AUX GÉNÉRAUX (TURENNE ET LA FERTÉ
G aise, s oelobre i0'55.
Je fais partir M. de Lislebonne avec un convoy de plus de trois cens charrettes toutes chargées de bled et de farine , hors cinquante qui le sont d avoine et cinq de diverses choses appartenant à l'artillerie que M. de Gastelnau m avoit demandées. J ay envoyé le s' Gargan ^ à Saint- Quentin avec argent et toutes les choses nécessaires pour obliger au moins les charretiers qui auront leurs chevaux en bon estât à faire un second convoy. Je ne sçây ce qui en réussira; mais je sçay bien que le pain, le fourrage, lavoyne et Targent n'y seront point espargnez, et ma pensée seroit de le faire partir demain avec cent charrettes, que je crois pouvoir faire assembler aujourd'huy en cette ville.
Je fais estât de partir avec ce convoy pour vous aller voir. Talon ^ vous aura dict que j'ay résolu qu'on donne aux soldats qui resteront à Gondé et à Saint- Guillain quatre sols par jour, commençant de celuy d'hyer, et le pain, et qu'on advance deux mois aux officiers afin qu'ils puissent travailler à leurs petites provisions. Le payement sera réglé, et je n'oubîieray rien afin que lesdicts postes ne manquent de rien, ayant desja pourveu à toutes les choses qu'on m'a demandées, espérant que, si le convoy de demain reussist comme je Tespere, il ne manquera que deux miHe septiers de bled pour la subsistance pour
^ On peut lire GarganU GVtait un finan- Jaoob Chevalier, i65â). Cf. la Bibliographie
cîer souvent cite dans les lettres de Maza- d» Jlfozarôuufetf publiée par M. Moreaupour
rin. Il était intendant des finances et avait la Soeiitè de F histoire de France, I. II, p. 16. payé à Mazarin vingt mille livres pour celte ' Philippe Talon était, comme on Ta déjà
charge, si Ton en croit une mazarinade inli- dit, intendant de Tannée commandée par
tnlée : Grippemenaud {le) de la Cour (Paris, Turenne et La Pertes
Octobre i>656. lout le oiois de jBay \ donnant sk mille sept cens rations par jour; mais je suis bien marry de tous dire que j'apprens de tous costez que Saint-Guillain est en très-mauvais estât et que les grands soings qu on a pris pour mettre Gondé en bon estât ont faict ne^iger l'autre place, dont vous sçavez mieux qu'aucun autre l'importance, et il y faut remédier à quelque prix que se soit ^ et pour moy, j'y assisteray* en la manière qu'on pourra souhaiter.
Je feray porter de l'argent pour asseurer, au moins pour deux mois, le payement aux troupe&qui devront tenir garnison dans lesdicts postes, et ce pendant j'escris au s"" Talon d'advancer, dez demain, de l'argent pour quelques jours aux soldats, afin de ne perdre pas un moment de temps à leur faire cogno^tre qu'on les veut bien traiter.
Yous aurez veu ^ que le destachement de charrettes des vivandiers et des officiers de l'armée n'est pas reussy [m) , et le comte de Moret et Talon vous en auront dict les raisons; mais il ne faut pas perdre courage et [il faut] surmonter les difficultez; les ennemys en ont bien autant que nous.
LXÎL
kS, ëtr. , France , t. 8^6 , f** afi i . — Copie du temps.
À LA REINE
Guise, 9 octobre i655.
Jay receu avec beaucoup de joye la lettre du â8 [septembre], voyant le Confident satisfaict de 22 \ avec de si bons sentimens pour la Mer^. Je vous conjure de Caire en sorte que cela continue longtemps, vous asseurant que 1 ^ ^ y contribuera tous ses soings et de la bonne
' Jusques et y compris le mois de mai leod.. CependaDt seeu semblerait plus coude Tan prochain. venable.
^ C'e&trà-dii*e,/^ donnerai rassistanee né- ^ De la Reine.
eesscûre, ^ Pour Maxarin.
* Le manuscrit porte bien veu,, qui s'en- * Mazarin,
manière. Pour ce qui est de mon retour, je vous supplie de croire qu'il Ocioi>re i655. ne sera pas retardé d'une heure plus qu'il ne faudra , et, au compte que je fais, je crois qu'il pouiTa estre encore ie i o ou i a du courant.
Le troisième convoy est parti ce matin, et je pourrois bien aller demain à l'armée avec le quatrième. Je n'ay rien à adjouster à ce que je vous escrivis hyer et au Confident par Mondevergues, sinon que je ne suis nullement satisfaict des rapports qui m'ont esté faicls de Testât de Saint^Guillain , particulièrement de ce que M. de Navailles m'en a dict. Enfin je vois qu'on s'est tellement appliqué à Gondé, qu'où se contente de laisser à ce pauvre sainct son aigle et son ours^ et rien davantage. Je n'oublieray rien pour qu'il y ayt tout ce qu'il luy faut; mais je ne sçay pas ce qu'il m'en réussira. Le plus grand inconvénient de tous, c'est que les soldats n'ayment pas la compagnie de ces besteslà, et ceux qui ne désertent [pas] tombent malades. Il faudra pourtant prendre une resolution là-dessus avec MM. les généraux, car ce poste n'est pas bien.
Je vous ay desja escrit mes sentimens sur l'extravagance de Tarche^vesque de Rouen ^. Il m'a escrit une lettre toute semblable à lavostre^.
Je vous ay escrit pour l'accommodement; mais il faut bien prendre garde que les conditions mettent tout-à-faict à couvert la dignité du Roy et l'honneur de M. de Goutances, car autrement il ne vaudroit rien. Il eust esté bon que vous luy eussiez faict de grands reproches par le mesme abbé de FortiaS et je ne doute pas que vous ne luy ayez dict ce qu'il falloit, ayant un si beau champ pour cela.
Je suis ravy de vous voir dans le plus beau lieu du monde ^, et en mon particulier je l'ayme au point que vous sçavez, vous ayant tant
^ Allusion aux armes de SaintrGuillain et à no usage dont parie Monglat {Mémoires, p. 809, ëdit Michand et Poujonlat). «rli y a, dit-il, ane chose remarquable dans Saini-Girialain, qui est qa*on y nonrrit toajours un ours et un aigie^ par une vieifle superstition que ces deux animaux ont, autrefois, sanvë la ville. «
* Voy. ci-dessus^ p. 94-96, la lettre adressée k Tévéquc de Goutances.
' Semblable h celle qu'il vous avait écrite.
^ François de Fortia faisait partie, en i655, de rassemblée du clergé {Mém. du père Rafin , t. III , p. 86 ) ; il mourut ii Paris , en 1676.
^ La Cour était alors à Fontainebleau.
Octobre i655. de fois entretenue de ses beautez. J'espère de le faire encore de nouveau.
Je suis entièrement à vous et au Confident^ et tres-humble serviteur du présomptif.
Aff. dtr., France, t. 991, f* lyA. — Original signe, en partie autographe.
AU COMTE DE BRIENNE
Guise, 9 octobre i655.
J ay receu la lettre que vous m avez escrite touchant les affaires du Nord. H est vray qu'on m'a rendu des depesches de M. de Lumbres * ; mais, par malheur, je n'ay pas son chiffre pour voir ce qu'elles contiennent. Ce que je vous puis dire, c'est que, luy ayant esté mandé plusieurs fois de ne rien faire que de concert avec M. d'Avaugour, il n'y a pas lieu de craindre que, s'attachant à cet ordre, il puisse arriver aucun inconvénient de sa négociation, veu mesme que M. d'Avaugour n'aura pas manqué de donner part de tout au roy de Suéde, ainsy que je luy avois escrit de faire ^. En tout cas, il n'y aura point de mal de réitérer le mesme ordre audict sieur de Lumbres, afin qu'il Tobserve d'autant plus exactement et qu'il ne se passe rien qui puisse blesser la bonne intelligence que le Roy désire entretenir avec le roy de Suéde.
M. l'evesque d'Orange' me mande qu'on ne doit rien attendre d'Arles ny de Marseille pour leur part de la taxe ordinaire des terres adjacentes *, à moins que de les y contraindre par des exécutions soli-
' Le président de Lumbres avait été ^ Hyacinthe Serroni.(Voy.8ar cet évoque
chargé, comme on Ta dit, de missions di- le tome VI, p. 65, note 3, des Lettre» de
ploroatiques auprès de IVlecteur de Bran- Mazarin.) L*ëvèqiie d'Orange avait été en-
deboarg et du roi de Pologne. Il fut, en voyë par Mazarin à Toulon pour surveiller
1 660 , un des médiateurs de la paix d'O- Tadministration de la marine, liva. ^ Cf. sur les terres adjacenU» de Pro*
' Voy. ci-dessus, p. 78-79. vence une addition du tome VI, p. 758..
daires. La chose mérite bien qu'on examine dans le Conseil les moyens Octobre i655. d'y pourvoir promptement, et pour moy, j'estime que, puisque la raison et la douceur sont inutiles , l'on doit se servir des autres voyes et ^ expédier sans autre delay les ordres qui pourront estre nécessaires pour cet effect. Il me mande aussy que les autres terres adjacentes^ ne payeront pas, si l'on ne révoque les arrests de descharge qu'ils* prétendent avoir obtenus. C'est pourquoy mon advis seroitquon envoyast promptement audict sieur evesque d'Orange un arrest du Conseil portant revocation de toutes ces descharges; car, sans cela, les galères souffriront beaucoup *.
Il sera bon aussy de luy envoyer un ordre du Roy ou un arrest du Conseil, si besoin est, pour obliger le séquestre^ d'un certain vaisseau anglois, qui est au port de Toulon, à délivrer la quantité de trente milliers de plomb pour envoyer en Catalogne, sauf à le payer si la prise se trouve bonne', et [obliger] tous ceux qui ont destourné quelques effects ou marchandises dudict vaisseau, de les restituer et par corps *.
Je vous prie de prendre un temps pour recevoir là-dessus les ordres de Leurs Majestez et de les exécuter diligemment, et au surplus de me croire tousjours, etc.
"^ Pour ce qui est d'Arles et de Marseille, je me remets à ce que vous jugerez plus à propos. Je fais estât de vous depescher le sieur de Montesson^, afin que vous puissiez vous en servir pour depescher en Franche-Comté, ayant desja faict ce voyage une autre fois fort à propos pour le service du Roy. M. le mareschal de Villeroy pourra aussy
* On a VQ, dans l'addition du tome VI (p. 758), qa*oatre Aries et Marseille, les terres adjacentes comprenaient douze autres villes et des circonscriptions territoriales, qoi sont citées dans cette addition.
* r^e pronom ih représente les habitants des villes comprises dans les terres adjacentes. ' * La dernière phrase « depuis car, est autographe.
MAXAUK. — fil.
^ La personne chargée du séquestre.
' I^ phrase incidente, depuis «ot/ jusqu'à bonne, est autographe.
* Et de les y contraindre par corps.
' Le fosP^criptum est tout entier autographe.
* Jean-Baptiste, baron de Montesson, avait été nommé maréchal de camp en i65s.
UMIIiaMa ■ATIO^AU.
Ocioiira i655. y servir utilement par le moyen de monsieur rarchevesque de Lyon^ Je vous prie de luy en parler et de vouloir donner la lettre cy-jointe à la Reyne.
AiL ëtr., Franoe, t. 896, f* 990. — Copie du temps.
À LA REINË.
Guise, h octobre j655.
Je vous ay escrit deux fois depuis trois jours par Mondevergues et par un courrier que M, Servien m*avoit depesché de Paris. A présent, vous et le Confidmi sçaurez que je pars- demain pour aller à Tarmée et y demeureray trois jours pour visiter les postes advancez, y establir tout ce qu'on jugera nécessaire pour leur conservation, résoudre les postes que Tarmée prendra le reste de la campagne, estre de retour sans faute dimanche prochain avec dessein de prendre la route de Fontainebleau un jour aprez, quoyque je voye qu'il manquera encore quelque convoy à faire; mais comme ils ne seront que pour leQuesnoy et Landrecy, je crois de pouvoir laisser si bon ordre pour cela que la chose s exécutera ponctuellement.
Les ennemis s'assemblent dans le mesme poste que l'armée du Roy a quitté; ils ont faict recognoistre Gondé, et je m'asseure qu'ils n'en auront pas esté trop satisfaicts; mais pour Saint-Guillain , je suis obligé de vous dire qu'il n'en est pas de mesme, et Ton pourroit bien estre contraint à le raser ^. J'examinerày la chose avec MM. les généraux, et on résoudra ce qu'il sera le plus advantageux au service' du Roy. La conduite des ennemis me faict croire qu'ils ont dessein de se retirer bien tard, espérant de pouvoir entreprendre quelque chose à Gondé ou au Quesnoy, si nous Iç faisons plus lost qu'eux^; mais on prati-
^ Camille de Villeroy, frère du Maréchal. ' A raser les fortificatioas de cette place.
Il avait d'abord é\Â désigné soas le nom *'^». 'Le sens est : si }\om nom retirons plu* d*abbé d'Aisnay. ( Voy. t. IV, p. 9 66 , note 9.) têt qu'eux.
quera tous les moyens imaginables pour tenir là campagne le temps octobre i65&. qu il faudra pour conserver lesdicts postes.
II est certain que je n ay au monde plus forte passion que celle de vous servir et le Car^idenly mais je vous advoue que, quand il le faut faire esloigné de vous, il m'est fort sensible, et je me lasse bientost; sur quoy j'auray l'honneur d'entretenir Tun et Tautre à mon retour. Ce pendant je vous fais, dez à présent, mes excuses si vous ne recevrez (sic) de mes lettres si souvent durant ce petit voyage, et je vous supplie de me conserver vostre bienveillance et celle du Confident j que je n oublieray rien pour mériter de plus en plus avec mes tres-humbles services, desquels je souhaite que Monsieur soit asseuré, estant de la bonne manière et plusr que jamais # *.
LXXm.
Aff. ëtr., France, t. 896, f^ a9a. — Copie du temps.