À M. LOCKHART
AMBÂ9SADBUB D'ANGLETERRE.
Amiens, l'ornai i658.
(iXTRAIT.)
Apiès lui avoir annonce fenvoi de la ratification du traite, Mazarin continue ainsi :
Dans sii jours au plus tard, toutes les troupes devront estre assemblées aux environs de cette ville, et, la rigueur de la saison ne permettant pas d'espérer que [l'on puisse faire subsister la cavalerie à l'instant que nous l'aurons sceue ensemble ^, il faudra qu'elle marche. Je suis en peine de n'avoir pis de nouvelles de l'arrivée du corps anglois et de la personne qui le doit commander. C'est pourquoy il sera à propos de le presser, puisque nous devons espérer nos advantages de la diligence.
Je supplie V. Ëxc. de se souvenir des mortiers et de toutes les autres choses dont elle prit un mémoire la dernière fois que j'eus le bien de l'entretenir, et de gaigner de^ momens, afin que le tout soit à Mardik sans perte de temps. .
' Le traite de la France avec l'Angleterre comme nous Favons dit ci-dessus , le d 8 mars coDBnnant le traité de Paris signe Tannée i658. précédente. Ce nouveau traité avait été signé , * C'est-à-dire réunie tout entière.
MAXAMA. ^ TIII. 65
iupataBua raxioiialc.
Mai i658. Dans la suite de ia d^éehe, Majcarin iosiste pour renvoi d^ fourrages, de poudre, de palissades et d'autres muoitioQjs à Majrdick*
Il mil I w>n=^ys3w*
Bibl. nat, ms. i fr., Mikngi* de Çolbtrt, t. Sa, f* a58 v*. — Minute.
AU PRÉSIDENT DE BORDEAUX
Amiens, 7 mai i658.
Je vous fais ce mot-cy pour vous donner un advis que je viens de recevoir, qui est certain «t de grande conséquence, c'est que les ennemis, ne sçachant comment faire passer en Flandres les soldats espagnols qu ils ont assemblez à Saint-Sebastien, au nombre de douze ou quinze cens, à cause de la flotte angloise qui est devant Dunkerque et Ostende, ont envoyé divers vaisseaux qui portent cette infanterie espagnole, afin qu'ils s unissent sur les costes de Zelande, et ont escrit en mesm« temps à leur ambassadeur en Hollande de fretter quantité de belandres\ sous divers prétextes, et de les faire tenir dans ces quartiers^à, prétendant, quand les vaiiseaux seront arrivez , de £aire mettre les soldats sur lesdictes belandres, et pour les faire aller en œureté, parce moyen, jusques à l'emboEchare de l'Escaut, qui est entre Fiessingue et Leeduse, et ensuite les &ire remonter l'Escaut et entrer dans leur pays par le Sas-de^Gand et par Anvers et les autres [ports] ^.
C'est pourquoy, il est de ia dernière importance que vous fasûez donner promptement cet advis à M. le Protecteur par le moyen de M. l'ambassadeur Lockart^, sans que l'on sçache qu'il vienne de nous, afin qu'il en profile, envoyant ordre, sans perdre de temps, aux commandans de sa flotte de se tenir en estât de pouvoir combattre lesdicLs vaisseaux, quand ils arriveront aux costes de Zelande, et, si cela ne peut pas réussir, d'avoir de petits bâtimens tout presto pour attaquer et prendre ces belandres, avant qu'elles entrent dans l'Escaut; car vous
^ Navires lëgers. ^ On « dit, eindesans, ^pe eet «mhasaa-
^ Mot douteux. deiir s'^it raiui« en Angleterre.
jugea bien que les grands taieseanx, ne pouvant s approcher que de Mai t658. loin, seroient inatilës pOuf cela. Je vous prie de donner cet advis en diligence et de faire en sorte que les ordres soient envoyés de mesme; car la flotte angloise, tenant un vaisseau sur les costes de Zelande, pourra estre advertie de tout ce qui paroistra et' se mettre en estât, ou de combattre lesdicts vaisseaux» on d'empescher les belandres d'entrer dans la rivière, et, si la chose est bien conduite, asseurez-le qu'elle réussira.
Bibi ual., ms. f. fr.y Mélangée de Colbm, t. 5»., P à59 ▼*. -^ Minute.
À M. DE THOU
Amiens, 8 mai i658.
(extrait.)
J'ay esté bien ayse de voir, par vostre lettre du a 5 avril, le bon effect qu'avoiônt produit les^ instances que vous ave2 faictes, de la part du Roy, sur le débarquement que les Espagnols projetoient de faire en quelque port appartenant à MSA. les Ëstats [des Provinces-Unies]. Je ne doute pas que nous ne devions espérer d'avoir des responses favorables en toutes les occasions, quand M. le résident d'Angleterre agira de concert avec vous, et parce que, outre la passiorl qu'il a de faire réussir tout ce qui regarde le service et la satisfaction de son maistre, il a une adresse et une manière toute particulière pour venir à bout des affaires dont il est chargé (ce que j'ay bien recogneu dans le peu de temps que je l'entretins à la Fëre, où il me fut aysé aussy de voir qu'il souhaitoit de voir promptement establie une parfaite union entre ces deu^c royaumes et une sincère amitié et correspondance entre S. A. S., M. le Protecteur, et moy); je vous prie de profiter de quelque conjoncture pour luy faire cognoistre qu'il ne se peut rien adjouster à l'estime et à l'affection que j'ay pour luy, et que je ne perdray aucune occasion de luy en donner des marques»
Mai i658. J'avois Oublié de vous mander que M. lambassadeur Lockart m'a tesmoigné deux ou trois fois, de la part de Sadicte Altesse, la satisfaction qu'il avoit de la manière dont vous agissiez, et m'a prié de vous le faire sçavoir. Ce que je fais à présent, afin que vous fassiez paroistre audict résident le ressentiment que vous en avez.
Par ce que vous me mandez du dessein des ennemis pour faire entrer en Flandres les soldats qui viennent d'Espagne, et par les advis que j'ay de plusieurs endroits, je crois que leur intention est de faire venir sur les costes de Zelande les frégates qui chargent présentement cette infanterie à Saint-Sebastien.
Mazarin ajoute, sur le lieu projeté pour le dëbarquement, les détails donnés dans la lettre adressée à Tambassadeur Bordeaux, en date du 7 mai i658 ^ Il engage de Tbou à prévenir les Anglais, dès que les vaisseaux espagnols paraîtront sur les côtes de Zélande. Il continue ainsi :
J'avoys desjà sceu de plusieurs endroits que le cardinal de Retz avoit veu M. le Prince à Bruxelles, et qu'il esloit présentement à Anvers; mais vous rendriez un très grand service au Roy, si vous pouviez trouver quelques officiers françois de ceux qui sont dans les troupes de MM. les Ëstats, ou quelques autres personnes qui pussent aller librement en Flandres et qui cognussent ledict cardinal, pour les envoyer à Anvers et y demeurer le temps qu'il seroit nécessaire pour voir ledict cardinal et pour pouvoir, aprez, rendre tesmoignage dans les formes, si 0[i le desiroit. Je vous prie d'y appliquer [vos soins] et de faire, pour cela, ce qui dépendra de vous^.
' Voy. ci-dessus, p. 354.
^ Le cardinal de Retz fit, à ce que nous apprennent les Mémoires de Guy Joly, deux voyages à Bruxelles pendant l'annëe i658. Ce doit être au second que Mazarin fait ici allusion ; dans cette entrevue qu'il eut avec le prince de Gondë, Retz fut mis au courant du projet de la sédition que Ton cherchait h fomenter en Normandie, et dont il a été parlé ci-dessus, p. 333, notes 1 et 3. M. le
Prince promit de ne point Êdre sa paix et le cardinal de Retz promit de ne pas donner 'sa démission sans se concerter et s'avertir l'un Tautre. — Retz, en i658, ne résida pas en Flandre, mais plutAt en Hollande, d'où il correspondait avec le prince de Condé, à Amsterdam, la Haye et principalement à Utrecht, à cette auberge de La Petite Porte, dont la servante, Annette, croccupait une assez bonne place dans son oœam.
Il est bon de tirer tous les advantages que vous pourrez de la Mai i658. beauté et de Tesprit de M^'* de Pons S et je demeure d'accord avec vous qu il ne tiendra qu'à elle d'estre idolastrée de Don Ëstevan de Gamarra ^. Vous luy pourrez dire, de ma part, que , si elle rend quelque service considérable, je prendray soin de le faire valoir icy.
GLXXXIIL Bibl. nat, ms. f. fr., Mélanges de Coliert, t 59, f* i6& v". — Minute.