AMBASSADEUR EN HOLLANDE
La Fère, 5 juillet 1667.
( EXTRAIT
J 'espère qu'à la fin, bien qu'un peu tard, vous recevrez mes despesches. J'ay leu avec beaucoup de plaisir la vostreS par laquelle vous faictes le récit de ce qui s'est passé avec les commissaires de MM. les Estais, de la resolution qu'ils ont prise de réparer l'injure que Ruyter avoit faicte au Roy, en renvoyant les prisonniers et rendant les vaisseaux qu'il avoit pris 2. J'ay esté bien ayse que l'affaire se soyt ainsi passée. Sa M^, à qui j'ay faict valoir le zèle, la prudence et l'adresse avec laquelle vous vous estes conduit en cette rencontre, est fort satisfait de vos soins, et chacun est persuadé que Sa M*^ sort de cet embarras avec réputation. Je m'en resjouis avec vous de tout mon cœur, et vous prie d'estre asseuré que je ne perdray aucune occasion de faire valoir vas services.
Je me remets, pour le détail de toutes choses, à là depesche de M. de Brienne. Je vous dîray seulement qu'outre les ordres que j'ay supplié
' Les dépêches du pn^sident de Thou pendant son ambassade sont conservées aux Affaires (flrangèi-cs , dans la correspondance de HoUande. Les minutes des dëpéches de cet ambassadeur sont entre les mains de M. le baron d*Hunolstein , ainsi que les originaux des dëpédies que lui adressaient Mazarin et Brienne. M. d'IIunolstoin a conserve et classé avec le plus grand soin ces
papiers de famille qu il avait communiqués h M. Chémel.
* Voy. la correspondance échangée à ce sujet, dans le tome VII, p. 46a et 5o5 des Lettres de Mazarin, La nipture avait été h la veille d'être consommée entre la France et les Provinces-Unies , et Ion devait principalement au savoir-faire de notre ambassadeur la conservation de la paix.
le Roy de faire donner pour la restitution des deux vaisseaux appar- JuiHei 1657. tenant à quelques marchands d'Amsterdam, dont vous m'avez envoyé un mémoire, j'ay escrit fortement à M. de Mercœur et à M. le chevalier Paul* pour faire tout rendre sans delay et bien traiter les matelots. Je prétends aussy de supplier Sa M'^ de faire lever absolument toutes les saisies à l'instant que les prisonniers* se seront présentez devant Elle, puisqu'on ne peut pas douter que Ruyter n'exécute l'ordre qu'il a receu de rendre les vaisseaux au premier port de France; et pour ce qui est'de la déclaration pour faire cesser toutes hostilitez et pour traiter les vaisseaux de Hollande comme les autres appartenant à ceux avec qui nous avons des traitez, j'ay desja dict à M. de Brienne de la faire expédier et de l'envoyer dans tous les ports du royaume; à quoy je tiendray la main qu'il n'y ait aucun retardement ny faute.
Si vous croyez que, pour obliger d'autant plus ceux qui vous ont parlé des deux vaisseaux d'Amsterdam, il faille leur payer le fret pour un mois qu'ils ont servy, pour porter de l'infanterie de Toulon à Viaregia% vous n'avez qu'à me le faire sçavoir, et je donneray les ordres nécessaires pour cela.
Sa M'^ a tesmoigné grande satisfaction du zèle qu'ont tesmoigné pour son service les personnes que vous nommex dans vostre depesche. Il les faut, s'il vous plaist, remercier de sa part et les asseurer que, s'il y a occasion de leur donner des marques de sa bienveillance, ils en peuvent faire estât; et si vous voyez qu'il faille faire quelque chose présentement pour quelqu'un d'eux, je vous prie de me le mander, et je m'employeray pour la faire réussir.
Il faudra, comme vous dictes, travailler à présent à l'accommodement de MM. les Ëstats avec le Portugal, et ce sera un grand bien,
* Le chevalier Paul, de Saumur, dont il au service de la France en quaiilé de chef
a déjà été question dans Je t VU , p. 68i , des d'escadre. Il mourut à Toulon en 1 667.
Lettres de Mazarin, ëtait alors lieutenant '.Lorsque les Français, faits prisonniers
général et devint plus tard vioe-amira). par les Hollandais , se seront présentés devant
Né en mer, près du château dlf, en 1597» ^^ ^^^'
il commandait un vaisseau pour rordi*e ^ Ou plutôt Viareggio, ville et port du
de Mdte, quand Richelieu l'avait attaché duché de Lucques.
Juillet 1657. s'ils envoyent promptement la condasion du traité qu'ils ont faict avec le roy de Suéde '.
Ad. élr., Pays-Bas, t. Ai, f* 170. — Miiratede la main de Rose.
À M. DE TURENNE
Sissoooe, 6 jufliei 1667.
(extbait.)
Tay receu vostre billet de ce matin. Je vois Tadvis que vous donne M. le marquis de Grequy; mais après ce qui s'est passé en ces quartiers-là et le nombre de troupes que vous y avez, j ay peine à croire que les ennemis y puissent rien entreprendre. Neantmoins il sera tousjours bon davoir Fœil ouvert à ce qu'ils feront et se tenir sur ses gardes.
Le siège de Montmedy va parfaitement bien^. J'ay confirmation que la contrescarpe est entièrement à nous, et M. de La Ferté et M. de Navailles me mandent tous deux que la place ne peut manquer d'eslre au Roy dans huit ou dix jours tout au plus.
M. le mareschal de La Ferté avoit destaché douze escadrons pour vous aller joindre; mais, sur un advis qu'il a eu qu'il estoit passé quelque corps à Givet pour venir à luy, il les a retenus. J'attendray de vos nouvelles sur ce que je vous ay envoyé dire là-dessus ce matin par le s'' de Ghazeron; car si vous jugez que cette cavalerie-là vous soit nécessaire, je vous la ferez envoyer aussylost.
* Voy., h ce sujet, rinlroduction du à cause des ixKîLere qui se trouvaient près lome Vil des Lettres de Mazarin, p. xiii. Le de la contrescarpe. . . )>; on ëtait reste quel- Cardinal redoutait pour le roi de Suède, que temps dans une fort mauvaise opinion notre allie, Tbostilité de la Hollande et s'ap- du siège, rrce qui obligea le Roi de .s'en appliquait h la prévenir, procher et ensuite la Reine. . . » De fait,
^ Turenne dit dans ses Mémoires (ëd. Moutmëdy ne se rendit qu'après plus de
Miclioud, p. A8&) : rLe siègede Montmedy deux mois de tranchée ouverte et à la suite
dura beaucoup plus que Ton ne Tavait cru, d'une résistance opiniâtre.
Bibl. nat. , ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 5 1 A , f* 111. — Minute.
À LA REINE
Sissonoe^ 7 juillet 1657.
Je vous prie de dire à la Reyne que son Confident (le Roi) se porte bien et qu'il partira bientost pour se rendre de bonne heure à Relhel. Il m'a ordonné de vous asseurer plus que jamais de son amitié, et quoyqu'il ne s'en explique pas tout à fait, son appréhension, présentement, consiste [en ce qu'il craint] que Montmedy n'ayt capitulé auparavant qu'il se soit rendu au camp; mais cela ne sera pas, et j'en serais tres-fasché. Les nouvelles, pourtant, que j'ay receues hyer au soir et ce matin, sont fort bonnes, estant maistres comme nous sommes de la contrescarpe et du chemin couvert et les assiégez ayant beaucoup relasché, à ce qu'on m'escrit, de leur vigueur depuis trois jours. Vôylà tout ce que je vous puis dire, en vous priant d'assurer la Reyne de mes tres^-humbles respects * *.
Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5 1 A, P 111. — Minute.