‹ Lettres du cardinal Mazarin pendant son ministère (volume 3)Chapitre 47 sur 100 · À L'AR€HEVÊOUE DE TOURS · texte numérisé non relu

À L'AR€HEVÊOUE DE TOURS

[Gompiè^e], sa septembre t656^

Vous auriez fort mauvaise opinion de moi, si vous croyiez que je confonde assez les choses pour ne faire pas um différence essentielle entre vous et le sieur abbé de Rance^ et que- je fasse moins d'estime de ce qui vient de vous, parce cpie sa conduite me donne sujet den avoir fort peu pour luy.

Il est vray que j ay creu les rapports que Ton m'en* a faicts; mais il

^ Victor Le Bouthillier, ' ne en iSgo, avait été chanoine de Notre-Dame de Paris et ëvéqae de Boulogne en i6a6. Il fut ensuite coadjnteur de Tours en 1 63o et titulaire de cet archevêché en 1 64 1 ; il mourut le 19 novembre 1670. It avait été aussi premier aumônier de Gaston, duc d'Orlëims, et abbë d'Eauvive. Il était frère de Claude de Bouthillier, secrétaire d*État des Affaires étrangères et surintendant des Hnanees sous Louis XIII et pendant la minorité de Louis XIV, mort disgracié en i655. L'archevêque de Tours, dit Tallemant, signait toujours ff Le Bouteillem et prétendait venir des comtes de Sentis. Il parait que leur auteur réel était un paysan de Touraine, qui se transporta à Angouléme, où son fils eut quelque charge. Le père de Tarcbevéque et du surintendant avait été avocat, puis conseiller au Parlement, et leur mère était une Bragdogne, famille de robe, nombreuse et puissante alors.

* Cette lettre ne porte aucune indication de lieu ni la date précise du mois dans le manuscrit des Affaires étrangères; mais, dans le tome 5i des Mélanges de Colbert, elle est datée du 99 septembre i656.

' Armand-Jean Le BoutbiUier, abbé de Rancé, était fils de Denis Le Bouthillier, secrétaire des commandements de la reine Marie de Médicis, et neveu de Victor Le BoutbiUier, archevêque de Tours. La letti*e de Mazarin se rapporte à une époque où la vie de Tabbé de Rancé était peu édifiante.

Né en i6a6, ordonné prêtre en i65i, il mena jusqu'en 1657 une existence très mondaine.

Ce fiit seulement après la mort de M*" de Montbazon qu'il commença une vie de pénitence; il s'enferma en i665 dans son abbaye de la Trappe, qu'il réforma et oii il mourut en 1700, dans sa soixante-quatorzième année»

Sept. i656. auroit fallu que j'eusse dementy le tesmoignage de tout ce qu'il y a de plus honnestes gens dans l'assemblée [du clergé] pour ny adjouster pas foy, et luy-mesme a faict assez de parade de sa manière d'agir pour vouloir bien la rendre publicque. C'est un jeune homme remply de vanité et qui n'ayant pas encore la prudence nécessaire pour se mesler des affaires importantes , s'esgare aysement et ne se soucie pas de prendre un chemin esloigné de son interest et de son debvoir, pourveu qu'il fasse parler de luy. Il y a si peu de fondement à faire sur de semblables personnes que je vous advoue que je ne [marqueray]* point de générosité pour l'obliger, et que je ne luy donneray aucune matière de gratitude; mais comme je croy que vous n'avez aucune part à sa conduite, et que, si vous en aviez eu la direction, et qu'il eust suivy vos conseils, il en auroit tenu une toute différente, je vous puis aussy asseurer que la mauvaise satisfaction que le Roy en a ne rejaillist eu aucune façon sur vous et ne m'empesche pas, en mon particulier, d'estre tousjours parfaictement, etc.

CCXVU.

Aff. étr., Angieterre, t. 66, f* 379. — Minute.

À M. DE BORDEAUX

Gompiègne, as septembre i656.

(bxtrait.)

Après Tavoir entretenu de la levée de troupes d'infanterie et de cavalerie, Mazarin ajoute :

La reyne de Suéde part demain d'icy pour s'en retourner en Italie, ayant appris que les. affaires qui Tobligeoient d aller en Suéde estoient adjustées à sa satisfaction. Elle lesmoigne d'en avoir une toute entière de la réception quon luy a faicte en ce royaume et particulièrement à

* La copie, qui est très défectueuse, porte : Je ne manqueray point de générosité; mais le sens qui résulterait de ce membre de phrase serait entièrement opposé à la pensée de Mazarin.

la Cour; et, à la vérité, l'on n'a rien oublié de ce que la briefveté du Sept. i656. temps pouvoit permettre pour la bien recevoir.

Nous eusmes hyer confirmation de l'heureux succez du siège de Valence et que la place avoit capitulé, que nous estions maistres dune porte et de deux bastions et que les armes du Roy dévoient entrer au matin saraedy. La conqueste est de l'importance et de la réputation que tout le monde peut juger, et nous est d'autant plus glorieuse qu'elle s'est faicte en présence d'une armée ennemie et que la garnison n'estoit pas si foible qu'il n'y reste encore six cens hommes de pied et plus de trois cens chevaux.

Aff. ëtr., France, t. ùjà, f" 78 et 106. — Minute et copie.

À M. SERVIEIV.

Gompiègne, a3 septembre i656.

( EXTRAIT

Mazarin revient sur plusieurs affaires antérieures, par exemple sur la nouvelle de la prise de Valence en Italie et sur le peu de succès de la mission de Lionne en Espagne. R continue ainsi :

On approuve tout ce que vous avez jugé à propos [d'arrêter] avec M. le prince de Hombourg pour adoucir les termes du traité que l'on veut faire avec le duc de Neubourg et l'empescher de croire que nous ayons de la meffiance de sa sincérité ^

Sa M'* fera payer audict sieur duc, lorsque l'armée de vingt mille hommes sera sur pied et en estât d'agir, soixante mille risdalles par mois, que l'on commencera à payer le jour que l'armée sortira en campagne, et on continuera à le faire jusques à ce qu'elle entre dans ses quartiers d'hyver; et voilà tout ce qui se peut faire au plus sur ce

* La partie de la lettre, extraite ou reproduite d'après la copie (fol. 106-107), s'arrête ici. Le reste est tire d'une minute placëe au folio 78, que je suppose être la suite de la première partie.

M4ZARIX. — TH. A8

IWrHI»»* lATIORALI.

Scpi. i656. point, ayant faict response que, quand on ne demeurera que six mois en campagne, la première armée nous coustera , avecie change S pour ]e moins ua million huit cent mille livres^.

Vous prendrez garde que, moyennant ce que dessus, ledict duc prétend se charger des dépenses de lartillerie et des vivres , et de ce qu'il jugera à propos de donner aux troupes pendant la campagne \ sans que le Roy soit obligé de donner la monstre ^ ainsy que vous aviez mis dans un article du projet.

Le troisième point, c'est sur les conquestes, sur lesquelles j'ay dict à M. de Hombourg que, si on pouvoit prendre Namur ou quelque aiitre place qui pust servir à establir la communication avec les Estats dudict duc*, qu il seroit juste de convenir qu'elle nous demeureroit, et mesme qu'on travailleroit à cela autant que les conjonctures le pourroient permettre, puisqu'il n'estoit pas moins advantageux pour les interests de ce duc que pour ceux de Sa M**^ d'en user ainsy.

^ Voy. ci-dessus, pour le ckange, au temps de Mazarin , la note 5 de la page 398.

* Il y a une erreur évidente dans ce cbi£Bre, et il faut lire «un million ^v huit cent mille livres «. En effet, 60,000 risdates à payer pendant six mois faisaient un total de 36o,ooo risdales, qui correspondaient assez exactement à 760 00 800,000 livres tournois de t6&6.

' Cette bdle indifférence pour la solde était chose assez ordinaire en Allemagne. Les hommes du duc de Weimar et ceux du

roi de Danemark étaient, dit un contemporain, tr accoutumés à ne point toucher d'argent )). Le duc de Lorraine disait aussi d'un de nos compatriotes : «G^est ane chose étrange, je n'ai dans mes troupes que œ seul Français, et U est sans cesse à me demander de Targent, comme si j'en donnais à mes soldats, n

* Le duc de Neubourg avait pour capitale Dnsseldorf et possédait Glèves. U avait des prétentions sur Jaiiers qu*occapaient les Espagnols.

CGXIX.

Bibl. nat, ma. t (t., M&mge» de Colbert, t. Si, f* 399 v*; minute. — Aff. âr., France,

L 97a, f* 86; copie da temps.

À LA REINE

Le Père, «5 septembre i656.

(bxtrait.)

Après lui avoir annoncé la levée du siège de Sainl-Giulhain par les ennemis , Mazarin ajoute qu'ils se sont approchés de larmëe française qui assiégeait la Gapelle, et continue en ces teruies :

Il ne faut pas douler qu'ils ne soient venus en resolution de tenter le secours de la Gapelie et que, si don Juan et Garaoene croyent le prince de Oondé, on bazardera tout pour cela; mais nostre armée estant retranchée, plus forte que celle des ennemis, au moins de quatre à cinq mille hommes, et très bien postée, puisqu'ils seront coatratnte de passer par un grand défilé en nostre présence, nous devons es*perer que, si Dieu laisse agir les causes secondes ^ nous aurons un bon succez, et toujours il seroit tres-glorieux aux armes du Roy si on prend la Capelle en présence des ennemis, après leur avoir faict lever le siège de Saint-Guillain. Tout est entre les mains de Dieu, qui, sçachant bien les intentions du Roy et de la Reyne pour le repos de la chrestienté et pour entreprendre tout ce qui sera de son service, nous devons attendre qu il desparlira ses grâces à ce royaume aussy abondamment que nous pouvons souhaiter.

Pour ce qui est du siège [de la Capelle], la nuict^que M. deTurenne a faict ouvrir la tranchée % on a donné par quatre endroits, et on a

^ On a TU plusieurs fois ce! te locution ville se rendit le 36 et la garoison en sortit

qui signifie : Si Dieu n'intervient pas d'une le a 7. Elle se composait de cent hommes

nutnièn miraculeuse. environ, commandés par Bouton, s' de Gha-

* La tranchée n avait été ouverte que milly,geDtilhomme du duché de Bourgogne,

dans la nuit du â3 au a^ septembre. La irqui était h Monsieur le Prince)».

Sepc. i656. emporté la contrescarpe, les demy-lunes , dans l'une desquelles le major de la place, avec quelques soldais et officiers, ont esté faicts prisonniers; on a attaché le mineur et on a faict huit cens pas de tranchée. C'est beaucoup pour une nuit^

11 est vray qu'aprez ils ont deslogé, deux ou trois fois, le mineur, à force de feux que les assiégez ont jeté; mais à présent il est bien logé. H ver, ils demandèrent à capituler; mais ils demandèrent quatre jours pour rendre la place; ce que M. de Turenne refusa avec beaucoup de raison et leur déclara que, s'ils ne se rendoient pas aujourd'huy à midy, il ne leur accorderont aucune capitulation. Si la place n'est pas secourue, elle ne peut pas tenir deux jours, quelque effort que les assiégez puissent faire.

Le Roy demeurera icy (à la Fère), ayant approuvé les raisons que je luy ay dictes pour luy faire cognoistre que son service et sa dignité ne pouvoient pas permettre que [il]^ s'advançast, dans Testât présent des choses. Vous serez informée, à tous momens, de ce qu'il arrivera de considérable, et je vous diray ce pendant que vous devez avoir l'opinion de la Mer [de Mazarin] telle que vous l'avez eue de tout temps.

Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanges de (Àflbert, t. 5i, P 3o6 v'; minute. — AIT. ëtr., Frai.ce,

t. 373, f° 88; copie du temps.

À LA RELNE.

La Fère, 96 septembre i656, à deux heures après niidi^

J'ay retardé de depescher ce gentilhomme pour voir si je pourrois

^ La circonvallation avait plus de trois * Comme Ton n'a pas écrit plus haut

Jieues de tour; mais, dit Turenne, tril y Sa Majesté, c'est h tort que ia copie porte

avait des bois autour de la place qui empé- Elle.

chaient qu'une armëc ennemie ne put don- ^ L'indication de deux heures après^midy

ner jalousie par tous les endroiU)). ne se trouve quo dans la minute.

donner quelque nouvelle du mouvement des ennemis et du siège de Sep». i65o. la Capelle; mais n'en ayant receu aucune, je n'ay pas jugé à propos de différer plus longtemps de vous mander que le Roy se porte fort bien , quil ne songe pas encore à partir d'icy; que les ennemis sont dans le mesme poste que je vous ay escrit hyer, et que nous avons grande espérance que tout réussira à la gloire et à la satisfaction de Sa M^"".

J'ay faict partir deux convoys de munitions de guerre avec trois pièces de canon de vingt-quatre et, pour ayder à cela, j'ay donné jusqu'à huit chevaux de carrosse; car on avoit au camp grande nécessité de cette assistance.

Le Confident^ vous escrit ;. ce que je puis vous dire, sur son sujet, c est qu'on ne peut rien adjouster à l'amitié qu'il a pour vous. Eu mon particulier, je suis à vous sans aucune reserve, me flattant tousjours que * (la Reine) respond à * (Mazarin) de la bonne manière.

Quand l'on est sur le point de fermer cette lettre. Talon ^ m'escrit que la Capelle avoit faict battre la chamade, ainsy que vous verrez par la copie de son billet que je vous envoyé. Il n'y a donc plus de lieu de douter du succez du siège, et pour ce qui est du combat que les ennemis sont venus pour donner à l'armée du Roy, je croy qu'ils se trouveront bien empeschez et que leur marche, pour se présenter aux lignes, ne servira que pour rendre plus glorieuse la prise de la place en leur présence , et leur honte plus esclatante d'avoir levé le siège de Saint-Guillain pour venir voir prendre la Capelle *.

Le Roi. d'une pluie contiDuelle qu'ils avaient dû sup-

' Intendant de Tannée de Turenne. porter pendant les marches forcées qu'ils

* Les ennemis s'étaient avancés à une avaient faites, ils demeurèrent deux jours à

heure de la circonvallation ; mais, fatigués cette distance sans combattre.

Sept i6ô6. - • -

Ribi. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5i, f* 3âa; minute. — Aff. élr., France,

t. 373, P 88 ; copie du temps.

À LA REINE

La Fère, [s6]^ septembre i656, i dx heures da soir.

Ce que je puis adjouster aux nouvelles que j'ay eu Thonneur de vous donner ce matin, cest que la Capelle a capitulé, et demain, à sept heures, la garnison doit sortir. Les ennemis ont usé de prudence et se sont contentez d'estre spectateurs de la prise de la place qu ils étaient venus pour secourir avec tant de fiainfare. Je croy qu'ils retourneront à Saint-Guillain, ayant pris cette route en décampant^; mais nous aurons toujours la Capelle devers nous et le temps d'entre* prendre quelque autre dessein, s'ils s'attachent audict siège. Le Roy n'a pas encore résolu ce qu'il fera, et je croy que cela dépendra des nouvelles que Sa M*^ aura des ennemis. Je ne manqueray pas de vous advertir ponctuellement de tout, en vous renouvellant tous jours les asseurances de mes tres-humbies respects.

Ce qui siiU est eeerit de la main du Boy :

J'ay la plus grande joye du monde, car j'espère que je ne retourneray pas sans voir quelque chose; vous pouvez vous asseurer que j'ay grande envie de vous voir.

' Les deux recueils où se trouvent cette lettre du s 6 que Mazarin en domie la dou-

lettre la placent h la date du 9 5 septembre. velle positive.

Cependant on a vu ci-dessus que, le 36, * Us allèrent se loger k Maubeuge, et

à deux heures, la capitulation n'était pas M. le Prince envoya une partie de ses

encore signëe. C'est seulement à la fin de la troupes dans Rocroi.

^ssa,^^^,;^,^ SepL 1.656,

^■BSBaSBI^

GGXXII.

Aff. étr., Pays-Bas, t. 38 (sans indication de page ni de folio). —

Copie du temps. ,

À M. DE TURENNE

[La Fère, 96 septembre] i656 '.

(bstijut.)

J ay demandé au Roy la grâce qu'est venu solliciter le lieutenantcolonel du régiment de Bouillon,, pour lequel vous avez pris la peine de m'escriro. Je suis tres-ayse de la confirmation qu'il nous a apportée de la capitulation de la Gapelle. Vous ne sçauriez en avoir accordé une trop advantageuse aux assiégez dans Tassiette où estoient les choses, et je m'asseure qu'à présent nostre cavalerie trouvera bien moyen d'avoir du fourrage et de se remettre.

Je me resjouis de tout mon cœur avec vous du succez que l'approche des ennemis, pour en estre simples spectateurs, et la levée du siège de S^ Guillain rendent encore plus glorieux ^

' Le manuscrit donne à cette lettre la de cette lettre (Bib&othèqae nationale. Mi-

date du aS septembre. On a vu parles lettres kngresdê CoB^ert, t LI, f 3o8)a été placée

précédentes que Mazarin ne connut la capi- à la suite des lettres du s 3 septembre 1 656.

tulation que le a 6 septembre. Le copiste lui a donné cette date sans s'in-

' L'erreur de date de la copie s^explique quiéter des événements qui y sont mention-

surtout par cette circonstance que la minute nés.

Sept. i656. „

Bibl. nat. , ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5i, f° 3o5; minute. — AET. ëtr., France,

t. 97^, f° 118; copie da temps.

À L'ABBÉ ONDEDËI.

La Fère, 96 septembre i656.

( ivttkvt, ) .

1 Après avoir parle du cardinal Orsino, ou des Ursins, auquel on pourra ofirir

une pension de douze mille livres sur rarchevéché d'Auch, Mazarin passe au titre de Protecteur des affaires du Portugal h Rome et examine à qui on pourrait le

donner. Il ajoute :

11 faut se souvenir de mander à M. le cardinal Bichi d'insister fortement auprez du Pape et par les voyes qu'il estimera les plus propres pour le persuader, afin qu'il fasse quelque esclat contre le cardinal de Retz, au moins sur la désobéissance ou mespris de la bulle qui oblige les cardinaux de ne pas partir sans congé de Sa S*^*; car û n'y a ny clergé ny personne qui puisse rien dire du ressentiment que le Pape fera [voir] d'un cardinal qui luy désobéit, pendant mesme qu'il esloit en Italie. Et asseurement il feroit un tres-bon effect qu'il parust au public quelqu'acte de Sa S*^ contre ce cardinal, qui seroit fort descrié par là, et il n'auroit plus le moyen de faire croire qu'il est bien auprez du Pape et qu'il est asseuré de sa protection comme il affecte d'insinuer à tout le monde et particulièrement à l'assemblée [du clergé], à laquelle il est fort nécessaire que vous fassiez cognoislre le contraire, monstrant aux evesques en particulier les advis que nous avons receus de Rome sur ce sujet et mesme quelqu'une des lettres du cardinal Bichi, afin que, par ce moyen, l'assemblée recognoisse de plus en plus les artifices dudict cardinal, duquel le Pape se déclare offensé par la

' Retz avait quitte Rome clandestinement et s'était dirigé vers la Franche-Comtë, comme on l'a dit ci-dessus.

revocation du grand vicaire^ [et] par sa mauvaise conduite pour avoir Sept. i656. quille l'Italie sans son congé ^.

II faut aussy mander à M. le cardinal Bichi la continuation du procédé extravagant du Nonce, lequel cache soigneusement tout ce que le Pape faict à nostre advantage et publie ce qu'il croit nous pouvoir faire tort. Sur quoy j'estime qu'il seroit bon que vous voyiez l'ambassadeur de Venise, lequel avoit faict instance à M. Servien d'escrire afin qu'il plust au Roy de donner audience audict" Nonce, qui devoit parler au Roy en faveur de la Republique [de Venise], de la part du Pape'.

Vous tesmoignerez d'avoir eu ordre de le voir de ma part pour l'asseurer de mon service et de mon affection , et cependant vous pourrez faire tomber en discours la conduite du Noçce, lequel, de son chef, [prétend]* et lasche d'agir contre le service du Roy, puisqu^il a des ordres tout contraires de son maistre. Je vous envoyé quelques lettres qui sont en response de celles que quelques uns de MM. les evesques m'ont escrites, et comme je me remets à ce que le sieur Colbert leur dira de ma part, vous les advertirez qu'il sera aprez-demain à Paris et qu'il ne manquera pas de les voir tout aussy tost, après neantmoins qu'il aura conféré avec vous de tous les ordres que je luy ay donnez.

Il faut s'employer surtout pour obliger l'assemblée à improuver l'insolence du cardinal de Retz, qui brave le Roy, faict des invectives contre son premier ministre, pendant qu'il a l'hoimeur d'estre président de l'assemblée , à laquelle [il] perd le respect en s'adressant à elle pour luy participer ses violences et luy demandant secours et assistance pour cela.

L'abbé de Villars^ faict fort mal et affecte d'appuyer tout ce qui se

' M. du Saussoy.

^ Le cardinal de Ret2 avait ëcrit deux lettres datées <rdu lieu de ma retraite, le ai septembre 1656", Tune au Roi, Tautre au Pape , celle-ci expliquant son départ par la peste qui sévissait en Italie, et protestant de ses sentiments de gratitude et de fidélité. Cette lettre avait précisément pour but

MAIAKIR. — TH.

d'apaiser le Saint-Père et de parer les coups que \fazarin sollicitait à son intention.

* Venise, menacée par les Turcs, demandait des secours h la France.

^ Lecture très douteuse.

^ Il est probable qu il s agit dans ce passage de Henri de Villars, qui est cité dans les Mémoires du père Rapin (t. II , p. 9 1 s )

IVrBIHCMII BATIOIAir.

Sepi. lOrjG. propose dans rassemblée à ladvantage du cardinal de Retz. 11 seroit bon de dire à M. le prince de Conty, de ma part, qu'il le gourmandasl et luy tist cognolstre son ingratitude, et de parler à son frçre^ en la mesme conformité. Enfln il luy faut faire honte de la conduite qu'il tient, oubliant ce qu'il doit à mon honneur, au Roy et à moy, pour adhérer à la passion de Marmiesse^, son collègue, qui se vante de l'avoir gaigné eil faveur du cardinal de Retz.

Il seroit, à mon ad vis, tres-advantageux que quelque evesque de l'assemblée se declarast contre Marraiesse, dont la conduite ne peut pas se sousteuir. Je vous prie d'en parler à M. l'evesque d'Aire', de ma part, afin qu'il luy rompe en visière; et s'il pouvoit faire cela de concert avec d'autres evesques, qui fissent ensuite la mesme chose, je crois qu'il seroit fort utile d'attaquer son ingratitude et infidélité en public*.

comme un des agents généraux du clergé. leuiont fut évéque d'Aire de 16^9 à 1687; Henri de Villars devint archevêque de Vienne v transféré à Castres en 1 ôSy, puis à Toulouse

en i663 et mourut en 1693. eu 166a , il mounit en 1669.

^ Pierre de Villars, frère de Henri, élait * Le clergé en général craignait rr d'ouvrir

premier gentilhomme de la chambre du quelque voie nouvelle à l'autorité séculière ▼',

prince de Gonti. Il mourut en 1698, à de créer des précédents dangereux pour

75 ans. C'est le personnage connu sous le l'avenir, en donnant trop facilement carte

nomde Villars-Orondati. (Voy. le/otfrnA/(2e blanche à la Cour. L'assemblée délibéra

Dangeau, t. VI, p. 3 1 4, et la note de Suint- d^écrire au cardinal de Retz une lettre con-

^ Simon sur ce passage.) tenant : 1" ce qu'on avait fait pour établir

' Bernard de Coignet de Marmiesse était sa juridiction spirituelle ; a"* les bons offices

paiement agent général du clergé. Il avait que l'on se proposait de lui rendre en faveur

été nommé, en 1 653 , évéque de Conserans. de son temporel ; 3"* qu'on le priait de nom-

. Il ne fut sacré que le 1 a novembre 1 656 et mer des vicaires généraux agréables au Roi;

mourut le sa janvier 1680. ^* qu'il devait tenir une conduite pleine de

^ Charles-François d'Anglure de Rour- respect pour Sa Majesté.

Sept. i656.

Bibl. nal., vas. f. fr.. Mélanges de Colbert, t 5i, f° 837 \': minute. — Aff. élr., France,

t 373, f° 89, et t. 37/1, f° isS; copie du temps.

À LA REINE

Gtiisc, a 8 septembre i656.

Je ferois tort à un tel ambassadeur comme le chevalier de Gramont^ si j'entreprenois de vous descrire toutes les nouvelles en détail; il vous rendra bien compte, estant très-bien informé de ce qui se passe. Nous attendons dans deux heures M. de Turenne, et comme on sçaura plus particulièrement la route que Tarmée ennemie aura prise, le Roy prendra sa resolution, et j'aurai l'honneur de vous la mander en diligence. Tout le monde asseure qu'il y a eu de grosses paroles entre le prince de Condé et don Juan^, et qu'ils se sont séparez tres-mal. Si vous voulez vous mesler de les racommoder, vous le pourrez. Pour moy, je les laisseray faire, n'ayant pas à un si haut point que vous la vertu de la charité.

Le Confident vous escrit, il se porte fort bien; et pour la Mer [Maz^irin], elle est en Testât qu'elle doit estre pour $ [la Reine]. Je vous prie d'en asseurer 22 (la Reine), de ma part * *.

Je vous envoyé la capitulation de la Capelle, qu'il faudra, s'il vous plaist, remettre à M. de Rrienne, et je vous supplie de me permettre que je puisse asseurer Monsieur* de mes très humbles respects, et que je luy demande en grâce de prendre garde à M°® de Mercœur*, tant que le chevalier^ sera à Compiegne.

* Philibert de Gramont, frère du maréchal, mort le 3o janvier 1707, à 86 ans. C'est Tanteur des Mémoires d'Hamilton.

' Cette querelle éclata à Toceasion de la capitulation de la Capelle. Les Espagnols, qui s'étaient approchés de cetfe place pour la secourir, n'avaient pas osé attaquer Tar^

mée française , malgré les instances de Gondé.

' Philippe de France, duc d'Anjou.

* Victoire Mancini, nièce de Mazarin, duchesse de Mercœur, mère du célèbre maréchal de Vendôme. Elle mourut presque subitement Tannée suivante (1667).

^ Le chevalier de Gramont. Quoique le

S<*pl. i656.

Bibl. n:it., ms. f. fr., Mélanges ds Colbeii, t. 5i, f" 334. — Minute.

À L'ABBÉ ONDEDËI.

Guise, 28 septembre i656.

M. de Meaux^ m'ayant donné part de tout ce qui s'est passé à Tesgard de la lettre du cardinal de Retz, qu'on luy avoit mise entre les mains^ je luy fais response, et je vous prie, en la luy rendant, de luy tesmoigner, de ma part, que j'ay tout le ressentiment que je dois de la manière dont il en use, et que je tascheray de luy faire cognoistre, par les offices que je luy rendray en toutes rencontres auprez de Leurs M*" et par le souvenir que je consepveray de [l'affection]* qu'il me tesmoigne, que je ne suis pas mesconnoissant ^.

Et il sera bon qu'au mesme temps vous l'informiez de Testât auquel le cardinal de Retz est avec le Pape et de tous les artifices dont il se

chevalier de Gramont fut l'amant en litre de la comtesse de Fiesque, si bien qu'il quittait tout pour revenir h elle dès qu'il savait que quelqu'un 4a voyait un peu plus qu'à l'ordinaire, il ne laissait pas tr d'aimer partout»; et, pendant l'exil de la comtesse auprès de Mademoiselle d'Orlëans, tril avait fait mille maîtresses, entre autres la duchesse de Mercœur». (Bussy, II, p. 333.) C'est à quoi Mazarin fait ici allusion. Mais on ne peut s'expliquer d'aucune façon l'espèce de recommandation que le Cardinal adresse à Monsieur de v prendre garde» h sa nièce de Mercœur. U n'est pas vraisemblable qu'il veuille parler d'une rivalité entre le frère du Roi et le chevalier de Gramont. Prëcisëment en cette année i656, le duc d'Anjou courtisait la duchesse de Roquelaure

qui mourut, elle aussi. Tannée suivante, âgée seulement de a 3 ans. (Voy. Mss. de Conrart, XI, p. 893.) Cet amour de Monsieur était mal récompensé , parce que M"* de Roquelaure, l'une des plus belles personnes de la Cour, était elle-même foil ardemment éprise du marquis de Vardes h qui (telle avait accordé toutes choses, pour lui plaire. . . n

^ Dominique Séguier, évêque de Meaux.

(Voy. ci-dessus, p. i53.)

* Il s'agit de la lettre écrite, sous l'inspiration de l'évéque de ChAions, par celui qui avait l'habitude de contrefaire l'écriture de Retz, et dont nous avons parié plus haut, p. 36o , note 5 ; on voit que Mazarin ne se doute pas de la supercherie.

^ Le Dicdonnaire de Fureiière mentionne ce mot comme synonyme i^ingrat»

sert, et de luy faire comprendre^ qu'il n'y a point d'effronterie pareille Sept. i656. à celle qu'il a eue de s'adresser à l'assemblée [du clergé] pour luy demander assistance, lorsque tout le monde condamne sa conduite, que le Pape faict des déclarations publiques qu'il ne pouvoit l'autoriser pour la revocation qu'il a faicte, sans la participation de personne, d'un grand vicaire ^ qu'il a voit establi de concert avec Sa S^^, le Roy et l'assemblée, aussy bien que. son départ d'Italie au mespris des bulles qui deffendent à tous les cardinaux d'en sortir sans la permission du Pape. Sa S*^, comme vous sçavez fort bien, est sur le point de faire quelque démonstration par laquelle tout le monde cognust (sic) combien Elle a d'indignation contre sa conduite.

Il est de la dernière importance que l'assemblée prenne quelque resolution qui fasse voir qu'elle blasme , aussi bien que le Pape, la manière d'agir du cardinal de Retz; à quoy il sera d'autant plus aisé de la disposer qu'à l'exception de quatre ou cinq personnes, qui sont assez mal intentionnez pour prendre le party dudict cardinal, tous les autres ont les sentimens que l'on peut souhaiter, et que, d'ailleurs, par la resolution que l'on a prise, on pourvoit à l'administration spirituelle de l'église de Paris, non seulement dans les formes, mais mesme en la manière que ladicte assemblée l'avoit souhaité.

Pour ce qui est de la jouissance du temporel de l'archevesché que le cardinal de Retz demande, il n'y a personne en France, mesme ecclésiastique, qui ne sçache que cette prétention est ridicule, n'ayant pas preste le serment de fidélité^; et il est inutile de dire qu'il a faict ses diligences pour cela, parce qu'il ne tombe pas dans le sens commun

* De faire comprendre à l'ëvéque de Meaux.

* M. du Saussoy.

* Ce droit du Roi de percevoir les revenus des bënëfices ecclésiastiques pendant les vacances des sièges et jusqu'à ce que le titulaire eût prête serment de fidëlitë (qu il s'agit de'simples abbayes ou d'évéchës ) , ëtait ce qu^on nommait le droit de régale. Il donna

lieu vingt ans plus tard , soiis Tëpiscopat de Hariay de Chanvalon , à une querelle entre le gouvernement français et la cour de Rome qui fut Torigine de la fameuse Dëclaration de i68a. Quoique contestée en principe par le Saint-Siège, la perception du droit de régale, qui motivait, dans l'espèce , la saisie du temporel du cardind de Retz, s'était toujours effectuée sans discussion. Le pro-

Sept. i656. que le Roy pust recevoir 'le serment de fidélité d'un homme dans le mesme temps qu'il tasche de troubler son royaume, qu'il a commerce avec tous ses ennemis, que sa conduite est réglée principalement par les mouvemens des Espagnols et qu'il commet tant d'infidelitez de tous costez à l'esgard de Sa M^*.

Et pour ce qui est de son patrimoine et de quelques abbayes qu'il avoit auparavant, on ne peut douter que le Roy, l'ayant déclaré criminel de leze-majesté et sollicitant son chastiement, ne puisse et ne doive tenir ses biens en séquestre jusqu'à ce que son procez soit achevé.

Je reçois de tous costez des copies de la lettre que le cardinal de Retz à escrile au Pape ^ et comme je voy qu'il affecte aussy par celle qu'il a adressée à l'assemblée de faire croire à tout le monde qu'il est bien avec le Pape et qu'il en attend les mesmes marques de bienveillance et de protection qu'il en a receues pendant son séjour à Rome, je croy qu'on ne doit rien oublier pour obliger Sa S** à faire promptement quelque acte qui tesmoigne la mauvaise satisfaction qu Elle a dudict cardinal et démentisse [sic) ce qu'il tasche de faire croire au contraire.

C'est pourquoy je vous prie d'escrire fortement, de ma part, par l'ordinaire de demain, à M. le cardinal Richi, afin qu'après avoir faict cognoistre au Pape l'artifice dont ledict cardinal se sert pour insinuer à tout le monde qu'il est plus que jamais en possession des bonnes grâces de Sa S^^ (ce qui laisse les esprits en incertitude si véritablement Elle est mal satisfaicte de luy), il tdsche de la porter à faire quelque chose qui fasse cognoistre à un chacun les sentimens qu'EUe a à l'esgard dudict cardinal; ce qui, à mon advis, pourroit estre que Sa S*^ escrivist un bref au Roy, ou à l'assemblée, ou à tous les deux, par

duit des régales était affecté par le gouver- saieut^ avec les chanoines de la Sainte-Cha-

nement à 1 entretien de la Sainte-Chapelle ; pelle à ce sujet.

le plus souvent d'ailleurs les évéques, lors * C'est la lettre du 91 septembre à la-

de leur installation , obtenaient la remise de quelle nous avons fait allusion ci-dessus,

tout ou de partie de cet impAt, ou trcompo- p. 385. Celle-là était bien réellement de lui.

lequel Elle confirme ce qu'Elle a desjà déclaré de sa mauvaise satis- Sept. i656. faction contre ledict cardinal.

Je vous conjure de ne rien oublier pour faire cognoistre audict sieur c^' Bichi qu'il rendra un grand service au Roy s'il peut obliger le Pape à faire cet esclat, et je me (latle de la créance que l'on en viendra à bout, puisque la conjoncture est favorable, toutes choses estant disposées comme vous sçavez pour restablir une parfaicte intelligence avec le Pape.

Je vous envoyé la capitulation de la Capélle pour la donner à RenaudotS auquel vous direz que l'intention du Roy est qu'en cette occasion et en toute autre, il se contente de faire la relation de ce qui se sera passé sans rien mettre qui puisse choquer personnellement les ministres d'Espagne, et je le prie, en mon particulier, de ne rien dire, en sa Gazette^ qui soit injurieux au prince de Condé; ce qui me semble qu'on peut dire en ce rencontre historiquement, c'est que les ennemis ayant investi Saint-Guillain, faict desjà des forts et presque achevé la circonvallation et faict venir le canonet toutes les choses nécessaires pour ouvrir la tranchée, après avoir sceu que nous avons attaqué la Capelle, ont levé le siège et sont venus, avec toutes leurs forces, se camper à une lieue de nos lignes dans le dessein de secourir cette place, de la prise de laquelle neantmoins ils se sont contentez d'eslre les simples spectateurs.

Je vous prie de voir souvent le prince de Conty, de, ma part, et de luy insinuer qu'il doit parler hautement contre le cardinal de Refz et rompre en visière au premier qui prendroit la liberté de dire quelque chose devant luy en sa faveur.

Vous pouvez envoyer à M. le cardinal Bichi les éloges et les epigrammes qu'on a faicts à Lyon pour la reyne de Suéde; et je vous prie de communiquer tout ce que je vous mande au sieur Colbert.

* Rédacteur de la Gazette de France ou plutôt de La Gazette, comme elle s^appelait alors. (Voy. t. V, p. 629, des Lettres d^ Mazarin,)

CÇXXVI.

Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 61, f* 809 v'; minute. — Aff. étr., France,

t. 37/1, f° iSa; copie du temps.

À LA REINE

Guise, 99 septembre i656.

Je viens de recevoir vostre lettre du 97, et j'ay rendu au Cor^idenl le billet que vous m'avez adressé pour luy.

Il se porte bien , et il n'y a rien à adjouter à l'amitié et à la tendresse qu'il a pour vous, et d'une certaine manière qu'il est impossible que cela ne dure tousjours. Nous avons nouvelles du Quesnoy et de Landrecies; que les ennemis ont passé la Sambre, et quoy qu'on dise que c'est pour retourner à Saint-Guillain , je respondrois bien que ce n'est pas leur pensée. Ils se sont fort affoiblis dans la dernière marche qu'ils ont faicte et ne sont aucunement en estât d'entreprendre aucun siège.

Nostre grand convoy sera prest demain^; on sera obligé à faire marcher toute l'armée pour l'asseurer et le mettre dans Saint-Guillain, et on croit qu'il sera de grande réputation qu'aprez la prise de la Capelle, l'armée s'advance dans le pays ennemy, aprez avoir esté tant menacez que la leur entreroit en France.

Si l'armée des ennemis se retire pour se rafraischir, le Roy pourroit bien venir à bout de faire approuver de M. de Turenne que Sa M**" marchast deux jours avec nostre armée, pour en partir aprez et se rendre en diligence à Compiegne. Vous serez advertie de la resolution qu'on prendra, et, comme il n'y a pas de seureté à vous escrire, je remets à vous dire de vive voix beaucoup de choses qui ne vous desplairont pas. Cependant je ne finiray pas sans vous asseurer que je suis à vous sans aucune reserve ***.

' Il s'agissait d'un convoi destine à ravitailler Saini-Guillhain, convoi qui fut conduit par le Roi enpesonne.

CGXXVII.

Bibl.nat, ma. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5i, f* SaS. — Minute.

À M. SERVIEN

Guise, 3o septembre i656.

Je mestonne fort de n'avoir pas de nouveHes de M. de Lionne^ depuis le départ du dernier courrier qu'on luy a envoyé, que je fais mon compte qui sera arrivé près de luy le 6 (septembre) ayant esté depesché le a A (août), et comme il luy portoit un ordre précis de partir sans delay huit jours aprez son arrivée, s'il n'avoit pu rien conclure, il me semble qu'il devroit, au moins, estre à présent à Bayonne; car ce seroit un grand malheur s'il n'avoit pas exécuté ces ordres, et le service du Roy en recevroit beaucoup de préjudice par toutes les raisons que vous sçavez^. C'est [pour cela] que je luy escrit encore à toutes fins une lettre que j'adresse à M. le mareschal de Gramont*, à qui je mande de la luy faire rendre, s'il est à Bayonne, et de la luy faire tenir par une voye fort seure, s'il est encore en Espagne, ou de me la renvoyer en cas qu'il soit desja en France. Je vous prie donc de

^ On a vu ci-dessus , p. 3 1 8 , que Lionne avait été envoyé en Espagne avec mission de n^foder ]a paix.

^ Lionne ne quitta Madrid que dans les derniers jours de septembre. Il espérait tonjours condure et, si Ton en croit quelques contemporains, recueillir pcrsonndiement la {^oire de ce traité qu'il aurait emporté par son adresse. Il était , en effet, muni de pleins pouvoirs. Ghoisy raconte {Mémoires, édit. Michaud, p. 568) que Mazarin écrivit à lionne, ttd'nn ton rude et railleur, qu*il avait la mine de vouloir revenir en France avec une couronne d^olives. . . »; que ce

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