AU PROTECTEUR (OLIVIER CROMWELL
Paris, 3o janvier i658.
Croyant que V* Alt Serenissime seroit bien ayse d'estre informée en détail de toutes les choses qui regardent Mardik et voir i'estat où il cÈt à pi^esenl, de mesme que si elle avoit la place devant les yeui, j'ay ehoisy le chevalier de Clerville, mareschetl des <îamps et armées du Roy, pour lliy eu aller rendre compte, n'en connoissant point de plus capable de servir le Roy ^ en de semblables matières, Boit pouri'estude qu^il en a faicte, ou pour là pm tique qu'il s*y est acquise dans les employa qu'il a eus continuellement dans les places et armées de Sa M*^ depuis l'ouverture de cette guerre. Je m'aeseure que V. A. S. prendra d'autant plus de plaisir à l'entendre, que tout ce qu'il aura l'honneur dft Itiy dire et de luy représenter tend principalement au bien de son sèrviéie et à la gloire de son nam«
Lèdict s' chevalier de Clarrville^ à divers plans des places des ennemis, qui m'bnt semblé assez curieux pour n'estre pas indignes d'estre pr^entes à V. A. S,, lesquels il porte avec luy.
Je l'ay chargé très expressément de bien confirmer à V. A. S. une vérité qu'elle tiendra, s'il luy plaist, pour indubitable, qui est que je sois, avec dfes sentimens très-particuliers, etc.*.
* Ce passage est sorebirgié et la l«et«B^ en i6St, comiiiisiiim général det foiijf^ douteuse. lotions en 1669 , nort ea 1677,
' Miâoiaia deCtertillè, iiiarécha!4è^ftip "" Peuduit le mfÂê de janvier iiS8, le
Février i658.
Bibl. nat., ms. f. fr., Mélangée de Colbert, t Sa, f* 107. -^ Minute.
AU CHEVALIER DE TERLON
AMBASSADEUR DB FRANCS Blf SUJkDB. *
Paris, 1" février i658.
(bxtrait.)
J*eusse souhaité que vous n eussiez pas tesmoigué la moindre mef* fiance des correspondances que M. ie comte de Schlipenbacfa a à Prague. Car il n'y a pas sujet d'en avoir aucune ^ de l'union du roy de Suéde avec le l'oy de Hongrie ^ à noatre préjudice, puisqu'il n'y a rien de si certain que Pegnaranda et le marquis de La Fuente, qui gou* vernenl présentement le conseil dudict roy, n'ont d'autre but que d'employer toutes sortes de voyes pour abattre la puissance de Suéde; ce qui paroist assez par le soin qu'ils prennent, avec la dernière application, d'augmenter le nombre de ses ennemis et empescher laccomodement de Pologne et les autres qu'il pourroil faire en Moscovie et ailleurs, et je vous laisse à penser si, au milieu de cette conduite, les Espagnols songeront à s'unir avec la Suéde et se mettre sur les bras tous ses ennemis déclarez ou secrets.
J'ay trop d'estime pour les hautes qualitez qui rendent le roy de Suéde si recommandable à toute l'Europe, pour croire qu'il se soit pu imaginer d'unir ses interests à ceux de la maison d'Austriche, et asseurement, lorsqu'il a permis au s"* de Schlipenbach ^ de faire quelque ouverture sur ce sujet, son intention a esté de donner jalousie au roy
duc de Gandale, dont il a ëlë souvent ques- voilà une grande maison ruinée, éteinte et
lion dans les Lettres de Mazarin, était mort fondue; voilà ce que le vieux d'Epemon a
à Lyon. Guy Patin en parle dans sa lettre du gagné à ruiner la France pour bâtir sa for-
5 février adressée à Charles Spon : crll est tune et agrandir sa maison dans les bonnes
arrivé de Lyon, lui écrit-il, un courrier à grâces de Henri III. »
la Cour, qui a apporté certaines nouvelles ^ D'avoir aucune méBance.
de M. de Caudale. Si cette nouvelle est vraie, ' Ce nom est écrit ici : Esek^fenbak.
de Pologne et à Brandebourg \ afin de haster, par ce moyen, son ac- Février i659. commodément avec le premier et empescher l'autre de s'engager plus avant avec ladicte maison [d'Austriche], et je ne suis pas capable de croire que ce prince ayt eu la pensée, comme quelques-uns disent, que cela pourroit aussi servir pour haster la conclusion de nostre alliance ^ et à nous^ d aiguillon pour luy donner de nouvelles assistances; car je masseure que le roy de Suéde a assez bonne opinion de la conduite du Roy pour estre persuadé que ce sera tousjours la raison de Tamitié que Sa M^ a pour luy qui la [portera] ^ à faire les choses qui luy pourront donner plus de satisfaction.
Je ne doute pas que Gourtin ^, qui est icy, n'ayt escrit au roy de Suéde qu'il falloit nous donner de la jalousie pour avancer la condusion des choses quil pouvoit souhaiter de nostre Cour; mais j'ose dire que, si Sa M**^ se confie en la sincère intention que j'ay de le servir, elle y trouvera plus son compte * que si elle veut profiter de la politique de Gourtin, lequel a peut^stre envie de se faire un grand ministre; mais, jusques à présent, il estbien esioigné des qualitez qu'il faut avoir pour y parvenir.
L'intention du Boy est que vous viviez bien et que vous ayez du respect pour tous ceux qui sont honorez de la bienveillance du roy de Suéde, et vous en userez ainsy pour M. Schipenbak^, puisqu'il a cet avantage; et si vous croyez que luy envoyant quelque galanterie pour marque de la bonne volonté qu'a pour luy Sa M*^, que cela deust estre
* A l*électear de Brandebourg.
' On a va , cinlessas , qae le roi de Suède prétendait faire avec nous une alliance intime pour nous entraîner à la guerre, tandis que nous nous efforcions, au contraire, de ramener à faire la paix avec ses ennemis.
* Et servir à nous d*aiguiBon.
* Le manuscrit donne :,portenmt. Cette erreur s'explique parce que les mots qui fdvment le sujet du verbe ont été corriges
dans la minute. On avait d'abord ^crit : h raison et Vamitii, que Sa M" a pour luy, la porteront, etc. On a corrige les premiers mots et écrit en interiigne : la raison de Famitié, etc. , sans songer h changer porteront en portera.
* Antoine Gourtin ^ dont il a été question t. VII, p^ 5i7 et 519, des Lettres de Mazarin.
* La minute porte : son conte.
' Telle est ici Torthographe de ce nom.
Février i658. agréable au roy son maistre, on le fera à Tinstant, et vous m ihaii» querez pas de me le faire sçavoîr.
Pour ce qui est du projet d*aiiian6e, jd ëuis bien ayse de vos(tre ren^ cbntre dons la pensée du roy de Suéde de donner pouvmr pour cette affaire aux ambassadeut*s^ que le Boy [a] à Froncfbrt, afin qu'ils en puissent traiter avec les ministres^ de Siifide^. Et, pour cet effect, Vm etivoyera, dans la sepmaine prochaine, l'instruction et les pouvoirs nécessaires pour cela. Je n'aurois cependant qu'à accepter la proposi«* tion qu'il vous a faicte de traiter pai^ voatre moyen, nous escrivaiit ses intentions sur chaque point et luy faisant açavoir led no^tre^, s'il estoit vray que nostre but n'estoit qu'à tit*er l-affaire M lo&gueur; car, naturellement et sans aucun artifice ^ elle y Alst allée d-ellemesme.
Vous direz seulement au roy^ de lïia part, qu'dn tie peot p*s faire une alliance, dont le premier point seroit de faire présentement là guerre à la maison d'Austricbe en ÂUemagne qu'au prealaMe dh n^ayt reu que les diligences que noud faisons, pour e^tàb^r plus que jatûAte la manutention* de la paix de Munster, nayent esté ittutileé* pat la resolution i que le roy de Hongrie fera paroidtre^ dé Vouloir adtumer plus que jamais le feu dans TËmpire^ à l'instigatiovi det^ Ë^pAgnofo. Ga^ en ce cas, la resolution que nous prendrions ne s(eroit pas s^uléâietit juste et nécessaire , mais, comme telle , bien recette et apptt>iii^éé de tè^t le monde, et particulièrement des princes d'Allemagne, iesquèlâ, àyaDS recogneu par nostre conduite que nous y estions forcez, se joindraient à nous afin de procurer par les armes le repos de l'Empire, que la seule ambition des Espagnols auroit empescbé d'eatablir.
El si nous estions si mal conseillez que d'entrepfendifè aveé précipitation une guerre contre ladicte maison [d^Austriche], sans avoir
^ Ce mot esl écrit en mirchérge et, je 'Les mimstres, comme on Ta dit à^i^
crois, de la main de Masarin. Il corrige In»' sus, ëtaieot BnNmUe^ et ScbiVèfski.
nistres, * Oa « déjà Vu {dàsMuiiB fob eè utot ém-
* Les mmi^es est écrit ea interligne et pl^ë dabs ie senA de nMÛi^fc».
corrige "cmuc. * C«i laoté «orrigebt k'êfm pà liMMfr.
mparavanl préparé Us veyes et avoir à peu prez recogneu les amis et Pémer i658. eafliemii que nous y pourriona avoir, au lieu de faire une bonne affaire « nous nous exposerions non seulement à la censure de tout le monde, mais encone à des aoci^ens irréparables. Le plus grand seroit d'effaroucher touB les esprits des princes d'Allemagne et les joindre à la maison d'Auatriahe contre nous.
Je ne eroy donc pas que l'intention du roy de Suéde soit d'entre*prendre cette guerre sans aroir aupai'avant recogneu si la Ligue pro^ jetée pour faire reparer les infractions faictes au traité de Munster et pour [le]* faire mieux observer aura son effet; si l'on bridera le nouvel empereur par une capitulation si forte que nous puissions raisonna* biement eaperer quelle aura lieu S ou qu'y estant contraints par l'empereuF, poas pourrons, avec l'asttstance de plusieurs princes de TËm^ pire, en proowrer la repuratiou par les armes, et si enfin il [y] a moyen de Hiettre toutes choses en Allemagne au point que la Suéde et ttofs, jouissajit librement de ce qui nous a esté adjugé^ par le traité éd Munster, on poiurvoye à 1)oute|B les seurelez que nous pouvons sou^ haiter pour cet effect. Car, si cela est exécuté, il n'y a pas apparence qu'on puisse songer à ftdre en mesma temps une rupture avec la maison d'Austrieha, à^ laquelle genenalement tous les Electeurs, princes et Estais de l^Ëmpire seroient eonti*e nous.
£d un mot, si les affauuros d' Allemagne 04 peuvent estre remises en i'ordce qu'il faut? efin que le Boy ot eeluy de Suéde soient satisfaits, et si I4 maison d'Austriche continue dans la pensée d'empescher la paix du Nord et de faîne la guerre, au noy de Suéde, l'on est tout-à-faict resc^u de {se] lier avec lediet roy poun faire la guerre aux conditions et en la manière que l'on eenviendra» Je passe plus outre, et je vous dis qne, ai l'on coBclud( la Lî^e^ propesée par M. de Mayence, à laquelle M. Beniedau*^ a tesmeigné tant de dîeposition pour les ordres du roy
* LAUBOUte forte k^ mm Ywàdttfror ^ €e mot en interligae est atugè.
nomioal se rapporte ëvidemmant aa tnil^ * Le lensest : aïoec laquelh, *
de Monferi * Le mot Ligne corrige l'alliance»
' Qu'été êemjohree^ie, * Ministre da roi de Suède à Francfort.
Février i658. de Suede, le Roy se portera, si le roy de Suéde le souhaite, à faire une liaison plus estroite avec luy pour l'interest commua de leurs Estats.
Vous donnerez part de tout cecy à cette Majesté, afin qu elle fasse donner des ordres en cette conformité à ses ministres à Francfort; en cas qu'elle désire avoir plus d'esclaircissement sur quelqu'une des choses marquées cy-dessus, j'y satisferay avec la dernière franchise et avec l'ouverture de cœur que Sa M*^ peut souhaiter.
Apres avoir entretenu le chevalier de Teiion de quelques affaires peu importantes, Mazarin ajoute :
Gomme le sieur Akakia ^ a ordre de faire un voyage icy pour nous informer en détail de toutes les pensées de la reyne de Pologne touchant la succession de ce royaume-là, lorsque la négociation de la paix entre la Suede et la Pologne sera avancée eu sorte qu on n'ayt plus sujet d'en appréhender la rupture, je songeray à adjuster ses petites affaires, soit en l'employant en quelque endroit, soit en le faisant demeurer icy.
Je finiray en vous priant de presser le roy de Suede de faire esclater ^ qu'il apporte toute sorte de facilitez pour faire la paix avec tout le monde; car je vous réplique de nouveau que les meilleures armes que nous puissions avoir pour comhattre avantageusement la maison d'Austriche est de faire paroistre à toute la chrétienté, et particulièrement en Allemagne, que toutes nos pensées vont à y estahlir le repos, et que, si nous sommes contraints de faire la guerre, c'est cette vaste ambition de la maison d'Austriche à se vouloir rendre maistresse de tout et l'opiniastreté des Espagnols à rebuter toutes les propositions de paix qui nous y forcent, et c'est pourquoy vous ne devez perdre aucune conjoncture pour insinuer ce que dessus au roy de Suede.
Le nom de ce personnage est écrit de dif- France en Pologne. (Voyez, d-dessos,
fërentes manières. La forme ordinaire est p. aii.)
Birenklew. ' Esclater corrige caimotstre, émi dV
^ Akakia ëtait attache à l'ambassade de bord, puis efface dans la minute.
Addition à la lettre du i*^ février pour le chemUer de Terhn ^
Je dois adjouster qu ayant veu, dans la lettre du s"* Blondel, que le principal motif qu a l'électeur de Brandebourg de se jeter dans le party de la maison d'Austriche est Tapprehension qu'il a que le roy de Suéde ne profile de la première occasion pour se venger de luy pour n'avoir pas bien gardé, dans cette dernière rencontre, les lois de l'amitié, auxquelles il estoit obligé, et que volontiers il se porteroit aux choses qu'on pourroit souhaiter, si on luy donnoit quelque seureté pour ne rien craindre, j'ay jugé tres-necessaire de vous donner charge d'en parler au roy de Suéde, afin qu'il luy plaise d'oster de l'esprit de cet Electeur ces ombrages qui ne sont que très-bien fondez, ayant plus d'esgard pour cela à ce que la prudence conseille de faire présentement que aux justes sujets qu'il a de se ressentir de son procédé; et vous sçaurez de Sa M**^ (le roy de Suéde), si elle trouve bon que le Roy entre ^ garant audict Électeur que, pourveu qu'il ne fasse rien qui blesse les interests de Suéde et vive en bonne intelligence avec luy', cette M*^ en fera de mesme de son costé, trouvant bon mesme que le Roy donne sa parole pour l'exécution de ce que dessus. . Il sera à propos que, lorsque vous aurez response sur cela du roy de Suéde, que je ne doute pas n'estre telle qu'on peut souhaiter, vous en escriviez quelque chose au s' Blondel, n'y ayant point de meilleur moyen pour oster audict Electeur une deffiance qu'il sçait, en sa conscience, avoir beaucoup de raisons de prendre.
* Cette addition se trouve an f* 1 1 du * La minute porte bien entre et non soit,
l. Sa des Mélanges de Colbert» (Bibl. nat., que i*on est tenté de lire, ms. f. fr.) * Avec le roi de Suède.
Février i658.
MAZAMii>. — fin. 37
IVPMVCBII liTIOnAW.
Février 1668.