoient deslaché un corps considérable de cavalerie qui marchoit vers Tournay sans bagage. Si l'advis est véritable, vous en recevrez des nouvelles du Quesnoy et de Landrecy.
Je ne sçay pas si la longueur du siège de Montmedy par la vigoureuse deffense des assiégez pourroit faire venir [aux ennemis] l'envie tout de bon d'y aller, et quoy qu'il n'y ayt aucune apparence, j'estime que, à tout événement, il ne seroit pas mal que vous prissiez un poste, duquel vous pussiez, en cas de besoin, vous rendre au camp de Montmedy avant les ennemis. Je gagerois tout ce que j'ay au monde qu'il ne leur tombera pas seulement dans la pensée d'y aller; mais comme vous n'avez rien à faire, il semble que ce ne sera pas agir contre la prudence de prendre toutes les précautions imaginables.
Je vous ay escril que j'estimois absolument nécessaire que vous destaschassiez deux ou trois regimens, qui tous ensemble fissent le nombre de sept ou huit cens hommes^, pour envoyer ce petit secours d'infanterie à Montmedy. Je vous réplique la mesme chose et d'autant plus que les nouvelles que je reçois de ce costé-là portent que les attaques ne se faisoienl pas avec grande vigueur; mais je vous prie que personne .n'ayt cognoissance que je vous en aye escrit.
Le Roy partira après-demain sans faute, et je suis tout-à-fait persuadé que ce voyage sera fort utile; car la présence de Sa M^*^ eschauf-
' Voy. t. V, p. 5a 4, noie 2, des Lettres çaises. Les rëg^iments dits étrati^ers avaient
de Mazarin, en g<^néral beaucoup plus. Mais Mazarin a
* L'effectif d'un r^iment d'infanterie de- spdcifid, au commencement de celle lettre,
vait, alors, être régulièrement de cinq cents qu'il s'agit ici trde petits régiments n , c'est-
hommes au moios, pour les troupes fran- ànlire de régiments incomplets.
fera tout le inonde, et je sçay qu'en mon particulier je ne gasteray JaiUei 1657. rien. Je vous mets en considération s'il seroit bon que, pour plus grande seureté de la marche du Boy, vous envoyassiez un grand party de deux ou trois cent chevaux auprès de Rocroy, afin d'empescher la sortie d'un grand corps de cavalerie quon dict estre dans la place. J'altendray response sur tout cecy, et je vous prie de me mander si vous avez quelque espérance de l'affaire dont vous avez pris la peine de m'escrire ce matin.
Bibl. nat., ras. f. fr., Mélanges de Colbert, t. Bi, f° 111 v"; minute. — Aff. élr., France,
t. 373, r %^à; copie du temps.
À LA REINES
Rethel, A juillet 1657.
Nous allons entendre la messe pour partir tout aussytost, la journée estant aussy longue que lorsque la Reyne la fit^. Vous lui direz ^, s'il vous plaist, que le Confident^ se porteroit fort bien, s'il n estoit malade de l'impatience de se rendre promptement au camp de Montmedy; mais il est tombé luy-mesme d'accord qu'il faut séjourner demain à Sedan. Il a grande tendresse pour vous, et si je ne croyois trop enchérir, je vous dirois qu'il vous aime plus que l'armée. J'espère que nous quitterons bientost celle qui faict le siège; car, à ce que je crois, la place va être dans peu aux abois, et je m'asseure que vous n'en serez pas faschée^ ayant pénétré que la hayne que vous avez pour le Confident^ est médiocre.
^ Dans cette lettre, comme dans la plu- rait indiquer que Mazarin s^adresse à une
part des lettres chiffrées, Mazarin parle de personne qui doit servir d'intermédiaire enti%
la Reine, tantôtb la seconde personne, tantôt la Reine et lui; mais la suite de la lettre
h la première, prouve que c^est bien à la Reine qu'il ëcrit.
* Se rendit de Rethel à Sedan. ( Voy. t. VI , * On a vu dans les tomes prëcélents que
p. 180.) ce mot désignait le Roi, dans la correspond
^ Cette locution : wms lui direz, semble- dance entre Mazarin et la Reine.
JuUiei 165-). Il a faicl la plus grande partie du chemin à cheval. On luy a donné des alarmes, qui l'ont obligé à faire advancer des escadrons; mais il n'y a pas eu de sang respandu. Le plus beau régal qu'on luy eust pu faire auroit esté de luy présenter en effect quelque nombre d'ennemis; mai§ je prévois que son malheur voudra qu'on n'en rencontre pas en ce voyage. Pour moy, je m'en console, et je m'asseure que vous en ferez de mesme. Il m'a dict de faire ses recommandations à Monsieur, de qui je suis tres-humble serviteur, et le vostre jusqu'à la mort, sans aucune reserve**.
Bibl. nat., ms. f. fr.. Mélanges de Colbert, t. 5i A, f* 98 v*; minute. — Aff. étr., France,
t. 373, P i&o; copie du temps.
À M. SERVIEN
(extrait.)
La Fère, 5 jaiiiet 1667.
Nous pouvons faire un estât asseuré des trois électeurs ecclésiastiques, et je ne doute pas que nous ne puissions, à plus forte raison , nous tout promettre de l'électeur de Brandebourg \ puisque son interest et son
^ On verra , par ]a suite des négociations , que Mazarin s abusait en se croyant sûr de la majorité des voix dans le collège électoral. Mais lopinion du Cardinal était celle de la majorité des contemporains. Le sceptique Guy Patin en fournit la preuve : «rDes sept Électeurs , écrivait-il à Charles Spon le 1 9 septembre 1687, ^^"^ avons cinq voix, et le l'oi de Hongrie ne sera pas Empereur. L'archiduc Léopold n'est pas assez riche pour Tétre; mais si i on 6te cette plume aux ailes
de la maison d'Autriche, qui sera donc l'Empereur?'an Bavarusf an Saxo? an ipsepurpuratus nosterf\ Je voudrois l'avoir vu Empereur, entouré de janissaires h la romaine in solio Imperatorio. Lui et Cromwell et le général des Jésuites seroient trois beaux personnages pour représenter l'état tyrannique du misérable temps auquel Dieu nous a reservez. Pour notre Roi , je ne pense pas qu'il voulût s'arrêter h si peu de chose : l'Empire d'Allemagne est an-dessous de sa grandeur,
* Sera-ce le duc de Bavière ? ou Vélecteur de Saxe? ou notre Cardinal Ud-mémef On sait que Guy Patin aime à railler Maxarin et A lui prêter des idées ridicules. C'est ee qu'il ne manque pas de faire en cette circonstance.
inclination le portoient desja à se conformer aux intentions du Roy. J"»"ei 165 On a escrit, comme vous sçavez, d'assez bonnes raisons, de ce costélà, pour espérer qu'il s'affermira de plus en plus dans le party qu'il a pris.
Il reste l'électeur palatin S duquel il se faut asseurer au plus lost, en exécutant ce que vous avez comme ajusté avec son résident.
Je considère [qne]^ peut-estre reussiroit-il au duc de Neubourg^ d'eslever sa fortune en cette rencontre, et pour moy, je croy que son eslevation seroit plus avantageuse au service du Roy que celle de M. de Bavière; mais c'est à luy à s'aider en cela, s'aboucbant, comme nous avions desjà dict, avec l'électeur de Mayence, et tascbant de se le rendre favorable preferablement à tout autre, et donnant en mesme temps carte blanche pour terminer les différends qu'il a avec l'électeur de Brandebourg. Vous en discourrez, s'il vous plaist, avec M. le mareschai de Gramont, et vous me manderez si on juge qu'ils* doivent faire quelque chose là-dessus. Vous voyez bien pourtant de quelle conséquence il est de tenir en pensées bien secrètes, afin que le duc de Bavière n'ayt sujet de se plaindre.
Mazaria entretient ensuite Servien de questions financières. Il termine par ie paragraphe suivant :
Le Roy partira demain pour aller à Montmedy, et la Reyne demeurera icy. Les assiégez font une deffense extraordinaire. Vous donnerez, s'il vous plaist, cet ad vis à tous ces messieurs, et vous direz que l'occasion plus seure pour escrire est celle de l'ordinaire de Sedan, adressant les lettres à M. de Fabert.
et viDgt-cinq mille ëcus de rente ne sont ' La copie porte et, rien au plus puissant roi de TEurope, et ' Voy.,surleducdeNeubourg, t. V, p. 9 néanmoins cette qualité ne vaut que cela et tome VII, p. 79, des Lettres de Mazarin, par an à celuy qui la possède.» * Mazarin pense aux deux ambassadeurs, ^ Charles-Louis de Bavière, électeur pa- Gramont et Lionne; ce qui explique le plulatin, de i6i8 i 1680. riel.
Juillet 1657.
vni.
Bibl. iiol., ma. f. fr., Mélanges de Coibert, t. 5t A, f* 100; minute. — Aff. ëtr., France,
t. 373, P lia; eopie du lemps.
À M. DE THOU