‹ Lettres du cardinal Mazarin pendant son ministère (volume 2)Chapitre 61 sur 81 · AU DUC DE MERCOSUR · texte numérisé non relu

AU DUC DE MERCOSUR

Calais, loaoûl i658.

(ixtràit;)

Après lai aYoir dit qu'il a envoyé à la Cour un extrait de ses dépêches relatives aux troubles de Marseille, Mazarin continue en ces termes :

Je vous diray seulement que, si cette affaire se pouvoit accommoder en sorte que vostre réputation et la dignité du Roy n'y fussent point intéressées, mon sentiment seroit que l'on preferast cette voye à celle de la force, premièrement parce qu'il seroit très-important, pour soustenir les affaires de la Catalogne et y faire les progrez que la faiblesse des ennemis nous peut faire espérer, que les troupes, qui sont destinées pour servir de ce costé-là, fussent en liberté d'y aller, d'autant plus que dans la créance qu'a eue M. de S^ Aunez^ qu'elles le joindraient bientost, il s'est engagé au siège de [Campredon] ^, duquel il pourroit peut-estre estre nécessité de se retirer, faute de secours.

De plus, n'y ayant pas la dernière certitude que l'on pust venir à bout de Marseille par la rigueur, vous jugez bien que ce seroit s'exposer à d'estranges inconveniens, et que, si Ton s'estoit efforcé inutilement de chastier les séditieux, l'asseurance qu'ils auroyent, par cette expérience , de rimpunité de tous leurs crimes , leur feroit peut-estre prendre la resolution de la porter plus loing et de se soustraire tout-à-faict à l'obéissance. Ce qui seroit sans comparaison de plus dangereux exemple

^ Voy. sur Bary de Saint-Aunez ou Saint- Aunais avait entrepris le siège de Campre-

Aunais, gouverneur de Leucate, tome II, don le 39 juillet. Il fiit forcé de le lever. Le

p. loSa, des Lettres de Mazarin. duc de Mercœur vint prendre le comman-

' Cette ville, dont le nom a été altéré dément de Tarmée de Catalogne; mais il se

dans la copie et changé en Cauvedon, est si- tint sur la défensive et évita de gagner une

tuée eo Catalogne , au sud de Puycerda. Saint- action.

Août i658. à 1 esgard de toates les autres villes de la province qae ce que vous dictes que pourroit produire la voye de la douceur.

Outre cela, il faut considérer que, quand on seroit présentement en estât de faire quelque punition des révoltez, ce ne seroit que couvrir le feu et non pas l'esteindre, parce que ces esprits-là, qui sont naturellement chauds et turbulens, estant aigris par le chastiement quils auroient recjsu, seroyent encore dans une plus meschante disposition qu'auparavant et ne songeroyent qu*à la faire esclater, lorsque les troupes seroyent esloignées de leur territoire et qu as auroyeat pris leurs mesures pour le faire en seureté.

Enfin Ion m'escrit de Gompiegne^ que Ton y a représenté les choses diversement de ce qu elles nous ont esté dictes, et que la pluspart des personnes de la Cour sont persuadez que ce n est qu une affaire particulière, pour la galère que l'on vouloit contraindre les marchanda de Marseille d'entretenir malgré euik et sans nécessité, qui a causé tout ce desordre. Ce qui vous doit estre encore un motif particulier de l'apaiser, s'il se peut, par k négociation plustost que par les armes, présupposé, comme j'ay dict ci-dessus, que cela se fasse avec repu* tatâon et dignité. Je vous dis mes pensées avec la franchise c[ui doit estre tousjours entre nous, me remettant neantmoins en tout aui (ordres que vous recevrez de ]a Cour, et vous asseurant qu'à quoy que vqus vous déterminiez, j'appuyeray de tout mon pouvoir ce que vous aurez faict, estant fort persuadé que vous n'agirez que par un pur objet du bien des affaires de Sa M^.

On a escrit à M. de Yeadosme, afin qu'il approuvast^ la déférence que le chevalier PauP a eue d'aller mouiller à la rade de Marseille, sur l'instance que vous luy en avez faicte.

Addition de la main de Son Eminenee :

Quelque chose que je vous escrive, je n'oublie rien pour donner la

^ La Cour ë&ail alors à Compiègne-, d'eu ' Ea qualité de grand aipiral de Fiance.

Oodedfii et Ros^ carrespoadaieat babiluelle* * Swr h chevalier Paul, voy. ei-des8ii$t

ment avec Mazarin. p. i&.

deraîere terreur à ceux de Marseiilie, afin quils se dispeeent d'autant Ao«t isse. plus à avoir recours à vous et à satisfaire le B^y par vostre aïoyén.

GCXCVL

BOd. nat, JB6. r. fr., Mélmign de Golb&rt, t. (9 A, f* i35 v*. -* Copie du temps.

Calais, ii août i65S.

(UTBAIT.)

Cette lettre sera bien heureuse si vous pouvea trouver le temps de la lire dans les accablemens oi!li vous serez en arrivant à Paris; mais toujours les retraites dans Foratoire, qui sont infaillibles, vous permettront d^employer un demy quart-d'heure en faveur des aksens, pour lesquels je m asseore que le OmfideiU aura la bonté d'intercéder; mais je ne crois pas qu'il en soit besoin , car on dîet que vous ne baîaM» pas les absens, et ils se confient fort en cela.

Héron m'a rendu vostre letbre, et je suis ravy de voir qu'on ne parle plus de maladie ny de convalescence; car c'est à dire que le Roy se porte comflie s'ii n'avoit jamais esté malade. Vous croirez bien que je n'en ay pas moins de joye que vous, et c'est tout dire. Je me flatte que, lorsque vtms estes en particulier avec le Confident y je ne suis pas entièrement oublié; mais je m'attendois que, comme je vous escris en commun, le ùn^ident pourroit bien quelquefois vous soulager et prendre la peine de m'escrire un petit mot. On dict qu'il porte si bien la perruque, qu'il est si bien habillé et si galant, que je ne doute pas qu'estant, d'ailleurs, l'homme le mieux faict du royaume, les dames ne le courent à force, et j'approuve tout pourveu qu'elles ne lassent pas trop veiller.

Je n'ay rien à adjouster à ce que j'eus l'honneur de vous escrire hyer du siège \ sinon que les travaux s'advancent, et que, la nuict

' La seconde lettre de Hazarin à h Reme , du siège de Gravelines , a été renvoyée aux en date dn 1 o août 1 658 , où il lui pariait Analyses , parce que les détaik qu'dle donne

Août i658. passée, on aurait faict un logement à l'attaque de M. de La Ferté, si les ennemis n'eussent faict jouer des fourneaux, et nous avons esté heureux d'en avoir esté avertis par un soldat qui s'est venu rendre à point nommé pour nous faire ce beau présent; car on y auroit perdu beaucoup de monde, et pas un n'y a esté attrapé. M. de Varenne a travaillé en cet endroit-là toute la journée, et nous espérons y faire, la nuict prochaine, tout ce qui sera nécessaire pour s'advancer promptement à passer le premier fossé de la contrescarpe.

J'ay faict partir ce patin M. d'Âquin pour aller ?oir M. d'Huxelles*; ce n'est pas qu'il ayt la fiebvre ny que sa blessure soit dangereuse, mais pour en avoir des nouvelles asseurées et le faire transporter du camp, si on juge que cela se puisse.

L'abbé Ondedei m'a tout escrit, et je n'ay rien à adjouster. M"* de Ghoisy^ m'a escrit une grande lettre, mais je ne luy feray pas response, ou elle sera fort courte. M"*" et M. de Brissac' m'ont aussy depesché un gentilhomme avec des lettres pour me dire qu'on leur avoit rendu mauvais office; mais je respondray ce qu'il faut.

Je vous supplie de me permettre que je puisse asseurer Monsieur de mes tres-humbles respects, et que je répète à vous et au Cbij/Etfeitt ce que je vous ay dict mille fois et que je diray jusqu'au dernier moment de ma vie.

M. de Fabert depesche ce gentilhomme pour rendre grâces au Roy et à vous de l'honneur qu'il a receu ** ****'.

sur ce siège se irouvent déjà dans ia lettre à Turenne, en date du 9 août, publiée cidessus, p. 565.

' Louis Châlon du Blë, marquis d'Huxelles, nonuné maréchal de camp en i6i3, lieutenant général en i65o, avait reçu, au siège de Gravelines, une blessure dont il mourut le i3 août i658.

* Jeanne Hurault de THospitai, née vers i6o4 , mariée à Jean de Choisy, conseiller

au Pariement de Paris, etc., chancelier do duc d'Orléans; morte en 1666. Elle a son hisioriette dans Tidiemant des Réaux.

* Louis de Cessé, duc de Brissac, avait épousé en 1 6i5 Marie de Gondi. Il mourut en 1661. On voit par les Mimoireê delP*di Montperuier que le duc et la duchesse de Brissac s'étaient compromis dans les intrigues qui eurent lieu pendant la maladie du Roi.

_________,___________,,^,^^„=,^=,,,=,^,,,^^,^^^,^ Août i658.

GCXCVII.

Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. Ss A, f* i9& v". ^ Copie da temps.

À M. DE TURENNE

Calais, la août i658.

(iXTEAIT.)

M. le mareschal de La Ferté me vient de depescher pour me dire qu'il avoit faict un logement de son costé à la première^ contrescarpe; qu il y avoit eu quelques soldats hors de combat et quelques lieutenans et soubs lieutenans des gardes blessez, parmy lesquels il m avoit nommé Gavoye^. Bellefons' avoit esté blessé, mais légèrement; et ce qui luy faict beaucoup de peine ^, c'est que la Brosse, un des commandants de Tartillerie, a eu un coup de canon, duquel il ne peut pas revenir, et ce mesme coup a emporté Bois-Laurent, qui estoit chef des mineurs et a failly à emporter aussy Clerville et Vauban ^ Gomme il se rencontre que l'autre commandant [de l'artillerie] a une fièvre continue qui l'empesche de servir, ledict mareschal me tcsmoigne estre fort embarrassé pour le commandement de l'artillerie, et, en mon particulier, je ne sçay pas comme on y remédiera, si ce n'est que vous peussiez vous passer pour quelques jours de Lettancourt et le luy envoyer.

Il me mande aussy qu'il apprend de tous les endroits et mesme par les parlys qu'il a envoyez aux environs de Saint-Omer, que les ennemis y assemblent généralement toutes leurs forces hors celles qu'ils ont à

^ Mot écrit en abrégé et douteux. de France en 1668 et mourut en 169/i.

* Giiberi-Oger de Cavoye, qm devint * Au maréchal de La Ferté.

maréchal de camp en 1696 et mourut en ' Sébastien Le Prêtre de Vauban devint

septembre 1709. maréchal de camp en 1676, lieutenant gé-

' Bernardin Gigault de Bellefonds avait nérid en 1 688 , maréchal de France en 1 708 ,

été maréchd de camp en i653 et lieute- mort en 1707. Il avait d^à servi au siège

nant général en i655; il devint maréchal de Stenay, en i65â.

— fin. 78

IXPBmiMK lATXOlALC.

Août i058. vostre teste, et que, s'ils savançoient par Liok ou par quelque autre endroit avec ud corps de cinq à six mille hommes, comme ils le peuvent aysement, il auroit de la peine à empescher qu'ils ne jetassent cinq ou six cens hommes dans la place, et quil ct^oyoit que touâ deviez destacher un corps pour prendre le poste de Waten\ parce que, par ce moyen, on asseureroit tout. Je luy ay faict response que je ne sçavois pas bien le party qu'il falloit prendre; mais que je vous informerois de tout ce qu'il me ufandoit, et que j'estois asseuré que vous prendriez la resolution que vous estimeriez la meilleure pour empescher qu'il ne pust réussir aux ennemis dé mtontir GraveliuÈb, et qu'il seroit bon qu'il vous donnait part de tous les advid qu'il recevroit et de ses pensées, 6vec asseurànce que, comme vous n'avez rien devant les yeux q«e le plus grand advaifitage du sei^ice du Roy, tous fadiiteriels avec plaisir toutes les choses qui le pourraient advancer.

11 voudfoit estre fortiflSé de quelque peu d'infanterie; sur quoy je me reïnets à vous d'en user comme vous le jugerez à propos;

Le régiment d'Alsaee arriva hyer àu camp, fort de plus de sept cens hommes, compris les officiers, et demain le régiment royal d'in* fànterie y arrivera aussy. Je ïké sçay pas de (combien d'hommes il ert Composé; mais ce renfort ne peut estre et moins de ci^iq cens hommes, puisqu'il y a Une compagnie suisse qui marche avec ledict regimeât.

CCXCVIIl.

Bibl. nat, ms. f. fr., Mitanges àe Colbisrl, t 6a A, ^ i66 y*. — Copie du tempft.

À LA REINE

(bxtbait%)

Je mande à M. de Viileroy ce qui s'est passé la nuict dernière au

^ Waten ou Watteti, ftujoûrd*hm dépârtemetit dvi Nord, sur l*Aa, ârrondiadéfnéiit de Dunkerque.

DU CARDÏNAl MAZARIN. 679

siège, afin quii en informe ie Confident et vous. M°^ de Gavoye^ ne se Août t658doit pas mettre en peine, car, sur ma parole, son fils est blessé sans seulement apparence de douter^.

Les ennemis nous menacent touflJQHra de vouloir secourir la place , et nous prenons toutes les précautions pour les empescher, sans rien oublier ce pendant pour advancer le siège.

La blessure dej M. le marquis d'Huxelles fera peui-estre languir sou attaque'; mais jusqu'à présent cela ne paroist pas, le régiment italien ayant fort bien faict son devoir, el les gardQ$ eseo^soises au^ay. Je renvoyé G. . •*• en Hiligenee pour demander k M- le Grand Maistre^ un commandant dartillc^rje et pour dire au Confide^u et à voua que jamais, en ma vie, je n'ay souhaité avec plu9 de passion d^ voir finir aucune chose comme ce siège, ayant la plus grande impatienQQ du monde de me rendre auprez des personnes que vous sçavez, qui n'ont pas beaucoup d'aversion pour moy, qui en suis tout persuadé, et je ne orpy p^a de me tromper. Je me porte asseï bien; asseurement je nauray aucun mal lorsqu'il sera question de donner à vous et au Confident dea marques de mst passion à vostre service.

Je vous supplie de vous souvenir quelquefois de vostre tre^humble serviteur, quand ce ne seroit qu'à cause d^ * * et d^ • *. Jo ronouvelle les asseurancea de mes tres-humbles respects à Monsieur, «t je suis ce que je dois au Confidmt et à voua 1t*if**.

^ Marie de TOr, mariée ie 16 septembre * Nom que jeo*aipudéchiffrert H semble

i6â5 à François Oger, seigneur de Cavoye. qu*ii y a Gurs ou Guri. C^est peut-être une

(Voy. son Historiette dans Tallemant.) forme abrégée pour Gontery, souvent dté

* Tel est k texte de )a copie. Le sens Qst 1 par Maurin.

je çrcôa : tans qu'il p^rms» 8*m douter, ou ' Cbaries 1)4 La P^rt^, grand maître de

f(^ni^'iAr^^fansafparpifç$d$dmtkur, rariillerie, fils dn duc dç L9 MiUeniye.

' L*attaqae SMr le point qu'il était chargé (Voy. sur lui une Additioi^ «lu tome Y*

p. 755, def Lettre (h JV<ww«».)

Août t658.

CGXCIX.

BiU. Mt , nu. f. fr., Milmgu de Colbert, t Sa A, f* i sS v*. — Copie du ten^M.

Calais, iSaoàt i658.

À M. DE TURENNE

(BXTftAIT.)

Je ne sais pas en estât de vous dire autre chose, si ce n'est que je suis au desespoir et que rien n est capable de me consoler de la mort du pauvre comte de Moret^ Vous sçavez si j'en ay raison, et si, sans faire tort à personne, il n'estoit pas un des plus honnestes gentilshommes qui fust en France. Je suis aussy extrêmement affligé de la mort de M. de Yarennes \ et j'auray soin de ses enfans avec la dernière affection. Ce coup de canon a emporté à vous et à moy deux personnes que nous aurons de la peine à recouvrer en toute nostre vie, et c'est un miracle que M. de La Ferté ne l'ayt esté aussy. Il a eu seulement une contusion en un bras, causée du mesme coup.

Je sçay aussy bien que vous ce que vous perdez au comte de Mo* ret, et, quelque amy que vous puissiez avoir, vous n'en aurez jamais un qui le soit à ce point-là^. Il est estrange que ce siège soit fatal pour les personnes de condition ; car il n'y a que quatre-vingts blessez à l'hospital, et la nuit dernière, où ce malheur est arrivé, il n'y a eu que quatre Suisses hors de combat, de dix compagnies qui estoient en garde.

^ Antoine du Beo-Grespin, comte de Moret, maréchal de camp en 1669 , lieutenant général en 1 665 , tué au siège de Gravelines (iSaoât i658).

* Roger de Nagu, marquis de Yarennes.

(Voy. t.V,p. &&i,note i,de8 Lettres de Mazarin.)

' Turenne s'exprime ainsi dans ses Mimoires sur le compte de M. de Moret : «rll était lieutenant des gendarmes de M. le Car-

dinal et devait avoir le gouvernement de Gravelines. M. de Turenne Taimait tendrement, et il n*y avait point de gentilhomme en France à qui il eût sitAt ouvert son cœur, lui ayant reconnu en diverses affaires un procédé fort sincère, accompagné de beaucoup de jugement. . . 11 n'est pas croyable combien [M. de Turenne] a été touché de sa mort, comme d'une perte qui ne se répare pas.v

Gontery ^ a receu aussy un coup de mousquet à la cuisse; mais j'espère Août i65S. qu'il n'en aura que le mal.

J'ay escrit à M. le comte de Scbomberg de se rendre auprez de M. le mareschal de La Ferté pour servir à son attaque, où il est absolument nécessaire.

Je vous depeschay hyer un garde, et je n'ay autre chose à adjouster à ce que je vous escrivis, si ce n'est que j'envoyeray ce soir au camp, ou à Bourbourg, plus de mille hommes de pied; car le régiment royal [et] la compagnie suisse, avec trois cent cinquante Anglois, font ce nombre.

CGC.

BibK nat, ms. f. fr., Mélanges de Colben, t. Sa A, f"" i&a v*. — Copie da tanps.

À LA REINE

Calais, id août 1 658.

(IXTIAIT.)

Je suis dans la dernière affliction de la mort du pauvre comte de Moret, qui a esté emporté d'un coup de canon, la nuit passée^, à la tranchée de M. le mareschal de La Ferté. Le Roy a perdu un bon serviteur, et la France un tres-honneste^ gentilhomme, qui, sans exagération, avoit toutes les bonnes qualitez qui sont nécessaires pour cela. Je l'aymois avec grande tendresse, et le Confident et vous le sçavez fort bien. J'advoue que j'en suis au desespoir, et je ressentiray cette perte toute ma vie avec raison; car je sçay fort bien qu'on ne peut avoir plus d'amitié pour une personne qu'on ayme et estime fort qu'il en avoit pour moy. Je depesche ce gentilhomme au marquis de Vardes^, qui sera in-

* Paul de Gonlery avait ëië nomme ma- les qualités qui rendaient un homme digne rëcha] de camp en i653. d^estime.

* Le comte de Moret fut tué dans la nuit * François-Rene' du Bec-Crespin, frère du 19 an 1 3 août. du comte de Moret. (Voy., sur le marquis

' On sait qndle était, an xyu* siècle, la de Vardes, le tome V, p. 48, noie a des force du mot kownéte, comprenant tontes Lettrée de Mazarin.)

Août i6&d. consolable, et je supplie ie Qmfidml et voub delay vouloir dire qucdque chose pour soulager sa peine.

Ge mesme coup de eauon a emporté la teste auparavant à M. de Varenne, dans la personne duquel le Roy faict aussi une tre^-granda perte, car il n'y avoit pas en France un meilleur officier pour un siège. Il a quitté l'armée de M. de Tureune pour se venir faire tuer à ce siège, au moindre mot que je luy ay faict dire« Il est pauvre et laisse beaucoup d'enfans. Le Roy a beau champ d'exercer sa générosité et sa justice, les rescompensant des services du père,

M. le mareschal de La Ferté a une grande contusion à un braa d'un morceau de bois que le mesme coup luy a jeté, perçant Tespaulement du logement. Us estoient tous trois ensemble, et c'est un miracle que le mareschal n'ay t aussy esté emporté. Le pauvre Gontery a receu aussy un coup de mousquet dans la cuisse; mais j'espère qu'il n'en aura que le mal. M. le marquis d'Huxelleo se porte mieux, et il sortira heureusement de sa blessure, à ce que les médecins et les chirurgiens disent. Voilà tout ce que j ay à dire au ùmfdetU et à vous, et à vous supplier défaire partir en diligence Gadagne^ pour se rendre auprez de moy

ceci.

Bibl. oat., ms. f. fr., Méltaige$ de Colbert, t. 5» A, f* ii8. ^ Copie du temps,

AU DUC m MERCOEUR.

CakÎB, xh ao6ti658.

(bxtbait.)

J'ay entretenu le 8' de la Reyuarde, qui est venu icy. Il m'a parlé, de la part de la ville de Marseille^, en des termes remplys de soubmission

^ Charie^^Feli)^ d« Galéaa 1 camUi d^Ga* * On a vu ci-dessus, dans U ieUxQ du

dfgue. ( Voy. t, V, p. 396 , uote à , imLeftr^ % o aoftt au doç de Btercpaur* p, 073 , qw'il de Mazarin.) y avilit d^a triMAbles k Marseille,

et d'obéissance, ma tesmoigné <{ue,daDs ce qui s'est passé en dernier Août t^u. lieu, elle n'avoit eu aucun mauvais dessein de choquer les ordres et lauthorité du Roy ny la vostre S et enfin m'a protesté que tous les habitans estoiênt prests de faire tout tb que yous jugerez estre de la dignité et de la satisfaction de Sa M^, ou de la vostre particulière.

Je luy ay respondu que, me trouvant esloigné de la Cour, je ne pouvois luy rien dire, si ce n'est que je sçavois que le Roy estoit fort en colère de cette dernière esmotion, et que Sa M*^ vous enverroit pouvoir de fieiire to^ot ce que vous estimere2 nécessaire pour le bien de son service et pour le soustim de son authoritë , de sorte que c'estoit à vous qu'ils dévoient recourir^ et que je croyois qu'ils nepouvoient pas avoir un intercesseur plus favorable, puisque, outre l'affection que vous aviez tousjours tesmoignée pour Marseille, voussere^ sans doute bien ayse, devant estre toujours gouverneur de la Provence^, de pouvoir vous concilier de plus eu plus les esprits d'une des principales vilies de la province, et que vous n'employerie^ la force contre eux que contre vœtre inclination, aprez avoir tenté inutilement de leur faire faire ce qu'ils dévoient par la toye de la douceur.

En effet, je m'asseure que vous agirez sur ce fondement; mais quel^ que party que vous preniez, le Roy l'approuvera comme le meilleur el le plus advantageux pour son service.

^ Le duc de MenxBor ^lait gouvomeur s'iihistrà par la vieloife de Villa- Viciofta et

delà ProveDoe. » vëcat jasqu'en 1719. Le marquû de Gii-

* Après la mort du dup d^ Mercœar, le gnan, gendre de M"* de Sëvignë, était,

gouvernemeat de la Provence fut donné à sons ses ordres, lieutenant général du gou-

son fih le maréchal-^duc de Vendôme, qui vernemenl de Provence.

Août i658.

GCCIL

BîbL nat, ms. f. fr., Mélatiget de Colbert, t. 59 A, P i5o v*. — Copie du temps.

Gaiais, i&août i65S.

(bxtiait.)

Je ne puis pas me remettre du mdheur de la nuict précédente ^ dont j'ai eu Thonneur de donner advis au CanfderU et à vous par le chevalier de Meré^. Tay sceu, aprez, que le mesme coup emporta aussy le frère de M. de Varenne et un bras au prevost gênerai des Suisses, et la mesme pièce avoit emporté deux jours auparavant un chef des mineurs et un autre oflScier.

Le pauvre marquis d'Huxelles se porte mal; il a une grande fiebvre. Sa blessure est sèche, et la nature ne Tayde en aucune façon. On en a tous les soins imaginables, mais luy n'a pas voulu estre transporté du camp, où il est bien logé. Les médecins Tout jugé ainsy à propos jusques à tant que le 7°* [jour] soit passé.

La nuict dernière, le régiment d'Alsace et [celui de] Lorraine, qui n'est composé que de cent cinquante soldats, le premier l'estant de six cens soixante sans les officiers, ont faict un logement, à l'attaque de Piedmont^, pour quatre cens hommes, au delà du premier fossé, et se sont rendus maistres de la palissade , de manière qu'on prétend , cette nuict, travailler pour gaigner le chemin couvert et les mettre en estât de passer le fossé de la contrescarpe. On y a perdu soixante-dix soldats, et la Prugne y a esté blessé. A midy, le régiment des gardes escossoises a faict aussy un fort bon logement à l'attaque de M. de

^ Le mot précédente est saivi des mots d ' Voy., sur ie chevidier de Mérë, les Ad-

la et d'an signe qni équivaut à dernière écrit ditions da tome V, p. 793 , des Lettrée de

en abr^ë. Le sens est peut-être par ma Mazarin.

demiire lettre, qu'il faudrait placer après ' A Tattaque dont était chargé le riment

adms» de Piémont.

La Ferté; car il a passé un fossé, où il y avoit quatre à einq pieds Août i658. d'eau, et a chassé avec beaucoup de vigueur les ennemis de tous les dehors qu'ils avoient et desjà de la corne ^ de la basse*-ville, et estant^ voulu revenir pour faire un effort et regagner \e logement^ les nostres l'ont soustenu, et ils (les ennemis) ont esté Jbien battus. Il y a eu soixante hommes hors de combat, et quatre fourneaux^, que les ennemis ont faict jouer dans les deux attaques, n'ont pas beaucoup endom* mage nos soldats. Le major des gardes escossoises y a esté fort blessé, etquelques officiers; et le colonel, qui a conduit tout cela avec intelligence et la dernière bravoure, se porte bien, quoiqu'il ayt esté deux heures à descouvert.

Glerville me faict espérer un griffonnement ^, demain , de Testât de leurs attaques, et je l'envoyeray au Confident.

J'ay receu vostre lettre du lo, de Gompiegne, et je vous asseure que

je gaigneray des momens pour me rendre aupréz de vous et du Cbn-

fdmtf car il n'y a rien au monde que je souhaitte avec une plus grande

passion. Je vous prie de dire à 22 (la Reine) mille choses de *; car

effectivement il dict vray ****.

cccni.

Aff. ëtr., Pays-Bas, t i4, P a56. — Minute.

À M. DE TURENNE

Calais, i5 août i658.

(extriit.)

Je viens de recevoir vostre lettre d'hyer. Je me conforme entièrement à tout ce que vous me mandez, n'ayant jamais creu que vous deussiez quitter l'endroit où vous estes pour venir à Waten, à moins

^ On appelait corne un ouvrage avancé ayant. Le sens est : les ennemis ayant voulu

situe hors du corps de place et composé revenir, etc. d*uQe courtine et de deux demi-bastions. ' Fourneaux de mines remplis de poudre.

* La copie porte bien estant, au lieu de * Une esquisse griffonnée.

HlIAIllI. TIU. fjH

airtmiuK iatioiali.

Août i656« que les eimemiB fissent qaelqiie mouvemeot qoi vous obligeast à cela, et comme ils n en sçaoroiesit faire aucun que vous n'en ayez eogoois*sance^^jay i'esprîi en repes, et je m'asseure que voms prendrez tou»* jours le meilleur pwty pour les empeadber de venir à bout des desseins qu'ils pourroient avoir.

Ce pendant le skge ^a fort bien, les nostres ayant pris entièrement le dessus depuis k nuit précédente à cell^^, que le regîmeot d'Alsace se rendit maîatre de son coslé de ia contrescarpe et de tous les oi>vrages que les ennemis amoyent juaquà la corne; et hyer, de plein 2sîdy, le régiment des gardes escossmses s empara de toutes les fortîfi* cations que les ennemis avoyent jusques au fossé de la basse*ville; ce qui a esté continué cette nuit par le régiment du mareschal de La Ferté jusques à contraindre les eoûemis de quitter une pièce de canon qu ils aToyent en un ti^avail à costé de Touvrage à corne de la basse-ville, et de l'autre altaque [Perducere]^ s'est encore beaucoup advancé, de manière qu'il me semble que les nostres ont tout-à-latt le dessus, et il y a grande apparence que l'on mènera à présent cette affaire bien viste^ et d'autant plus que Tarmée de M* de La Ferté, depuis rarrivée du régiment d'Alsace, qui est aussy bon qu'on puisse dire, a esté renforcée de prez de quinze cens hommes.

J'espère de faire partir par la marée de ce soir, la Loyauté avec les munitions et tout ce qui estoit destiné pour Dixmude et Furnes, comme aussy avec les choses que Letancour' a voit demandées pour l'équipage d'artillerie. Ainsy, vous ne sereï plus obligé d'avoir recours à M. Lockart, et comme l'on envoyé vingt milliers de poudre, ce sera à vous de les partager comme vous jugerez plus à propos entre Furnes et Diimude.

Rien ne manque à ce siège, et, au cMitraîre, tout y est en abondance, et, sttijvant toutes les apparences, îl me semble qu'il ira à présent bien; car les nostres advancent avec beaucoup de vigueur. Le

^ Nom très douteax. ^ Letanconr ou LettasBoort était ua ia-

* âim¥efaie0 tombA au pouvoir de la gëaieiir attaché à l'ariiHene 4oiit il a été France quinze jours afirès, le 3o août. plusienis fois fait menlioB.

pauvre marquis d'Huxelies se porte fort mai, et on ne croit pas quil Août i658. en rescbappe. J'en suis extrêmement touché; car outre qu'il est un fort bon officier, c'est un des meilleurs gentilshommes qu'on cognoisse^ 11 n'y a pourtant encore rien de désespéré.

^ fflf. d'Haxelies, dit Tureane, était un homme de mérite et l'un des premiers lieutenants généraux de France, s

TABLE CHRONOLOGIQUE

DES LETTRES ANALYSÉES

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