X ROUE
(extrait.)
La Fère, a septembre i655.
Mazarin lui écrit que Toû désire à la Cour la nomination de commissaires français pour le jugement du cardinal de Hetz. Parmi eux pourraient figurer Tarchevéque de Toulouse^ et Tévéque de Rhodez^. A leur défaut ^ on accepterait Tarchevéque d'Avignon jou Tévéque de Cavaillon. Cependant, malgré les protestations du Pape, la conduite du Nonce à Paris fait toujours douter du bon vouloir d'Alexandre VII. Le cardinal de Retz agit auprès du Pape contre Mazarin :
Egli hà detto sd Papa che S. S^^ mi coooscevà roale e che credevà guadagnarmi con le dolcezze e con i buoûi trattamenti, ma che, al cootrario, bisognavà trattarmi con il bastone; à che la S^ Sua rispose che del vinô dolce si faceyà un aceto forte. Tutto il lempo ch' egli è statto à Grotta-Ferrata ^, hà sempre travagliato à fare libelli che presto si publicharanno {sic). Vuno è in lingua volgare, intitolato : il Cardinale Mazarino^; l'altro è in latino, che è quello, nel quale egli più si com« piace, diretto à tutti i vescovi délia chiesa cattolica.
* Pierre de Marca. (Voy. le tome I", p. 9&â , des Lettres de Mazarin.)
* Hardouin de Péréfixe , nommé évéque de Rodez en 1669, archevêque de Paris en 1669, mort en 1671.
^ Grotta-Ferrata est im village de la campagne de Rome, au pied du mont Calvo (autrefois mont Albain). Il y avait une abbaye qui dépendait du cardinal François Barberin. Retz parie de son séjour â Grotta- Ferrata {Mémoires, t. V, p. 80, de Tédit. des Grands EcrivaiHS de la France), U prétend que c'était le Tuscolam de Gioëron.
* M. Moreau n'indique pas ce pamphlet dans la Bibltagraphie des Mazarinades. On trouve dans cette Bibliographie, sous les n** 635 et 636 , deux mazarinades qui portent pour titre : Le cardinal Mazarin; mais elles sont toutes deux de 1 6^9, tandis que celle dont parie Mazarin doit être datée de i655. Quant à l'écrit ^ latin, que cite ensuite Mazarin , qui était adressé à tous les évAqnes de 1'^^ catholique, et qu'il regarde conune l'œuvre principale du cardinal de Retz , il est également omis dans la Bibluh graphie des Mazarinades,
HASAiw. — vn.
JO
MrMMSMl «ATIOIAI.I.
Sept. i655, MaBarin insbte ensuite sur les relations de Rets avec le cardinal François Barberin. Il ajoute que la cause de la haine de ce dernier contre lui vient de ce qu'il n'a pas voulu contracter avec sa famille une alliance qui aurait été consacrée par un mariage. Il termine par quelques mots sur les propositions faites pour le fort Philippe ^ j il ne juge pas qu'il y ait lieu d'y donner suite.
Aff. ëtr. , Pays-Bas, t. 87 (sans indication de page ni de folio). —
Minute de la main de Roussereau.
À MM. m TURENNE ET DE LA FERTÉ.
La Fère» 3 septembre i655.
(iitbâit.)
Aprez avoir escrît le mémoire cy-joint% les sieurs de Seyron et de Nettancourt sont arrivez, qui aveîent receii vos lettres et m'ont dict en détail toutes les diligences que vous faictes pour mettre en bon estât les postes de Condé et de Saint-Guislain. Je n'oublieray rien pour seconder vos soins,, et, outre le grand eonvoy que je fats préparer, ainsy que je vous ay desja escrit, et qui ne pourra partir que le 1 6 de ce mois parce qu'on tire- la plus grande partye des farines du Beauvaisis et du Soissonnois, j'ay travaillé en sorte que j'espère que, nonobstant tous les petits convoys que l'on fera partir presque tous les jours de Guyse pour la subsistance de l'armée, on y fera, dans peu de jours, un magasin de huit ou dix mille sacs de farine, de bled et d'avoine, et d'une bonne quantité de grenades, outre les autres munitions de guerre, a6n que cela puisse estre voiture par les caissons et les chevaux d'artillerie et [par] ceux des équipages des officiers, sans* diminution de ce que les
* Ce fort ëtait situe sur les «Mes de la les plaees de Toscane, où les Espagnols
Toscane et dominait Porto-Erede. On voit, tenaient des garnisons et qn*on appehit
par ce passage, que Ton voulait entraîner préiideide Toscane.
Mazarin dans une nouveUe expédition * Le sens est : (qnis ft» j'mu terminé k
d'Italie, sous prétexte d'enlever à TEspagne mémoire ci-joint, etc.
charrettes, quoo assemble pour le grand convoy, porteront, et ainsy Sept. i655. presque tout d'un coup on pourra envoyer ce qu'il faudra de munitions de guerre, de bled et d'avoine pour le Quesnoy, Gondé et Saint-Guislain.
J'adjousteray aux nouvelles que je vous donnay fayer celles que je viens de recevoir présentement, qui confirment la consternation des ennemis et de toute la Flandre, qui est plus grande que vous ne sçauriez vous imaginer. Us sont tousjours dans la crainte qu'on ne fortifie Arleux et l'Escluse pour incommoder Douay et couper plus qu'ils ne le sont Bouchain, Valenciénnes et Gambray.
Mazarin indique ensuite la distribution des forcer des ennemis et Taversion générale contre Fuensaldagne que le roi d^Espagne sera forcé de rappeler.
AIT. ëir.. Suède, t. i5, f** SyS. — Original signé, en partie chiffré; ibidem, t. ao, f* SSg;
minute de la main de Silhon.
À M. D'AVAUGOUR
Paris, 10 seplembre i655.
Pour respondre à vos dernières depesches et pour vous préparer sur ce que vous aurez à traiter à l'advenir avec le roy de Suéde, je vous diray premièrement que vous recevrez la subvention qui vous a esté promise, afin que vous puissiez vous rendre auprez de luy; que j'ay mandé en toute diligence le dievaiier de Terlon, afin cpi'il aille porter le regale que le Roy lui faict ^ S'il y a eu quelque retardement en Tenvoy, il a procédé de la longueur des ouvriers, qui ne rendent ja* mais à temps ce qu'ils promettent et ce qu on désire d'eux.
Pour ce qui est des oi^res d'argent que M. le comte Magnus^ vous
' Le présent que le roi de France fiiisait * Magnas, comte de La Gardie, s'était
au roi de Suède, à Toccasion de son ma- toujours montré partisan de la France. (Voy. liage. letoneUfp. loSi.dasltfttrwibAfasarm.)
Sept. i655. a tesmoigoé que le roy de Suéde se fust attendu que le Roy lu y eust faictes pour ayder à rarmement qu'il alloit faire, je ne doute point que vous n'ayez desja représenté comme la chose n estoit point faisable pour deux raisons essentielles : Tune, que ce nest pas la coustume qu'un prince offre du secours à un autre prince qui arme sans sçavoir contre qui, de peur qu'il ne contribuast, sans y penser, à la ruine de, quelqu'un de ses amis, comme il seroit arrivé en l'affaire dont il est question , estant certain qu'encore que l'inclination et l'attachement que nous avons aux interests du roy de Suéde l'emportent sans comparaison sur celuy I que nous avons pour ceux du roy de Pologne, cela ne faict point que nous deussions entrer en part, par une subvention d'argent, de la guerre qu'on feroit à celuy-cy, pour laquelle il n'y auroit, de nostre coslé, aucun fondement de justice , et d'où l'on tireroit certaines conséquences contre nous, qui nous seroient desavantageuses.
L'autre raison est que, ne pouvant avec bienséance prendre autre party en cette rencontre que de médiateur, nous l'avons faict, et encore avec cette persuasion que raccommodement que nous jugions estre nécessaire à la Pologne tourneroit, en la manière que nous l'avions projeté, au bien et à l'advantage de la Suéde, de sorte que ç'eust esté une espèce de contradiction, ou, pour le moins, nous aurions joué un estrange personnage, de fournir de l'argent pour faire la guerre à un prince et [de] nous porter en mesme temps pour médiateurs de la querelle.
Je vous escris cecy pour une bonne fois, afin que vous guérissiez l'esprit de ces messieurs du ressentiment qu'ils vous ont faict paroistre de ce que nous ne nous estions point advancez davantage on leur faveur en cette occurrence. Estant habiles et raisonnables comme ils sont, j'estime qu'ils se rendront à ces considérations et n'en tireront point de conséquences contre les bonnes intentions que nous avons pour eux. Ils se peuvent souvenir avec quelle promptitude et générosité la bourse du Roy leur a esté ouverte quand ils ont esté en guerre avec là maison
^ Sur PaUaehement que wm àPoM pour les intérêts du roi de Pologne,
d'Austriche. Ces sentimens ne sont point refroidis, et les effects le Sept. t65&. confirmeront quand l'occasion le requerra.
Gela est cause que je vous exhorte de continuer tousjours de presser un accommodement entre les princes ennemis, et d'autant plus que les progrez du Moscovite ^ doivent obliger plus fortement le roy de Suéde d'y entendre, à qui il me semble, autant que l'esloignement des lieux me permet de le juger, que le voisinage de cette dernière puissance ne doit pas estre peu suspect, sinon pour le présent, au moins pour 1 advenir*, comme aussy le rby de Pologne ne doit point faire difficulté de relascher quelque chose en faveur des Suédois pour destourner la suite des maux qui luy pourroient arriver, tant de leur costë que de celuy des Moscovites, et d autant plus qu'il y a apparence que, pair la jonction des forces de la Suéde et à la faveur de leurs armes, il pourroit recouvrer ce que ces derniers luy ont pris et mesme quelque chose au delà, qui le repareroit' de ce qu'il auroit baillé aux autres.
' Il reste que vous ayez à donner part au roy de Suéde de la ligue que nous traitons avec M. l'électeur de Brandebourgs et que nous n'avons pas voulu conclure sans sa participation, comme aussy nous n'aurons point mouvement ny pensée aux choses où il pourra estre intéressé sans les luy communiquer, et de cela vous l'en pouvez asseurer avec toute certitude. Deux considérations donc, qui le regardent autant et plus que nous, nous ont obligez à entendre à cette ligue : l'une, d'autant que nous sommes bien advertis que cet Electeur est fort cabale^ de la part de l'Empereur et que, s'il ne s'adjuste avec nous, qu'il ^ s'adjustera avec luy et qu'il y attirera tous ses amis et partisans, qui sont assez considérables. Ce seroit le moyen de former une tres-puis-
' Le csar de Rasdie ou, comme on diMiit peine connue, est une nouvelle preuve de
alon, de MoscoTie était Alexis Michailo- sa sagacité wifx, de fa maison de Roraanow; il r^na ' Le dédomoragerait.
dei6A5è 1676. * Pressé par la cabale de Tempa^ur
' Cette prévision de Mazarin, à nue Ferdinand IIL ^loqae où la puissance moscovite était à ' Le ^ve est répété dans le manuscrit
Sept. i655. sante ligue dans TEinpire, et il y aurait à craindre que l'Empereur, qui travaille à la former, n'en destournast les forces ea faveur du roy de Pologne et à traverser ^ les desseins que celuy de Suéde pourroît avoir en quelque lieu que ce fust.
La seconde considération est que , si l'Empereur avoit attiré à mo party Brandebourg et ses amis et adlier^!^, il se rendroit, par ce moyen , maistre du collège electord et pourroit asseurer, en la personne de son fils^, l'élection future de roy des Romains, d'où il résulterait des inconveniens, autant contre la couronne de Suéde que contre les autres princes, à qui l'ambition et la puissance de la maison d'Ans* triche doivent estre suspectes.
Ces considérations sont si fortes et si efficaces que je ne doute point que le roy de Suéde, estant habile et intelli^nt comme il est, non seulement ne l'approuvera pas^^ mais nous conseillera me^me avet instance de la conclure et le plus promptement qu'il se pourra, princî* paiement quand il sçaura que nous n'entendons point d'entrer en cette alliance à son préjudice en quelque manière que ce soit, directement ou indirectement, ouvertement ou par artieles secrets, en quelque prétention que le susdict roy puisse avoir, soit meooie contre ledict Electeur, soit contre quelque autre, soit pour la Pruaae^» soit pour la succession de la maison de Cleves, etc.; de quoy ledict Electeur tombe d'accord.
Que si le roy de Suéde vous deœandoit pourquoy donc ledict Ëlec-* teur auroit recherché cette alliance et quel en doit estre l'usage et
^ Le sen» est: et ne s'en eervit pmur traverser, etc.
* Le fils aiûë de Ferdinand III, nomme comme lai Ferdinand, fut, en effet, ëlu roi des Romains , titre qui désignait rhëritier présomptif de la couronne impériale; mais ce roi des Romains mourut avant son père, et ce fut le second fils de Ferdinand III, Léopold, qui succéda à son père comme empereur d'Allemagne.
' Td est bien le texte de la laiilate et de
Toriginal signé. Il faudrait : n'improuverapas la ligue que nous avons projetée, et nous conseillera, pour empêcher celle de TEmpereui*, d*en conclure une pardeolière avec râecteor de Brandebourg.
* U s'agit de la Prusse royale, qui appartenait, à cette époque, à la Pologne, mais était menacée par la Suide et par ie Brandebourg.
radvantage pour lu y,' vous pourrez réspondre que cest pour s'asseurer Sept. i655. de Tassktance de la France contre le duc de Neubourg S qui seroit sans doute protégé de TEspagne s'il intervenoit rupture entre ces deux princes; que cest encore pour se munir et precautionner contre les insultes que TËmpereur luy pourroit faire avec le tenips et dont les menaces en furent faictes aprez l'élection du dernier roy des Romains. Il sçait encore que là maison d'Austriche souffre avec douleur, quoy qu'elle le dissimule, qu'un Ëlecteur remue et fasse des intrigues dans l'Empire; qu'il traite des alliances au dehors, etc. C'est pourquoy celuy de Brandebourg tasche de s'appuyer de tous costez pour pouvoir s'op-^ poser avec suceez^ et sans crainte de ressentiment, au dessein de la royauté des RomainsS à laquelle l'Empereur taschera d'élever son fils, puisque, à la longue, cette élection pourroit estre fatale audict Electeur. Ajoutez à cela que, cette ligue [estant] conclue entre cet Electeur et la France, d'autres Electeurs prendront cœur pour y entrer et pour empescher conjointement là suadicte élection.
Et, afin que le roy de Suéde eognmsse de quel pied et avec quelle sincérité la France marche en son endnnt, vous pourrez luy offrir, de la part du Roy, de faire une nouvelle et plus particulière alliance avec luy, soit immédiatement, après qu'il sera débarrassé de la guerre de Pologne (que * Sadicte Majesté présume que ce sera bientost) , soit tout présentement, pour avoir son effect dez que cette guerre sera finie, ou en telle autre manière qui sera jugée la plus convenable , dans laquelle alliance Sa M^ s'expliquera si^ précisément et si nettement de ses bonnes intentions pour la couronne de Suéde , et des précautions qu'EUe a apportées de n'avoir rien faict entrer, en quelque sens qu'on le pust
^ Le dnc de Neubourg, de la maison de Bavière, était en lutte avec le Brandebourg pour ledoebë de ClèVes. (Voy. sur le duc de Neobom^ le tome IV, p. 171, ii«te 1, éeê Lettre de Mauurin.) Ce duc fut, en 16S8. on des candidats à la couronne impériale.
' G^estrèhdire , au denein qu'avait VEmpernar de faire nommer $mfib roi des Rommwt,
' Il faudrait grammaticalement : ce- que , Sa Majesté présume qui sera bientost
• Furetière remarque, dans son Dictiottnotre {k Tarticle si), que œ mot s*emploie quelquefois d^une manière absolue et donne h Tadjectif la force du superlatif. On disait : t7 est si honnête, si savant, pour très honnête, très savant.
Sept. i655. prendre, dans ralfiance de Brandebourg, qai pust en aucune manière prejudicier à la Suéde. Vous traiterez cette affaire avec toute ]a seureté et tout le secret possible, et il ne vous sera pas malaisé d'obliger le roy de Suéde de le garder, de peur que, si Ton en prenoit le vent, on ne la traversast, et pour diverses conséquences qui ne sont pas petites. Quant au soupçon que vous avez que les offices de la reyne Christine ont contribué aux caresses que le roy de Suéde faict et aux confiances qu'U tesmoigne aux ministres de l'Empereur, je ne puis estre de vostre sentiment, et j'ay trop bonne opinion de l'intelligence du roy de Suéde pour croire qu'il suive d'autre règle de sa conduite que les interests de son Estât. Celle qu'il observe à l'endroit desdicts ministres, c'est pour destourner ou allentir^ (nb) la resolution que leur maistre pourroit prendre de secourir le roy de Pologne et de s'embarrasser dans sa querelle. Ce qui, à mon advis, ne l'empeschera point, s'il peut le faire, avec apparence d'y réussir. C'est pour quoy je souhaiterois, pour l'interest du roy de Suéde, que cette guerre prist fin pendant qu'il a la • fortune propice et avant qu'elle ayt le temps d'y mesler quelque chose de sinistre; ce qui n'est pas impossible.
La lettre se termine par des protestations d'affection pour le comte Magnus de La Gardie et le prince Adolphe de Suède.
Ardi. nat. , R' 5 1 . — Originvi signé et cfaiflM.
À M. DE TUBENNE,
Paris, i5 septembre ]655.
J'ay receu vostre depesche commune* du 8"** avec le duplicata et le triplicata. J'ay esté tres-ayse de voir avec quelle diligence on faict travailler à la fortiffication de Sainet-Gilhain [sie) et de Coudé pour mettre ces deux places en bon estât avant que vous soyez obligez de vous
' Retarder. — ' C'est-à-dire, écrite par les deux maréchaux de Turenne et de La Fertë.
en esioigner, comme aussy le soin que l'on prend de mesnager les Sept i655. fourrages, afin que l'armée puisse demeurer pius longtemps en ces quartiers-là. Je seray sans faute le vingtième à la Fere , ou , à tout rompre S le vingt-unième, qui est le temps que le grand convoy doit estre prest. Il pourra partir le jour suivant, et c'est à vous et à M. le mareschal de La Ferté à prendre vos mesures là-dessus. J'auray avec moy, outre mes gardes, les gendarmes et les chevaux-legers du Roy, la compagnie des gendarmes d'Anjou ^, qui doit estre fort bonne et qui pourra estre présentement aux environs de la Fere. De plus, il y a, à la frontière, des troupes que vous sçavez qui serviront pour l'escorte dudict convoy avec le corps que vous et M. le mareschal de La Ferté jugerez à propos de destacher en mesme temps de l'armée pour cet efféct, lequel je m'asseure que vous formerez suivant les nouvelles que vous aurez du destachement que pourroient avoir faict les ennemis pour s'opposer à ce convoy. 11 portera tout ce qui peut estre nécessaire de bled, de farines, d'avoines et de munitions de guerre pour bien munir les places pendant l'hyver, pourveu que l'on ayt peu trouver une assez grande quantité de charrettes pour les voiturer, comme je l'espère par les ordres que l'on a donnez et par les soins et les précautions que l'on a prises pour cela, qui sont au delà de tout ce qui s'est pratiqué jusqu'à présent; mais, en tout cas, il faudra pourvoir Gondé et Sainct-Gilhain preferablement au reste , afin que , si l'armée est contrainte de s'esloigner de ces postes-là, nous ayons l'esprit en repos qu'ils ne manqueront de rien. Car il nous sera plus aisé de mettre , aprez , dans Landrecy et le Quesnoy tout ce qu'il faudra. Ce pendant je m'asseure que vous aurez desja receu, par de petits convoys, pour quinze jours ou trois semaines de vivres, que M. Jacquier estoit chargé d'envoyer à l'armée , et dont les s" de Bridieu et Seyron avoient escrit comme d'une chose infaillible. L'on a réglé le commandement des « troupes qui sont restées à la frontière pour l'escorte des convoys entre
' En mettant les choses au pire. lippe de France, frère de Louis XIV. D ne
' G^est-à-dire, de la garde du duc d'An- prit le titre de duc d'Orléans qu'après la jeu. On désignait alors, sous ce titre. Phi- mort de Gaston, frère de Louis XIII:
■A2AÙII. — TU. 1 1
Sept. i655. lesdicts 9" A^ Bridku et -de Seyron, et M. Le Tuilier leur [en] a eo^ voyé l'ordre.
M. de Bridieu ma promis de înite travailler à bieû aocommoder 1^9 cbëniihi^ de Guyse à Landrecy. Je Tay aussy re<;otntikân(lé au è^ de La Guillotiere^ Je leur en fais eni^ore une recharge à tous deux^ et Jacquier m'a de plus respondu en don particulier quîl le fefoit eie^ cuter, fournissant l'argent pour «ela^.
le mande aussy auxdicts s" de Bridieu et de La Guillotiêre de prendre grand soin de faire arrester tous les déserteurs qui passeront à Landrecy et à Guyse, et on [en] à renouvelé Tordre aux passagers des rivières et particulièrement de TOise; jnais il seroit fort nécessaire d'en faire quelque exemple à l'armée. Pottr les oflScîers, je crois qu'ils se donneront encore un peu de patience, puisque l'intentioft du Roy est que l'on achevé la campagne de bonne heure , et de praticquer tous les moyens possibles afin qu'ils soient bien traite^ dans les quartiers d'hyver, particulièrement les subalternes.
J'attends l'arrivée du s' Trwel * pour sçavoir plus particulièrement vos sentimens sur ce qui regarde l'establissement des troupes dans les villages , prendre là*dessus une resolution et l'envoyer ensuite en dili* . gence à M. de Fabert, pour la luy communiquer et voir avec luy les moyens de l'exécuter, ComiUe je vous Tay mmidé par le s^ de Roquermont, qui V0U6 Aura rendu une assez longue lettre de moy, dont je ne vou* envoie pointé présent de duplicata, parce que je crois qu'il sera passé seurement, prenant l'occasion du convoy qui devoit partir de Guyse, et ayant mesme escrit à M. de Bridieu de luy donner escorte.
Apres avtyîr escrit ce que dessus, j'ay receu des nouvelles de la Bassée
- et d'Arraô. Les jyremferes marquent que les euûemiô avoient assemblé
un assez gf and corps de cavalerie à Boucfaain , et les autres qu'ils es-
► toient desj a arrivée à Cambray et qu il pouvoit bien y avttir trois mille
' Michel de LaGaiDotière, nommé ma- ' Qu'il fournirait Targent nécessaire pour
rëchal dé camp eti 16&9, tnort en 166&. ces chemins.
On Voit, par la sm'te de cette lettre, <}ûe ' Danâ la lettre du ai septembre i655,
La Guillôtière commandait dâïis làndrecies. ce nom eÉi écrit Terwel
chevaux. Mais comme vous &q aureftss^ns doute esté piœ particuliers Sept i655< meot informé, je ne m'en met» pas en peiue et je persiste tQusjours dao8 la resolution que je vous mande ci-dessus, ma^seurant que, de vostre costé, vous et M. le mareschal de La Ferté ferez tout ce qui sera nécessaire aBn que nostre cpnvoy puisse passer cm $eureté; et comme les diligences et précautions que Ton prendra pour cela pour- ' ront aussy servir pour la seureté de toutes les charrettes que vous autres, Messieurs ^ avie» résolu de destacher de Tarméepour envoyer à Guy se charger tout ce qu'il y a voit, je ne doute pas que vous ne le fassiez et que vous ne preniei^ grand soin qu'il y en ait la plus grande quantité qu'il sa pourra ; car, en ce cas , j'espererois que nous pourrions faire tout d'un coup k ravitaillement des places.
Je finiray en vous conjurant, et M. le mareschal de La Ferté aussy, de continuer vos soins pour mesnager les fourrages; car, asseurement, si les ennemis voyoient nostre armée esloignée devant le quinsieme d'octobre, ils executeroient le dessein qu'ils ont d'attaquer Gondé, et, comme c'est un ad vis que j'ay de divers endroicts fort asseurez , il faut que vous le croyies indubitable ^
AC éir., FrftfioQr t. 971, f" 3&? y\ -^ Ck)pie du tempp.
AU CARDINAL BICHL
Parigi, 17 settembre i655.
(imiiT.)
Nessuna cosa mi potevà arrivare più nuova, ne più sensibile, délie dQgUense cbe bà fattç N, S** à V, Em"*, h quali çpuçistQnQ in tre capi, seconde quelle me bà scritto M. di Lionne : Gio è che si negavano le au^
' Mwirin ^'94rm^ ki m» dw( géné^ j^int k ootto tettro qe <)«yail pfis être em^yé ma Turemie et La F^« d TwWM. vem k Taloa, inteadant dQ Tw^
* Une aMe avertil qa'mn émm «rticle mëe.
fi.
Sept. i655. dienze al Nuntio ^; che non se gli permettevà di seguitare la Gorte, corne air ambaseiadore di Venelia, e che essendomi stato parlato del brève che S. S^ hà scritto al Re, pragandolo di assistere alla republica^, io havevà risposto bruscamente , à più tosto incivilmente, che il Papa lo dovevà e potevà fare meglio che alciin altro prencipe, e che quanto alla scusa che S. S^ prendevà di non potere assistere la detta republica per la gelosia che le dà la guerra nello stato di Milano, io havevà detto che queslo erà pretesto che i Spagnuoli le havevano messo in capo.
Queste imputationi me toccano veramente nel vivo, perche quando la falsita e malignita di esse non fosse co^ évidente corne farô vedere, mi pare che N. S*^ mi faccià un gran torto à credermi cosl indiscreto ed inconsiderato che voglià parlare con si poea riverenza del Pontefice, al quale è da tutti dovuta senza alcuna riserva, e per le cui virtu e merito singolare io hô per ogni tempo havuta una stima e veneratione tutta particolare ^
Ë vero che il Nuntio hà disobligato il Re in cose essentiali e se g^'è reso sospetto , e se io , che non hô havuto il maggioT amico délia [bo : me :^] del cardinale suo fratello» non hô potuto scusarlo, bisognà credere che i suoi mancamenti siano stati inescusabili. A questa consideratione essendosi aggiunta quella di essere egli, nel pontificato passato, ministro di un Papa^ maraffetto à questa corona, è anco vero che in quel tempo si ruppe ben spesso seco il commertio, e si gli negarono moite Yolte dà S. M** le audienze. Ma doppo V elettione di questo Pontefice^, egli le hà riprese, ed il Re egli le hà date cortesemente, e si è trattato seco corne con un' ministro di prencipe amato e riverito da
^ Nicolo oa Nicolas Bagiii.
* Il s'agissait de s^^cours pour la rëpablique de Venise attaquée par les Turcs.
^ Ou peut comparer ce que Mazariu disait du cardinal Gbigi dans Tinstruction pour ie conclave en date du mois d'octobre i65&, publiée dans le tome VI des Lettrée de Mazarin. Il y représentait le cardinal Gbigi comme indigne d*étre élu Pape.
* Les mots écrits en ahr^ et placés
entre crocbets sont probablement pour :
huona memoria. Le sens est : mùi qui n'ai
pa$ eu un meiUeur ami que le eardmal, son
frire, d'heureuie mémoire.
* Innocent X (Pampbiiio), dont il a été souvent question dans les tomes précédents des Lettres de Mazarin,
* D'Âleiandre VU (Fabio Gbigi).
S. M^, ed in cui si hà un'intiera confidenza^ne la M^ Sua hà mai ricu-^ s^t. 160&. sato di sentirio quando egli n* hà fatta înstanza«
Doppo che la Corte parti di Parigi, il Nuntio ricevette un brève, di cui N. S^ mi honorô, che egli manda alla Fera cou sua lettera, délia quale invio à V. Em"* la copia, acciô ella vedà che egli medesimo si scusavà di non venire alla Çorte ; anzi io gli scrissi che , per il negotio del giubileo, venisse in ogni modo , corne Ëm"^ V. vedrà dalla risposta che il feci.
Alcuni giorni doppo, N. S^ gli manda il brève mentionato di sopra à favore délia republica di Venetia , di cui egli ragguagliô M. di ServientS il quale havendomine data parte, gli risposi che il Re sarebbe andato à Soissons , ove si sarebbe trattenuto per otto ô dieci giorni ed io ancora me vi sarei trovato, e quivi havrebbe potuto con màggior commodita presentare il detto brève. Doppo questo non si è mai più sentito altro, ed il Nuntio non si è veduto ne à Soissons ne doppo il nostro ritorno à Parigi.
L' ambasciadore di Venetia non hà mai seguitato la Corte, ne hà havuto mai pensiero di farlo, ed una soi' volta è venuto a trovare il Re per prendere iicenza da S. M^ e per presentarli il suo successore; alloggiarono due leghe lontano délia Fera , ed un giorno vennero e Y altro partirono.
Il Nuntio non hà mai parlato di seguitare la Corte, e credo habbià havuta ogn' altra voglia che di fare questa spesa e di provare questa incommodita , onde si vede quanto siano lontani délia verita i supposti fatti à N. S** circa le due primi punti.
Da questi poi si puô argomentare quanto sià inverisîmile e lontano da ogni apparenza di verita Y ultimo punto, perche io non hô veduto il brève , ed il Nuntio non me ne hà parlato ne scritto , ne altri in nome suo, e r ambasciadore di Venetia molto meno. Perche e con ehi havrô tenuto io un' discorso cosl poco prudente senza nécessita aleuna ? E fuori de! ministre del Papa, che hà ordine di presentare il detto brève
' Abd ServieD, sorintendant des finances. Le nom est écrit ici Serment, forme que Ton tnmve souvent, même dans les manuscrits français.
Sept i65&. 6 di seotire la riposta, chi pu^ espère ta^timoniQ légale à fare simili rapporti, se non fosse V amba^ciadore di Ven^tia, ch^ iion im W bà detta ne pur una parola?
lo giurOf sopra il carattere che porto*, di non baver mai saputo cbe il Papa si scusi con la guerra dello stato di Milano di non dare soccor^o alla republica di Venetia, n^ aà se cio sià vero d falAo; ma se è falso, falso sarà ancora il rapporto che banno fatto à S, S^, ^ quando fosse vero ed io ne havessi bavuta notitia , confesso che bavrei parlato con termini più proprii e più convenianti di quelji cho mi s' imputano; che questi sono artifitii di Spagnuoli di voler farepiùtemere al Papa i progresside Francesi; che, nella continuatione délia guerra, sono obligati à fare tutti i loro sforzi contro un inimicQ , cbo ik il 9imil^ del suo canto , cbe quelli del Tui^co , cbe attaccà la Ghriatianita , maggiormente quando ogni uno sa che la monarcbia di Spagna ritiene i regni intieri alla sede apostoiica^ e questa non bà bavuta mai altra mira che di accrescerli e conservarli in suo dominio.
Se io havessi fortuna di essere meglio cQnosciuto da N. S^» sô certo che hayrebbe risposto à cbi bà fabricatç queste inventioni, cbe non riconosce in esse il mio stile, a cbe io non po^ao trovara st4:aaa T inter* positione di N. S*^ per ottenere soccprso da i prenqipi id bi90gnQ délia republica , mentre qui si propose altre volte una tregua frà la corpae per potergiielo dare, ed io madasimo oontribui air hora oento mila scudi del mio proprio danaro^; il abe dico à V, Ëm*^ par roccasione cbe mi dà questo discorso, poicbe nel rasto è co^ lontano dal mio ganio r ostentatione che non ne bô mai parlato a forsi pocbi lo saimo.
Après avoir pris Dieu à témoin qu*il dësire sincèrement la paix de la chrétienté, Mazariû attribue aux Espagnols rinvenJtioa des calomnies qu*il a réfutées, .et termine en priant Bichi de persuader an Pftpe que-personna.n^a plus de respect que lui pour Sa Satatetë.
^ Mazai-in veut probablement parler du * Mazarin envoya, en effet, aux Véni-
royaume de Naples, sur lequel les Papes tiens cent mille écus. Il leur fournît plus avaient des prétentions de souveraineté. t9rd d'autre? s^oiu?.
i^^^»**«^»»^*i*^— jMiJ»—fcAJ-^.^-^fc^.fald
Sept i6&5.
Aff. <Cf. , f ay»Aift, t. 38 (mm indi^dti de page Ai de folio). >-
Minule de la maîn de Roossereau.
À MM. DE TURENNE ET DE LA FERTÉ
La Fère, ai septembre i655.
J'arrivay byer en cette ville, ainsy que je vous avois mandé; mais, à mon grand regret, je n'y ay pas trouvé toutes les charrettes qu'on avoit ordonné en diverses élections * [qui y fussent amenées] ^. J'espère pourtant que, dans toute la journée de demain', elles seront, ou du moins la plus grande partie , icy ou à S*-Quenlin , et comme , par la lettre de M. de Turenne que le s' de Terwel* m'a rendue à Compiegne, j'ày veu là résolution que l'on avoit prise* de faire s'advancer entre le Quesnoy et la rivière de Haisne la plus grande quantité qu'il se pourroit de chariots et de charretteê d^ l'armée, tant des vivres et de l'ai^ tiilerie que d'autres» avec une escorte qui serviroit pour la seureté desdictes charrettes aussy bien que de celles que l'on auroit assemblées à la frontière pour mener les unes et les autres chargées à Condé et à S^Guilhâin, je vous depesche en toute diligence le s* de Madailhan* pour VOUS dire quo comme la plus grande quantité de farines, de bleds et avoines est à Saint-Quentin, et que l'on juge icy que, pour un grand convoy comme celuy qui se prépare, le chemin de Landrecy est
^ Les ikeliaiii étaient, dans rancienne moBarekie, des droouscr^oDS tesritoiiales oà radministratioQ financière était confiée à des magistrats appelés élus.
* Les mots éntfê crochets ont été biffés dtthi là minute, et œpetidiiâtt, comeme ils paraissent nécessaires, je ias ai conservés entre crochets.
' G^est-ènlire , demain au plus tard»
* Voy. ci-dessus, f. Su , note 8.
' 0 y a sûr là mnvge xm signe de renvoi k la phrase suivante : itA Tinstant que vous auriez nouvelles que le convoy estant assemblé icy seroit prest h marcher, etc. « Cette phrase devait être intercalée entre : que ton av&k pfiêé ^i faire s'admneer,
* Le sieur de MadaiUan ^it Phih'ppe de Lesparre, comte de Madaillan, mort en 171 9. Il n'est pas mentionné dans la Chroitohgie mâiMn^.
Sept. i655. tout gasté et plein de défiiez et qui! seroit fort bon d'aller de Saint- Quentin, par Gasteau-Gambresis, à Saint-Guilhain et Gondé, nous croyons absolument nécessaire qu'au lieu d'envoyer toutes les charrettes et l'escorte à Guyse , vous les envoyiez à Saint-Quentin.
Le reste de cette dépêche est rempli de détails sur les mesures i prendre pour le convoi destiné à Tarmée.
Aff. étr., France, t. 896, f* nSS. — Copie du temps.
À LA REINE
La Père, as septembre i655.
Je n ay pas eu grand sujet de me resjouir à mon arrivée en cette ville , n'y ayant pas trouvé autres charrettes que celles de Beauvais et de Gompiegne, qui ne font pas le nombre de trois cent cinquante. J'ay depesché partout pour haster les autres , et quelque diligence que je fasse, je ne sçaurois pas respondre encore de ce qui en arrivera. J'advoue que ce retardement et le mauvais temps ne me tiennent pas de trop bonne humeur; mais il en faut sortir et surmonter toutes les difficultez, puisqu'il s'agist de conserver des conquestes si importantes et que le Roy a faict en personne.
Les ennemis sont dans les mesmes postes et font de grandes levées d'infanterie dans toutes les villes, outre la milice qu'ils assemblent aussy. JTespere neantmoins que leur desseing ne réussira pas et que peut-estre, sans rien hazarder, ils remettront à une autre fois l'attaque de Gondé et de Saint-Guillain.
Je pourrois bien m'advancer demain à Saint-Quentin, si je puis depescher aujourd'huy ce qu'il y a à faire icy; et comme le Ctmj/U^fit sçait qu'il ne nous a pas esté possible de le recognoistre ^ dans le peu de
* Le sens est : de reeonnmire ce qu^ily aurtnU à faire à Samt-Quentm.
temps que nous y avons demeuré, je pourrois bien estre tenté d'y Sept. i655. faire un tour si l'armée se vient camper là auprez, comme c'est l'intention de MM. les généraux.
Je vous supplie d asseurer le Confident de mes tres-humbies respects et que je luy liendray ponctuellen^nt la parole que je luy ay donnée.
11 sçaura aussy qu'on laissera Rubentel ^ pour commander, comme il a trouvé bon, et on choisira les compagnons les plus propres pour demeurer avec luy cet h y ver.
Je suis tres-humble serviteur de Monsieur, et pour les At^es je me contente d'estre ce qu il» ont creu à mon départ.
Aff. ëlr., France, t. 896, f* aSy. — Copie du temps.
À LA REINE
La Fère, ah septembre i655.
Je me suis donné l'honneur de vous escrire deux fois ^ depuis mon départ. Par celle-cy, je n'ay pas de grandes nouvelles à vous donner. Mais sy le Confident et vous avez curiosité de sçavoir les nouvelles de l'armée et les résolutions que j'ay prises aprez avoir receu la dernière lettre de MM. de Turenne et de La Ferté, vous les pourrez voir dans les copies des lettres que vous trouverez cy-jointes. Le plus grand secours des charrettes pour le convoy, on i'attendoit de la généralité^ d'Amiens, et cependant il n'en est pas arrivé encore une seule; mais ce qui me faict plus de peine, c'est le mauvais temps qui nous faict tous les maux du monde; car il empesche le travail des fortifications,
^ DeDy»-Loiii8 Rob^tel de Montdetour lettres, dont j*ai donne le texte plus haut, fat nommé maréchal de camp en 1677, ' On donnait le nom de gàiéraUtés h des
lieutenant général en 1688, et mourut en circonscriptions financières administrées par
1 706 , à soixante-dix-huit ans. un bureau ou chambre des trésoriers gêné-
* Je n*ai trouvé qu'une de ces deux raux de France.
MiiARiii. — TH. ta
lUPKIiriMI ■ATIOIALK.
Sept 16&0. de faire des magazins de fourrages, et, pour peu qail continae, il rendra les chemins impraticables.
Avec tout cela et la nouvelle que je viens de recevoir de Saint* Quentin, conGrmée par d'autre» endroits, quîi est^irrivé entre le Gastelet et Gamibrây un corps des ennemis de trois mille dievaux, je m'assQure que vous et le Confdmt me feres la justice de croire que je ne me rehnteray pas. Je suis seulement en doute si je feray partir au* jourcl'huy le convoy d'icy, estant impossible de continuer la route de Guyse sans avoir une grande escorte de Farmëe, sy les trois mille chevaux demeurent encore auprès de Gambray; mats je ne m aperçois pas de mon indiscrétion, troublant vos plaisirs^ avec des entretiens assez ennuyeux. Je vous en demande pardon; car, pour le Confident^ je sçay qu'il se plaist à de semblables discours dans les lieux où il faut que les armes agissent pour exécuter les projets que Ton faict.
Je vous envoyé aussy la copie d'une lettre que je viens de recevoir de M. le prince de Gonty, lequel, je m'asseure, trouvera plus de difficultez qu'il ne croyoit à son entreprise^; car il ny a pas de galères dans nostre armée navale, qui seroient fort nécessaires pour la faire rettssir; mais avec cela je voudrais bien concevoir ies mesmes espérances de Pavie^ que j'ay de Padamos.
Le: CùÊ^dmt verra ce que j'ay escrît à M. de Turettoe touchant les deux compagnies aux gardes Erançoises et la demye suisse, sçadiant que , dans ta ooojoacture présente , les moindres corps sont nécessaires à l'armée; mais s'a veut que je les fasae marchery à l'instant que j'en recevray l'ordre, il sera exécuté, le supjdie les Vakiefm»^ et les AngBè^ ètb se souvenir quelquefois de la M»r\ puisqu'elle, quoiqu'esloigaée, les entretient à to«t moment. Je suis tres-lrainble serviteur de Monffliear.
^ La Cour ëtait alors occupée des fêtes ' Le duc de Modène et le prince Thomas
dMttëeftaaduf deMantoue. Onentroareb awMgawafl alors^ FMe avee une armée
rdatioa 4ms fes gazettes du teaqps; composëe ea p«iie de (voapes fraapçwes.
' Le pvinœ. de Conti avait ettfrepiv le * Le M.
sièp» de* Pakunos» viVa. imtib èm Gaialogas * La Reine,
avec un port sur la Héditerranéa * ManiiB,
.^.__„,,.i,.,„.. Sept i655.
:«KB!^BKSB^BBaeaBae9^BBBsaBSBSsss!ases9!BssssaaB9aasw«
Lxn.
Aff. étTr, Angleterre, t. 66^, f iiA. — Ifinute, en partie autographe.
k M. DE BORDEAUX.
^ La Fère, uU seplembre i655.
Tay reoeu advis que les Espagnols^ se sont saisis, par tous les ports et villes de leur domaine, des effecis des Anglois^, et que la flotte qu'ils ont faict sortir de Cadic pour aller à la rencontre de celle qui vient des Indes a receu ordre de ehereher et de combattre celle de Blake , qu'ils ne croient pas si forte q«e la leur ; qu'ils prétendent satisfaire à leur vanité, déclarant la guerre à M., le Prolecteur, voyant qu'aussy bien elle se fiadet desja entre eux par les actes d'hostilité qui s'exercent de part et d'autre, et croyant, suivant les espérances qu'en a données, à Madrid, Gardenas, ambassadeur pour le roy d'Espagne à Londres, qu'avec cette déclaration qui troublera le commerce et avec la saisie de tous les effects des Ânglois, il se pourra esmouvoir quelque soule^ vement en Angleterre qui donne bien des affaires à M. le Protecteur, contre lequel }edict Gardenas irrite tant qu'il peut le roy, son maistre , et don Louis de Haro, est«it certain que le conseil de ladicte déclaration et de la saisie est venu dudict Gardenas* 11 ne faut donc pas douter que, pour seconder ce qui se iaict en Espagne, il ne mette toutes pièces en œuvre, en Angleterre, pour faire arriver la révolution que luy et son matistre souhaitent, si M. le Protecteur, par sa prudence, n'y donne ordre présentement.
Vous vous servirez de ces advis, qui sont tres-veritables , en la manière que vous jugerez à propos pour le service du Roy, et vous aurez beau champ de faire cognoistre de plus en plus à M. le Protecteur la
^ Aotographe deptàs qw h» Eipagmis saflles pour se venger de i attaque dirigée jiMqa% fMtn iirite de. eontre Sonl^Domnigiie et de roeeupatiiHi
* Les Espagnols exerçaient ces . tepré- de la Jamakpie par les Anglais.
Sept. i655. sincérité des bonnes intentions du Boy et la part qu il prend à tout ce qui peut regarder sa personne et ses interests.
J'ay esté surpris de voir une lettre que le s' Auger escrit à Bertemet^ par laquelle il luy marque qu i! y avoit quantité de vaisseaux anglois retenus dans les ports de France, nonobstant les ordres que le Roy avoit envoyez pour les relascber. Je ne responds pas que cela ne puisse cstre par Tesperance que quelques officiers de la marine pourroient avoir d'y trouver leur compte, et que, pour les favoriser, M. de Vendosme n ayt pu faire la response que ledict s^ Auger marque; mais je responds bien qu il n'y a rien de plus esloigné que cela des intentions du Roy, Sa M^*^ estant résolue de traiter jusques au bout cette affaire avec une générosité convenable à sa grandeur, et que, si le moindre des marchands intéressez eust eu recours à moy ou à M. le comte de Brienne, il eust remporté à l'instant des ordres si précis pour sa satisfaction, que les efiects auroient bientost faict cognoistre qu'on ne s'amuse pas icy à de semblables bagatelles. J'ay mandé pourtant à M. de Brienne'de se bien informer de ce qui en est, et de renouveler, en cas de besoin, les ordres du Roy avec telle force qn'on ne tarde pas un seul moment à les exécuter.
Vous pourrez parier en cette conformité, au lieu où vous estes, avec asseurance qu'on ne vous fera aucun reproche de ce que vous advancerez là-dessus, quoyque je ne laisseray pas de vous dire, en pas^ sant, que la manière avec laquelle on s'est conduit icy en semblables matières pouvoit bien mériter la restitution de mes deux vaisseaux^.
J'avois oublié de vous dire (|ue, comme les Espagnols sçavent bien qu'ils ne sont pas en estât de faire aucun mal aux Anglois, ny par mer ny par terre, et qu'au contraire ils doivent en appréhender de tous costez de la part des Anglois, tout leur but va à remuer ciel et terre
^ M. de Berteraet ou Berthemet €»i qiu* * Maciria s'était plaint dans piasieors
liiië, sur Tadresse de plusieurs lettres con- dépêches de la capture de deux vaisseaux
servëes dans les papiers de Mazarin, Con- équipés ï ses frais et qui faisaient pour lui
seiller du Boy en tes amteib ei maistre dee un commerce lucratif; il en avait vainement
comptes. demandé la restitution.
pour esmouvoir les esprits en Angleterre, espérant de pouvoir si bien Sept. i655. employer leurs ruses et leurs artifices (en quoy ils sont fort habiles), que M. le Protecteur aura peine de s'en deflFendre, et que peut-estre, en appréhendant la suite, il se résoudra à faire les choses qu'ils exigeront de luy.
aeaK^B^BCEaBaKSBaaass^MK
LXin.
Aff. étr., France, t. 896, f* 960. — Copie du temps.
À LÀ REINE
La Fère, 96 septembre i655.
Voila mon quatrième billef que je fais pour asseurer 22 ^ et le Confident de mes tres^humbles respects, et pour leur dire que je pars tout-à -l'heure pour m'en aller à Guyse, résolu de faire passer, le convoy, nonobstant que les nouvelles de ce matin portent qu'il y a huit cens chevaux des ennemis dans les fossez de Gambray, deux cens au Gastelet et quatre cens à Valenciennes , car les haridelles des paysans dépérissent et ne seroîent pas, aprez, en estât de marcher. J'amène^ avec moy le régiment italien qui est de six cens bons hommes, et. ce corps, avec quatre cens mousquetaires que je prendray à Guyse et [à] S'^Quentin, fera tenir bride en main aux ennemis de Cambray et des deux autres places. Le temps s'est raccommodé; je prie Dieu qu'il dure et qu'il me donne moyen de payer en partie les grandes obligations que je vous ay et au Cof^dent.
' La Reine. — * La copie porte bien j'amène et non j'emmine, qui serait prëfërabie.
SepU 1^6. t^
un.
A£r. ëtr. , France, t. 896, f"* si£6. — Copie da temps.
k LÉVÊQtJf: D£ COUTANGES'.
Guise, 97 septembre i655.
Jay esté surpris au dernier point de {extravagance de l'archevesque de Rouen ^ et de l'evesque d'Evreux *, et quoy que leur légèreté fust assez cogneue, je ne les eusse jamais creu capables de se porter à une telle extrémité. M. d'Avranches ^ vous rapportera tous les entretiens que nous avons eus enseniMe et la passion que j'ay pour tout ce qui vous regarde.
J adjousieray seulement que la protection du Roy ne vous manquera pas^ puisque Sa M^^ y est obligée pour le bien de son service,
' Claude Auvry, ëvéque de Coutances, était un des partisans dëvouës et des confidents de Mazarin. (Voy. sur cet ëvéqpie le t. VI , p. &8 , note à , de& Lettres de MazoHn^ )
' François II de Haiiay-Chanvalon fut archevêque de Rouen de i65i à 1671; transféré k rarchevéché de Paris en 1671, iLmovnit en sôqB* à 9oix«nte-<lix ans. Ce prélat, sur lequel on peut consulter les ill^mùires de Samt-Simon, n'avait que quarante ans au moment où il fit la scène dont parle Mazarin. Gomme primat de Normandie, il avait convoque dans son chftteau de Gaillon les ëvèques de cette province. LMvéque de Coutances s'y présenta conrnie un de ses sufiragants;. mais rarchevéque lui fit signifier une sentence qu'il avait rendue le 18 septembre i655, par laquelle il prononçait contre lui la peine de la suspense (oa suspension des fonctions ecclésiastiques) et lui intei-disait de prendre part aux as-
semUées du dergé. Le mptif allégué était que révoque de Coutances avait exercé les fonctions ëpiseopales dons Paris sans la permission de Tarchevâque, qui était alors le cardinal de Rets. La conduite de François de Haiiay était doublement blessante pour Mazorin ; elle attaquait un de ses confidents el reconnaissait Taiitorité du cardinal de Retz, dont Mazarin sollicitait ia révocation. La copie de la sentence prononcée par Tarchevèque de Rouen contre Tëvéque de Coutonoas ae trouve à la Kbiiothèque de l'Institut, ms. fonds Godefi*oy, t. II, fd. 17.
* GillesBoutaut,quifutévâqued*Évreux de i65o à i66i.
* L'évéque d'Avranches était Gabrid Boislève, qui occupa ce si^ du aS avril i65a au 3 décembre 1667. Tout le monde sait que l'évéché d'Avranches est réuni maintenant i celui de Coutances.
et Elle sçait bien que les attaques que vous recevez sont des eSects du Sept i6&$. zèle que vous avez du bien de 9es affaires et de sa satisfaction. Il faut se conduire avec grande modération, et je m'asseure que tout se passera à souhait. Je vous prie cle croire que je vous serviray de la bonne manière et qu'il ne vous manquera jamais lamitié du [cardinal Ma-
zarin].
Bibl. nat, ms, £ fr., t fi9,i(ta, f* lyS. — Autographe sign^
À L'ABBÉ roUOCET
Guiise, 47 septembre i65&^.
VcHis verrez que j'escris à M. le Pn^curenr g«neml tout ce qui s'esA faîct an Pariement sur l'eitravaigance de l'arcbevesque de Rou^n , à laquelle je ne sçais pas qrnl remède apporter^ piâsNpie je ne crois pas qu'il y ayt exemple d un semblable emportement Si M. 4e Constance Iny eust vouhi donner su voix peur estre député à l'assemblée gène* raie [du defgé], â eust eslé le plus honneste homme du monde, et, ne Vayant pas voulu faire, îà est excommunié. B faudra bien examiner le party qu'il y aura à prendre, et je m'asseure que les persomie» que je nomme à M. vostre frère ne manqueront pas à prendrez le meilleur.
Ce sereél un grand coup s'il pouvoit reuasîr de prendre queèifues uns des afficheurs; des placards , et je suis persuadé que ce que vous ne ferez pas, lorsqu'il s'agira du service du Roy et de ma satisfaction particulière, sera împossibfe.
' Ge bîUet autographe eai placé dans le ëiait à Goiset et la lettre qu^il ëcril de cette
manuscrit à ia suite des lettres de novembre « ville à ïAbé Fou)i|iiet se rapporte à Taffiàre
maift c-est par erreur. La date doit être U dont il a été question dans la lettre précé>
ay Apiem^i 655. A cette époque, Masarin dente, datée da même jour.
Sept. i655. I II I I , I
BCBK«1
Aff. étr., France,' t. 896, f* 961. — Copie du temps.
À LA REINE
Guise, 97 septembre ]655.
Je crains que la fréquence de mes lettres ne vous importune , et d'ailleurs les nouvelles marques que j'ay receues de vostre bonté et de celle du Confident ne [me] permettent pas de douter que mon absence [ne] diminue en rien l'honneur de vostre souvenir, quand mesme je ne vous escrirois pas. J'avois songé de m'en abstenir; mais je vous demande tres-humblement pardon s'il m'est impossible de l'exécuter, n'ayant plus grand plaisir au monde que ceiuy de vous confesser souvent la grandeur de mes obligations et la passion que j'auray, toute ma vie, de vous en tesmoigner ma reconnoissance, employant tout le peu de talent que Dieu m'a donné à vous bien servir.
Jen'ay receu aucune de vos nouvelles, et voila la cinquième lettre que je vous escris. Le Confident m'a envoyé des recommandations par le moyeu de M. le mareschal du Plessis; mais je croy que vous en auriez faict de mesme si l'occasion se fust présentée.
Vous aurez bien jugé que mon estonnement ne seroit pas trop grapd pour la nouvelle de la levée du siège de Pavie \ puisque vous et le Confident sçavez qu'il ne m'a pas esté possible de -concevoir la
^ Le siège de Pavie avait éié levé dam amertame de cet ëvënement : rr Voilà qu'on
la nuit du 1 3 au i/i septembre i655 {Mém. nous apprend que le si^e de Pavie est
de Uonglat, p. 3 1 1 , ëdit. Michaud et Pou- ievë. Voâà des prouesses du prince Thomas :
joulat). h\tmée assiégeante ëiait sous les cet homme est bon à faire tuer de pauvres
ordries du duc de Modène et du prince huguenots innocens*; mais H ne sauroit
Thomas de Savoie. Bans une lettre du faire une bonne éxecution sur le roi d'Es-
28 septembre i655, Guy Patin parle avec pagne, son cousin, etc.n
' On accusait le priDce Thomas d'avoir fait égorger les Vaodois des vallées de la Savoie.
moindre espérance du bon saccez de cette entreprise, dez que vous Sept 16&5. pristes la peine de me mander qu'on s'y estoit attaché. Tous les ordres sont desja donnez pour bien soustenir les affaires en Italie, a6n que les alliez du Roy ne soient pas exposez à recevoir aucun préjudice, et, pour le surplus, il faut se contenter des advantages qu'il plaist à Dieu de donner au Roy, qui sont fort considérables, sans nous affliger s'il n'a pas permis que les armes de France fussent aussy victorieuses en Italie comme elles sont partout ailleurs, et d'aulant plus que, si nous n'avons pas Pavie, nous avons esté assez heureux pour regagner le duc de Mantoue ^ et Gazai, qui n est pas un petil progrez dans la conjoncture présente.
Je fis partir hyer matin un convoy de douze cens charrettes sous la conduite de M. de Navailles, que j'accompagnay à deux heures d'icy; et [j ay] desja nouvelles qu'il estoit arrivé à Landrecy sans aucune mauvaise rencontre. MM. de Turenne et de La Ferté arriveront ce soir aux environs du Quesnoy, et ils envoyeront icy et à Saint-Quentin la plus grande quantité de charrettes qui^ (stc) leur sera possible, [afin que, avec] ce que j'assemble de nouveau, on fasse un second convoy capable de porter à Gondé et à S^-Guillain tout ce qu'il (sic) est jugé nécessaire de munitions de guerre et de bouche pour leur conservation jusques à la prochaine campagne.
Si le beau temps que nous avons à présent dure, comme je le crois, nous sortirons bientost d'affaires, et je pourray vous rendre mes i>bei8sances et au Confident de plus prez. Je supplie l'un et l'autre de compter sur moy, comme sur la créature qui leur est [le plus] obligée et qui ne leur manquera jamais. Je suis très- humble serviteur de Monsieur»
Vous aurez esté bien surprise de l'extravagance de M. de Rouen * aprez les protestations qu'il vous fit dernièrement.
^ Pendant son sëjouren France, le duc le Roi devait payer la garnison de Casai
de Hantoue conclut avec Louis XIV un et devenait ainsi maître de cette plac^. traite par lequel ce duc s'obligeait à donner ' La copie porte bien qm au lieu de quUL
passage aux armëes françaises. De son efttë, ' Voy. ci-dessus, p. 9^, la lettré du
IfAXAIlIll. — TU. l3
mpMiixaii lAnoiiAïK.
Sept. t€8i5.
LXVlï.
Aff. ëtr., France, t. 896, f" 970. — Copie du temps.
À LA REINE
Guise, 98 septembre i655.
Je n ay rien à adjouster à ce que j'^us l'honneur de vous escrire hyer, sy ce n'est que j'ay nouvelles de Tarrivée du convoy à l'armée, qui est campée à deux lieues du Quesnoy, entre Quievrain et Bavay, appez* avoir esté neuf jours bien advancée dans le pays ennemy, c'està-dii>e dans l'abondance; cai% sans parler de quantité de bleds et de fourrages qui a tout-à-faict mis en bon estât la cavalerie, il y a peu de soldats^ à ce que le comte de Moret^ me mande, qui n'ayent profité des vaches et des moutons, et le mesme comte me mande que l'ar^ mée est aussy belle que lorsque le Roy y estoit*
Mon esloîgnement commence à m'estre plus sensible, ne recevant aucune de vos nouvelles ny du Confident. J'apprends pourtant d'ailleurs que la santé de l'un et de l'autre est parfaicte, et c'est tout ce que je souhaite plus au monde, me flattant tousj ours dans la croyance qu'il est impossible que je n'aye quelque petite part dans l'honneur de vostre souvenir, puisque je n'auray jamais autre passion que celle de servir 33^ et le Confident avec le dernier zèle et fidélité. Je vous supplie de [le] leur dire à tous deux, de ma part, et d'empescher, autant que vous pourrez, afin que M. de Luxembourg^ n'usurpe la part que j'ay dans les bonnes grâces [du Roi et de la Reine], et en
^7 septembre i655, adressée è Tëvéque de ^ lie nom de M. Luxembourg ne peut
Coutances. dés^er ici Henri de Montmorency-Boute-
* Antoine du Bec-Crëpin, comte de ville, qui ne porta ce titre que beaucoup plus
Moret, manécliai die camp ea 165s , Uente- tard. Je pense que c'est un nom de conven-
nant générai en i6S5, tuë en i658 au tion destine à dérouter ceux qui auraient
siège de Graveiine*. intercepté la lettre adressée par Maurin à
lia Reine. - la
eschange de cette favear, je diray, le premier jour, aux Anges ^ Octobre 1 665* l'afiFaire*
LXVHL
Aff. ëtr., France, t. 896, f 979' — Copie du temps.
À LA REINE
Guise, 1" octobre i655.
Je suis bien heureux d'avoir receci plus f ost le remède que le mal ; car la lettre du Confident qui portoit que, n'ayant pas eu le temps de vous escrire, je ne Tau rois pas pour lire une lettre, ne m'a esté rendue qu'aprez celle que vous avez pris la peine de m'escrire pour me combler de grâces , sans me pouvoir imaginer la raison des excuses. En6n je suis bien satisfaict dé cet accident; car je vous advoue que la lettre du Confdent m'auroit mis en grande peine, quoyque j'eusse sceu, en ma conscience, de ne vous avoir pas donné sujet de vous plaindre de moy.
Je voudrois vous dire mille choses des sentimens de la Mer ^ à l'esgard de 35*, qui^ vous devoit aller voir; mais je juge plus à propos de le faire de vive voix, et je vous puis respondre, dez à présent, que vous aurez satisfaction, comme aussy je gagneray des momens pour me rendre au lieu où vous estes.
Mondevergues*^, qui vous rendra celle-cy, vous dira tout ce qui se passe en ces quartiers. Testât de nostre armée et des fortifications de
' A la Reine. " La Reine.
^ La lettre est brusquement interrompue * Qui parait se rapporter à la Jlfer et non
après le mot Vicaire. Je présume qu'il à 33^ puisque Mazarin dit, dans la suite de
s'agissait de l'affaire de l'archevêque de la phrase, qu'il le fera de mve voix. Rouen, dont il a ëtë question ci -dessus, * François de Lopis de Mondevergnes ou
p. 9&-95. Montdevergues avait éié nommé maréchal
^ Masarin. de camp en 1669.
Octobre i65&. Goiidé, de S^-GuîHaio et du Quesnoy, et il fera mesme voir au Confident le plan de celle ^ de Gondé, qui est fort belle et bien advancée.
Le comte de Moret partit hyer avec le second convoy composé de cinq cens charrettes, et demain partira M. de Lislebonne^ avec un autre aussy fort; mais, avec tout cela, il en faut bien envoyer d'autres pour donner le moyen de conserver ksdicts postes pour tout le mois de may^
Je n'ay pas eu de peine à deviner la dame ^ qui ne tomboit pas d'accord de Gazai. 11 faut pourtant que vous preniez la peine de la caresser, et que vous disiez au Confident de prendre occasion de Tasseurer de son affection pour M. son mary, et de la prier de luy mander, de sa part, qu'il désire qu'il fas$e tous les efforts imaginables pour prendre des quartiers dans le Milanois, puisque les renforts d'infanterie qui passent en Piedmont luy donneront quelque facilité à cela, et vous pourriez, encore luy dire quelque chose là-dessus et donner ordre à M. de Brienne d'escrire à l'ambassadeur, qui est à Turin, en cette conformiié. L'abbé Ondedei vous dira ce que je crois qu'il faudroit faire à l'esgard de M. le duc de Modene, duquel on parle universellement comme d'un Gesar et avec beaucoup de raison, estant aussy brave et honneste homme qu'on le. peut eslre, sans^qu'il en fasse grande ostentation.
J'escria un petit mot au Confident^ dont la mauvaise humeur^ m£ donne de l'inquiétude, et je vous conjure de travailler avec soin pour l'en délivrer et pour lui faire cognoistre que, vous et luy, ne sçauriez jamais avoir un serviteur plus fidèle qu-e, etc.
Ml y a bien celle au singulier se rapportant au moi fortification sous-entendu.
' François-Marie de Lorraine, comte de Uslebonne ou Liilebonne , né en i ôftQ , maréchal de camp en 1 6^9 , lieutenant général en i65i, mort le 11 janvier 169A.
' Tel est le texte de la copie. Le sens est : jusqu'à la fin du mois de mai, c'est-À^lire jusqu'à la campagne prochaine.
^ Je crois que Mazarin veut parler de Marie de Bourbon-Soissons , princesse de Savoie-Garignan, dont le mari, Thomas de Savoie-Carignan, avait échoué au siège de Pavie.
^ Cette mauvaise humeur venait sans doute du désir qu'avait le Roi de se raidre à Tarmée, dont sa mère et le Cardinal le. tenaient alors éloigné.
ou CARDINAL MAZARIN. 101
Octobre i655*
Aff. ëtr., Pays-Bas^ t. 87 (sans indication de page ni de folia). —
Copie du temps.