‹ Lettres du cardinal Mazarin pendant son ministère (volume 2)Chapitre 32 sur 81 · À M. BLONDEL · texte numérisé non relu

À M. BLONDEL

jœaSTfiB DE FRAHCB Pftis DC L'^BCT£UR J>B iRAMDBBOnBO.

Paris, 1* février i658.

( UTIAIT. )

Tay rêceu vostre lettre du 1 5 du passé, et vous diray pour response que vous avez bien faict de n'entrer pas en discours sur la proposition de négocier la paix de Pologne dans la cour de l'électeur de Brandebourg, car ce seroit le vray moyen de reculer l'accommodement par les artifices que les Espagnols auroient eu facilité d'employer en ce lieu -là; et pour ce qui est du propos que vous avez tenu touchant l'élection ^ il n'est plus question à présent de parler d'une chose qui semble [eschouée^], parce que M. l'électeur de Brandebourg n'a pas voulu respondre cathégoriquement aux instances qui luy ont esté faictes autrefois de la part du Roy sur ce sujet; mais, au contraire, asseurant le roy de Hotigrie de son suffrage , en offrant mesme de soutenir par la force ce que luy et quelques autres Electeurs feroient pour son élection, quand mesme le nombre des suffrages n'y seroit pas. Cela lay a donné lieu de s'asseurer d'autres qu'il nauroit pas eu, ou qui luy esloient tout-à-faict douteux. Ainsy, à moins que vous ne voyiez un changement tout entier dans son esprit^ pour la maison d'Austriche et que S. A. El. soit asseurée que l'électeur de Saxe prendra le mesme party que luy, il ne faut plus entrer en offre sur cette matière.

Je croy qu'il est juste de guérir les appréhensions que M. l'électeur

* L'élection de l'Empereur. ' Les négociations étaient, au dire du

* La minute poKe eseheuë, mais il s'agit maréchal de Gramont, très difficiles avec évidemment de l'exclusion de la maison Télecteur de Brandeboui^g, parce que sa d'Autriche, affaire qui avait échoué; la suite l^èreté d'esprit le faisait changer à tout de la phrase ne peut laisser aucun doute. moment de résolution.

de Brandebourg peut avoir du roy de Suéde, et se plaindre de la ma- Février i658. niere dont S. A. El. en a usé en son endroit; et pour cet effect, en ayant informé le Roy, S. M*^ a trouvé bon quon escrive, de sa part, dasseurer S. A. [EL] qu'alors qu'on aura de nouveau lié une bonne amitié entre elle et le roy de Suéde, pour laquelle le Roy employera ses offices, (comme* en effect j'en escris dez à présent au chevalier de [Terlon]^ d'y travailler). Sa M*^ sera volontiers garant de l'exécution de ce qu'ils auront convenu [sic) ensemble, et comme il fera cela avec la participation et du consentement du roy de Suéde, M. l'Electeur peut estre certain qu'on tiendra ponctuellement ce qu'on aura promis, et que, s'il arrivoit autrement, la France mettra le tout pour le tout pour le faire observer. Vous pourrea vous entendre là-dessus avec le chevalier de Terlon^ et asseurer, de ma part, le s' Schwerin^ que, si S. A. prend une bonne resolution et celle que je crois absolument nécessaire pour sa réputation et pour le bien de ses affaires^ qu'il aura en moy un serviteur très sincère, et j'ose dire très-utile, et qu'elle (S. A. EL)tirera de l'amitié de la France des avantages plus grands et plus solides que tous ceux que les Espagnols luy ont faict promettre, quand bien meame, contre leur coustume, ils luy en feraient ressentir les effects.

Quelque chose que M. le comte de Brienne vous escrive, tant que vostre présence sera utile auprez de M. l'électeur de Brandebourg, vous n'en partirez pas, et j'estime qu'elle y sera nécessaire tant que la négociation de la paix de la Pologne et de la Suéde durera.

^ Au iiea de e<mme, il semble qu'on a ' Dans ce passage, il y a bien Terion.

avec, qui ne présente pas de sens. * Le baron ou comte de Schwrin ëtait

. * Ce nom esl ici ëertt : Tre$lwi, le principal ministre de Brandebourg.

Février i658.

Bibl. nat. , ms. f* fr. < t. Sa , f • 1 1 o v* — Minute '.

À M. DE LUMBRES,

UINISTBB DB rRÀBGB BN P0L06NB.

[Puis], 1** février 1 658. (extbait.)

Je vous diray, pour respoûse aux vostresdu 7 et id du passé, que la reyne de Pologne , estant bien persuadée que l'électeur de Brandebourg est engagé avec la maison d'Âustriche au delà de ce que je puis dire, je suis asseuré qu elle ne feroit aucun pas pour introduire la négociation de la paix avec la Suéde à Berlin; mais, au contraire, elle s'opposeroit à tout ce qu'on pourroit luy proposer sur ce sujet; et vous direz à celte M^, de ma part, que le seul moyen qui reste de faire perdre aux Espagnols les avantages qu'ils espèrent de la déclaration dudict Electeur en leur faveur, c'est la conclusion de la paix sans aucun retardement; à quoy il me semble qu'il ne reste plus aucune difficulté, puisque, par le retour du s*" Akakia, Sa M*^ aura veu que le roy de Suéde donne les mains à tout ce qu'on luy a faict cognoistre qu'on souhaitoil de luy en Pologne.

J!ose respondre aussy que, la paix faicte, la reyne sera la maistresse pour la succession^, que la maison d'Âustriche attendoit plus de la continuation de la guerre avec la Suéde et de la quantité des troupes quelle avoit en Pologne que des promesses qui en avoient esté faictes, à Vienne, au roy de Hongrie et à ses ministres par le grand Trésorier*.

' L'original de cette dépêche se trouve ^ Le grand Trésorier de Pologne était

aux Aff. ëtr. , Allemagne , Supplément, 1. 1 7 , André Morstein , ou Morztyn. La suooesBion

sans pagination; cet oiiginalest, en grande au trône de Pologne était disputée par ia

partie, chiffré sans traduction. France et ia maison d'Autriche. Celle-ci y

' Pour disposer de la succession aulrône prétendait pour un archiduc, Ignace (?),

jne. frère de Léopold ; la France , soutenue par la

Les raisons pour conclure, sans aucun delay, cette paix sont si esvi- Février i658. dentés et les avantages pour le Boy, la reyne et le royaume de Pologne, si seurs et si considérables, que je ferois tort à la prudence de S. M^^ (de Polc^ne) si je voulois m'estendre à persuader une chose qui parle d'eHe-mesme.

C'est pourquoy jenay quà vous confirmer ce que je vous ay escrit, dans mes dernières depesches, touchant la succession (de Pologne) et vous prier de faire considérer à la reyne que, le grand chancelier venant à mourir, si sa place venoit à estre remplie du grand Trésorier, cela ne seroit pas trop bon pour nous, et asseurement la reyne auroit de la peine à venir à bout du projet qu elle a faict pour le bien de la Pologne et pour l'avantage de cette couronne; car je ne puis mieux sçavoir que je sçay que le grand Trésorier n'est pas seulement attaché par ses inclinations, mais par d'autres liens, à la maison d'Austriche, mais particulièrement au roy de Hongrie et à l'archiduc Ignace \ son frère, qu'il visita à Vienne et luy promit de travailler jusques au bout pour son élévation.

Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t 5â , T 1 1& v^ — Minute.

AU GHEVAUËR DE TERLON.

Paris, 6 février i658.

(IXTBAIT.)

J'ay receu vostre lettre du 21 janvier et, pour y respondre, je commenceray par vous dire que je suis confus de la manière obligeante dont le roy de Suéde vous a parlé de moy dans l'entretien que vous

reine de Pologne, présentait un des princes duc Ignace, frère de Lëopold; il est prodn sang. Après la paix des Pyrén^, Gondé, bable que Mazorin veut parler de Charlespois son fils, le duc d'Enghien, forent les Joseph, frère cadet de Lëopold , ne en i6U^\ candidats de Louis XIV. Charles-Joseph devint ëvéque de Passau et * Les biographies ne citent pas d'archi- grand maître de Tordre teutonique.

Février i658. avez eu Thoiineur d avoir avec Sa M*^. Je vous prie de iuy en rendre très humbles grâces et dadjouster mesme qae je recognois toutes ces faveurs de sa générosité ^ J*ose me flatter, neantmoins, jusqu'au point de croire qu'il y a quelque justice à me considérer comme un de ses tres-humbles serviteurs. Je crois qu'il n'y a personne qui aytplus de vénération pour ses hautes qualités et qui prenne plus de plaisir à remarquer, en toutes sortes de rencontres, les beaux endroits de ses grandes actions ^.

Au surplus, je vous puis dire que rien ne me chatouiileroit davan^ tage [que] non seulement de faire la moitié du chemin, mais d'aller trouver Sa M^, quand elle seroit en un lieu encore plus esloigné qu'elle 'n'est, si cela pouvait estre compatible avec le service que je suis obligé de rendre icy, auquel je voy que Sadicte M*^ prend tant de part, que je ne croy pas qu'elle voulust qu'il souffrist par une telle resolution; mais si les Espagnols viennent à bout de pousser le roy de Hongrie dans une guerre en Allemagne, comme ils y font tous leurs efforts, il pourroit arriver telle chose qu'il ne me seroit pas difficile d'avoir cet honneur-là, que je souhaiterois avec une extremç passion pour Iuy rendre mes respects de plus prez et en sorte qu'il n'en pust jamais douter, et aussy pour résoudre avec Sa M*^, au nom du Roy, tout ce qui seroit nécessaire et plus advantageux pour le bien des deux couronnes.

Cependant, en exécution de ce que je vous ay desja escrit et dont

' Le sens est : que je ne dois eeê faveurs qu'à sa générosité.

^ Le roi Charles X (Gustave) méritait ces éloges qui, dans ia bouche de Mazarin, n'étaient pas une banalité. Ce prince ne le cédait guère en valeui* ni en connaissance de ia tactique militaire à son illustre prédécesseur Gustave- Adolphe. Son activité contrastait avec son physique, car il était affligé d'un embonpoint presque monstrueux. Il écrivait de sa main toutes les dépêches,

quelque longues qu'dles fussent, à ses am- ))a88adeurB et h ses géséraui. Dans les batailles, lorsqu'il jugeait sa présence nécessaire à la tête de ses troupes , il oubliait qu'il était roi et se jetait dans la mêlée comme un simple soldat Son ambition démesurée lui fit concevoir bien des chimères dont il exécuta quelcpies^ones : odie.parexempk, d'avoir fait passer un bras de mer à son armée, sur la glace, pour combattre des ennemis qui fl6 croyaient en aûrelé de l'autre

DU GARDIffAL MAZARIN. 395

V0T18 me marques que ledict roy âvoit receu beaucoup de satisfac* Février 1 658. tîon, j*ây conclu des traitez avec îe duc de Wurtemberg et d'autres [princes] pour la levée de quatre mille hommes de pied et deux mille chevaux en Allemagne, qui doivent estre prests à la fin d'avril prochain, l'argent ayant esté desjà distribué pour cet effect; et l'intention du Boy est de joindre à ce corps encore six mille iiommes, qui sont logez en Alsace et dans les Eveschez\ et de l'augmenter suivant que Testât des affaires le requerrera pour l'employer en Allemagne, si Sa M**^y est obligée en cad que les choses aillent à une rupture ouverte, ou pour la manutention de ce dont on sera convenu dans la Ligue projetée, si elle vient à se conclure, comme il y a grande apparence, les princes d'Allemagne, tant catholiques que protestans, y ayant un plus grand interest que la France ny la Suéde.

Je n'ayrien à adjooster à ce que je tous ay escrit, l'ordinaire dertrier*, touchant rallîaace, si ce n'est qu^on en envoyé le projet et l'in* structîon è MM. les ambassadeurs qui sont à Francfort, vous repliqunnt que le Roy l'estime' auasy nécessaire que le roy de Suéde, si l'on ne veut jour à mettre les choses en estât qu'on trouve une aeureté tout entière dans la manutention de la paix de Munster, et je ne doute pas que le roy de Suéde n'approuve fort tout ce que je vous ay escrit sur ce sujet, afin que nous «oyons plutost oonviea par les princes d'AI*- Ifemagne à poursuivre le repos de l'Empire par les armes, qu'à les rendre favorables à la maison d'Aostriche, comme ils le seroient, sans doute, s'ils voyoient qu'on declarast la guerre au roy de Hongrie, lorsque lesdicts princes prétendent nous pouvoir faire donner contentement par des toyes amiables et jouyr d'une paix bien asseurée en Allemagne.

Mazarin donne ensuite des renseignements sur l'argent qu'il a envoyé à Franc-

cAtë. Malheureusement, il était très adonné ' Voy. ci-dessus, p. sSi» la lettre du

è rivrognerie et ineapflble dWeune recon- %*" février au chevalier de Terlon.

naissance pour ceux cpii sedév^oaaieat à iai« 'Le sens est : que le Roi estime cette al''

' Les trois trichés : Tout, Mets et Ver- Uance awsi nécessaire que l'estime le roi de

dun. SMe.

Février i658. fort, 8ur les ordres adresses à Blondel^ sur la Pologne et Fespoir qu'elle signera la paix avec la Suède ^, enfiu sur le regret qu'il éprouve de ne pouvoir donner suite h une recommandation du prince Adolphe de Suède en faveur de Tabbé de La Rocheposay.

Bibl. nat., ms. f. fr.. Mélanges de Colbert, t. 5a, f* itg. — Minute de la main de J.-B. Colbert

AU MARÉCHAL DE GRAMONT

[Paris, 6 février i658.] (kztrait.)

J'ay receu, par les mains d'Atto', une lettre qui accompagnoit la relation de vostre voyage en Bavière et les moindres particularitez de la négociation que vous avez eue en cette cour-là \ J'ay tout leu avec grand plaisir, et, sans vous flatter, vous ne pouviez pas vous conduire avec plus d'adresse, prudence et fermeté que vous avez faict; mais, quelque soin que l'on prenne de cultiver le sable, il n'est pas possible de le mettre en estât d'en tirer du fruict. Ainsy, bien considéré l'esprit de l'Electeur et l'honneur de sa mere^ et de son principal ministre^, il ne pourra pas nous réussir de luy faire prendre l'Empire, quoyque les remuraents et les diligences de là maison d'Austriche pour l'avoir fasse assez connoistre que le morceau n'est pas désagréable.

Enfin , vous en estes fort bien sorti estant allé à Munich plus pour vous esclaircir que pour persuader, comme vous l'avez fort bien dict à l'Electeur et au comte Curts [sic). Vous este venu à bout de vostre

^ Voy. ci-dessus, p. 990, la lettre du tome VIIL (Voyez ci-dessus, pages 161 et

i" février à Blonde!. *9a0

' Voy. la lettre du 1*' février à M. de * Les Mémoires du nuariekal de Granu^

Luinbres. retracent cette négociation de Munich.

^ Atto étiit un italien de la musique dû - ' Sœur d<e Témperear Ferdinand III. Roi, dont parle Fouquet dans ses Défenses, * Comte Kûrtz.

DU CARDINAL MAZARIiN. 297

dessein, et le Roy en tire un ires-grand ad vanta ge, puisque non-seule- Février i658. ment Sa M*^, estant délivrée de toutes sortes d'ambiguitez , peut prendre .ses mesures pour la conduite qu'Elle aura à tenir, mais, connoissant à fond, parle tableau si animé que vous en avez envoyé, le naturel et rinclination dudict Electeur^ et de ceux qui ont la principale part auprez de S. A. [EL], Sa M*^ verra bien ce qn'EUe s'en doit promettre à l'advenir.

Je vous diray pourtant que le duc [de Bavière], estant assez porté à suivre le conseil des autres, il se pourroit faire ^ qu aymant sa femme comme il faict, sa beauté et ses larmes l'obligeassent un jour à suivre les siens*, et, en ce cas, la France pourroit espérer de grands advantages. Vous avez bien faict d'establir une voie seure pour entretenir correspondance avec cette princesse; car, ne voyant pas encore que tous les Electeurs courent avec tant de précipitation à donner la dignité impériale au roy de Hongrie, comme [Pegnaranda] * presupposoit qu'ils feroient, si le [vent]* venoit à changer par quelque nouveau incident, comme pourroit estre celuy du refroidissement des électeurs de Saxe®

^ Le portrait que le maréchal de Gramoot a trace de Tëlectear de Bavière contraste avec les éloges qu*il donne à Télectriée sa femme, rr C'est un prince, dit-il*, qui est grand , sans être de bdie taille. Le visage n'est pas désagréable , et pourtant n'est pas fort avenant. Il s'eiplique facilement en italien , ne dit point de sottises et répond à propos. Il tient souvent conseil et sait celui d'autrui. Il est exempt de vices et tient ses vertus bien cachées. Jamais Allemand ne iiit si sobre; il m mangea de sa vie qu'avec sa mère et sa femme, et avec telle règle qu'il dîne à dix heures du matin et soupe à six du soir. Sa passion prédominante est pour vêpres, qu'il entend immanquablement tous les jours. Je ne crois pas qu'il soit damné pour une ambition démesurée, ni que la

' ^ff. étr., Corretp, éTAllmMignê, tome t&s.

MAZARIIf. — TIII.

précipitation de monter sm* le trêne des Césars lui fasse rompre le col.» L'intention satirique est manifeste dans les derniers traits de ce portrait On verra plus loin comment le même ambassadeur pariait de l'éiectrice de Bavière, Henriette-Adélaïde de Savoie.

* Ici commence le passage souligné dans la minute, pour être chiflré dans l'original.

' A suivre ses conseils.

^ Colbert écrit Pigneranda.

* Mot que je n'ai pu déchiffi-er.

* Le duc de Saxe étant regardé par nous comme vendu à l'Autriche, nos ambassadeurs n'avaient pas été le visiter; néanmoins il tint à se faire inviter, par le comte Egon de Fiîrstensberg, à un repas auquel assistèrent le marécbtd de Gramont et Lionne.

iBrmaciiii matiorali.

Février i658. et de Brandebourg en faveur dudict roy [de Hongrie], il ne seroit pas impossible à iadicte princesse de causer quelque changement dans l'esprit de son mari. Elle vous a bien de Tobligation, quand vous nous l'avez dépeinte si belle, si ^irituelle, si passionnée pour cette couronne; et si abandonnée à la douleur et aux larmes, lorsqu'elle s'est vue hors d'estat de servir le Roy, que tous les cœurs sont pour elle, et je ne voudrois pas respondre que le vostre ne luy soit entièrement acquis ^

Je vois bien que le comte Curie n'y a pas grande part, et je trouve que vous avez esté bien juste de ne luy en donner aucune et de luy parler aussy fortement que vous avez faict, lorsqu'il vous en a donné occasion , changeant en un instant du blanc au noir.

Vous avez eu raison de ne vous soucier pas de la lettre que l'on vous avoit offerte, car elle ne pou voit vous servir qu'à donner de la peine à l'électeur de Mayence, l'interprétant en sorte qu'elle nous donnast moyen de luy soustenir tousjours que, si le duc de Bavière ne se declaroit de vouloir l'Empire, cestoit parce qu'il voyoit bien de ne se pouvoir promettre rien de favorable dudict Electeur.

Le Roy a eu tres-agreable que vous ayez retenu prez de vous le sieur abbé Butti^, et moy j'ay une joye toute particulière de voir la satisfaction que vous en avez, quoyque, connoissant de longue main sa suffisance^ et l'adresse avec laquelle il sçait conduire une affaire, je n'aye jamais doublé que vous ne l'eussiez toute entière.

^ Ici se termine te passage souligne. Le maréchal de Gramont a tracé dans ses Mémoires (p. 397-298, édil. Michaud et Poujoulat) le portrait suivant de iVIectrice de Ba\ière : ffC'étoit une des plus belles princesses qu'on peut voir, et qui avoit tout l'agrément et le solide dans Tesprit qu'on peut avoir. Elle chantoit et jouoit du luth à la perfection et s'intéressoit vivement h tout ce qui pouvoit avoir relation à la grandeur du Roi et de la France. r> Cette élec-

trice était sœur du duc de Savoie. Henriette- Adélaïde de Savoie, née le 6 août 1687, avait été mariée, en décembre i65o, à Télecteur de Bavière. On peut consulter sur cette princesse l'ouvrage de Gaudenzio Claretta, intitulé : Adélaïde di Savoia, duchesaa di Baviera. (Turin, 1877, 1™?"™^^ royale. )

* Ce nom est précédemment écrit, incorrectement sans doute , Bouti.

' Sa capacité.

Mazarin termine en lai pariant d'Atto, mal vu par le comte Kurtz, du comte Février i658. Fuensaldagne et d'une fête donnée par le Chancelier.

GLVm.

BiU. nat, ms. f. fr., MiUmget de CoUmi, t. 59,-f* 59. — Minute.

À M. DE GRAVEL

Paris, 7 février! 65 8.

(bxtbar.)

J'ay veu tout ce que vous m^escrivez sur le voyage que vous avez faict à Cologne et sur les seutimeus qo« vous avez de la manière dont M. de Mayence se conduit sur le faict de Tdection [impériale], aprez vous avoir promis sur ce sujet tout ce que vous savez; sur lesquels je n ay rien à vous répliquer, si ce n'est qu'y ayant d'autres points sur lesquels son secours peut estre utile à cette couronne, il le faut mesna*ger, et d'aultant plus qu'il y a grande apparence que, pour reparer le tort qu'il nous a faict sous le rapport de l'élection, il mettra toutes pièces en œuvre pour nous faire donner de solides satisfactions sur lés autres, puisque, d'ailleurs, ses interests mesmes l'obligent d'en user ainsy; et peutrestre, entre cy et l'élection , il arrivera des incidens^ qui obligent les Electeurs à changer de sentimens et de les avoir favorables pour nous en ce point.

Plust à Dieu que l'on pust réussir de faire tomber la dignité impériale sur la personne du duc de Neubour^; car rien au monde ne pourroit toucha le Roy à [l'esgal]^ de l'élévation de ce prince, pour lequel Sa M*^ a une amitié et une estime toute particulière, et il n'y a rien d'impossible qu'EUe ne contribuast^ pour luy en donner des marques dans un rencontre si important.

' La minute portait d'abord ces mois : sens général exige la correction introduite

q}Êe d'iey au temps que Peketian se fera, il dans le texte.

arrivera, etc. Une partie des mots seulement ' Le sens est : il n'y a rien d'impossibk

ont été efface; mais le sens n*esl pas dou- qu'EUe nefisU Le mot contribuer s'employait

tefu. alors avec un régime direct, dans le sens

' La minute porte : à Pesgard; mais le d'apporter un secours, un appui, etc.

Février i658. La dëpéche se termine par des détails sur les fonds envoyés en Allemagne et sur les troupes qu'on y doit lever.

fiibf. naL, ms* f. fr., Mélanges de CoJbert, t 5a« f" 60 v% — Minute de la main de J.-B. Colbert.

À M. DE LUMBRES.

Paris, 7 février 1 658.

(extrait.)

J'ay esté bien ayse de voir, par vostre lettre du 19 du passé, la continuation des soins de la reine [de Pologne] pour tout ce qui peut estre propre à establir le caloie dans la Pologne et advantageui à cette couronne. Les excez des gens de guerre dans ce royaume-là contribuent beaucoup à radvancement de la paix avec la Suéde, et j'espère quà larrivée du sieur Akakia, l'on aura pris une bonne resolution et telle qu'elle nous donne lieu d'en espérer promptemeût un heureux événement, malgré la partialité du vice-chancelier^ et des autres adhérents à la maison d'Austriche, puisqu'il n'y a pas de raison capable de persuader aux Polonois qu'ils doivent continuer de souffrir des misères de la guerre pour plaire à la maison d'Austriche et refuser le repos duquel il . est en leurs mains de jouir par la conclusion de la paix avec la Suéde, qui leur faict recouvrer la Prusse^ et Gracovie, et les délivre des oppressions qu'ils souffrent encore plus de ceux qu'ils disent estre en Pologne pour les secourir que de leurs propres ennemis.

La meffiance qu'a la reyne de voir tomber Thorn * entre les mains du roy de Hongrie est très-bien fondée; mais je suis bien ayse de voir

' Probablement Bogndas Leszczynski, ' Jadis ville libre impériale, Th(Hii, âlë

qui mourut, en 1660, après avoir été peu- fortifiée de la Prusse, appartenait depub dant plusieurs années chancelier de Po- plusieurs siècles à Tordre teutonique, lors^

qu'en i655 elle avait été prise par le roi

' La Prusse royale, capitale Dantzick. de Suède.

que le remède, pour en guérir, soit entre les mains du roy et de la Février f658. reyne, puisqu en profitant des facilitez que le roy de [Suéde] ^ af^orte pour la conclusion de la paix, Leurs M** recouvrent ladicte place et [en outre]* la Prusse. C'est pourquoy ces justes soupçons doivent estre un [des] principaux motifs pour obliger Leurs M*** à gagner des momens pour faire la paix, car si elle [la paix] rencontre des obtacles que le roy de Suéde reconnoisse difficiles à surmonter, il ne faut pas doubter qu'ayant tant d'ennemis sur les bras et voyant le roy de Hongrie le devenir ouvertement, il ne prenne le biais qu'il jugera le plus propre pour l'en empescher, et il estimera que celuy de luy remettre la Prusse, moyennant des conditions advantageuses qu'il exigera, sera le plus propre et le plus efficace.

J'approuve fort l'expédient, proposé par la reyne de Pologne, de remettre les deux places de Thorn et de Hœrfl (?) ^ entre les mains du roy; mais comme il est plus à propos que ia proposition en soit faicte audict roy de Suéde de la part de ladicte reyne que de celle du roy, il est bon que vous en ayez escrit au chevalier de Terlon^ lequel n'oubliera rien de ce qui pourra dépendre de luy pour faire réussir la chose. Je vous réplique pourtant que le plus court et ie meilleur pour la Pologne ce seroit de conclure tout simplement k paix et de recouvrer la Prusse toute entière.

Je crois la reyne de Pologne si bien establie dans l'esprit du roy, son espoux, et avec tant de serviteurs en Pologne, qu'aucun mauvais office de la maison d'Austriche ne sera capable de luy faire du mal et d'autant plus que les Polonois ne peuvent plus souffrir les misères qui leur sont causées par les desordres de& troupes autrichiennes, et souhaitent avec passion la paix avec la Suéde pour s'en délivrer; outre l'antipathie qu'ils ont toujours eue pour ladicte maison [d'Austriche], je crois qu'ils seroient capables de faire une souslevation générale s'ils voyoient que la reyne de Pologne les deust quitter pour ne pouvoir

' La minute porte Pologne; mais ii est 'Ce nom est douteux. On trouve une

évident qu'il s'agit ici du roi de Suède. ville appdëe Heeft, sur ia Vistule, au S.-B.

' Les mots, m outro,, sont douteux.1 de Dantzick.

Février i658. resîster ^ aux prétentions du roy de Hongrie, irrité contre elle parce qu'elle auroit poursuivi avec fermeté le restablissement du calme dans la Pologne par le moyeu de la paix avec la Suéde; mais en cas que, contre mon sentiment et contre toute sorte d apparence, ce que ladicte reyne craint arrivât, Sa M*^ doit estre assurée qu elle recevroit du Roy et de la Reyne toutes les marques d'amitié et de tendresse qu'elle pourroit désirer, et qu'en mon particulier je la servirois avec tout le respect qui est deub à une si grande reyne et qui auroit si servy le Roy.

Bibl. oat, ms. f. tc.Mikmgeê de Colbert, t Bu, P lao v*. -^ Minute de la main de J.-B. Golbert.

k MM. DE GRAMONT ET LIONNE.

Paris, Sftvrier ]658.

(extrait.)

La lettre qu'il vous a pieu m'escrire en commun par U retour d'Atto ne m'oblige pas de m'estendre beaucoup dans la response. Je vous diray seulement que nous tirons un grand advautage du voyage de M. le Marescbal^ pour les raisons que je lui escris en particulier \ et qu'on ne peut rien adjouster à la satisfaction que le Roy a receue de sa conduite. Pour nioy, je suis ravy de tout ce qu'il a faict et d'en voir la relation qui, sans le flatter, est une pièce tres-achevée.

J attends à tous momens l'arrivée de Roussereau S puisque je vois , par sa lettre du ââ [janvier], que vous luy faisiez espérer de le depescber trois ou quatre jours aprez; et comme, par les deux derniers ordi*

^ Parce qu'elle ne pourrait rester. * Voyez ci-desaos, p. !i&8, la lettre de

* On a vu, ci-dessus, que le maréehd de recommandation que lui avait domiée Ha-

Gramont sVtail rendu h Munich. larin pour Tâecteur de Mayenœ, «après

' Voy. ci-dessus, p. 396, la lettre du duquel il faœréditait; eette lettre fidt «»•

6 février au maréchal de Gramont.. naître Tobjet de la miwion de RousBereau.

naires, je n'ay receu aucune de vos lettres, je m'imagine, veu la ponc- Février i658. tuaiité avec laquelle vous prenez la peine de m'escrire toutes les sepmaines, que cela a procédé de m avoir mandé toutes choses par ledict Roussereau; mais, s'il [en] estoit autrement, il sera bon que vous fassiez diligence pour sçavoir ce que les depesches seront devenues, parce que, comme je vous ay desja marqué, Saint-Aubin ^ ne m'a rien envoyé autre chose, parles deux derniers ordinaires, qu'un paquet de Gravel.

Je vous diray aussy que, depuis le départ de Roussereau, je vous ay escrit par tous les ordinaires, sans compter la depesche que Parsod^ vous doit avoir rendue et dont j'attends des nouvelles avec impatience. Il sera bon adjuster avec Saint-Aubin la voie qu'il devra tenir pour vous envoyer en diligence et en seureté les despesches que je luy adresse, car, m'ayant proposé des expédions pour cela, je luy fais response de vous en donner advis et d'exécuter ponctuellement les ordres que vous hiy donnerez.

Je vous prie de faire payer vingt mille risdalles au ministre de Suéde, qui est accoustumé de recevoir l'argent que le Roy faict donner à son maistre, et vous recevrez bientost cent mille escus que j'ay faict partir, il y a deux jours, les ayant adressez au sieur Colbert, intendant d'Alsace, et luy ayant escrit de vous les faire tenir à Francfort sans aucun delay.

Il ne se peut rien adjouster à la manière avec laquelle la reyne de Pologne agit pour la conclusion de la paix de la Pologne avec la Suéde, et j'ay sujet de croire qu'à Tarrivée du sieur Akakia à Posna', il luy aura fourni de bonnes armes pour combattre advantageusement les partisans de la maison d'Austriche, aveugles à un tel point qu'ils préfèrent l'advantage de ladicte maison au repos de leur pays avec le re-

^ SaÎDt-Aiibin était un des agents de Ma- * Parsod ou Persod était un courrier

saiin; il résidait à Metz et transmettait au souvent cité dans les dépêches de Maza-

Cardinal les lettres d* Allemagne et toutes rin.

les nouveliee qu'il reeevail. Les manuscrits ' Posna ou Posen était capitale d'un

Qainimbault, à la Bibiothèque nationale, palatinat de la Grande Pologne. C'est

renferment un grand nombre de lettres de aujourd'hui la capitale d'une province de Saint-Aubin.

Février i658. couvremeut de la Prusse el de Cracovie et la délivrance d'une armée qui les comble de misères et leur faict plus de mai que si elle estoit ennemie. J'ay escrit à ladicte reyne, delà part de Leurs M*^, et je mande toutes les sepmaines à M. de Lumbres fort en destail ce que j'estime à propos debvoir estre représenté à sa reyne.

Je vous prie de prendre grand soin qu'on ne descouvre dans vos maisons aucune des choses que je vous escris et que vous me mandez, car je sçay de certaine science que Pegnaranda prétend de sçavoir beaucoup de choses qui s'y passent, et quoyque je croye qu'il se flatte làdessus mal à propos, donnant avec trop de facilité créance à ce que le père Saria^ luy escrit pour faire valoir ses diligences et [persuader] qu'il ne se passe rien à Francfort qu'il ne pénètre, neantmoins, ce qui nous arriva à Munster, de quoy M. de Lionne est bien informé, nous doibt obliger à estre tousjours sur nos gardes. Pour cet effect, il seroit bon que les depesches que vous recepvez et les minutes de celles que vous m'envoyez ne demeurassent jamais entre les mains de qui que ce soit, que dans les vostres, à la reserve du temps nécessaire pour les chiffrer et deschiffrer.

Je craindrois fort que Groissy^ n'eust forgé des nouvelles à sa mode pour les donner à l'électeur de Mayence, ou au père Saria mesme^ faisant croire d'en avoir connoissance, par son adresse, dans vos maisons. Ce qui me faict avoir peine sur ce sujet, c'est que je sçay, à n'en

^ Le père Saria, dominicain espagnol, proLëgë du marquis de Castd-Rodrigo, qui Tavait recommande h Penarauda, avait assez bien réussi à la diète de Ratisiionne, en 4 053, parce qu'il n'avait eu en face de loi que le s' de Vautorl, ambassadeur français d'aussi peu d'intelligence que de mine, qui, au dire de plusieurs contemporains, n'était qu'un (r pauvre hère». A Francfort, il trouva à qui parier en la personne de Graraont et de Lionne , qui n'ignoraient pas ses menées secrètes et s'en moquent fréquemment. Le roi d'Espagne, ou le Pape qui ne refusait

rien à ce souverain , avait honoré ce moine de la dignité d'archevêque de Trani ; mais le présent de Sa Majesté Catholique était des plus minces, puisque le bon père abandonna le revenu de son archevéch)^ in partt6tM pour six cents écus, sa vie durant.

* Fouquet-Croissy. (Voyez ci -dessus, p. 6a, 87 et 99.)

' Penaranda n*avait pas tardé h s'apercevoir que le père Saria n'était qu'un extravagant, mais il avait^soti service, comme agents secrets, d'autres moines plus sànoax et mieux informés. ' c;»

pouvoir pas doubler, que le roy d'Espagne a faict remercier M. le Prince Février t658.

des services qu'il luy a rendus à Francfort sur le sujet de l'élection; car

il me semble de pouvoir soupçonner avec fondement que Groissy, qui

a correspondance avec ledict prince, quelque chose qu'il puisse asseu-

rer autrement, aura, par son ordre, parlé à l'électeur de Mayence et à

d'autres pour aliéner leurs esprits des intentions de cette couronne et

les rendre favorables au roy de Hongrie. Je vous prie de vouloir faire

vos diligences pour descouvrir si je me suis trompé dans mon soupçon,

ou par quel moyen M. le Prince a pu rendre des services à Francfort,

desquels le roy d'Espagne le remercie.

Les advis que j'ay eus de plusieurs endroits, cette sepmaine, me confirment ce que je vous ay escrit la sepmaine passée, et en d'autres occasions auparavant, du peu de satisfaction que Pegnaranda a du roy de Hongrie et de son Conseil; car cette mauvaise intelligence s'augmente de plus en plus, ledict roy tesmoignant de n'estre pas disposé à faire si tost le voyage de Francfort, et pressant Pegnaranda d'y aller, plus, à ce que celuy-cy croit, pour se deffaire de luy, que pour estre persuadé qu'il puisse advancer l'affaire de l'élection. Sa Majesté Apostolique n'y allant point en personne.

Enfin il n'y a rien de si certain que le comte Portia, qui gouverne entièrement l'esprit dudict roy, quoy que, d'ailleurs, [il] ne soit pas un grand ministre , n'ay me pas les Espagnols et a grande adversion contre Pegnaranda et La Fuente, ne pouvant souffrir leur manière d'agir impérieuse et violente, et que non seulement ledict Portia et le roy de Hongrie , mais tous ceux qui composent son Conseil , sont fort mal satisfaicts de voir qu'aprez la naissance du prince d'Espagne , on ne leur a plus dict un seul mot du mariage de l'Infante; ce qu'ils prennent pour un grand mespris; et comme, lorsque ce mariage pou voit donner la succession des royaumes d'Espagne au roy de Hongrie, luy et son Conseil se soumettaient aveuglement à toutes les volontez du roy d'Espagne, à présent que cette apparence cesse, ny ledict roy de Hongrie, ny ses ministres ne se portent plus volontiers à la mesine sujétion et dévouement.

HAZARIH. — VIII. 39

IMPRIHIRIB RATIORiI.r..

â06 LETTRES

Février i658. Je sçay que Pegnaranda faisoit tous ses efForts pour obliger ledict roy à faire le voyage de Francfort sans aucun retardement et ne laissoit aucune diligence en arrière pour faire une entrevue en passant avec l'électeur de Saxe ; mais je sçay aussy qu il u'estoit pas asseuré d'eii venir à bout; qu'il se meffie fort des électeurs de Saie et de Brandebourg, et qu'il craint que le roy de Hongrie, soubz prétexte de rapproche des Turcs aux frontières de Hongrie, ne s'en retourne à Vienne pour s'accommoder avec la Suéde et terminer tous les diffe* rends qui causent la guerre dans le Nord, et ne songer qu'à restabiir un profond repos en Allemagne qui luy donne lieu de tenir les grands Ëstats qu'il possède sans rien bazarder et avec l'amour et l'amitié de tous les princes et Estats de TËmpii^e.

Il est certain que Pegnaranda appréhende tout ce que dessus et mesme que le roy de Hongrie ne soit pas asses ambitieux pour souhaiter extraordinairement l'Empire. C'est pourquoy il faut que nous taschions d'en profiter par toutes les voyes possibles, et j'avais mesme songé que^ si les pensées du roy de Hongrie et de son Conseil sont toutes tournées à la paix, il seroit trea-aysé d'establir une parfaicte intelligence avec cette couronne; et s'il vouloit passer plus outre à y faire une alliance, par le moyen des mariages dont je vous ay escrit par mes précédentes S le Roy y entendra volontiers, et Sa M*^ seroit, en ce cas, la première à se déclarer pour son élévation à l'Empire, et Elle pourroît Ëlle^-mesme promettre assistance, si le royaume de Hongrie venoit à estre attaqué des armes ottomanes, ce que le roy [de Hongrie] tesmoigne d'appréhender.

Et afin qu'il ne pust pas tomber dans l'esprit de qui que ce soit que le Roy eust autre intention dans les facilitez qu'il apporteroit pour lier une estroite union avec ledict roy de Hongrie que celle du repos de l'Empire et du repos de toute la chrestienneté, Sa M^ tomberoit aussy d'accord de faire, aprez, la paix avec l'Espagne, avec resolution d'y apporter toutes les mesmes facilitez qu'il pourroit faire dez-à-present, et

* Il s'agissait d'un projet de mariage du futur empereur avec Mademoiselle, 6Ue du duc d'Oriëans.

ainsy un chacun aeroit persuadé, et les ministres du roy de Hongrie Février i658. les premiers, que ce que le Roy feroit avec Sa M^^ Apostolique ne seroit pas pour continuer, aprez, la guerre contre le roy d'Espagne, par Tapparence qu il y auroit d'en pouvoir tirer de plus grands avantages que par le passé.

C'est estre kien hardy que de prétendre pouvoir conclure quelque chose, avec le roy de Hongrie, qui ne soit pas agréable au roy d'Espagne; mais Testai présent des affaires et le soupçon de Pegnaranda, que je vous en marque cy-<}essu8, donnent d'autant plus lieu de tenter la chose, que je ne vois pas que nous y hasardions rien du nostre, et que, le dessein estant conduit avec adresse et secret, le pire qu'il nous puisse arriver, c'est que le roy de Hongrie et son Conseil ne seront pas apparemment faschez des bontez que le Roy leur tesmoigne*

Si on pouvoit se fier à l'électeur de Mayence, il seroit le plus propre pour conduire une négociation de cette nature; mais il faudroit estre bien asseuré que l'engagement qu'il a avec les Espagnols ne fust tel qu'il le portast à leur donner connaissance de ce que vous luy auriez confié.

Je crois que vous pourriez, comme de vous, conférer de tout cecy avec MM. de Fûrstemberg et concerter ensemble ce qu'il seroit plus à propos de faire pour le bien public et pour [l'advantage]^ de cette couronne, Sa M*^ se remettant à vostre prudence et à ce que vous croirez plus convenable de faire, estant sur les lieux et arrivant de jour à autre des aecidenfl qui changent entièrement la face des affaires; et je vois à présent toutes choses en Allemagne en si grande agitation et si peu de fermeté dans les relations de MM. les Electeurs et autres princes, qu'il me semble qu'on ne doibt rien espérer ny désespérer, mais faire la guerre à l'œil et profiter, sans perte de temps, des conjectures qui se peuvent présenter, comme je suis asseuré que vous ferez beaucoup mieux que je ne les considère.

favois oublié de vous dire que le triomphe du comte Curtz a bien

* Mot Don In. Le sens est ëvidemmeat mantage*

Février i658. paru aprez le départ de M. le mareschal [de Gramont]. Je sçais qu'il a faict depescher un courrier à Prague avec des lettres de son maistre, qui asseurent positivement le roy de Hongrie de son service pour l'élection, et sa hardiesse s'estend jusque conseiller le roy [de Hongrie] d'aller promptement à Francfort, et le conjure de prendre garde à sa seureté dans le voyage, luy offrant pour^cet effect toutes les forces qu'il a sur pied.

Le prince Ulric de Virtemberg est party ce matin, aprez avoir conclu le traité pour la levée de mille chevaux et de deux mille hommes de pied que Sa M*^ [le] charge de faire avec l'assistance que M. le duc^ son aisné, nous a promis de luy donner dans ses Ëstats. Il est parti fort satisfaict et avec raison, luy ayant esté accordé toutes les conditions qu'il pouvoit souhaiter^.

GLXL

Bibl. liât., ma. f. fr., Mélanges de Colbert, t 6a, f 61 V*; minute. — Aff. ëtr., Angleterre, t 69, T a 66; copie du temps.

À M. DE BORDEAUX

AMBASSADEUR EN AlfOLETERRB.

Paris, i5 février i658.

(BXtRAIT.)

Je suis bien aise de ce que vous avez sollicité de delà' pour la conservation de Mardik, à laquelle nous veillons plus que jamais. Sa M^ y ayant envoyé deux compagnies de Suisses et des gens commandez et choisis de tous les regimens des gardes; et le Ro][ a ordonné que la moitié de sa compagnie de mousquetaires^ et trente de mes gardes

' Le duc de Wurtemberg. parle Mazarin ëtait destine à renforcer l'ar-

^ Le prince de Wurtemberg commandait mëe du maréchal de La Fertë , qui avait pris

prëoëdemmeot un corps d'armée pour le roi ses quartiers d'hiver en Lorraine.

d'Espagne. Après avoir passe une partie de 'En Angleterre.

Tbiver à Paris, où il avait ëtë fort bien reçu, * Le Roi n'avait encore qu'une compa-

il ëtait entre au service de la France. Le gnie de mousquetaires. Il en eut deux plus

corps d'armëe qu'il devait lever et dont tard.

demeurassent encore dans ledict fort. L'on y faict présentement un Février i658« grand magasin de farine^ de biscuit et davoyne, et Ton y a envoyé généralement toutes ies armes ^ grenades et autres choses qu'on nous a mandé estre nécessaires. Pour les palissades, nous y en avons desjà envoyé douie mille, et Ton travaille pour y en envoyer encore autant; car, comme Ion y augmente tous les jours les fortifications, il faut aussy pourvoir aux palissades à proportion.

J ay faict aussy envoyer un fonds à M. d'Ormesson S afin qu il paye le corps anglois tous ies mois, sans manquer un seul jour, et il a ordre de respandre dans quantité de villages les malades anglois et convalescens, afin qu'estant bien [logez]? et se pouvant chauffer, ils puissent plus facilement recouvrer leur santé et se mettre en estât de tenir la campagne prochaine.

Vous pouvez dire hardiment à M. le Protecteur qu on regarde cette affaire comme la principale et qu'on y employé le plus liquide des finances de Sa M^. Si vous voyiez les despenses qu on y faict, vous en seriez surpris. Ce que le Roy neantmoins faict avec plaisir, parce qu il veut que, par cet eschantillon, M. le Protecteur voye ce qu'il se doit promettre de la ponctualité et fermeté de Sa M^ dans l'exécution de tout ce à quoy Elle se peut engager à ladveuir.

Ce n'est pas sans raison que nous redoublons nos soins icy pour la conservation de Mardik, puisque nous sçavons que les ennemis sont résolus de l'attaquer dans cet hyver, et, pour cet effect, ils ont logé toute leur infanterie en Flandres et ont laissé Marsin h Bergues, où il faict assembler et à Dunkerque tout ce qui peut estre nécessaire pour un grand siège.

M. le mareschal d'Aumont, qui est venu faire un tour icy pour ses affaires particulières, partira au premier jour pour retourner à Mardik et y prendre soin de toutes choses. Il n auroit pas voulu que M. le Protecteur eust retiré les cinq compagnies qui estoient composées de vieux soldats et fort bons, et il m'a faict grande instance de vous escrire

' On a vu qu Olivier d'Ormesson était * Je ne puis déchiffrer le mot de la mi-

intendant de Picardie. nute, qui doit signifier logez ou soignez.

Février i658. pouf prier S. A., de la part du Boy, de les vouloir renvoyer, au moins, à ia fin de ce mois. Il m'a dict aussy qu'il est absolument nécessaire, pour n'estre pas surpris par une résolution précipitée ^Ibs ennemis, de sçavoir les endroits oi!i Ton peut aller eslablir les deux regimens pour servir au secours en cas de siège et pouvoir [faire] passer Tun ou l'autre, quelque veut qu'il puisse souffler*

J'ay entretenu au long M. l'ambassadeur Lokart pour ce qui est du corps anglois et pour pratiquer au plus tost les moyens qui seront estimez les meilleurs pour le fortifier, en sorte qu'il fust de six mille hommes, comme aussy sur beaucoup d'autres choses qui regardent le service que ce corps doit rendre, dont^ il m'a promis d'en escrire et donner response au plus tost. Ce pendant je me suis conformé à ce qu'il a désiré pour faire payer iedict corps; mais, pour ce qui est des officiers absens, il a recogneu les raisons que le Roy avoit de ne les faire pas payer.

Gomme ce que j'ay dict audict sieur ambassadeur touchant ce corps est la mesme chose que je vous avois mandée, et sur laquelle vous me respondez que vous avez commencé à leur faire comprendre qu'ils ne pourroyent pas éviter la reforme, à moins d'obliger les officiers à rendre leurs compagnies complètes en entrant en campagne, vous conr tinuerez, s'il vous piaist, à insister sur cela; et il ne faut pas perdre un moment de temps à faire prendre là-dessus une dernière resolution, parce que nous voilà bientost au commencement de la campagne, et rien ne nous peut estre plus advantageux pour avoir de bons succez que de la commencer de bonne heure. M. le Protecteur y est, pour le moins, autant intéressé que nous. C'est pourquoy il vous entendra volontiers lorsque vous luy ferez vos instances, affîn que S. A. fasse sans delay exécuter ce qui dépend d'elle.

Je l'ay desja faict advertir du dessein que les Espagnols avoient d'envoyer en Flandres, sur des frégates armées, un corps considérable d'infanterie espagnole pour fidrtifier celle qui sert à présent et qui est

' Dont est ajoaté en interiîgne et fait pléonasme avec m; ia phrase est iocorreete, mais iDteliilnUe.

réduite à fort peu de chose* M. rambasaadeur, qui est icy, ma asseuré Février i658. que les ordres estoient doones aux frégates an^oises, qui sont à la fosse de Mardik et aux Dunes ^ d'y prendre bien garde. A présent, je suis obligé de vous dire, pour le faire sçavoir à S. A., qu'ils commenceront sans faute à arriver à la fin de ce mois, et j'apprends que, pour les envoyer avec plus de seureté, lesdictes frégates, chargées d'Ëspa*gnols, prendront la route des costes d'Irlande et d'Ëscosse par le derrière de l'Angleterre , ayant considéré qu'il estoit impossible de faire ce voyage en seureté par le canal.

Cet ad vis est bon, et vous le pouvez donner à S. A. comme tel, la suppliant de prendre là^lessus les resolutions qu'elle sçaura mieux que personne [estre nécessaires] pour ne pas perdre une si belle occasion de s emparer desdictes frégates, puisque, si ce coup nous peut réussir comme il y a grande apparence, l'on oste aux ennemis le plus grands secours qu'ils espèrent pour cette campagne.

Je vous dois aussy advertir, pour en informer Son Altesse, que Barrière^ a des négociations avec quelqu'un en Angleterre, par ordre de M. le Prince, et qu'il en espère une bonne yssue. Je vous mande tout ce que je sçay, afin qu'avec cette [indication]^, S. A. puisse facilement descouvrir ce qui en e$t^ et que, de vostre costé, vous fassiez la mesme chose; car il ne sera pas difficile de sçavoir à peu prez les amis que ledict Barrière a à Londres, avec lesquels il peut avoir cor^ respondance.

On a envoyé des ordres fort précis à M. de Thou d'agir de concert avec le député d'Angleterre en tout ce qu'ils devront conjointement poursuivre auprez de MM. les Estais pour l'accommodement avec le Portugal, commençant par demander une suspension d'armes, affin que, dans ce temps-là, on puisse, avec plus de facilité, négocier la paix.

' Voy. sorTnllefar, nenrde Lk Barrière, p. 798, des Lat. de Mazarin, Q estquestian

mirëchai de eunp eo tAA$, depuis iort de Barrière dans les /f»tomt(e# de Tallemant au serviee de M. le Prince, qui rentra en * Je n'ai pa lire ]e mot écrit en abr^;

Fhnee après ta paii des Pyrénées, le t* V, mais le sens n'est pas donteui.

Février i658. Et pouF ce qui est de la guerre de Danemark, des interests du roy de Suéde et de toutes les affaires du Nord, M. de Thou en usera de mesme avec ledict député, avec grande apparence que, la France et r An^eterre tenant le mesme langage , elles persuaderont fort et empescheront que nos ennemis communs ne tirent advantage de la conduite que A|M. les Estats tiennent à présent. Il est bon que vous sçachiez que, nonobstant les prodigieuses despenses qu'il nous faut faire, l'on envoyé encore deux cent mille risdalles au roy de Suéde, outre les deux ceiit mille qu'il a receues les mois de septembre et octobre derniers; je vous puis dire sans vanité que recognoissant que ce secours estoit de la dernière importance pour donner lieu audict roy d'augmenter ses forces et se mettre en estât de résister à tant d'ennemis qu'il a sur les bras, et qu'il estoit impossible de tirer des sommes si considérables des finances, accablées de tant d'autres dépenses, j'en ay fourny la plus grande partie, que j'ay empruntée sur mon crédit et dont j'ay faict mes promesses en mon propre et privé nom.

Il n'est pas vraysemblable que M. le Protecteur voulust seulement parler de l'affaire de Nismes \ cette affaire n'ayant rien de commun avec la religion, comme M. l'ambassadeur Lokart luy aura desja escrit, puisque le chastiment que le Roy veut faire regarde les deux consuls de ladicte ville , qui sont tous deux catholiques.

Mazarin termine en parlant' à M. de Bordeaux du prix du foin en Angleterre, lui demandant le prix du salpêtre dans ce pays, et en promettant de s'occuper des intëréis particuliers de Tambassadeur. Il annonce que le roi de France fait

^ Il sera plus d'une fois parle aux Analyses, notamment dans les lettres du 8 janvier i658 à Tëvéque de Montpellier, du 1 3 janvier au subdëlëguë de Valence, etc., d*une sédition qui avait eu lieu à Nîmes dans les premiers jours de Tannée i658. Le marquis de Chouppes y fut envoyé pour rétablir Tordre au nom du Roi, qui menaça un moment la ville de s'y rendre en personne afin de châtier les coupables. Les

causes locales de cette sédition étaient tout à fait étrangères à la religion, comme le dit Mazarin, et ne touchaient même en rien à la politique. Seulement on sait que Cromwell s'était constitué dans toute TEurope le défenseur attitré des populations protestantes; il mettait partout à leur service Tinfluence de sa diplomatie, comme on Tavait pu voir lors de la révolte, contre le duc de Savoie , de certains cantons du haut Piémont.

lever deux régiments anglais. Au milieu de ces détails, on remarque cette phrase : Février i<)58. fril vous sera fort facile de pénétrer ce que l'envoyé de la reyne de Suéde ^ aura proposé de delà, et je seray bien ayse de sçavoir ce que vous en aureas appris. t»

Bibl. nat. , ms. f. fr., Mélangée de Colbert, t 5a , f 67 v*. ^ Minute.

AU CHEVALIER DE TERLON

Paris, i5 février i658.

( EXTRAIT

Je viens de recevoir vostre lettre du 3 o du passé et, respondant, par ordre, à ce quelle contient, je vous diray premièrement que je suis tre&-ayse d'avoir depesché le s'' des Minières, qui se louera sans doute du bon traitement qu'il a receu en considération des o£Bces qu'il a plu au roy de Suéde de faire en sa faveur. Je luy ay faict donner quinze cens escus et Tay asseuré que, se conduisant bien et servant utilement cette Majesté, comme Ton souhaitoit icy, on n'oublieroit pas seulement ses fautes passées, mais qu'il sentiroit les effects de la bienveillance du Roy et de mon affection.

Vous avez veu, par ma dernière despesche, comme j'ay escrit à Francfort de payer encore dix mille risdalles, outre les quatre vingt mille, bien que j'eusse faict délivrer cette somme au s' Courtin^, conformément aux ordres qu'il me dict en avoir receus du roy de Suéde, et vous y aurez veu aussy que je faisois partir les quatre vingt mille risdalles, aGn que les ambassadeurs du Roy, qui sont à Francfort, les pussent faire payer à celuy qui a accoustumé de les recevoir de la part dudit roy. Ainsi, nonobstant toutes les difficultez que je vous ay marquées que je renconlrerois à faire donner de nouvelles assistances d'argent au roy de Suéde, Sa M^ voit que je les ay surmontées, pour luy faire toucher, dans un mois, les cent mille escus, et elle doit estre

^ Il s'agit de la reine Christine qui avait abdiqué, mais qui conserva toujours le titre de reine. — ' Antoine Conrtin. On trouvera plus loin une note sur ce personnage.

HAIARIN. — TIII. Ao

IMPIIHCmi XATIOSALr.

Février i65B. dsseurée que j'employeray tous mes soins, avec ia dernière application, pour iuy faire receroir, dans les occasions, les sincères effects de IV mitié que le Roy à pour* elle, et de mon tres-humble service.

Je vous ay escrit si amplement sur le faict de l'alliance ^ et sur ce qu'il y aurait à foire dans la conjoncture présente, que je puis me dispenser d'y rien adjouster pai* celle-cy, et vous pourrez cependant asseurer le roy de Su^e qu'il doit s'atteindre que Ton fera icy plustost quelque chose de plus que de moins de ce qu'on Iuy aura faict espérer, et que, si la maison d'Austriche «e détermine tout-à-faict à ia guerre en Aileniagne, lalliance se conclura de bonne foy, et que, de nostre part* on y contribuera de tout ce qui pourra donner de la satisfaction à Sadiete Majesté; et elle doit estr^ persuadée qu'elle ne manquera jamais à l'exeeiJitiQn^ de ce qu'on Iuy aura promis*

Mazarin terminé en partant de quelques affaires sans importance et en faisant remercier k roi de Suède de la paré qu'il a pdae à la mort de son Deveu^.

GLXIII.

Bibi. nat> , më. f. fr. , MiHanges ie Co^t, t Sa ^ f * 70. — Minute. •

AUX PLÉNIPOTENTIAIRES GRAMONT ET LIONNE

Paria, t5 février 4658.

(KXfBAIT.)

Mazarin exprime son ^tonnement dQ n'avoir pas reçu récemment de leurs nonveiles el les inquiétudes que iuî cause ce retard. Il continue ainsi :

Par les advis que je reçois cette semaine, je vois que Pegnarauda a faict changer de resolution au roy de Hongrie, nonobstant toutes ies raisons qu'il avoit alléguées pour faire un voyage, à Vienne *. On m'as-

' Alph. Manoini. (Voy. ci-dessus, p. 38.) ^ Voy. ci-dessus, p. 38 et 89.

^ C'est-à-dire quelle ne manquera jamais * T^éopold , qui était alors h Prague, vou-

d'obtenir l'exécution de c^ qu'on lui (wra pro^ lait aller h Vioone avaut de se rendre à

mis. Francfort,

DU CARDmAl MAZARIN. 315

seure donc que lediet roy feisfoit è^art de partir de Praigve au plus Février 1 658. tard le 8 ou 1« i o de ce mois, aprez «toUr esté asseuré du Jwn suc* cez de la négociation de M. Lobcewitss^ et du chancelier de i-archi-duc Léepoid) ^ aroienft est^ envoyés vers le duc de Saxe pour IV bliger h wnir mm aucun retardement à Francfort; cw iedict duc,, aprez quelque difficulté, a promis de se mettre en cjsemin au corn» mencea>ent de ce tnois, pourveu qu'on lui dovinast aupamtant trente mille risdalles, ayafirt desfjà despensé une semblable somme, de laquelle le marquis de La Foente luy avmt fai^t présent, il y a plus de quatre mois. 11 prétend encore, outre cela, que, tait qu il demeurera à Francfort, on luy donne huit ou dit* miBe risdalles par mois, pour l'ayder dans les grandes despenses qu'il eera obligé de faire, et, Pegnaranda ayant consenty à tout cela, j ay sujet de croire que le roy de Hongrie, l'Ardiidoc, Iedict lecteur et les ministres d'Espagne seront à présent bien prez de Francfort, s'ils n'y sont arrives; mais, nonobstant tout ce que dessus, je vous confirme que le roy de Hongrie n'est nullement satisfaict de la manière dont Pegnaranda traite avec luy et de ce qu'on ne luy a pas dict encore un seul mot du mariage de l'Infante; ce qui aliène furieusement les esprits des ministres dudict roy de Hongrie, dudict Pegnaranda et de toutes ses maximes.

C'est pourquoy je me remete à tout ce que je vous ay escrit sur ce sujet, quoyque je sçacbe bien que c'est une entreprise fort dîjficîie q«e de prétendre de mettre de la division daus la maison d'Austricbe; mais comme la prudence permet de tenter tout ce qui, ne réussissant pas, n'emporte aucun préjudice, je croy qu il n'y a nul danger à fomenter ce que nous sçavons qui cause la mauvaise satisfaction du roy de Hon* grie et de ses ministres de ceux d'Espagne K

Le père Saria a asseuré Pegnaranda que, moyeunant cent mille risdalee, il se faisoit fort de faire prendre à lelecteur palatin telle resolu-

' Le prince Lobkowitz , conseiller d'État, * Le sens est : la mauvaise satisfaction que

président da conseil de gaerre du roi de k rvi de Hongrie et ses ministres ont eue du Hongrie et son ambassadeur à Francfort. roi et des ministres d^ Espagne.

Février i658. tion qu'il vottdroit^ Je ne sçay pas ce qui en est; mais il est certain que Pegnaraûda le croit ainsy. Vous pourrea vous servir de cet advid en ia manière que voos jugerez plus à propos; à mon advis, le meilleur moyen pour ruiner cette négociation eerbit de faire confidemment sça* .voir à l'Electeur que ledict père se tante de le pouvoir gaigner pour une somme d'argent.

Le roy de Hongrie est en peine, et encore plus Pegnaiianda, que les dernières lettres de l'Isola et de JifontecucuUi, qui estoient auprez de l'électeur de Brandebourg , ne faisoient rien espérer de bon des reso* lulions de cet Electeur, non seulement à cause des apparences qu^il y avoit de la paix entre la Suéde et la Pologne, mais par la grande légèreté de ce prince, qui change d'ordinaire le soir ce qti'il a résolu le matin.

Je profite de cet advis le mieux que je puis par les lettres que j'escris aujourd'huy de ce costé-là, et je m'asseure que vous en ferez de inesme au lieu où vous estes, autaut qu'il pout*ra dépendre de vos soins.

J'avois oublié de vous dire que le frère de l'électeur de Mayence et son chancelier doivent avoir touché, par ordre de Pegnaranda, cent trente mille florins. Gomme je ne vois pas qu'on ayt rien donné au baron de Bernebourg et que j'ay veu, par la déposition particulière de M. de Lionne, que celuy-cy s'employoit avec chaleur pour obliger ledict Electeur à faire toutes les choses que nous pouvions souhaiter, il se pourroit faire qu'il n'eust pas cognoissance de gratifications qu'ont receues les autres, et que les Espagnols, informez de la bonne volonté qu'il a pour nous, n'eussent pas voulu luy faire aucun présent; mais il vous sera aisé de recognoistre ce qui en est en effect, et il sera bon d'examiner s'il est à propos que vous tesmoigniez de sçavoir le don qu'ont receu les personnes marquées cy-dessus, afin de mesnager tousjours l'esprit de l'Electeur, lequel ;>,vous voyant informé de l'advantage que les siens reçoivent de son engagement en faveur du roy de Hongrie, pourroit croire que nous n'avons plus aucune confiance en luy et

' Gramont dit plaisamment que le père Sarîa avait fait présent de deux paires de bas de soie de Milan à l'électeur palatin, «rfort propre à être gagne par de pareilles largesses».

ainsy prendre la résolution de se jeter entre les bras des Espagnols PëYrier i6S8. pour agir en toutes choses comme il leur plairoit.

Bibl. nat., ms. f. fr., MUangt* de CoïbeH, t. 59 , î° 79 V. — Mionte.

AU CHEVALIER DE TERLON

[Paris], sa février i658.

Pour respondre à vostre lettre du 3 de ce mois, je vous diray, en premier lieu, que le Roy a domié des ordres à ses ambassadeurs, qui sont à Francfort, d'agir en tout et partout de concert avec les ministres du roy de Suéde et d'affecter, autant qu'il pourra dépendre d'eux, de faire voir que l'union qui est entre leurs maistres est inséparable. Aiusy ils prendront les mesmes mesures sur l'arrivée du roy de Hongrie, et [reprens que^], lorsqu'ils seront obligez de se séparer, ils le feront ensemble et establiront leur demeure en quelque lieu aux envie rons de Francfort^, pour sçavoir ce qui s'y fera et agir de la manière qu'ils le jugeront à propos pour le bien commun.

Je suis bien ayse que le roy de Suéde ayt recognu véritable ce que je luy ay escrit de la reyne de Pologne et sur d'autres choses, et vous le remercierez, de ma part, des ordres qu'il a donnez, tant pour la succession que pour les autres affaires de Pologne.

Vous ne deviez pas douter que je ne deusse estre extrêmement surpris des facilitez que vous apporteriez à recevoir les civilitez d'ambassadeurs, Sa M^ ne vous ayant pas déclaré tel, puisqu'il n'appartenoit qu'à Elle de vous donner ce caractère, et je m'asseure que vous en serez encore plus marry quand vous verrez que j'avois tout preveu, vous envoyant les ordres du Roy pour prendre sur ce sujet telle resolution qu'il plairoit au roy de Suéde de vous prescrire, en quoy vous

* Dans le s^s de : je répète que. les étrangers étaient oUigés de sortir de

* Pendant Mection de TEmpereur, tous Francfort.

Février i658. aviÎQS veu les boiitei que Sa M^ a pour vous et le deeîr qo'EUe a de complaire, en toutes choses, au roy [de Suéde]. Je ne vous •direy donc autre chose sur cela, si ce n'est que la considération de cette M^ est si puissante auprez de moy, que j'ay faict en sorte qu'on ne parlera pas de ce que vous avez faict, et l'on fera semblant que ça esté en conformité des ordres que vous en avez receus; bien entendu qu'il ne vous arrivera jamais de faire quoy que ce soit aux choses où le roy aura quelque interest, sans en avoir an prealaJide $ceu les intentions et receu les ordres.

Je souhaite au roy de Suéde un bon succez des entreprises qu'il va faire, avec toute la passion que peut avoir son plus verkable et plus passionné servvtenr, et je le remmxie tres^huHiblement de la confiance qu'il a en moy de oe qu'il me fadct sçavoir du duc d'Bolsteîn» Tasse»rant que je ntst abuseray pas ny de toutes les autres choses qo'il trou*v«roit kefi qu'on sçacke.

, Pour le mariage du roy^ voas diree eonfidemment à Sa M^, de ttâ part, qu'on songe icy à le faire avec la princesse Marguerite 4q Savoye, et je croy que l'on médite, pour cet efiect, un voyage à Lyon, où Ma^ dame la duchesse [douairière de Savoie] ^ se jpourra retire avec le duc son fils et la princesse^ sous prétexte de Tenir saluer te Roy, mais, eu effect, fonr donner lieu à Sa M^ de voir ladîete prineesse^ le Roy ne vendant pas s'eagaiger à sueane chose qu'il ne Tayt veue a«pparavant; que personne n'ayt cognoissance de ce particulier que le rey de Suéde, et c'est tout ce que je vous diray sur ce sujel^.

^ GhrëtienneouGhri8tifiedeFV*anee,fi&e loin, qa1i la lin dn mots de novembre. Le

de Henri IV, appelée ordiiiaireneni M»- projet de muvf^e s'eut pts ëe Buke, parte

dame Royale. (Voy. le tome V% p. 94a, des qu'au moment laéme où la Cour ëtait ï

Lettres de Mazarin,) Lyon, Pimentelli y anivait de Bon e6të pour

* Cette rencontre da roi avec la princesse offiîr, de la part du roi d^Espagiie, la paix

de Savoie oVvt lieu , comme on le verra plus et rtnCmle.

CLXV* L nat, ms. t. fr», MibufeÈ de Colhert, t. 5â , t jh v\ -^ Minutô.

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