‹ Lettres du cardinal Mazarin pendant son ministère (volume 2)Chapitre 55 sur 81 · CCXLVIII · texte numérisé non relu

CCXLVIII

Bibl nat., ms. f. fr.. Mélangée de Colbert, t. Sa, f &68. —

Minute ou copie do temps.

À LA REINE

Mardik, 1*' juillet i658.

(bxtbait.)

Je viens de gagner un grand combat, puisque le Roy, aprez plusieurs contestations, a donné les mains à partir, à quatre heures aprez- midy, d'icy pour vous aller rendre une visite. Il a eu un peu d'émotion cette nuit; mais ce peut estre rien,. car le rhume la causée; et asseurement, avec une saignée et un remède, il en sera quitte. Il est un peu échauffé, et quoyque Sa M*^ recognoisse Elle-mesme de n estre pas bien icy, vous ne sçauriez vous imaginer la peine que j ay eue à le disposer à partir; car il vouloit aller au camp et loger aprez. à Bergues, quand il seroit rendu. Enfin il n'y a proposition qu*il n'ayt faicte pour demeurer ; mais quand je luy ay reparty qu'il devoit s'attendre à vous voir arriver cette nuit, parce que je ne pouvois pas manquer de vous advertir de son mal, il s'est résolu de partir, luy ayant donné parole que, se portant bien, il pourroit revenir, et, pour cet effect, il laisse tout icy.

Je fais estât que nous serons, ce soir, au plus tard à dix heures, à Calais, et je vous conjure de n'avoir la moindre inquiétude; car je vous responds que ce n'est rien. *##.

Bibl. nat , ms. f. fr. , Mékmga de Colbert, t Sa , f * &68 v*.

À M. DE TURENNE

GdaiB, 9 juillet i65S, è dix heares da soir. (extrait.)

J'ay esté tres-fasché d'avoir esté obligé de partir de Mardik sans

vous voir, comme j'avois résolu ; mais la nécessité qu il y avoit de Juillet i658. ramener le Roy icy ne me permit pas de vous aller trouver au camp^

Sa M^ a encore la fiebvre, quoyqu elle soit diminuée de beaucoup, et nous espérons qu'il en sera btentost quitte, n y ayant le moindre mauvais signe à son mal. Vous serez ponctuellement informé de ce qui se passera, et cependant je vous prie d'agir de la manière que vous jugerez plus à propos, le Roy m'ayant expressément commandé de vous en esèrirô en ces termes et de vous dire qu'il vous ira voir samedy ; mais je ne crois pas qu'il soit en estât de cela, ayant esté soigné deux fois.

Je vous pfie de me faire sçavoir en diligence les resolutions que vous prendrez et si je dois faire quelque chose de mon costé pour vous donner des assistances, comme aussy ce qu on mandera à M. le mares* chai de La Ferté,

Nous avons advis qu il y a quinze cens chevaux à Aire et que le bruit coure qu'ils doivent se rendre à Hesdin, et M. de Ghaulnes^ mande que Fargues' menaçoit tous les environs d'un |[rand corps de cavalerie pour establir les contributions.

M. Le Tellier escrit à M. de Varennes* ce que je luy ay dict à Tesgard de la grâce que le Roy luy a faicte, et j'espère qu'on recognoistra que. je n'ay rien oublié pour son advantage et celuy de sa famille, et

^ On ?oit, par cette lettre, et encore mieox par les suivantes, combien Voltaire a eu tort de dire que, depuis la bataille des Dunes, le Cardinal était brouillé avec Turenne.

* Gharles-d^Albert d'Ailly, chevalier, puis duc de Chaulnes. (Voy. tome V, p. 5a â, note 9.)

' Balthazar de Fargues était major de Hesdin. D fut condamné à mort et exécuté en i665. On peut considter, sur le rôle d^ Fargues à Hesdin, le Journal d'OUoier d'Ormesson (t. H, p. 33; ). Olivier d'Or-

■AZAUJf. — TllI.

messon, qui était alors inteadant de Picardie, connut parfaitement cette affaire. Il en parle à Toccasion de l'arrestation de Far^ gués, qu'il avait d'abord rappelée {ibid., p. 999). Il raconte ensuite sa condamnation et son exécution {iHd., p. 335 et 339). Les Mimoirei de Saint-Simon donnent aussi ' des détails sur Fargues; mais Saint-Simon , qui n'était pas né en i665 , a mêlé beau* coup d'erreurs h son récit

* Roger de Nagu, marquis de Varennes.

(Voy. t. V, p. &&1, note 1, des Lettres de Mazarin.)

tarimimii RATiowiLr.

48â LETTRES

Juillet i658. qn'outre Testime que je fais de son mefîtt, fay grande consideratioii pour vos bons amis.

Quelqu'un, qui est arrivé de larmée, a dict que la garnison de Bergues n'avoit eu antre capitulation qoe celle de prisanniers de guerre, et j'en ay eu beaucoi^ de joye. Il sera bon^ en ee cas, que le s' Talon prenne le soin de faire embarquer les soldais et officiera ea deux vais* seaux différons et les envoyer icy, escortes d'une frégate an^oise que M. l'ambassadeur Lockard fera donner.

J'avcHs donné ordre, auparavant de partir, de faire charger sur des charrettes, que j'avois envoyées de Paris et qui sont encore à Dunr kerque , les deux mortiers des Anglois avec les affusts et les bombes, et je veux croire que vous les aure£ faict marcher à Link ^ avec eebiy que M. l'Ambassadeur m'a promis qull donneront, estant le plua entendu d'Angleterre pour jeter des bombes.

CGL

nat., B18. £ fr,, mUaigeê i$ CMert, U S», t M9. — Minate ou copie du temps.

À M- SERVIEN-

Calak, 9 juillet leSS.

(bxtrait.)

Je vous envoyay, l'autre jour, diverses pièces sur le sujet de Dunkerque, afin que vous prissiez la peine de les faire imprimer, et quoyque je ne vous l'aye pas eserit, je croy que vous aurez aussy songé qu'il est bon de traduire en firançois celles qui sont en latin et [de] les donner au public dans les deux langues, comme Ton fera du papier, qui est en espagnol. Je voudrois bien que vous receussiez cette lettre auparavant que cela fust faict; car j'ay oublié de vous mander qndque chose qu'il me semble tout-à-4ait important dlnsérer en peu de mots

' Link ou Linke, forteresse située sur h rivière de Golme.

dans le petit disconre que je voub avm proposé pour la connexion JuîMet i658. desdietes pièces ^

Je Yondrois donc toucher, en passant, les grandes oonquesies que le roy de Suéde et les Estats de Hollande ont faictes avec l'assistance de la France et Tenvoy de M. le mareschal de Gramont', avec une armée de seize mille hommes' pour ayder le prince d'Orange * à prendre Anvers, sans que personne ayt parlé sur cela que pour approuver la resolution des roys qui en ont usé ainsy; mais surtout il faudra marquer TalKance du feu Roy avec MM. les Estats des Provinces, dont le projet estoit de partager les Flandres ^, ayant esté faict une carte sépa^ rée par des li^es de deux couleurs pour convenir en détail de ce qui resteroit à la France et à MM. les Estats. L'on peut encore voir par la séparation que la plus grande partie des grandes villes devoyent [sic) demeurer aux HoUandois.

Je ne dis rien des ligues que Ton fit avec le roy Gustave^ et avec les protestans d'Allemagne^; mais enfin on peut conclure démonstratif vement que cW la malice et la cabale qui font agir de meschans François pour faire trouver à redire à la plus salutaire et a^vantage^se re*solution qui ayt esté jamais prise, lorsqu'on a £giict l'alliance avec l'Angleterre, esvitant tous les maux qui pouvoyent arriver à ce royaume si on eust laissé joindre l'Angleterre à l'Espagne et agir conjointement

* Voy. cMleetiM, p. Ayô.

* Le tome II, p. 3o8» des LeUrm âeMor zarhi, contient une dëpéche de Mazarin au maréchal de Gramont, en date du 3 août i646, sar cette campagne de Hollande.

(Voy. au8»i YHitUnre de France pemlant la minariti de Lquû XIV, par M. Cbëruel, t. II, p. aag-aSo.)

' n y a bien 16000, en chiffres, dans le maniucrit; mais il faudrait lire 6000 h., le marëidial de Gramont n'avait avec lui qu'un corps d'armée.

* Le prince d'Orange était, en 16&6, Frédéric*Henri de Nassau ; son corps et son

inteUigeace étaient a&iblis et condamnaient son armée à l'inaction. Le siège d'Anvers, que l'on avait projeté, ne fut pas entrepris.

* Le trailë de Louis XIII avec les Provinces-Unies fut signé, à Paris, le 8 février i635. (Voy. Dumont, Corps diplomatique, t. VI, i** partie, p. 81.)

* Cette alliance entre la France et la Suède fut oondue le 1 3 janvier 1 63 j . (Dut mont, ihiâ., P' !•)

^ Bernard de Saxe-Weimar signa avec la France le traité de Saint-Germain-en-Laye, le 96 octobre i6â5. {Ibid., p. iq3.)

Jitiiiet i658. contre nous, et bornant les progrez de la première à l'acquisition de Dunkerque aprez avoir pris toutes les seuretez et précautions imaginables pour maintenir la religion [catholique], dans des termes qui n'ont pas esté pratiquez dans les traitez qui ont esté faicts avec les Estais de Hollande, ny avec le roy de Suéde, ny [avec] les protestans d'Allemagne. s

Et ce n'a pu estre que le despiaisir que les ennemis déclarez de celte couronne, et les mauvais François qui leur adhèrent et travaillent à faire réussir leurs pernicieux desseins, ont rcceu de voir le coup que nous détournions en nous alliant avec l'Angleterre, et les advantages que nous en devions espérer, qui les a obligez à mettre toute pièce en œuvre pour descrier cette résolution, sous prétexte de. religion et de piété pour surprendre de bonnes gens, qui, dans leur simplicité, ne voyent pas le fond des choses, et pour animer ceux à qui il est sensible de voir augmenter de plus en plus les prosperitez de, ce royaume.

Car comment est-il possible que toute la France ne donne pas des appkudissemens lorsqu'elle voit les alliancesmarquées ci-dessus, dans lesquelles on ne met aucune borne aux progréz des protestans, ny on ne prend pas les précautions que l'on pouvoit souhaiter pour le maintien de la religion [catholique] dans les provinces et dans les villes qui tomboient sous leur domination,' et que toutes ces alliances ont été faictes sans sçavoir ny appréhender que les Estais de HoHande et le roy de Suéde et autres princes proteslans fussent sur le poinl de s'unir avec la maison d^Austriche au préjudice de cette couronne, et que l'on s'emporte aprez avoir sceu positivement que les Espagnols n espargnent rien pour gaigner l'An^eterre, par la promesse de Calais et d^autres grands avantages, à nous faire conjointement la guerre en divers endroits de ce royaume,, parce que, pour esviter ce malheur, on a eu l'adresse d'empescher ladicte union et faire la nostre, et qu'on* s'escrie,. dis-je^ lorsque le partage de l'Angleterre ne doit estre que Dunkerque et que l'on n'ayt laissé rien [en] arriver * pour estre posi- * La copie porte i à arrière^

tivement assearez que les privilèges des bourgeois seroyent gardez, que Juuiet i658. la religion catholique seroit exercée en pleine liberté et que les eccié* sidatiques jouyroient de leur bien et de leurs prérogatives et de tout ce qui dépendoit de leur juridiction, sans y recevoir le moindre empeschement, et au contraire [recevroient] toute faveur et assistance par ceux qui seroyent establis pour la garde de cette place?

Vous pourrez prendre de tout cecy ce que vous jugerez à propos^; et si vous n'aviez pas le traité par lequel on faisoit le partage de la Flandre avec les Hollandois, M. de Brienne vous le pourroit donner.

On trouve, au f® A72 v% une addition à cette lettre; elle donne sur la maladie du Roi, à la date du s juillet, les détails contenu» dans les autres dépêches. Elle se termine par la nouvelle de la prise de Bergues.

Bibl. nat., ma. f. {c.,Méla$^e8 de Colberi, t Sa, f* &71 v*. — Minute ou copie du temps»

À M. DE TURENNE

CafaÎB, d^jaiiïet i65S:

(bxtbht.)

Le Roy a encore esté saigné la nuit passée. Ce matin, [il] a pris un remède qui luy a faict grand bien, n'ayant eu depuis aucune inquiétude, et alors que je vous escris il est presque sans fiebvre. Si un particulier avoit la mesme maladie, elle seroit comptée pour rien; mais la personne du Roy ne permet pas qu'on en puisse user ainsy, sa santé estant trop précieuse. Les médecins m'asseurent qu'il n'y a pas seulement une ombre de péril, et je vous escris naifvement la chose comme elle est, et s'il y avoit le moindre changement, vous en serez infdrmé à l'instant. J'attends de sçavoir la résolution que vous aurez prise et que vous me mandiez ee qu'il y aura à faire de ce costé et de celuy de M. le mareschal de La Ferté.

^ Ces peconraandationfl confiiment ce que nou8> avons dit plua haut (p;. 677) sur la personne charge de répondre aui. attaques contre Taliiance ang^ise.-

Juillet 1 658. J ay reoogiiu t<Mi8Joiiiis que vous estiniiez M. de Schimibei^ pour une personne des plus propnes que le Boy pust em^oyerpotir foire la guerre è Gravelînes, et ayant si Iwien servy et ayant pris tant de peine, egmiM il a faict, Tliyver passé, à Bourbourg, j'ay parlé au Roy en sa iaveur dans roccasion de Bergnes, et Sa Majeété a ordonné que [l'on]^ voM envoyast les ordres qui luy sont nécessaires pour y Munmander, «omme aussy à Bourbourg et à Link, si on le prend, bien entendu qu'en ces deux postes, on y establira des commandants particuliers.

i aurois des nouvelles plus curieuses qu importantes à vous donner; mais je les puis remettre à une autre fois, et cependant je vous diray que vous n'aurez jamais serviteur plus asseuré que, etc.

Bibl. nat, ma. f. fr., Milanfes de CoOert, t. Ba, f 471 v*. — Minute oa copie du temps.

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