INTENDANT EN PICARDIE
[Montreail], 90 mai i658.
(kztbait.)
Le malheur qui est arrivé à M. le mareschal d'Aumont^ m'est d'autant plus sensible, qu'il n'a pas esté en ma puissance de l'empescher, quoyque je n'aye rien oublié pour luy faire cognoistre, par toutes les lettres que j'ay escrites au s' Talon, qu'il n'y avoit pas lieu de rien espérer de bon de cette entreprise; et lorsque je les ay veus persuadez du contraire, je n'ay rien oublié pour qu'ils le fussent aussy qu'il ne falloit rien hasarder sans avoir des ostages; mais il n'en faut plus parler et songer seulement à prendre la revanche de ce petit malheur à force ouverte.
Vous avez bien faict d'envoyer, preferablement à toutes choses, de l'argent pour donner une monstre aux Anglais et pour payer les nouvelles recrues ; mais vous prendrez garde qu'on ne les doit payer que du jour qu'ils débarqueront à Mardik. Je vous dis cela, parce que j'ay veu dans le mémoire que vous m'avez envoyé, que vous mettez leur payement du jour de leur engagement.
^ Le Maréchal , trompe par de faux rap- perda pour nous et que le Roi est à Tentour,
ports, tenta de surprendre Ostende, dont il le maréchal d*Aumont, gouverneur de Boa-
croyait qu'on lui ouvrirait les portes ; mais logne, ëtoit après pour surprendre Ostende,
il tomba dans une embuscade et fut fait pri- dans laquelle il avoit une intelligence ; mais
soDuier. Les ennemis du ministre ne man- elle s'est trouvée double. D y est entré avec
quaient pas d'insister sur les malheurs du l'intendant de justice, M. Talon, et trois
commencement de cette campagne. Guy Pa- cents hommes suivis de quelques vaisseaux ,
tin écrivait le 9 A mai 1 658 : «r Voici un beau où il y avoit plusieurs officiers et soldats du
conunencement de campagne. Tandis que r^iment des gardes, et plusieurs Anglois,
nous marchandons Hesdin et que l'on fait qui ont ensemble été faits prisonniers. Voilà
courir le bruit 'qu'il n est pas lout4i-iiEiit une grande mortification, n
Je vous diray, en passant, que je trouve bien grande la despense Mai i658. ^es voitures S et il me semble que, puisque Ton en faict faire souvent, les maistres des bateaux les devroient faire à meilleur prix.
Affvëir., Angleterre, t. 69, T' 3i3-3i5. — Mmute.
À M. DE BORDEAUX
Calais, ai mai i658.
(BXTBAn.)
Je vous dirai premièrement que M. le Protecteur aura sujet d'estre fort satisfait lorsqu'il apprendra que le Roy a faict marcher son armée en deux corps, dont le plus grand est conduit par M. de Turenne, pour Texecution du dessein projeté^, et quoyque la saison soit fort rude et qu'il ne cesse de pleuvoir depuis six jours, M. de Turenne, si quelque accident extraordinaire, impreveu, ne l'empesche, doit, demain soir, tenter le passage de la Golm auprez de Bergues. Les ennemis y ont desjà un corps assez considérable pour la deffendre ; mais on a résolu d'opiniastrer un grand combat pour les forcer, tandis que M. Lockhart et M. de Gastelnau, qui est desjà en marche, tascheront, du costé du canal qui va de Dunkerque à Bergues, du fort rouge et de l'estran', de faire, au moins, une grande diversion des ennemis, qui donnera plus de facilité à M. de Turenne de faire son coup.
Je suis icy pour envoyer à tous moments ce qui peut estre nécessaire pour le bon succez de l'entreprise, et le Roy est dans toutes les impatiences du monde d'apprendre que les postes soyent pris pour former le siège, afin de se rendre en diligence à Mardick et dans le camp, et animer chacun par sa présence à bien faire son devoir.
Vous aurez beau champ de faire valoir à Son Alt. Serenissime la
^ Le mot taitiures a ici le sens de trahis- ment au pouvoir d^achat des métaux prë-
parts par eau comme par terre; la phrase cieux, beaucoup plus cher que de nos jours, indique qu'il s'agit de transports par voie ' C'est-à-dire, le siège de Dunkerque.
fluviale, et ils coûtaient, proportionnelle- * Côte plate et sablonneuse.
■iiAini. — Tm. 66
« nirEiaiBU iatioiiau.
Hii 1658. manière obligeante avec laquelle le Roy agit pour luy donner de véritables marques de la sincérité de ses intentions et de son affection en* vers elle, sacrifiant ^ pour tet effets Imterest visible qu'il avoit de com^ mencer la campagne par Temploy de ses forces à réduire Hesdin sous son obéissance ^
Je suis pourtant fasché d'apprendre qu'estant engagez comme nous sommes, il ne soit encore arrivé que dix-huit cens hommes, ou environ , de la recrue de trois mille hommes qui doivent venir pour le corps anglois, et que S. A. ne nous destinoit que mille hommes de ses vieilles troupes, quoyque M. l'ambassadeur Lockart m'en eust fait espérer un plus grand nodibt^. Je vous conjure donc de presser sur ces deoi points. L'année aura nue grande nécessité d^infanterie, le Roy ayant esté obligé de laisser du costé du Luxembourg 1 armée que cornfiaadde M. le marescbal de La Ferté, composée de dix miUe hommes, ravajerie et infanterie, tant pour y tenir en eschec les troupes que les ennemis ont de ce costé^là, que pour donner chaleur à la négociation de Francfort^, laquelle est à présent dans sa crise. Outre cela, on a laissé M. de Orandpré sur la Somme avec deux mille chevaux et deux mille hommes de pied pour aaseurer les places de ces quartiers-là, et l'on a esté contrat»! auisy de laisser à Poutdormy ^, AbbeviUe et sur la rivière d'Autbie^ mille chevaux et mitie hommes de pied pour empes* cher les* tentatives que les ennemis pourroîent faire de ce costé-4à à la faveur d'Hesdin, où ris ont jeté deux mille hommes de pied tt quatre cens chevaul, n'ayant pas douté qu'on en voulusl à cette place-là particidîereraent, lorsque h Roy s'en est approché avec toutes [ses troupes ]« Ce que nous avons faîct exprès pour les trouver moins fortd et moins en estât de nous résister du costé de la mer, leur donnant jalousie de toutes parts et principalement à Hesdin; et, pour achever
' Voy. sur Hesdin, ci-dessus , p. 3a 3. nom. Il faut peut-être lire PorU-Bemy, auj.
* Il s'agÎBsait de la diète rënaie h FVano- village éa dép. ie la Semnifr, arr*. d'Abbéfort pour rëleotio» d'eo empereur d'Afle»- ville.
^ Cette petite rivière arrose me partie du Je ne trouva pas de commune de ce dëp. de la Somme et se jeUedofis la Bboche.
à vous dire en quoy consiste le reste des forces du Roy, M. de Turenne Mm t658. a nutrehé avec huit à oeuf mille hommes de pied et huit mille che* vaux, et nous aurons, de ce costé^cy, dans deux jours, quatre mille chevaux et cinq milie hommes de pied, M. de Gasfcelnau estant dez hyer en marche par le chemin de [Bourbourg] S avec la piuspart de ces troupe»-là.
Je ne comprends pas en cecy le corps ang^ois, qui doit estre à pre* sent de quatre mille cinq cents hommes, s'il n est arrivé quelque nou-^ veau renfort depuis hyer au matin.
Par ce recît, vous voyez bien que nous n avons pas beaucoup d*in» fanterie de ce costé-cy, d'autant plus qu il en faut tousjours laisser un bon nombre pour la conservation de Mardick et de Bourbourg, qui pourroit (sic) estre surpris par la garnison de Gravelines, où les ennemis ont desja jeté douze cents hommes d'extraordinaire*
Je vous prie donc, en faisant la relation de tout oe détail à S. A. , ou la lui faisant faire par le secrétaire d'Ëstat, de presser incessamment pour^nous faire envoyer le plus d'infanterie qu'il sera possible.
Je nay aucun remords d'avoir espargné mes soins pour cela; car il y a plus de deux mois que j'ay donné de l'argent pour la levée des trois regimens anglois que vous sçavez, et je ne vois pas qu'il y ayt [lieu]^ de les espérer sy tost, quelque parole que m'eussent donnée ceux qui ont traité, et quoy que M. l'ambassadeur Lockhart m'eust asseuré mesme qu'un mois aprez le traité conclu, leadictes levées seroyent eo France.
Outre cda, on a donné l'argent pour lever quinze cens Ëscossois, et cent soixante mille escus au duc de Virtemberg et au lieutenant gênerai Baltazar^ pour lever trois mille hommes de pied et dix [huit]
^ On ne peut )îre que Bauty, la moitié nommé lieutenant général en 1 656 , d'après
du Biot a ^spam. la Chronologie miUtmre de Pinard. ( Voy. sqr
' Ce mot a disparu par suite de la lui le tome V, p. 1 5 6, des Lettres de Ma-
rdiure; mais le sens ne peut être dou- zarin.) Les années précédentes, Balthazar
teux. servait à Tarmée de Catalogne, sous d'Es-
' Jean Baltacar ou Balthazard avait été trades.
Mai ]f)58. cens chevaiix, sans compter plus de cens mille livres qu'il nous faudra dépenser pour les faire subsister en Alsace» jusques à ce que les corps soyent en estât de [servir]^ Enfin, sans exagération, 1 effort que Ton fait icy, cette campagne, n'est pas croyable, et quand vous direz que, pour former la seule armée qui doit agir de ce costé-cy, le train d'artillerie, l'équipage des vivres, l'entretien des corps anglois, et tant d'autres dépenses qu'il faut faire, il nous faut plus de dix millions de livres, ce sera la pure vérité, sans aucune exagération. Mais je vous puis jurer que , pourveu que le dessein réussisse, le Roy tiendra le tout pour bien employé par beaucoup de raisons, et particulièrement afin que cela serve à cimenter de plus en plus l'union que Sa M**^ veut entretenir avec M. le Protecteur.
' Si vous avez l'honneur de le voir, vous luy pourrez dire que, quoyque , dans les commencements, nous n'ayons pas esté heureux, puisque, outre la trahison de Hesdin, la supercherie d'Ostende^ a reussy avec les Espagnols, j'espère que nous prendrons nostre revanche avec usure en les attaquant à force ouverte ; au moins. Son Alt. doit estre asseurée que le Roy n'espargnera rien pour en venir à bout.
Je ne vous diray autre chose sur le sujet de M. le mareschal d'Aumont si ce n'est que ça esté une fatalité, n'ayant pas seulement péché contre les règles de la preudence par une confiance qu'il a prise trop légèrement aux belles paroles des ennemis, qui luy tendoient un piège, sur l'apparence de luy livrer Ostende, mais aussy ayant escrit ce que j'avois escrit à luy-mesme et mandé plusieurs fois à Talon ^ pour luy dire, jusqu'à la veille de son départ, qu'il ne devoit rien bazarder ny rien faire sans avoir des seuretez réelles et des ostages considérables S [luy] faisant bien cognoistre que, quelque bonne opinion qu'ils eussent de l'affaire, je n'enpouvois avoir aucune espérance par quantité de raisons que je leur deduisois; et il est estrange que ledit s*" Mareschal n'ayt voidu prendre aucune précaution, ayant creu comme l'Evangile
Ml y a encore ici un mot supprimé par ' Voy. notamment ci-dessus, p. 336.
suite de la i^eliure. Ml y a bien luy dans la minute; et plus
' Voy. ci-dessus, p. 36o. loin, qu'ils eussent.
DU CARDirTAL MAZARIN. 365
qu il n'avoit qu'à mettre piedà terre et entrer dans Ostende pour s'en Mià i658. rendre maistre, quoyqu'il luy deust bien tomber dans l'esprit qu'il ne seroit pas malaisé de faire livrer une porte ou donner des ostages par ceux mesmes qui disoient l'attendre pour luy livrer la place, si tant est qu'ils procédassent avec sincérité ; mais je dis de rechef que ça esté une fatalité ; ce qui paroistra d'autant plus quand on sçaura que ledict s' Mareschal a esté treize jours à la rade d'Ostende, s'y opiniastrant à tel point qu'il y a esté deux jours et demy sans vivres ny subsistance, et s'imaginaut que ks Espagnols seuls ne pourroient avoir aucune cognoissance de ce que tout le monde sçavoit. Ce qui m'obligea, six jours après son départ, n'ayant nulle nouvelle de luy, de luy depescher un gentilhomme avec ordre du Roy précis de se retirer en quelque estât que fust l'entreprise, et le malheur a voulu que, quelque diligence qu'on ayt pu faire, cet ordre ne soit arrivé que cinq heures aprez la chose faites Je croy qu'il sera à propos que vous preniez occasion de donner part de tout cecy à M. le Protecteur, excusant pourtant M. le mareschal d'Aumont, lequel n'a failly que par un^ excez de zèle et par une passion extraordinaire de rendre un grand service au Roy.
Je n'ay pas encore advis que tout le foin soit arrivé ny tout ce qui estoit porté par le mémoire, mais je ne laisseray pas d'en faire estât asseuré aprez ce que M. Lockhart m'a promis et ce que vous me mandez.
Je me rejouys de tout mon cœur des bonnes nouvelles que vous me donnez de Testât de la santé et de celuy des affaires de M. le Protecteur. Je vous prie de luy faire aussy mes complimens là-dessus.
Pour ce qui est des vingt-quatre vaisseaux que les Hollandois ont armez, le soupçon de S. Alt. n'est pas mal fondé. J'ay envoyé, la nuit passée, un gentilhomme à Mardick pour advertir M. l'ambassadeur Lockhart que M. le comte de Brienne me mande de Paris que le fils de l'ambassadeur de Hollande ^ l'estoit allé trouver pour luy dire que
^ Voy. sur cet ambassadeur, nommé Borel, le tome VII, p. &58 et 5oS, des Lettres de Mazartn. On a vu qu'il s*ëtait, en toute occurrence, montré hostile à la France.
366 LETTBES
Mai i658. lilM. les Ëstats luy avoient donné ordre de faire sçavoir au Roy qa ils ne verroyent pas avec plaiar les conquestes que les armes de Sa M^ pourroyent faire du costé de la mer conjointement avec les Anglois et pour les partager avec T Angleterre, adjoustant d autres discours qui ont faict soupçonner à M. de Brienne que leur intention aeroit de lem^ pescber, s'ils pouvoyent; mais, pour moy, je ne les croy pas si hardis que d'ozer déclarer la guerre à ce royaume et à M. le Protecteur tout à la fois, estant certain qu'ils auraient sujet de tout craindre, sans pouvoir nen espérer de bon d'une resolution si téméraire» Neantmoina il faut bien prendre garde à leur conduite et donner ordre qu'ils ne viennent pas à bout de leur dessein^ si tant est qu'ils voulussent agir en faveur des Espagnols dans cette conjecture. Vous en parlerez sérieusement et sans perdre un moment de temps à S. Alt., et l'asseureres que, quoy qu'il arrive, le Roy agira iouejours de concert avec elle et redoublera ses soins pour le bien de la cause commune.
Marsin a esté à Francfort, de la part du roy d'Ëêcosse {$ic) S avec des lettres pourtant et instruction des Espagnols, pour presser le roy de Hongrie et les ministres d'Espagne de luy envoyer un corps de troupes considérable, puisque cela se pouvoit faire sans contrevenir à la paix de Munster, et j'ay nouvelles de Francfort, du 19 du eourant, qu'il en estoit parti fort content, Pegnaranda l'ayant asseuré qu'on luy envoyeroit bien cinq à six mille hommes et que Las^oy travaillait à cette levée. Vous en donnerez part aussy à M. le Protecteur et luy direz que les ambassadeurs do Roy ne s'endorment pas et mettent toutes pièces en œuvre pour empescher ce secours. En tout cas^ nous somaies résolus de faire toutes les diligences possibles pour le combattre en chemin, et j'espère que nous aurons quelques princes de ces quartiers défavorables à ce dessein.
La fin de la dëpêdie annonce que Mazarin lui fera coonaitae uitérieurement tes propositions faites par les archevêques de Mayence et de Cologoe, et la réponse
, ^ Il ne peut être question ici que du roi titidaire d'Angleterre, qui était en même temps
roi (
DU CARDINAL NAZARIN. 367
qai lear • M faite. A^rès qudqiies détails sur des aequisitions d*armes, le Car" Mai i658. dinai remercie le présidant de Bordeaux des chevaux qu'il a achetas pour lui.
Gtxxxm
ÏSbl. naU, ms. f. fr., Mélange» de Co&eH, t 5a, f* 97/1. — Minate.
À M. LOCKBART.
Oalais^ ûi mai i658.
Tay escrit ce matin à V. Exe. 5 et IL de Gastelnau, qui devra estre dranain au Boîr à Mardik, l'informera de vive voix de toutes les résolutions qui ont esté prnes* C'est pourquoy je n adjousteray rien par eelltt^Y, qvi servira aealement pour faire response à la lettre que V. Ëxc. a pns la peine de ra'escrire depuis son arrivée à Mardik, et je luy testtoigneray en premier lieu ma joye pour les nouvelles qu'elle me donne de la santé de S. Ait Seremssime, Ai. le Protecteur, et pour la peine qu'elle prend de m'asseurer que Sadicte Alt. avoit donné les ordres pour faire envoyer toutes les choses dont j'avois parlé à V. Ëxc. à Paris et qui estoient contenues dans le mémoire que j'avois donné au chevalier de MontgaiUard^
Je avis pourtaot en quelque inquiétude de voir qu'il ne fust encore arrivé que deux mUle soldats des trois mîfie que nous attendions, et que S. A. S. n'avoit Mcordé que deux regimens de ses vieilles troupes, que je ne croy pas qui oampoaeront un plus grand nontbre qne mille hommes. Je la coQjure donc de vouloir supplier eu diligence S. Alt. , de ma part, afin qu'elle ayt la bonté d'augmenter le nombre susdict, et que V. Exc« veuille aussy presser afin que, sans aucun dday, nous puissions avoir ce qui manqua de trois mille [hommes] pour les re-
' PbÉÎetm tettrat <k Haiaria du s 1 mai ' Voy. , sur le chevalier de MontgaiHard ,
%666 Mot daléeideiotdegiie, entre antras la lettre do 8 octobre 1657 ; il avait été, à
celle dont il f»rie è Loi^bart On en troa« eette date, cbargié par Maxarin d*une mis^
vera rindication anx Analyiea. eion eo Piémofll.
Mai i658. craes; car elle verra bien, par ce que luy dira M. de Gastelnau, à quel point on est engagé, et que le Roy est dans toutes les impatiences du monde de se porter en personne pour l'exécution du dessein qu on a résolu, et elle apprendra bientost les efforts de M. de Turenne pour donner un bon commencement à l'affaire.
Le Roy a receu avec grand plaisir la nouvelle que je luy ay donnée de vostre arrivée à Mardik pour donner ordre à toutes choses, en attendant l'arrivée de M. de FalcombergeS que S. Alt. S. a chotsy pour commander le corps anglois; car Sa M*^, ayant une parfaite cognoissance du mérite de V. Exe, se promet beaucoup du soin quelle veut prendre pour faire agir l'armée angloise.
On a desja envoyé l'argent pour donner une monstre à ladicte armée , et je tascheray que l'on eu envoyé encore dans cinq ou six jours pour en donner une autre et pour faire en sorte que le payement soit aussy ponctuel qu'il est nécessaire^ pour obliger les officiers et soldats à servir avec affection , sans que la multiplicité des grandes despenses qu'on est contraint de faire empesche que celle-cy ne se fasse preferablement à toutes les autres.
Je remercie V. Exe. , de tout mon cœur, de l'advis qu'il luy plaist me donner que S. A. S. avoit trouvé bon de donner ordre à six frégates angloises de se trouver à Toulon au commencement du mois prochain. Je la prie de me faire sçavoir si elle juge à propos que j'en escrive à S. Alt. S. une lettre de remerciement.
Je ne doute pas qu'il ne luy ayt esté fort sensible [d'apprendre] le malheur qui est arrivé à M. le mareschal d'Aumont'; mais si elle sçavoit le détail de ce qui s'est passé en cette affaire, elle concluroit aysement que ça esté une fatalité qui a forcé ledict s' Mareschal à tenir une [pareille] conduite et se confier au point qu'il a faict non seulement contre toutes les règles de la prudence, mais contre ce que j*ay
* Falcombrige. taires anglais une paye supplémeDtaire, mais
' On a vu ci -dessus que, par le trailë encore à leur faire distribuer cet argent par
conclu avec l'Angleterre, Mazarin s^ëtaiten- les mains des che& de leur nation.
gage non seulement à donner aux volon- ' Voy. ci-dessus , p. 36o, note i.
escrit dix fois à Talon pour le luy faire sçayoîr, luy marquant qu il n y M« i658. avoit nulle apparence au bon suecez de cette entreprise, par quantité de raisons que je desduisois, et qu en tout cas il nefaïloit pas [la] faire sans avoir des seuretez réelles, comme des ostages des personnes qui nous amusent depuis si longtemps pour nous délivrer Ostende^; mais il vaut mieux n*en plus parier et songer à prendre nostre revanche à force ouverte, comme V. Exe. dict, avec apparence qu'agissant ainsy contre les ennemis, ils ne seront pas si heureux comme ils le sont dans les ruses et dans les artifices.
J'envoye ce gentilhomme exprez pour apprendre des nouvelles de la santé de V. Exe. et pour me rapporter ce qui aura esté concerté entre elle et M. de Gastelnau^. Je la prie, par cette mesme occasion , de nous vouloir envoyer cinq ou six barques armées pour nous en servir à escorter des bateaux qu on doit à tous momens envoyer à Mardik, chargés de quantité de choses qui nous sont nécessaires au point que l'on ne peut pas agir sans les avoir. Je m'asseure que V. Exe. me fera cette grâce sans y perdre un moment de temps et qu elle m'accordera aussy celle de me pouvoir dire, etc.