À M. TAMBONNEAU
Gompiègne, 5 octobre i656.
Je vous suis fort obligé de la sincérité avec laquelle vous m'escrivez sur ce qui s'est passé dans l'affaire qui concerne les maistres de requestes.
' D B*agit probablement ici de Tambonneau, ùear de Roquemont, conseiller-dere au parlement de Paris, qoi est caractérise dans le passage suivant dn Tabkau du parlement de Paris {Corre^^ondanee admimstra" tive sous Louis XIV, t IL p. ho) : ir Trèshabile, très-fin et intéresse, ayant receu des bénéfices et biens de la Cour; est fort dans les délibérations, estimé dans le Pariement*
M. le prudent Tambonneau a pouvoir sur lui.* Mazarin écrit évidemment à un conseiller du Pariement, et noas ne trouvons mentionné dans le tabkau, rédigé vers 1 66i!i , que ce conseiller du nom de Tambonneau. Quant à son frère, Michel Tambonneau, président à la Chambre des comptes de Paris, il a son historiette dans Tallemant des Réaux (t. VII. p. 7/4 , édit. Techener, in-8').
Octobre i656. Je feray tousjours grand cas de vos sentimens , et je seray mesme tresayse que vous vouliez me les faire sçavoir avec liberté dans toutes les rencontres importantes; mais vous trouverez bon qu*eu celle*cy je vous die que je ne suis pas persuadé que cette affaire ayt si peu d'estendue que vous présupposez, et ne regarde que l'observation des ordonnances. Si Messieurs du Parlement se fussent contentez de faire là-dessus des remonstrances au Roy, il y auroit eu sujet de louer leur modération, et Ton auroit pu chercher des temperamens pour accommoder le différend; mais ayant donné des arrests contre le Conseil, interdit des maistres de requestes, qui ne prétendent point estre de leur corps et sous leur jurisdiction, et entrepris d autres choses que tout le monde advoue qui attaquent directement lauthorité de Sa Majesté, ils Tont mise dans la nécessité de la soustenir et m'ont osté le moyen de suivre le conseil que vous me donnez de demeurer en estât de pouvoir estre lé médiateur de cette affaire ^ Je serois tres-ayse neantmoins qu'on trouvast des expediens pour prévenir les mauvaises suites qu'elle peut avoir et pour la terminer avec la satisfaction* et la dignité de Sa dicte M^, que je veux croire que vostre compagnie n'a aucune intention de blesser. Si vous me donnez quelques lumières sur cela, j'en profiteray aussv bien que de toutes les occasions de vous tesmoigner que je suis avec beaucoup d'estime et de cordialité, etc*
^ L'affaire des évocations ÛDÎt par s'arranger au mois de janvier 1687. A ]a date où MazarÎD écrivait, elle était encore dans toute son aigrear. Le 19 octobre, fut rendu un arrêt du Conseil d'Etat (voy. Arch. nat., AD+) portant cassation des arrêts du Parlement de Paris des 18 août, 1*' et A septembre dernier, rr donnés par attentat contre l'autorité royale, avec défense audit Parlement de plus s'assembler sur les matières y contenues». L'arrêt parlait d'une «r affectation visible à rechercher un sujet d'as-
semblée, par quelques esprits factieux qui n'aiment pas la prospérité des affaires de l'État. . . , prenant l'occasion de la levée du siège de Valenciennes, de l'approche de l'armée ennemie de la frontière, des bruits que l'on faisait courir que l'entreprise de Valence n'aurait pas un meilleur succès, et d'autres troubles excités dans Paris par les perturil>ateur8 ordinaires de la tranquillité publique, afin d'affiiiblir diei les étrangers la réputation du gouvernement. . . 9
, .1 ,. " I , Octobre i656.
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Bibl. nat, ma. f. fr., MUanges de Colbert, t. 5i, P SSg; minute. — Âff. étr., Pays-Bas,
L 38 (sans indication de page ni de folio); copie da temps.
À M. DE TURENNE
La Fère, 6 octobre i656.
J'ay receu vostre lettre d'hyer, où j'ay veu ce que M. de Beauvau * vous avoit mandé de la marche des ennemis. Je ne suis point surpris qu'ils ne se soient pas arrestez à Saint-Guillain. Vous sçavez ce que nous en avons dict et lé sentiment où j'ay tousjours esté là-dessus. Si je sçay quelque chose qui me donne plus de matière de vous escrire, je vous le manderay ce sojr de Gompiegne.
Je viens de depescher à M. de Mondejeux^pour luy proposer si, les ennemis demeurant esloignez de ces quartiers-là, il pourroit, avec un corps de troupes que l'on destacheroit de l'armée pour joindre à ce qu'il tireroit d'Arras, Bethune et la Bassée, et un bon équipage d'artillerie, prendre quelque poste sur la Lys; mais je luy ay mandé qu'il falloit faire quelque chose de plus solide. Quand j'auray sa responce, je vous en informeray aussytost.
CGXXXVII.
Bibl. nat, ms. f. îr.^ Mélanges de Colbert, t. 5i, P 3âa; minnte. — Aff. ëtr., Pays-Bas,
t 38 (sans indication de page ni de folio); copie du temps.
À M, DE TURENNE
Compile, 7 octobre i656.
(extrait.)
J!ay receu voslre lettre d'hyer, où j'ay veu les nouvelles que vous avez de la retraite des ennemis au delà de l'Escaut et du mauvais estât
* Voy. ci-dessus, p. 383. M. de Beauvau était, comme on Ta dit, gonveraeiir du Quesnoy. — * Gouverneur d*Arras.
Odobrc i656. de leup armée. Je vous responds que la foiblesse et la désertion sont plus grands encore parmy eux que vous ne sçauriez vous imaginer, et je le sçay d'un original^ si asseuré que vous n'en devez pas douter. Du reste, on persiste tousjours dans le mesme dessein que vous sçavez. On travaille aux quartiers d'hyver et on vous les envoyera dans le temps que je vous ay dict. Je m'asseure ce pendant qu'à vostre accoustumée vous trouverez moyen de couler ce temps-là dans le pays ennemy et que vous demeurerez tousjours le plus esloigné que vous pourrez de la frontière; car, outre l'interest du service du Roy, il y a encore celuy de vostre réputation.
M. de Mondejeux m'a faict response qu'il ne voyoit pas lieu de rien entreprendre sur la Lys, les ennemis estant aux environs d'Acleux, mais qu'en son temps il me demanderoit quelque régiment pour faire une course au delà de ladicte rivière, avec laquelle (course) il croiroit pouvoir extrêmement incommoder les ennemis dans les quartiers d'hyver qu'ils ont accoustumé de prendre de ce costé-là. J'ay sceu que le chevalier de Crequy^ et le conjle Broglia' y sont allez avec la plus grande partie de leurs garnisons, avec espérance de faire un butin considérable.
Je fais partir M. de Montaigu*pour aller conférer avec M. de Fabert de l'affaire que je vous ay communiquée, et je vous feray sçavoîr la resolution que Ton aura prise, afin que vous puissiez donner de vostre costé les assistances qui seront nécessaires.
Le régiment de cavalerie du comte Broglia est en bon estât, et, si vous en avez affaire, il est tout prest à seconder l'armée au premier ordre que vous luy envoyerez.
Pour ce qui est des compagnies qui sont à la Capellc, celles que
* D'une source si aulhenlique el si as- les fondions de gouverneur de la Bassife buvée. pendant la minorité de son neveu.
* Le chevalier de Créqui était gouver- * Cet ancien gouverneur de Rocroy avait neuf de Bélhune. (Voy. sur ce personnage, obtenu le gouvernement de ChAtean-Regnnult ci-dessus, p. aSy.) (auj. village du dép. des Ardennes, arr. de
' Le comte Charles de Broglie exerçait Mézîères).
le Roy veut qui soient destachées de l'armée pour aller à Paris -sont Ociobre i656. au nombre de trois françoises et une suisse, et pour le régiment qu'il faudra mettre dans ladicte place, au lieu des compagnies des gardes, si vous les retirez, je me remets à M. Le Tellier, lequel vous mandera aussy que Ton travaille puissamment aux quartiers d'hyver, et je vous responds que vous les recevrez au temps dont nous sommes convenus ensemble; et si je pouvois vous entretenir au long et en détail du changement qu'il y a dans l'armée des ennemis, vous en seriez estonné, car, pour moy, je le trouve à tel point que j'ay peine à le croire, quoyque je n'en puisse pas douter.
CGXXXVllI.
Bibl. nat, ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5i, f** 36i. — Minute.