‹ Lettres du cardinal Mazarin pendant son ministère (volume 3)Chapitre 52 sur 100 · A M. DE FABERT · texte numérisé non relu

A M. DE FABERT

Pari». 8 octobre i656.

(extrait.)

Après ravoir entretenu d affaires peu importantes, qu'il traite lui-même de bagatelles, Mazarin ajoute:

L'intention du Roy seroit, et en mon particulier je desireiois fort aussi, que vous voulussiez avoir la mesme inspection et le mesme pouvoir sur toutes les troupes qui seront logées dans la Champagne que vous aviez l'année passée, mais je n'ose pas vous en presser. En ce cas, vous n'auriez qu'à choisir les lieutenans généraux que vous jugeriez plus propre pour servir souhs vous, dont M. le comte de Granpré ^ pourroit estre l'un et avoir sa portion de commandement, outre la commission qu'on luy a donnée de s'opposer aux courses de Rocroy^. Car de luy donner ce qu'il demande, je m'asseure que vous demeurerez d'accord que cela ne seroit pas facile ^. Je vous prie mesme de

* Voy. sur ce gouverneur de Mouzon, de Cond^, ravageait la Champagne et y lo* p. 67 et 978. vait des contributions de guerre.

* La garnison de Rocroi, qui dépendait ' On faisable. Le mot est écrit on abrégé.

MiXARIR. — ?ii. 5 a

inpitiurnii nkTtoiktf.

Octobre i656, me mander confidemment, vous promettant le âeeret, quelle part on hiy poQrroit domier dans Temploy du quartier d'hyter.

Mazarin parie ensuite de propositions faites pour Condé par M"* de GhâlilTon. Enfin il annonce è Fabert qu il sera le lendemain à Paris et qu'il s'y occupera de ses intérêts ^ Il termine par des protestations d'affection.

GGXXXIX.

Bibl. nat., dm. f. fr., Mékmgts de X^êlkert, f* 3&& v^; mmute. Les passages à chifrtr sont soulignes. — Aff. ëtr., Pays-Bas, t. 38 (sans indication de page ni de folio); eofk du temps.

À M. DE TURENNE

(extrait.)

Paris, il octobre i656.

J'ay receu vostre lettre du 9 ce mois. Je suis fasché que vous ne puissiez pas demeurer plus longtemps dans le Cambresis, craignant bien que vous ne trouviez pas assez de fourrages du costé où vous allez et que l'on ne soit obligé de retomber en France^.

Tay advis qu ils (les ennemis) ont bien deseampé pour retourner vers Valenciennes , et qu'ils ont dessein de bloquer Saint-Guillain pendant l'hyver. Ils se moquent du secours d'hommes et de munitions qu'en y a jeté, comme d'une chose qui ne peut pae empescher la chute de la place, et se raillent aussi de la marche que le Roy a faicte avec l'armée dans leur pays, disant que, quelque diligence qu'ils eussent faicte pour venir au devant de nous, ils ne nous avoi^it plus trouvez,

^ Fabert demandait le remboursement de sommes qu'on lui devait depuis longtemps.

^ Eu effet, Tarmée royale ne demeura dans le Cambrésis que jusqu'au commence* ment de novembre; alors, dit Turenoie, ^elle repassa la Somme pour se mettre dans ses quartiers en France. Celle de l'eDnemi ^e retira entre Mons et Namur ... La nôtre fut distribuée dans les villages, et on com-

mença cette année-là h y mettre de ImfaD' tcrie, à qui on donnait des places coDune h la cavalerie, tant aux officiers qu'aux soldats. it Les troupes étaient cantonnées chez rhiibitaBt;rambitioftde Mafiariit, qui eut* naissait la misère des provinces frontières, eut été que la flubsistaace de nos soldats ne fiit pas demandée, ceUe année>-là encore, à la Picardie et à la Cfaampagfie.

et que, si nous eussions attendu seulement encore deux heures, nous Octobre i6f^6. aurions pu avoir le divertissement d'un combat gênerai qu'ils estoient fort résolus de donner. C'est ainsi qu'ils repaissent les peuples de chimères et de vanitez, pendant que, dans l'essentiel, les rieurs ne sont pas asseurement de leur costé.

Je vous ay escrit que j'avois envoyé M. de Montaigu à M. Fabert pour concerter avec luy l'attaque de Linchamp. J'attends de ses nouveHes, et aussitost que ]ftn auray reoeu, je vous en feray part.

^ Les ennemis ne songent à présent <]u'à faire rafraischir leur armée affoiUie ^ fatiguée au delà de ee que je vous sçaurois dire; mab affiteurement, auparavant que la mettre en <}iiartier d'hyver, ils feront des forts pour bloquer Soint-Guillaîn. C'est pourquoy il faut examiner s'il ne re^e plus rien à faire pour la conservation -de ladicte place , à laquelle il me semble qu'on a pourveu en sorte que nous en pouvoas avoir l'esprit en repos. Si neantmoins vous croyez qu'il faille encore quelque chose, vous y donnerez ordre, ou pourrez prendre la peine de m'en advertir pour que je le fosse.

H seroit bon que M. d'Equancourt* eust ordre de faire ce que M. d« Mondejeux luy diroit; caries ennemis s'estant esloîgnez, il ne seroit pas impossible d'entreprendre sur la Lys, ou, au moins, [de] foire quelque course considérable au delà.

Au surplus, vous sçaurez au plus tost ce que M. de Ifontaigu aura adjttsté, et je vous manderay ce qu'il foudra faire.

Mazarin termine par des recommandations nëcessaires, principalement dans Tartillerie, a&Q de diminuer les dépenses.

* A partir de cet alinéa , Fëcriture change , sible que la dictée ait été interrompue , puis

sans que nen iadi^iue, daas le mamiscrît, reprise par un autre secrëtaire. ipie la dernière partie de la lettre soit ' Voy. sur Daniel de Montraereney, ci-

«dressée k une autre persanne. 11 est pos- dessus, p. iJi3.

à\<2 LETTRES

Octobre i656. -^ .i

Aff ëtr.. Suède, t. Sa , f* 188. — Minute de la main de Silhon.

À M. D'AVAUGOUR

[Paris], là octobre i656^

( EXT* AIT

Les affaires du Nord ayant pris une autre face depuis Tirruption des Moscovites dans la Livonie, la prudence veut que les princes de ces pays-là prennent d'autres mesures et d'autres visées que celles qu'ils s estoient peut-estre proposées. Je ne doute point que vous et le sieur de Lumbres ne vous soyez prévalus de la conjoncture, qui requiert nécessairement que les deux roys^ s'ajustent et s'unissent de concert contre le commun ennemy. Quant à celuy [au roy] de Suéde, il y a trois raisons essentielles et convaincantes qui luy doivent persuader cet ajustement : la premiers, c'est qu'il n'est pas en son pouvoir de conserver la Pologne, comme il a paru lors mesroe que ses forces estoient entières et qu'il n'avoit pas d'ennemy nouveau sur les bras; la seconde, qu'il en a un tres-formidable et contre lequel il n'aura pas trop de toutes ses forces et des subventions (secours) de ses amis; la troisième, d'autant qu'il a un autre ennemi plus à redouter, qui est l'Empereur, lequel, outre qu'il luy a suscité le Moscovite, travaille tousjours à destourner la paix qui se pourra faire entre luy et celuy de Pologne*.

Je ne sçay pas si ses Etats de Poraeranie et de Brème *, où il ne se peut qu'il n'y ayt bien des degousts à cause des charges de la guerre,

^ Le Cardinal habitait alternativement de TEurope contre le roi de Suède , Charles-

alors Paris et Vincennes. Nous possédons des Gustave. Ce fut même Tune des causes de

lettres de lui du 10 octobre, datées de Vin- la ligue du Rhin, dont le Cardinal ht plus

cennes; la précédente, datée du 11, avait tard Tinstigateur et qui se forma sous notre

été expédiée de Paris. protectorat.

^ Les rois de Suède et de Pologne. * Les États que le roi de Suède possé-

^ Mazarin reprochait à l'Empereur d'à- dait en Poméranie et dans le duché de

voir formé une coalition des États du nord Brème.

DU CARDIiNAL MAZARIN. 413

ne pourroient pas enfin estre eiposez aux invasions des armes impe- Ociobre 1650. riales, et si TEmpereur, le pouvant faire impunément, feroit plus de scrupule de lattaquer en ces endroits qu'il en faict d'assister les Espagnols contre la France avec une manifeste violation du traité de Munster. Gela est clair et démonstratif, et j'estime que vous l'aurez sceu bien insinuer;' et bien que, dans le traité, le roy de Suéde sera obligé de relascher les choses, qu'il avoit résolu de conserver avant la guerre des Moscovites, et voir tomber une partie des fruits de ses armes (ce qui sans doute luy fera un peu de mal au cœur), il aura de quoy se consoler en ce que cecy estant un coup de la fortune, qui en a tousjours faict de semblables dans le monde, il a faict une autre conqueste, contre laquelle la fortune ne peut rien, qui est d'une grande et immortelle réputation et d'une estime si haute, mesme parmy ses ennemis, qu'elle luy pourra produire à l'advenir des advantages plus grands que ceux qu'il aura relaschez.

Pour ce qui est du roy et de la republique de Pologne, je pense qu'il n'est pas besoin d'une grande rhétorique pour leur persuader de recouvrer à l'amiable ce qu'ils auroient peine de reprendre avec la force, principalement si le roy de Suéde leur rend quelque partie de la Prusse; et quand mesme ils donneroient les mains à ce que le roi de Suéde en retienne quelque membre (dans lequel examen je n'entre point) , ils pourront espérer plus d'advantage de la liaison qu'ils feront avec luy contre le Moscovite, qui leur donnera moyen de recouvrer ce qu'ils ont perdu dans la Lithuanie, qu'ils n'en auroient à ravoir ce qu'ils luy laisseront, qui leur cousteroit plus à reconquérir que ce que le Moscovite leur a usurpé, outre que, s'ils continuent la guerre avec le roi de Suéde et que celui*-ci vienne à succomber, il faut de nécessité qu'ils tombent à la discrétion du Moscovite, soit qu'ils ayent faict ligue avec luy, ou qu'ils n'en ayent pas faict, et il leur en coustera l'élection d'un de ses fils à la royauté de Pologne après la mort du roy Casimir, c'est-à-dire, par une suite invincible, la perte de leur liberté; ou\ pour

* La phrase n'est pas complète; mais elle se comprend. Le sens est : le même malheur hur arriverait dam le cas (A ils auraient recours d l'Empereur,

Octobrn r656. se redioier de ee malheur, qu'ils aient recours à rEmpereur, qui ne les assistera qu'aux mêmes conditions et avec les mêmes inconveaims que le Moscovite. Il resuite clairement de ces considérations que la paix entre les deux roys et une banne confédération leur est abeolumeot nécessaire.

CCXU.

Bibl. nat., ms. f. fr., Mélangée de Colbert, t. 5t, f* Si6; mitinte. — Aff. étr., Pay«-B«s,

t. 38 (sans iadica.tioii «te pi^e ui de folio) $ copie da temps.

À M. DE TURENNE

Viocemiefl, 90 «ctdïre i656.

(iXTIUIT.)

Je vois que vous avez esté obligé de revenir aux environs du Castdet par les raisons que vous me mandez et que je trouve fort bonnes, et je sçay d'ailleurs que les ennemis s'en vont entre Sambre et Menze.

Je sçay de certaine science que les ennemis sont si foibles et en si misérable estât, qne, quelque chose que vous vouliez faire, ils ne peuvent pas vous en empescher ny vous suivre, ayant veu des nouvelles de Bruxelles qui marquent que rien au monde ne les peut di^enser de donner du repos aux troupes qui leur restent, lesquelles manquoient de pain depuis plusieurs jours et estoient en une tres-meschante disposition et prestes à se mutiner à tous momens , et l'on me marque qu'il ue restoit presque rien de tout ce qui estoit venu d'Allemagne, tant de cavalerie que d'infanterie, et que les soldats, qui s'en sont retournez en leur pays, auront sujet de conter des choses sur le traictement qu'ils ont receû des Espagnols, qui leur donnera de la peine à en pouvoir attirer [d'autres dans leur] service à l'advenir.

Je voudrois donc, s'il estoit possible, et que vous le jugeassiez A propos , qu'on employait les douze ou quinsse jours qu'il nous faut pour envoyer et distribuer les quartiers d'hy ver auxquels on travaille incessamment, à faire un mal aux ennemis qui, à mon advis, seroit plus

grand que si on leur prenoit une bonne place, qui seroit de passer la Oetobra i656 Lys et ravager, huict jours durant, tout le pays de delà, qui est riche et abondant, et dans lequel les ennemk logent d'ordinaire quatre ou cinq mille hommes de leurs meilleures troupes et qu'ils veulent traicter le plus favorablement. Je ne vois pas qu'il puisse y avoir la mdindre difliculté à l'exécution de ce dessein, qui donneroit une gorge chaude^ à l'armée; elle se retireroit en bon estât et avec une grande satisfaction, outre que cela decrediteroit plus que jamais les Espagnols parmy ces peuples qui n'auroient pas meilleure opinion de leurs forces et de Testât de leurs affaires qu'ils avoient auparavant, nonobstant les fanfa^ronnades qu'ils ont faictes depuis l'accident de Valenciennes, et rétréciroit d'autant leurs quartiers d'hyver pour lesquels je suis bien trompé s'ils ne se trouvent, cette année, fort embarrassez.

On a eu nouvelles que les frégates angloises, qui estoient aux environs de Cadix, ont combattu et deffaiila flotte d'Espagne qui venoit des Indes. C'est un des plus grands et des ipins malheureux accidens qui pust arriver aux ennemis. Les Anglois prétendent y avoir profité de six Délions d'or; mais, dans peu de jours, on en sçaura mieux le détail.

On a seeu par les prisonniers qui y ont esté faicts , parmy lesquels il y a quatre ou cinq enfans du gouverneur de Lima qui s'en revenoit en Espagne et qui a esté bruslé dans un vaisseau avec sa femme et trois autres de ses enfans, que ladicte ville a esté abismée par un tremblement de terre avec six vingt mille personnes et des richesses incompréhensibles d'or et d'argenU Neantmoins tous ces malheurs, la perte de Valence, la fin de nostre campagne en Flandres, la déclaration du parlement d'An^etèrre en faveur de la guerre contre l'Espagne et de vouloir donner de grandes assistances à M. le Protecteur pour la continuer, la misère et la peste [ravageant] le royaume de Naples, la mauvaise disposition , tant de ta iioblesse que du peuple en ce pays4à , ne

^ Cette loenlioii est emprnatëcr à ia vë- proie dressés ponr ia diasse. Aa ûgnré, on aerie : on appelait gwfi^hmiB la ckm des appeiril g^e-^kavde tonte aspèee ils butin animaux que Fan donnait aux oiseaux de et de gain.

Octobre i656.

sont pas capables de porter les enneoiis à la paix, ayant laissé partir, sans rien conclure, M. de Lionne, qui sera icy dans trois ou quatre jours; et le principal sujet de la rupture a esté quils pretendoient avec une injustice sans exemple que, dans le traité, on ne parlast pas seulement du Portugal ^ et qu on restablist le prince de Condé dans toutes ses charges et gouvernemens. Peut-estre que Dieu leur endurcit le cœur pour leur faire ressentir encore plus vivement la pesanteur de son bras.

J'ay veu une nouvelle d'Allemagne qui porte que Riga ^ estoit sauvé et que le Moscovite avoit esté obligé de se retirer avec perte d'une partie de son canon. C'est une grande affaire pour le roy de Suéde, lequel nous pressons tant que nous pouvons de faciliter l'achèvement de la paix avec la Pologne; mais, jusqu'à présent, il n'y a encore rien de faict.

Je vous envoyeray, au premier jour, par le sieur Talon, ce que je vous ay promis pour M. d'Humieres'; mais je suis obligé de vous dire que cela fera grand bruit, car il y a desjà plus de quarante personnes de l'armée qui sollicitent la mesme chose, s'accordant toiy à dire qu'ils tiendront à la dernière marque de mespris et se trouveront hors d'estat de pouvoir servir, si l'on leur refuse cette grâce dans le temps qu'on l'accorde à d'autres qui ne sont pas plus anciens dans le service qu'eux.

^ Pour le Portugd, Mazaiin en fit assez bon marche, lors de ia signature de ia paix des Pyrënëes, et avec justice; car il n'avait jamais trouvé dans ce pays l'assistance sur laquelle il pouvait être en droit de compter, ff L'ambassadeur de Portugal, raconte Brienne, dans ses Mémoires {éd. Michaud, p. 161), en i656, me demandait souvent pour quelle raison on avait donnédes sommes immenses aux Suédois, aux Hollandais et au landgrave de Hesse, et qu'on demandait au contraire de l'argent aux Portugais. Je n'eus pas de peine à lui répondre qu'ils agis-

saient tous pour la cause commune, au lieu que le roi, son maître, demeui-ait sans action, sur ce qu'il était persuadé qu'il hn était bien permis de recouvrer ce qui lui appartenait, mais qu'il ne pourroit, sans commettre un crime énorme, envahir le bien d'autrui. ... n

* Cette capitale de la livonie était assi^fée par les Moscovites.

' Louis de Grevant, marquis d'Humières.

( Voy. ci-dessus, p. 35a ). li s'agbsait du brevet de lieutenant général que Turenne demandait pour M. d'Humières.

■ ■ Octobre t656.

CGXLII.

Aff. ëtr. , Pays-Bas, t. 38 (sans indication de page ni de folio). —

Copie du temps.

À M. DE TURENNE

Vincennes, s 3 octobre i656.

(bxtbait.)

J'ay receu la lettre que vous avez pris la peine de m'escrire. Je u ay rien à répliquer aux raisons qui vous ont obligé de quitter la ThieracheS mais je vous advoue que je serois fort mortifié si vous retombiez dans le Vermandois^; car, outre la ruine de ce pays-là, qui est de France, quoyquil soit au delà de la Somme, il iroit sans doute un peu de la réputation des armes du Roy que Ton vous vist rentrer dans le royaume et manger la frontière dans le temps que les ennemis se sont retirez et sont hors d'estat de s'opposer à tout ce que vous voudrez faire.

J'espère donc [que], quand vous aurez veu ma dernière lettre, vous aurez changé de dessein et que vous serez résolu de profiter, autant qu'il se pourra, de ce peu d'intervalle qui reste jusqu'à l'establissement des quartiers d'hiver que l'on vous envoyera ponctuellement dans le temps que je vous ay dict.

Dans une addition à cette lettre, Mazarin répond à des recommandations que Turenne lui avait faites et annonce les expéditions pour les quartiers d'hiver.

^ On a déjà fait remarquer que le pays ' Le Vermandois avait pour capitale

de Tbiérache correspondait à la partie sep- Saint-Quentin. II faisait partie de la gënëratentrionale du département de TÂisne. lilé de Soissons.

HAZAIII.H. — yii.

MPKIMEKII lATIOlALB.

asBi

CGXLUI.

Aff. étr. , Pays-Bas, t. 38 (sans indieatioD de page ni de fiolio). — Minute.

À M. DE TURENNE

VinceDoes, a 5 octobre i656.

Depuis avoir escrit la lettre cy-joirite S j'en ay receu une de M. de Mondejeux, par laquelle il me mande quil estoit prest à exécuter ce quil m'a voit proposé de faire au delà de la Lys^ et que, pour cet effet, il se contenteroit que vous luy envoyassiez huit cens hommes de pied et mille chevaux effectif» avec M. d'Esquancourt' et Vandy^; qu'ils pourroient mesme nommer les regimens les plus propres pour cette [expédition]^, parmy lesquels il sera bon que celuy du chevalier de Grequy soit compris et celuy de Palaiseau. Je vous prie donc de vou* loir faire ce destachement sans perdre un moment d« temps, et j'espère qu'on tirera grand advantage de cette course.

CGXLIV,

Aff. ëtr. , Ptys-Bas, t 38 (sa&s indication de pagie ni de folio). -^

Minute en partie de la main de Rose.

À M. DE TURENNE

Paris, 1*' novembre 1 656.

(BtTBlIT.)

J'ai receu la lettre que vous avez pris la peine de m'escrire le 3 o du

^ Cette lettre est probablement celle qui t. VI , p. so5 , note 5 , des Lettres de Mazarm.

porte la date du a 3 octobre et qui n'aurait ^ Voy. sur M. de Vandy le tome III,

été envoyée que le a5. p. 455, note 5, des LeUreê de Mazarin. Il

* Voy. ci-dessus , p. ii5. était lieulenant général depuis un an.

' Voy. sur le général d'Esquaucourt le * Lecture très douteuse.

mois passé, et j'ay esté tres**ay8e de voir tout ce que vous avea faict. Noif«aibrêi656.

Gomme nous avons nouvelles que les ennemis ont envoyé un corps

sur la rivière [de la] Lys^ je eroyois que M. de Mondejeux seroit plus^

tost en estât de vous renvoyer les troupes que vous luy avez envoyées,

que de vous en demander encore d autres. Neantmoins on a remis à luy

de faire ce qu il jugera plus à propos, et vous aurez à présent receu les

ordres du Roy ià-dessus.

Je crois que vous ne serez pas fasché de sçavoir le traitement que le Roy a résolu de faire à Tinfanterie. C'est un eiïort dont je ne eroyois pas que nous pussions venir à bout dans Testât où sont les finances; mais mon advis a esté qu'il falloit fins tost reculer les autres despenses afin de subvenir à une qui est si nécessaire pour pouvoir continuer la guerre avec suceez et contraindre enfin les ennemis à donner les mains à une bonne paix.

Je vous diray doue que, nonobstant que, Tannée passée, Ton aug* menlast trois prests^ à Tinfanterie et qu'elle doive estre logée cette année dans des villages, comme la cavalerie ^ le Roy a résolu, au lieu de douze prests que Ton a accoustumé de donner, qui font huict escus^ pour soldat pendant les cent cinquante jours de quartier d'hyver, de donner à chaque soldat six sols par jour, qui font la somme de quarante cinq livres dans les cent cinquante jours, avec l'augmentation à proportion des hautes payes^, lesquels sont payez comme s'ils avoient quarante hommes d'effectifs, de manière que, dans la différence qu'il

* La minute porte du Lys.

* On appelait prêt ou prest ce qui ëtait donne aux trenpea pour leur solde ordinaire. Ce terme est encore usitë aujourd'hui.

* Voy. à ce sujet les mémoires de Tureone (éd. Michaud), p. ASa.

* Huit écus faisaient vingt-quatre livres. Qnoiqa'ii y ait eu , aux xvii* et xviii* sîèdes , m boB nombre de monnaies d'argent appelées ieiu, de valeur variaUe,. et quoique réeu dW, aivant sou remplacemeiit par le huis y en 16&1, ait valu jusqu'à & livres

10 sous et 5 livres, néanmoins Topinion persista à appeler écu une collection de trois livres tournois, videur réelle de f écu sous Charles IX et Henri III; époque eu le gouvernement avait tenté de remplacer, dans le langage, la livre tournois par Fécu comme monnaie de compte. Cet usage du mot égu peur sig^ifi» trois livres, et plus tard treifr francs, a d*aiMeurs continué dans la campagne jusqu'à no» jouis.

^ Officiers fui recevaie»i une paye plus élevée qm les sinifile& toidatsv

Novembre 1 656. y a de quinze escus, que Fon donnera cette année, à huict escus que

Ton avoit accoustumé de donner, il y aura sept escua de plus pour chaque soldat; ce qui revient pour chaque compagnie à deux cens quatre vingts escus de plus, et outre cela Ton donne encore une demyemonstre d augmentation aux capitaines, lieutenans et enseignes, qui font quarante-deux escus et demy par compagnie, lesquels adjoustez aux deux cens quatre-vingts montent à trois cens vingt-deux escus et demy par compagnie, et dans le nombre de compagnies que le Roy a sur pied, je vous laisse à penser à quelle somme tout cela doit aller. Il me semble que vous avez beau champ de faire valoir ce bon traitement dans toute Tarmée et de vous déclarer^ dez à présent que vous serez le premier à inister (aîc)^ au chastiement de ceux qui manqueront à mettre leurs compagnies en bon estât, c'est-à-dire non seulement complètes, mais aussy armées de piques et de mousquets, sans qu'il y puisse avoir aucun fusil à peine de la vie '.

Mazarin termine par quelques recommandatious pour des corps particuliers.

Air. ëir. , Suède, t. aa, (* sgS; miaute de la main de Silhon. *-^ Ibidem, t. ai, f*" 169;

original signe et en partie chiffré.

À M. D'AVAUGOUR

Paris, 3 novembre 16S6.

(BZTlilT.)

Après avoir parle de la négociation de la paix entre la Suède et la Pologne, qui n'est que différée, Mazarin ajoute :

Je suis bien de vostre sentiment que ce qui est en cecy de plus sen-

^ La minute porte bien de votu déclarer, dit plus haut (voy. p. a6i, note a), corn-

* Ce verbe a le sens de fornser i, mençait à s'introduire, indique, h cette

prendre l'inàialive de. . . époque, une réaction en faveur du mous-

' Cette défense singulière d'avoir des quet, dont fhistoire n'a pas gardé le sou-

fasils, alors que cette arme, comme on Ta venir.

sible au roy de Suéde est quelque deschet qu'il s'imagine estre faicl à Novembre 1 656. sa réputation, s'il est obligé de restituer tout, ou la plus grande partie des conquestes qu'il a faicles en cette dernière guerre. Je vous ay mandé, par ma dernière lettre, quelques considérations assez fortes pour adoucir cette amertume ^ J'ajouste encore icy qu'en quelque manière qu'il sorte de cette guerre et quelque forme qu'on donne au traité d'accommodement, il sortira tousjours des affaires avec une grande gloire; il a pris tout ce qu'il a attaqué, à Dantzick prez; il a abattu tout ce qui s'est opposé à ses armes; on n'a encore repris rien sur luy de considérable; il a esté capable de donner de la jalousie à plusieurs grandes puissances et les voir armer contre luy. Il est encore en son entier, et tout ce qu'on peut attendre d'un grand courage et d'une grande capacité guerrière s'est marqué en sa conduite.

Cette réputation est de plus grand prix et pourra estre de plus grande utilité que ne seroit ce que la prudence luy conseille de rendre dans les difficultés d'une conjoncture qu'elle n'avoit point prévue. On descharge quelquefois, dans la violence d'une tempeste, le vaisseau d'une partie de ce qu'il porte pour asseurer l'autre. En quoy tant s'en faut qu'on condamne l'art du pUote, qu'on le blasmeroit s'il faisoit autrement. Il y a tant d'exemples de pareilles choses arrivées à de grands princes et à de puissans Estats, que celle-cy.ne sera ny nouvelle ny extraordinaire. Nostre Henry second rendit, par la paix de Gasteau CambresisS presque tout le Piemond, qui nous avoit cousté tant [d'années]* à conquérir. Philippe II nous remit, par le traité de Vervins, sept excellentes places* qu'il avoit gagnées sur nous, qui estoit tout le fruit de tant de millions consumez [m) et de tant d'armées employées à les conquérir.

Il importera neantmoins, puisque la plus grande difficulté du traité

* Voy., ci-dessus, la lettre de Mazarin à * Par les articles i3, li et i5 de la paix H. d'Avaugour, du i& octobre. de Vervins, Philippe II rendait h la France

* Signée en avril iSSg. Calais, Ardres, Mondndin, Donlens, la Ca- ' La minute porte bien iannieê. Le dé- pdie, le Catelet et Blavet en Bretagne.

chifltement donne d'armées*

Novembre 1 656. semble coDsister en la forme qu'on luy donnera, de faire comprendre

aux Polonois que, pourveu qu'ils trouvent leur compte pour ce qui est du réel et de leffeetif , ils ne doivent point insister sur quelques appa* rences qui blesseroient la réputation du roy de Suéde, sans quii leur en reussist^ à eux de l'utilité; que c'est un grand bonheur pour eux qu'ils puissent recouvrer^ à l'amiable, sans tirer l'espée, présentement et certainement, ce qu'ils auroient peine de recouvrer avec la force dans l'incertitude de l'avenir et dans le hazard des révolutions inespérées qui arrivent à la guerre, dont ils voyent un exemple dans celle que le roy de Suéde leur vient de faire.

, Je croy que vous aurez fait connoistre à Leurs Majestés polonoises^ que, dans les propositions de ligue que l'Empereur leur faûet faire, son but n'est autre que d'empescher l'accommodement des Suédois avec eux; qu'ils doivent tenir pour constant que ^ quelque ligue qu'il fasse, il ne fera jamais diversion, comme il le propose, ny sur les Estats du roy de Suéde en SuedeS en Allemagne, et beaucoup moine sur ceux de l'électeur de Brandebourg, à cause que cela seroit capaUe de faire souslever contre luy ou toute, ou la plus grande partie de l'Allemagne, et que cela ruineroit absolument le dessein qu'il a de faire eslire son fils roy des Romains, de sorte que les Polonoia gasteroient leurs affaires pour advancer celles de l'Empereur. La chose parle d'elle-mesme.

Vous n'obmettrez pas surtout d'employer toute sorte de moyens pour empescher que Velecteur de Brandebourg ne se destache du roy de Suéde et pour eslreindre^ mesme davantage le noeud de leur confe-

^ Le manoscrit pofte bien reutsk aa Keu (le revint, que Ton serait tente de lire.

* Le déchiffrement porte recouvrir; la minute, recouvrer.

^ Le roi Jean-Casimir VVasa et la l'eine Marie de Gonzag^ue-Nevers.

* Les mots en Suède se trouvent dans l'original et dans k miiiiite. Ils peuvent se comprendre. Je «r<Hs cependant quHl vaur drait mieux les retrancher, et que Mazarin

n'a voulu parier que des États du roi de Suède situés en Allemagne, comme la Poméranie, Brème, Verden et Wismar. La suite de la phrase prouve, en effet, que l'Empereur n'osait pas attaquer les Etals de la Suède pour ne pas liécontenter l'Allemagne; ce qui ne peut s'apf^qaer qu'aux possessions garanties aux Suédois par la paix de Wes^alie.

• Resserrer.

deration. Vous pourrez mesme les asseurer, Tun et FautreS que le Roy Novembre 1 656 ne désire et ne poursuit avec tant de passion leur accommodement avec la Pologne que pour pouvoir avec plus de bienséance et plus hautement les servir de tout ce qui sera en sa puissance; qu'il n'y a point d'effort qu'il ne fasse alors, pour l'amour d'eux (jusque là mesme d'en incommoder, si besoin est, ses propres affaires), soit contre le Moscovite, soit contre l'Empereur mesme ^ s'il se déclare contre eui; qu'il employera encore tout le crédit qu'il a auprez de ses alliez pour les obliger à concourir avec luy à leur défense*

La dëpêche se ternrine par TapprobatioD donnée à la conduite de d'Avaugour en ce qni concerne un subside réclamé par le roi de Suède. Cest une question que l'on examinera plus tard.

GCXLVI.

Aff. étr. , Ailein8g[ne, Sujpplèmeni, t. 17 (sans pagination). -^ Oiîginal signe

et eft partie chifiré»

À M. DE LUMBRES.

Paris 4 10 novembre i656.

(sinuiT.)

Voicy irois règles que tous observerez ^ s'il vous plaist, inviolablement M qui feront toute Tenceinte^ de vostre négociation :

La première sera que vous ne manquerez point de faire tous les offices possibles, et de toute l'estendue de l'authorité de Sa M^, à lavantage de là religion [catholique] dans toutes les occurrences où vous aurez lieu de le faire. C'est la volonté du Roy, et moy je vous en prie en mon particulier.

La deuxième règle sera que vous travailliez incessamment et avec soin à empescher que l'union de l'électeur de Brandebourg et [du roi] de Suéde ne se défasse ou se relasche en quelque manière que ce soit.

^ Le roi de SoUe et Tëleetear de Bran- ' Le mot m^ceint» signifie ici ia limite et

debourg. les points principaux de h n^fociation.

Novembre 1 656. Vous pouvez faire Comprendre aa premier que ce destachement ou

cette neutrsdité, à laquelle quelques-uns de son conseil taschent de l'induire, seroit enfin sa ruine, qui ne seroit retardée que jusques à ce que le roy de Suéde fust accablé, après quoy, si cela arrivoit, les Polonois et l'Empereur trouveroient mille prétextes et mille moyens de le perdre; ce qui est absolument résolu dans leur esprit, de quoy il ne doit donc point douter; et partant, la prudence veut qu'il ne se prive pas du plus grand appuy qu'il pourroit avoir, qui est celuy du roy de Suéde, et qu'il passe ^ avec luy la carrière où il est entré et où il a acquis tant d'honneur, et où il s'est mis en si haute réputation dedans et hors de l'Empire, qu'il doit bien faire plus de fondement à l'avenir sur l'amitié d'un prince, de qui il aura esté ami jusques au bout, que des autres princes qu'il avoit [cru] devoir embrasser ses interests en cas de besoin, puisqu'ils n'ont pas la mesme obligation pour cela qu'auroit le roy de Suéde, veu mesme que ses autres amis se porteroient plus volontiers à le défendre et à s'embarquer dans ses querelles par la considération de la fermeté et de la constance qu'il auroit faict paroistre à l'endroit du roy de Suéde, s'asseurant qu'il en feroit autant pour eux en pareilles rencontres. Surtout vous pouvez luy représenter que la France se portera plus volontiers à l'assister, selon l'exigence des occurrences, s'il persévère dans la liaison qu'il a faicte avec la Suéde, que s'il s'en detasche. Enfin vous employerez toutes les considérations que vostre raison et la cognoissance que vous vous estes acquise des affaires de ce pays vous suggéreront pour cette fin.

La troisième règle sera que vous rafraischissiez ^ tousjours les instances d'accommodement entre les deux couronnes du Nord*, sans qu'aucune difficulté vous rebutte; et d'autant que les Polonois en ont tesmoigné plus d'aversion que les Suédois , vous ne vous lasserez point de faire comprendre aux premiers combien les affaires de la guerre sont sujettes aux révolutions inespérées et combien les événements

^ Le texte porte bien passe la carrière, ^ Dans le sens de renouveliez.

dans le sen • de achève la carrière. ^ Suède et Pologne.

en sont douteux. (Si l'ajustement du Moscovite et du roy de Suéde est Novembre 1 656. faict ou se traite, vous vous servirez de cet exemple.) Que l'espérance qu'ils pour]H)ient avoir de l'assistance de l'Empereur n'est pas trop bien fondée; que son dessein n'est pas de leur procurer du repos par une victoire, mais de tenir tousjours le roy de Suéde occupé par la durée delà guerre; que, quoy qu'il ayt de grandes forces sur pied, elles ne sont destinées que pour les desseins qu'il a dans l'Empire ou pour le service des Espagnols; que ces deux considérations l'emporteront présentement sur toutes les autres; que, quelque mine qu'il fasse de défendre la succession à la couronne de Pologne, soit pour son fils', soit pour son frere^, il y songera plus, d'une fois quand il sera cpestion de l'accepter en effect, présentement que la jalousie que cet accroissement de puissance exciteroit parmi les princes des Estats de l'Empire rendroit [impossible] de députer son fils ou son frère à la royauté des Romains, qui luy tient bien plus au cœur que la succession à la couronne de Pologne; que, comme il ne se peut que le Moscovite n'ayt esté piqué de cette pensée que quelques Polonois ont eue , il ne faut point aussy douter que le Grand Seigneur^ n'en vist fort mal l'exécution; qu'il ne desliast les mains au Transylvain^ pour assister le roy de Suéde; qu'il n'or4onnast aux Tartares de quitter le service du roy de Pologne. En un mot, il est visible que les Polonois ne peuvent mettre leur couronne sur la teste du fils ou du frère de l'Empereur et conserver leur liberté , et par conséquent que le meilleur parti qu'ils ayent à prendre est d'entendre aux propositions qui leur sont faictes par un ami équitable et bien intentionné.

^ Léopold, déjà roi de Bohême et de Hongrie. (Voy. ci-dessus, p. 178, note a.)

' Léopoid, ancien gouverneor des Pays- Bas espagnols. (Voy. ci-dessus, p. 197.)

' Le sultan des Turcs était, à cette

époque, Mahomet IV, qui régna de 1 669 à 1667.

^ Le waywode ou grand-duc de Transylvanie était Georges II Ragotski , qui régna de i6^8ik 1687.

MAIABIH. — y II.

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GGXLVU, AS. ëtr., Angleterre, t. 66>, f* agi. -~ Mionte.

À M. DE BORDEAUX

Phris, ig^novembra i656.

Pour ce q«i est des negodation& que Tod dict que mow eatreteuoiiB ettcore avec TEspagne et du voyage que M. de Peuarenda^ deit fEÔre icy, je TOUS diray que ce sont des £ed>les et qu à moo) grand regret, je imis obligé de votis advertîr que, depu» le retour de M. de Lionne, ii ne nous reste aucune espérance de paix , les Espaigndb s estant tenus fermes sur des points qui sont indi8peQsables^ puisque, outre que FhonneQ>f et i'interest du Roy y sont entièrement engagez, si Se M^, par exemple, accordoit le restablissement du prince de Condé duis tous ses gouvememens de places et de provinces et dans ses charges, et le tout à l'instance du roy d'Espagne, ce ne seroit pas faire la paîi, mais une trefve, qui dureroit autant de temps qu^l faudroÂt aux Espagnols pour raccommoder leurs affaires, wnir à bout du Portugal, feire la paix avec TÂngleterre, donner ordre à tout ce qui teur fakt peine en Italie, amasser beaucoup d'argent et recommencer la guerre dans deux ou* trois ans à meilleures^ enseignes , avec asseurance que le prince, qui leur auroit toute l'obligation des advantages qu'U rem* porteroil à présent par leur moyeu, hesiteroit. d'autant mosDfi à s'en* gager de nouveau avec eux qu'il verroit plus d'apparence à faire réussir les projets qu'il auroit faicts contre cette couronne.

Je ne sçay pas ce que le colonel Lockhart a peu escrire là-dessus; mais il nous paroist fort persuadé que nous ne songeons icy qu'à contraindre les ennemis par la force des armes à donner les mains

* Gaspard de Bragamonte, comte de Penaranda, avait été un des plëaipotentiaires de l'Espagae au congrès de Munster. — * Le sens est : esseniieU pour la ccneluêûm de k paix.

DU CARDlNit MÀZARIN.

à la paix^ Vousp^nve^ eatt^ asseur^ qu'on ne fera rian avec ledi4^t Novembre 1 656.

fiâeiidr ooiooel AwA VO110 ne f»Qyez ponctuellem^^nt iaXormé; car, jusqu'à

présent, quoy que nous ncms voyions him souvent et que Ton tnaite

de6 icûndition» pour {aU'e «une plus estroite liaison et agir de coucert

DMtpe un enneiny commun, a6n .de l'affoibiir Sautant plus, ion ne s'est

pas eaoope iq>ppocbé 4e la conclusion , l^diot sieur colonel prétendant

qiije inous portions presque toute la despense, nonobstant que M. }e

Protecteur tkmt h principal advantage des prognoz que u»us pourrioins

faire ^. Vous 49e deves am»j douter nullement de la oonfiani^e que j ay

en v«>us, et vous v^errex que Ion vous informera ponctuellement 4e

tout te qui se ipaasena dans cette psiegociation , de Laquelle , pourtant,

il est à propos que Tious ne ieavifoîgniez rien i prévient.

Vous avezisceu desja le peu de sujet q^e le Bpy a d'estre satisfait du procéder du roy d'Angleterre « lequel, aipres avoir receu» luy et toute sa lamille, tant de bon accueil «et de bon {traitement, lorsqu'il s'est réfugié dans te royaucae^ sans qu'icm ayt cessé de luy <oulinuer la mesme assistance après qu'il s'est retiré en Flandres, ne s'est pas seulement <:ontenlé 4e lier une lestroite ««mitié avec les Espagnols, qui sont maintenant nos pkis|;r«n4s ^ennemis, ma& qu'il nom e^ ayt faict (aire le moindre compliment, et d'avoir conclu un traité avec eux, dans lequel il y a plusieurs «articles pi^ejudioiai^des iau;( affaires du Roy ; mais il a adjousté à tout cela mille diligences qu'il a faictes pour desbaucher tous les rçigimens irlandois et escossois qui sont icy, ayant envoyé des tordnes aux officiers et saldatz 4e l'ajyier trouver et ifaict sous main et en public totftes \es intrigues imaginables pour priver

^ Bordeaux écrivait, le a 7 novembre i656 , qu on paraissait appréhender en Angleterre la réconciliation de la France et de TEspagne, trafin de donner plus de crédit aux bruits qu*en a fidt courre le colonel Lockharti». Dans une dépèche du k décembre, Bordeaux insistait encore sur la difficulté ffd'effiioer Timpression que les lettres du colond LockUàrt, ou d^autres.

peuvept avoir donnée». (Aff. étr., An^eterre, t. 67, f 807 et 3io.)

* Cromweil caressait alors un projet de confédération beaucoup plus vaste qu'il ne convenait à Mazarin de Taccepter. Aussi le Cardinal Téludaitril avec soin, sans toutefois le rejeter ouvertement, sa tactique consistant à soulever des objections contre qudques-unes des clauses proposées.

Novomiire 1 656. le Roy d'uii corps assez considérable et en fortifier en effect le parti

d'Espagne, tandis qu'il tesmoigne, en apparence, d'estre sur le point d aller reconquérir l'Angleterre, et que c est pour cela qu'il a besoin de joindre lesdictes troupes à celles qu'il dict vouloir assembler d'ailleurs et que les Espagnols luy ont promises. Cependant il est aisé de voir qu'il ne peut attendre des Espagnols ny argent ny troupes ny vais* seaux, sans quoy^ il rencontreroit quelque petite difficulté à recon* quérir l'Angleterre. Dans le temps qu'il tient cette conduite, il a escrit pressaniment à la Reyne sa mère pour obtenir un passe-port pour le comte de Bristol ^, qu'il voudroit envoyer en Espagne; mais Sa M*^na pas jugé à propos de le luy accorder et a résolu en mesme temps de faire marcher à Beauvais tous les regimens iriandois, qui èstoient en divers lieux sur la frontière, pour en foraier un seul qui aura le nom de régiment royal, lequel ne sera composé que d'officiers afiidez et qui ayent de longue main faict paroistre leur zèle pour le service de cette couronne, Sadicte M^^ ayant résolu, au mesme temps, de licencier tous les autres.

L'on a dict icy à la Reyne que, dans les vaisseaux pris sur la flotte d'Espagne, il y a quantité de pierreries et de raretez des Indes ^; je vous prie de vous en informer et jie m'en donner ad vis, parce que, si cela est, Sa M^ pourra bien envoyer une personne exprez sur les lieux.

^ A défaut de quoi. cëdemment gouverDear de Mantes et de

* Probablement Georges Digby, de Tlde-Adam ; c'est là qu'il 4evint amonreai

Bristol , nommé maréchal de camp en 1 6&8 , de la duchesse de Chàtillon , retirée alors au

lieutenant général en i65i, mort en 1678, château de Marlou (ou Mello). (Voy. les

à 65 ans. Bristol, dit Bussy, frétait fier, Mémoires de Bussy, t. II, p. 890 et suiv.) brave et plein d'ambition f». Il avait été pré- ' Les Indes occidentales ou Amérique.

DU CARDINAL MAZARIN. an

Décembre 16 56.

CGXLVm.

Air. ëtr.4 Suède, i. a 3, f* 909; minute de la main de Silhon. ~ Origin»! signe,

«Q partie chifirë; ilndem, t. 91, f* 910.

À M. D'AVAUGOUR

Paris, 1*' décembre i656. *

(iXTRAIT.)

Je me contenteray« maintenant dmsister sur un point, qui est que vous taschiez d'imprimer tout-à-fail cette vérité dans l'esprit du roy de Suéde, que son véritable et immortel ennemi est la maison d'Austriche, aussy bien que de ses véritables alliez, comme est la France; qu il doit s'asseurer que la mesme maison ne perdra jamais le souvenir ny le ressentiment de ce qui s'est faict aux dernières guerres d'Ailemagne tant de la part des Suédois que de la nostre, et que c'est une loy fixe et immuable de sa politique que ne souffrir point qu un estranger, Suédois ou François, occupe un pouce de terre dans l'Empire toutes les fois qu'elle aura lieu de l'effectuer ^ Et partant, que luy et nous devons nous unir et agir de concert pour prévenir et destourner de pareils inconveniens, ayant particulièrement un sujet si juste et si approuvé que la violation du traité de Munster^, qui est toute visible dans les troupes que l'Empereur envoyé contre nous en France' et en Italie, et encore plus celuy qu'il a, luy, roy de Suéde, de se ressentir de la rupture du Moscovite, que l'Empereur luy a suscitée , comme il a esté dict cy-dessus-

En effect, cela me paroist sy raisonnable et sy engageant pour

* G^est-à-dire , toutes les/ans qu'elle pourra ' La minute et Toriginal portent bien en

ten expulser. France. ïai respecte le texte; mais je crois

' Le traité de Manster disait, en effet, qu'il faudrait lire en Flandre : c'était, en

en parlant de TEmperenr et du roi de effet, vers ce pays, et non vers la France,

France : irran d'eux n'assistera jamais les que se dirigeaient les troupes impériales

ennemis présents ou à venir de l'autre, pour soutenir les Espagnols, ainsi qu'on

fpous quelque prétexte ou titre que ce soit». t'a vu par les lettres précédentes.

AZÙ LJSTTRfS

Dëoeinbrei656. obliger le Toy de Suéde à entendre à la paix et à sçavoir mesme perdre

quelque chose de ses conquestes, que je me persuade qu'il n'y résistera point, puisque, s'il perd, d'un cosié, il pourra réparer si avantageusement cette perte, d'un autri^. Ouir^ qu'ayant faict icoguoistre au monde sy hautement ce qu'il yak»! et «'estant acquis une réputation qui fortifie ses amys comme elle est redoutable à ses ennemys, il ne sçauroit rien perdre qui soit comparable à ce qu'il a gagné par là.

CCXUX.

Aif. étit., Angleterre, t 66, f^ â^S. ^ Cepie du temps.

A M. DE BORDEAUX

Paris^ ^décemlire 16&6.

(bxirait.)

Ceux q«:i publient de delà (^1 Angleterre) que nous avons £aict la ipaiac avec l'Espagnie [agissent]^ ainsy parce que ces bruits servent à leurs fins; car ils sost trop bieii informes des •choses pour croire eux* mesmes ce qu'ils disent, qui, dans la vérité, n'a nul fondenihe&t.

M. le colonel Lockhart^«est parti d'icy pour s'en retourmer len Angleterre, sans qu'il y ayt rien de conclu. D sçait seulem^nit ce ^u'il y a. à faire pour une liaison estroite, et comme il en rendra compte de dedà (en Angleterre), s'il se résout «quelque <^ose, vous en serex adverti aussy tost. Je luy ay envoyé quatre des plus beaux chevaux de mot escurie , deux couarsiers de Naples et deux barbes^ pour M. le Pr-atecieiir. Neantmoins il n'en faut pas faire d'esclat, et je l'ay prié mesmement de les présenter comme une bagatelle, que j'avoîs len qiidque façon destinée pour Jedict colonel.

Je commenceray, au premier jour, à vous faire remettre de l'argent pour travailler aux levées. Je vous prie d'y bien ^appliquer [vos sains].

* La copie porte e» rietu Mmty, qui n'a le snîvaat dans aouHtafoifv deila B^fM^ aucun sens. d^Angktêtre ^t du Pfvketmmt i'Olw. Gvm-

* M. Gaiiot a publié œ paragrai^ie el wM-, t II, |). 614., de la deuxième édition.

DU CARMNAL MAZARIN. 431

Vovs poorrez «Msy conferer wtee leékt sieur colonel Loctbart ée8 moyen» d'f mieux réussir. 11 y contribuera en tout ee qui luy sers pos^ble.

Sa M** m'a faict la grâce de vous conserver restre intendance de Pîcardt«S et comme il a falhi, de nécessité, envoyer quelqu'un de ce costé-là pour avoir soin des troupes, durant le quartier d'hyver, j'ay pourveu à ce que son employ ne vous puisse preju(Kcier el finisse dans peu de temps.

GGL

Aff. étr., Pays-Bas, t 38 (sans indicatioa de page ni de fotio). -^

Minute en grande partie autographe.

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