II AVERTISSEMENT
Le tome VII des lettres de Mazarin comprend deux années, du commencement de juillet i655 à la fin de juin 1667. Les événements les plus importants, pour lesquels la correspondance du cardinal fournit des renseignements nouveaux, pendant cette période sont : 1° La conspiration du maréchal d'Hocquincourt et de la duchesse de Châtillon pour livrer Péronne aux Espagnols et au prince de Condé; 2** les négociations et les traités avec l'Angleterre (i655 et 1667); 3° les négociations avec la cour de Rome et avec le roi de Suède, Charles-Gustave, alors en guerre avec la Pologne, et menacé par une coalition des puissances septentrionales. Il est nécessaire d'insister sur les lettres qui concernent ces différentes questions.
Progrès de la France dans les Pays-Bas espagnols (août i655). — Gonspiralioa du maréchal d'Hocquincourt el de la duchesse de Châtillon. -— Mazarin fait remettre au roi les villes de Péronne et de Ham (novembre i655).
La campagne de i655 avait été signalée par d'importants succès dans les Pays-Bas espagnols : après la prise de Landrecies (i3 juillet) \ le roi avait fait dans les Flandres une promenade militaire (août i655), à la vue des ennemis qui n'osèrent s'y opposer. On trouve, dans les lettres de Mazarin à la Reine ^, les détails les plus complets sur celte marche triomphale du jeune Louis XIV. Enfin la prise de Condé et de Saint-Guilhain (août i655)^ termina heureusement cette campagne.
Les succès de la France faillirent être compromis, vers la fin de cette année, par la conspiration du maréchal d'Hocquincourt,
bëtiques embrasseront Tuniversalilë des de compléter dans le même sens les tables
noms propres, qudle que soit la place qu'ils particulières des six premiers vdumes.
occupent; et je me propose, par une table ^ Voy. p, ii,
générak de la correspondance de Matarin, * Voy. p. a5 et suiv.
qui sei*ait publiée à la fin du dernier tome, ' Voy. p* 56 et 68.
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gouverneur de P^ronne et de Ham. La Fronde avait laisse, même lorsque la guerre civile fut terminée , des germes de troubles. Les gouverneurs de places conservaient une forte dose d'indépendance; leurs garnisons, recrutées par eux, leur obéissaient exclusivement; ils étaient tentés de traiter de puissance à puissance avec le souverain. On revoyait, bien qu'à un degré moindre, ce qu'on avait vu au début du règne régulier de Henri IV, au sortir de' la quasidissolution de la France, sous la Ligue : les hommes de guerre vendant au roi les villes du roi.
Déjà, la correspondance de Mazarin nous a montré le comte du Daugnon , maître de ^rouage , faisant payer ses trahisons de la dignité de maréchal de France \ 11 avait aussi fallu racheter de Manicamp la place de la Fère, quil avait reçue en dépôt et qu'il voulait transformer en une forteresse personnelle^. Un des généraux qui aspiraient à se rendre indépendants était le maréchal d'Hocquincourt, gouverneur de Péronne et de Ham. Quoique parvenu à la plus haute dignité militaire, il se plaignait que ses services n'eussent pas été dignement récompensés. Il était surtout jaloux de la réputation de Turenne, et, dans son infatuation, prétendait se conaparer à ce grand capitaine.
A ces sentiments, qui depuis longtemps l'avaient rendu suspect à Mazarin, vint s'ajouter une passion extravagante pour la duchesse de Ghâtillon, Elisabeth de Montmorencv-Bouteville. Cette femme ambitieuse se servait de sa beauté et surtout de son esprit d'intrigue , ^ qu'elle avait fort développé, pour gagner des partisans à Condé. Du château de Mello^, qu'elle habitait ordinairement, la duchesse entra en relations avec le gouverneur de Péronne, que sa réputa-
' Voy. le tome V, p. Sgi , note 3. est aujourd'hai la propriété de M. Seillière.
' lUd., p. 6&3 et 6 Ai. La duchesse de Ghâtillon, qui n*en avait
' Aujourd'hui départ, de TOise, arr. de d*abord que rnsufruit, en reçut la nue-pro-
Seniis, canton de Creil. Ce château était priété du prince de Coudé, auquel elle ap-
appelé Merhu ou Marlou au xtu* siède; il partenait.
iT AVERTISSEMENT.
tion lui désigoait comme atout propre à faire les folies dont elle avait besoin n , et profita de sa passion pour l'engager à livrer ses places aux Espagnols.
Mazarin fut averti de cette dangereuse conspiration par une lettre interceptée. Il se hâta de se rendre, avec le roi, à Compiègne. Sa correspondance, pendant le mois de novembre i6B5', atteste avec queHe vigilance il parvint à déjouer le complot de rrce fol qui, dit-il, n'a ni rime ni raison 79, mais qui aurait rendu Condë maître d'une des places fortes de la Somme, et lui aurait permis de pousser ses incursions jusqu'aux portes de Paris. L'abbé Fouquet, toujours un des agents les plus dévoués et les plus habiles du cardinal, fut chargé de faire arrêter la duchesse de Ghâtillon. Mazarin lui confia la garde de la prisonnière; le choix d'un pareil geôlier parut, non sans raison, assez étrange aux contemporains, qui connaissaient la passion de l'abbé Fouquet pour M'""" de Ghâtillon, dont il était l'amant, à ses heures*^; mais Mazarin atteignit son but. L'inquiétude que l'arrestation de la duchesse causa au maréchal, le décida à entrer en négociations avec la cour; il consentit, moyennant des sacrifices pécuniaires auxquels Mazarin, malgré la répugnance de la Reine ^, se résigna, à remettre Péronne et Ham aux troupes royales. Les mémoires du temps parlent de celte affaire , mais sont loin d'entrer dans les détails que donne la correspondance du cardinal.
Négociations avec Olivier Cromwell (i655-i657). — Traite de Westminster (novembre i655). —^Négociations avec TEspagoe (i656). — Traité de Paris avee Cromwell ( 9 3 mars 1657).
Les négociations que Mazarin avait entamées avec Cromwell,
' Voy. p. lao et suiv. lume, et V Histoire amoureuse des Gmihs de
* Voy. an passage d une lettre de M"** de Bossy-Rabutio (éd. Lalanne) , t. II, p. 4o5. Sévigné,citép. i39,note3,dapréseotvo- ' Voy. p. 198.
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et qu'il avait poursuivies avec taut de persévérance pendant les années 16S/Ï et i655, avaient été plusieurs fois interrompues. Le Protecteur, qui hésitait entre la France et TËspagne, écoutait à tour de rôle les propositions des ambassadeurs de Louis XIV et de Philippe, sans rien conclure.
Différents prétextes lui avaient servi à traîner en longueur : d'abord laccusation qu'il avait portée contre le baron de Baas\ ensuite la prétendue persécution contre les Vaudois du Piémont, persécution qu'il imputait aux Français. 11 fallut au cardinal une obstination poussée aux dernières limites, pour surmonter tous les obstacles suscités par le mauvais vouloir de Gromwell. Il parvint enfin à conclure un traité de commerce ^ connu sous le nom de traité de Westminster (novembre i655). Cette convention mit un terme aux hostilités dont se plaignaient les marins français. Des articles secrets stipulaient que le roi titulaire d'Angleterre, Charles II, ses frères et ses principaux partisans seraient invités à quitter la France et que, de son côté, Cromwell ne recevrait en Angleterre aucun émissaire de Condé ^.
Ce premier traité devait être suivi d'une alliance plus intime dirigée contre l'Espagne. Le Protecteur envoya en France un de ses parents et de ses partisans les plus intimes, le colonel Lockart; il devait remplir les fonctions d'ambassadeur à la cour de Louis XIV et presser le cardinal de s'unir à l'Angleterre, pour l'exécution de desseins qui embrassaient toute l'Europe. Cromwell songeait a former une vaste ligue dans laquelle devaient entrer les Etats protestants. 11 aurait voulu y entraîner la France. Le cardinal résistait à de pareils projets et cherchait è éluder la présence à Parts d'un ambassadeur anglais , qui pouvait devenir un obstacle et on danger.
^ Voy. le tome VI des lettres de Mazarin, * Voy. p. 1 97 du présent volome.
Avertissement, p. 5. » Voy. p. 181.
Ti AVERTISSEMENT.
Il dllëguait que la cour était remplie d'Anglais, partisans dévoués des Stuarts. N'était-il pas à craindre que lun deux ne se portât à quelque violence contre le représentant du w régicide )>' ? Mais le Protecteur se moqua des objections : il tenait à dépêcher au Louvre un personnage officiel, dont la présence affirmât la reprise des relations diplomatiques et dont Fœil perspicace fouillât de plus près les dessous inquiétants de la politique française. Mazarin fit à Lockart Taccueil le plus propre à dissimuler les craintes qu'il avait manifestées; mais il résista à toutes les propositions qui lui furent faites d'entrer dans la coalition qu'aurait voulu former Gromwell. Il savait que l'alliance anglaise n'était pas favorablement accueillie par la cour. Les dames surtout, le clan des précieuses héroïnes et sous-héroïnes des deux Frondes, à l'influence si puissante en ce temps de romanesque galanterie, étaient touchées des malheurs d'Henriette de France, veuve de Charles P'; elles ne dissimulaient pas leur haine contre les cr têtes rondes ?> et leurs sympathies pour les ff cavaliers î) ^.
Mazarin ne se laissait pas entamer par cette politique sentimentale, et il n'hésite pas à déclarer, dans ses lettres, qu'il regarde le traité conclu avec l'Angleterre comme un des actes les plus utiles de son ministère; mais il voulait le restreindre à une alliance offensive et défensive contre l'Espagne. Aux instances de Lockart il opposait l'impossibilité, pour la France, qui luttait péniblement contre la maison d'Autriche, de s'engager dans de nouvelles entreprises.
Même il y eut, à cette époque, quelque hésitation dans la diplomatie secrète du cardinal ; hésitation qui s'explique peut-être par le désir d'échapper à la pression de Cromwell. Sur l'ouverture que
* Voy. la lettre adressée à rambassadeur Mémoires de M"' de Montpensier et de Bordeaux, p. a 18. M""' de Motteville, ainsi que la plupart des
^ On peut 8*en convaincre en lisant les correspondances du temps.
AVERTISSEMENT. ni
lui fit un seigpieur espagnol, Mdzarin entama, en 16&6, des négociations sérieuses avec don Louis de Haro. Hugues de Lionne se rendit h Madrid en prenant les plus grandes précautions pour dissimuler son voyagea Les négociations débutèrent assez bien, et Ion espérait arriver à un traité de paix; mais deux causes s y opposèrent : les exigences des Espagnols qui voulaient que le prince de Condé fût rétabli dans toutes ses dignités, et surtout Téchec des Français devant Valenciennes (juin i656).
La correspondance de Mazarin garde un silence complet sur ces négociations jusqu'au moment où elles furent rompues (juilletaoût 1 656). Il se décida alors à en parlera Lockart — qui du reste les avait déjà pénétrées — en affectant de n y attacher aucune importance^, et recommença aussitôt les pourparlers en vue de cette alliance intime de la France et de l'Angleterre , depuis si longtemps à Tétat de projet. Il en avait, depuis 1683, indiqué les conditions pratiques, en proposant de réunir les forces des deux nations pour reprendre à TËspagne les places de Dunkerque et de Gravelines^. La première devait rester aux Anglais, la seconde appartenir à la France. Ces propositions avaient été renouvelées en i65/i, à Tépoque de la mission du baron de Baas en Angleterre.
Gromwell avait alors hésité à les accepter, parce que, dans le même temps, les Espagnols s'engageaient à lui livrer Calais, aussitôt que cette place aurait été prise; mais lorsquen i656, Mazarin revint à la charge, le Protecteur n'avait plus les mêmes motifs de tergiverser. Il était, en effet, en état de rupture ouverte avec TEspagne et venait de lui enlever la Jamaïque (i655).
' La mission de Lionne est exposa d'nne * Voy. ia lettre du 98 aoAt à M. de Bor-
manière très complète dans Touvrage de deanx, p. SaS.
U.Yétej,qmeifonriiire:Nifoeiatùmêde * Voy. ia lettre du a3 avril i65a, t. V des
Htiguei de lÀoime. lettres de Mazarin, p. 91.
MASAUR. — fil. B
IWratKBUl lATIOliâll.