‹ Lettres du cardinal Mazarin pendant son ministère (volume 2)Chapitre 5 sur 81 · À M. FABERT · texte numérisé non relu

À M. FABERT

Sissonne, 7 juillet 1667.

Hyer, en arrivant à Sissonne, je receus vos lettres du 3 de ce mois. Je vous rends grâce des nouvelles et remets à nous en entretenir demain de vive voix.

Anj. bourg du àéf. de TAisne, arr. de Laon.

■AiAun. — nu. 3

Juillet 1667. Le Roy partira demain au matin pour aller coucher à Sedan. L on sera contraint de marcher avec les bagages pour la seureté, et les mareschaux des logis ne pourront arriver que peu d'heures avant la Cour, qui n'est pas trop grosse; mais il y a avec Sa M^ les gens d'armes au nombre de cent cinquante, ses chevaux-legers en pareil nombre et deux cens gardes du corps, cinquante mousquetaires et cinquante de mes gardes, lesquels il faudra loger aux environs de Sedan, et je vous prie de prendre la peine de disposer toutes choses afin que, iesdicts mareschaux des logis arrivant, la Cour puisse estre logée ausaytost et lesdictes troupes aussy.

Le Roy veut que je loge à l'appartement de la Reyne ^ Pour les gens d'armes et les autres troupes, on pourra les loger comme l'autre fois.

XU.

Bibl. iiaL, ms. f. fr., Mélanges de Cotbwt, t. 5i A^ f" 119; minute. --- Aff. ^tr., France,

t. Q7a, f* 1&5; copie da temps.

À LA REINE

Sedan, 10 juillet 1657.

Il ne se passera aucun jour sans que je vous escrive, afin de me donner l'honneur d'informer souvent, par vostre moyen, la Reyne du voyage et de la santé du Roy. Elle est parfaite, et Sa M^^ a trouvé bon non seulement de demeurer icy un jour, mais de prendre son logement à Mouzon pour aller, le jour après, disner au camp et coucher à Jametz ^ qui n'en est distant que d'une lieue. Pour le siège, il va tousjours de bien en mieux, à ce que M. le mareschal de La Ferté et M. de Na vailles m'ont eserit oe matin; et quoyqu'on nous fasse espérer que la place sera lundy ou mardy, au plus tard, dans l'obéissance du Roy, je me remets à vous en donner des nouvelles plus asseurées, estant

' La Reine ëtait restée à la Fère. — ^ Jametz est auj. im bourg[ du dëp. de la Meuse, arr. et cant. de Montmédy.

sur les Heux, et je ne doute pas que la Reyne ne soit bien persuadée imM 1667. que ce ne sera pas sytost comme je voudrois pour avoir l'honneur de me rendre auprès de Sa M^ sans aucun retardement.

Les ennemis, pour ne perdre pas la possession dans laquelle ils sont de tuer et prendre quelqu'un, lorsque le Roy vint de Rethel à Sedan, ils attaquèrent^ hyer seize cavaliers du régiment de Gœuvres à nostre suite, et ils en tuèrent quatre et en emmenèrent huit prisonniers, le tout dans un fonds auprès du bois. C'estoit un parti de Rocroy, qui taschoit, par ce petit essay, de nous faire cognoistre l'intention et la volonté de ceux qui ont du pouvoir dans ce poste-là ^.

Le Cof^tdent est entièrement à vous; il m'a commandé de vous en asseurer de sa part et de vous prier de faire ses recommandations à Monsieur, à qui je prends la hardiesse de renouveler mes tres-humbles respects. Il y a si peu d'asseurance à faire tenir des lettres au lieu où vous estes, qu'il se faut contenter de ne rien escrire qui ne puisse estre veu.

Bibl. naU, ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5i A, f lao ; minute. — Aff. ëtr., France ,

t. 97a, P ii6; copie du temps.

À LA RHNE.

Mouton , 1 o j aillet 1657.

(iXTBAIT.)

Après avoir annonce à la Reine que le Roi est en bonne santë, Mazarin ajoute :

Je crois que la Reine ne doutera pas que les allées et venues de Jametz^ au camp seront fréquentes. J'ay si grande envie que cela Bnisse

' Tel est fo texte des deux manuscrits. nison de Rocroy dépendaient du prince de Malgré la coDStraeiion irréguiière de la Condë. phrase, le sens n^esC pas douteux. ' Le Roi logeait à Jametz. (Voy. la lettre

* On a déjà dit que la place et la gar- précédente du 10 juillet.)

Juillet 1657. bientosl, que les jours me semblent des années; mais j espère de vous pouvoir mander demain quand cela sera^ Les nouvelles que nous avons reçues aujourd'huy sont que Ton advance les mines, et que les ennemis, ayant faict une sortie avec cinquante chevaux et de l'infanterie en un endroit où le mareschal de La Ferté faisoit travailler à une batterie, ont d'abord surpris les nostres; mais ils ont esté repoussez avec une telle vigueur, qu'ilz ne sont pas tous rentrez dans la place. M. le comte de Soissons ^ y a fait des merveilles, et il a eu son cheval blessé d'un coup de mousquet. Il faudroit que l'abbé Ondedei en donnast advis à M*"® sa mere^ et à ma nièce*.

Je Vous escris, parce que je vous lay promis et que j'y prends plaisir; mais il y a plus d*apparence que cette lettre sera prise autrement*. Le Confident est icy pendant que j'escris, et il est après du fromage parmesan en la manière que vous scavez qu'il en use ^.

Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5i A, f° lao. — Minute.

AU MARÉCHAL DE LA FERTÉ

MouxoD, 10 juillet 1667.

Je vous renvoyé le s"^ Talon pour vous dire qu'il n'y a personne icy qui croye que le Roy puisse loger ailleurs qu'à Jametz, car la quantité

' Le sens est : quand le siège sera terminé,

* Eugène de Savoie , neveu , par alliance , de Mazarin.

^ Marie de Bourbon, veuve du prince Tlionias de Savoie-Carignan. Gënëralement désigne sous le nom de Prince Thomas, Mazarin rappelle ordinairement la princesse de Garignan. ( Voy. la table du tome L )

^ Olympe Mancini, mariée à Eugène de

Savoie, comte de Soissons, dont il a été question ci-dessus. M"* de Garignan et sa belle-fille étaient alors à Paris, comme on la vu par la lettre adressée le 3 juillet au marécbal de Gramont.

• Le sens de cette phrase est, je crois, que cette lettre paraîtra peu agréable.

^ Mazarin dit, dans une lettre de i658, que Louis XIV mangeait beaucoup, et pas toujouro de bonnes choses.

de blessez quil y a à Stenay souffriroit beaucoup du logement de la Juillet 1667.' Cour, et la Cour d'eux. Ainsy s'il n'y a quelque raison bien forte qui vous oblige au contraire, Sa Majesté se rendra demain au camp pour disner avec vous à la dragonne \ et après avoir veu ce qui s'y faict, Elle s'en ira coucher à Jametz; et comme le lieu est petit, on pourra partager le monde qui est avec le Roy à Damvillers^ et à la citadelle de Stenay. H seroit à propos que M. de Manimont * vînst à nostre rencontre et qu'il eust avec luy quelques troupes pour porter le bagage du Roy et le mien à Jametz.

J'ay veu ce que vous avez escrit à M. de Fabert de la sortie que les ennemis ont faicte et de la manière dont M. le comte de Boissons s'est comporté. Vous sçavez à quel point me touche tout ce qui le regarde. Il eust pourtant esté bon que la moitié de la cavalerie, qui estoit en garde, se fust trouvée bridée.

Aff. ëtr., Pays-Bas, l. ii, f* 178. — Copie du temps.

À M. DE TURENNE

Mouxon, 10 juillet 1667.

(bxtrait. )

J'ay receu vostre lettre du 8. J'ay esté très ayse de voir les nouvelles que vous me donnez des ennemis. Ceux que nous avons de ce costé-cy se deffendent vigoureusement. Mais M. le mareschal de La Ferlé et M. de Navailles m'escrivent que Saint-Amand avoit promis de tenir une grande mine à ja demi-lune preste à jouer demain à l'arrivée du Roy au camp; après quoy ils sont persuadez que les assiégez seront forcez de partir avant lundy. Je ne sçay pas si l'envie qu'ils ont d'achever

* Comme un simple dragon; cette exprès- * Auj. chef-lieu de canton du d^p. de la

sion a le même sens que cette autre plus Meuse, arr.de Montm^y. moderne de d la kussarde , c'eèi-h-dire ffsans ^ Jean d'Auger de Manimont, raarécliai

cërëmonie'». de camp depuis i653.

Juillet 1657. laffaire leur faict croire la chose pi as petite^ qu'elle n'est pas; et, en tout cas, deux jours plus tost ou plus tard feront l'affaire^.

La nuit passée, ils sont sortis avec cavalerie et infanterie dans un endroit où M. le mareschal de La Ferté Eaisoit travailler à une nouvelle batterie. Le comte de Soissons estoit de garde avec son régiment et y a fort bien fait son devoir, ayant mené les ennemis battant jusques à la porte. Il a eu son cheval blessé d un coup de mousquet.

Sa M^ partira demain d'icy, à la pointe du jour, pour se rendre au camp, où Elle faict estât de demeurer jusques au soir pour s'en aller, après, coucher à Jametz qu Elle a choisy pour son quartier, n'ayant voulu en aucune façon prendre celuy de Stenay, pour n'apporter point d'incommodité aux blessez ^.

Celte dépêche se lermine par des détails sur les forces des ennemis dans le Luxembourg.

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