‹ Lettres du cardinal Mazarin pendant son ministère (volume 3)Chapitre 46 sur 100 · À BRACHET · texte numérisé non relu

À BRACHET

Compiègne, 17 septembre ]6ô6.

(eithait.)

Mazarin ie remercie des nouvelles qu^il a envoyées du dëpart du cardinal de Retz de Rome et son intention d'entrer en France^. R parle ensuite du siège de Valence en Italie, dont on espérait apprendre la prise. On ne doit pas redouter l'arrivée des Allemands que l'empereur veut diriger contre le duc de Modëne. Le Cardinal énumère les secours envoyés à ce prince par la France. Il ajoute^ :

Je Yoy qu il y a tout sujet de croire que ie Roy sera bientost maistre de Valence , et qoe , dans Testât où sont les choses , ce n'est pas trop de présomption, mais quau contraire, la prudence oblige de se precautionner de bonne heure pour la seureté de cette conqueste. C'est pourquoy je- vous prie de n'oublier rien pour préparer ce qui sera nécessaire pour reparer la place, la ravitaillei^^ y mettre des munitions de guerre et y establir une bonne garnison. Je croy que voos trouverez aisément de l'assistance pour cela, et que ceux qui sont retenus à présent par l'incertitude du succez paroistront fort eschauffez en nostre faveur quand la place sera prise, et que M. de Savoye et M. de Mantoue vous donneront tout ce que vous désirerez. Surtout il faudra trouver quantité de maçons pour restablir promptement la muraille, ce qui est le plus pressé.

Je vous prie de remettre en considération à MM. de Modene et de Mercœur si, en donnant de l'argent pour remonter des cavaliers dans les deux armées, il ne seroit pas bon de donner aussy quelque chose pour ceux qui sont à pied dans les troupes.de M. de Savoye, qui as^ seurement çeroit fort satisfaict de ce soing.

' Intendant de Tarmée d'Italie. — * Voy. ci-des^iis, p. 3^5, la lettre à Coibert en dote du i3 septembre i656. — ^ Fol. 970 du mAniiâcrit.

■ UABIR, — TII. 4 7

tarntiiKais lATiosAti.

Sept. (656.

Addàùm de la inain de S. Em, à la lettre de M. Brochet du ij septembre i656^.

Je vous prie de n'oubiier rien de ce qui pourra dépendre de vous pour l'exécution des ordres du Roy que M. Le Teliier vous envoyé et de ce qui est contenu dans cette lettre ^ et de vous appliquer plus que jamais à mesnager les despenses; car Ton rencontre tousjours de plus grandes difficultés à trouver de l'argent. Il me semble qu'il n'y a pas raison de donner la somme que vous me marquez à la cavalerie qui a logé l'hyver passé dans le Montferrat, puisque les officiers n'ont pas mis les compagnies au nombre de trente vedetes^ En ce cas, ils auraient droit de prétendre le payement complet, et M. le duc de Modene se pourroit contenter, ayant engagé sa parole de les faire bien traiter, de leur* ordonner quelque gratification.

Je croys qu'il faut prendre, preferablement à tout, ce qui est nécessaire pour l'hospital; car outre que la charité oblige à cela, il n'y a rien qui fasse un meilleur e£fect dans les armées que de voir que l'on prend grand soin des malades et des blessez^.

Gomme je n'ay pas veu que rien pust empescher la prise de Valence que le manque de mur^tions, je ne doute pas que, si le comte de Fuensaldagnc* a pris quelque poste pour vous oster le naoyen d'en

^ Cette addifion esf an fbfio 371 da manuscrit des Mélanges de Colbert,

^ Le moi vedette est pris ici dans le sens gënëral de cavaliers qu il avait k cette époque, où if s'appliquait plus spécialement à la cavalerie légère.

' trLes soldats, écrivait Arnaud d'Andilly, voient que , dans leurs maladies , on a moins soin d'eux que Ton n'eu a des chevaux, lesquels on fait panser soigneusement, parce qu'on ne les peut perdre sans qu'il en coûte de l'argent pour en avoir d'autres, n L'organisation des hôpitaux militaires remontait au ministère de Sublet de Noyers, qui s'en était occupé activement (1 689) par ordre de

Rieheliêu, lequel estimait plus s, 000 soldats, Fortant guéris de l'hôpital et en quelque sorte rompus au métier, que 6,000 recrues nouvelles. Toutefois le service sanitaire était encore presque nul en campagne. Les officiers riches avaient dans leur train des barbiers-ckirurgiens; les soldats se contentaient de quelques empiriques, s'il s*en rencontrait sur les lieux. Les malades que Ton pouvait transporter h l'intérieur du royaume étaient parfois confies aux soins dts mmiicipalités qui faisaient enjoindre aux chirurgiens du lieu , par arrêts des tribunaux , de tries visiter et panser n sous peine d'ame»)des. ' Voj. sur ce personnage, t. IV, p. 8^,

DU CARDINAL iMAZARIN. 371

avoir, M. ie duo de Modene et M. de Mercœur nayeut pris à l'instant Sept. iG56. la resolution de le combattre avec la meilleure partie de l'armée , et je voudreis bien que, la place réduite, ledict comte se mist dans l'esprit de la reassieger, comme on dict, ou qu'il se portast en lieu qui nous donne moyen de luy donner bataille; car je suis asseuré que ces messieurs ne le marchanderoient pas, puisque^ par toutes les apparences, on pourroit espérer un grand succez, qui nous ouvriroit le chemin à de plus grands advantages que n'auroit faict la réduction de Ysdence. Je n'apprebende en aucune façon les Allemands; mais en cas qu'ils viennent et que toutes les forces ennemies s'unissent contre M. le duc de Modene, il faut que M. le duc de Meroceur soit le promoteur de la proposition d'unir aussy toutes nos forces pour les aller chercher et combattre en quelque lieu qu'ils puissent estre.

-UJl-

Aff. élr., Pays-Bas, L 38 (sans indication de page ni de folio); minate delà main de Roee.

— Passages à chiffrer soulignes.

À M. DE TURENNE

Gompiègoe, 18 septembre i656.

Je feray exécuter ponctuellement tout ce qui est porté par vostre lettre du 16 ^ et^ aprez ce que vous m'escrivez, je suis persuadé que vous ne pourriez prendre d'autre resolution que celle que vous avez prise; et quoyqu'il y ayt quelque peu de différence à ce que je vous manday hyer^, neantmoins vous voyez bien que, dans le fond, nous nous sommes rencontrez de mesme advis, et je croy que vous tomberez d'accord qu'il ne faut pas hésiter à mener un grand convoy de bled et de farines à Saint-Guillain, et mesme d'y employer toute l'armée en cas que les

noie 3, des Lettres de Mazarm, — Il était répond Mazarin, se trouve aux Aflaires alors chargé du gouverDement du duchë de étrangères {Pays-Bas, t. Sg, pièce 98 de Milan. « l'ancienne nomenclature).

' La lettre cbiSrëe de Tnrenne,à laquelle ' Voy. ci-dessus, p. 366.

SepK i656. ennemis prétendent prendre la place par famine; mais Texecution de cecy doit estre remise aprez le siège que vous avez résolu de faire ^ lequel j'espère que nous mènerons bien viste^; au moins puis-je respondre que vous ne manquerez d'aucune des assistances qui pourront dépendre de mes soins.

Je feray parler aujourd'hui Saint-Martin' avec quelqu'un des miens, qui s'en ira tout droit à la Fere pour faire charger et mener à Vervins tout ce que vous faictes instance qui y soit jeudy, de bonne heure.

Je fais partir aussy, dans deux heures, des charrettes, des canons, des munitions de guerre^ des grenades et d'autres choses que nous avons icy et qui vous seront nécessaires pour ce que vous allez faire, et les ordres sont si bien donnez que l'on arrivera à point nommé.

Tous les ordres aux gouverneurs pour assembler les prisonniers sont faits aussy, et j'envoyeray un exprez pour les porter, lequel aura soin par mcsme moyen d'en solliciter exécution.

M. du Passage devait partir ce matin pour s'approcher du lieu que vous luy avez mandé, et pour ce qui est des compagnies des chevaux légers et gendarmes, on vous les envoyera aprez le départ de la reyne de Suéde qui s'en ira aprez demain, si ce n'est que le Roy, qui est tout-a-fait résolu de s'advancer sur la frontière et séjourner en quelque lieu, prez de la place que vous attaquerez, ne les reserve pour son escorte.

Je me remets au surplus à la vive voix de ce gentilhomme.

» Turenne avait résolu d*a8si<^ger la Ca- avait envoyé Saînt-Maftin, lieutenant de

pe&e. TartiUerie, h la Fère, où il croyait que le

' Cette place se rendit le a 6 septembre. Cardinal était dëjà arrivé, pour qu'il donnât

après quelques jours de siège. ordre de tenir des canons prêts et des outils

' Voy. sur Saint-Marlin , t. VI, p. 91 A, emmanchés en vue du siège qu*il conunen-

note s , des Lettrée de Mazarin. — Turenne c'ait.

..-^.. Sept. i656.

Aff. ëtr., Pays-Bas, t. 38 (sans indication de page ni de folio). — Minute.

À M. DE TUREINNE.

Compiègne, ao septembre i656.

J'ay receu la lettre que vous avez pris la peine de m'escrire de Saint-Quentin ^ Je n'ay autre chose à y respondre si ce n'est que tout ce que vous avez exécuté est entièrement conforme à ce que je vous avois mandé. Au reste, vous devez estre asseuré d'avoir ponctuellement tout ce qui vous sera nécessaire et dépendra de mes soins pour faire agir l'armée, et vous n'aurez pour cela qu'à envoyer des charrettes.

Le &' Talon, qui est au Quesnoy, me mande que les ennemis font courre le bruit de le vouloir attaquer^; mais je iie crois pas qu'ils le fassent. Neantmoins, j'ay bien voulu vous en donner advis, afin de n'obmettre rien de ce qui peut vous servir à vous faire prendre vos mesures là-dessus ^.

Je ne fais aucun estât de l'advis que le s"" Talon du Quesnoy me donne, car il n'y a nulle apparence que les ennemis puissent songer à cette place-là; mais je crois bien que si le prince de Condé est creu, leur armée marchera pour le secours de la Gapelle, et d'autant plus . qu'elle n'est pas engagée en [telle] sorte au siège de Saint-Guillain qu'elle ne puisse venir presque toute entière; mais en ce cas j'esperois avec grande raison que nous pourrions remporter quelque advantage

' Turenne avait cru devoir prendre nn Condë aurait eu connaissance de son deschemin détourne et par conséquent plus long sein et aurait pu jeter du secours dans la pour tomber sur la Capelle, en dérobant sa place.

marche aux ennemis. trNous fîmes plus de . * De vouloir attaquer le Quesnoy.

trente lieues en trois jours, dit Bu8sy.« S*il ' L*onglet a recouvert la première lettre

s'y était rendu dii'ectement, le prince de du mot là-dessus.

LKTTRES

Sept. i656. considérable. Je serois d'advis que vous retirassiez* non seulement le corps que M. de Lislebonne^ commande, mais généralement toute la cavalerie qui est dans Arras, la Bassée et à Bethune; car, par raison et par tous les advis que j'ay, il n'y a rien à craindre de ce costé-là, et peut-estre que, suivant les nouvelles que j'auray, je depescheray pour faire marcher ladicte cavalerie; mais cela ne vous doit pas empescher de donner vos ordres, si vous résolvez de la faire joindre à l'armée, car, en mon particulier, je l'estime très-à-propos.

Les compagnies de gendarmes et de chevaux-legers du Roy sont parties, et je pense que le Roy pourra encore amener quelque chose avec luy.

Nous avons la confirmation de la reddition de Valence'.

• ^ Ce mot a ici le même sens que : vous remissiez à votre armée, en le retirant du Heu oit il est, le corps que Af. de Lislebonne commande,

^François-Marie de Lorraine, comte de fiisiebonne ou LiUebonne. (Voy. cinlessus,

' La ville de Valence en Italie, située sur ia rive droite du Pô , avait capitule le 1 3 septembre, mais la garnison espagnole n'en

sortit que. le f 6. Mazarin n'avait cette noavelle que depuis la veille 1 9 septembre. Le courrier qui l'apportait ëtait arrive à Cornpiègne après le festin que le Roi donnait à la reine Christine. trNogent.qin parlait toujours, dit M"* deMotteviile, fit remarquer que, cent ans auparavant, Valendenne^ et Valence avaient de même été assiégées par les Français, que déjà Tune n'avait pu être prise et que l'autre Tarvait éti. «

Sept. i656.

GGXVI.

Aff. ëir., France, t. 97 â, f* 39; copie Au temps. — Bibi. nat., Mélanges de Colbert,

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