À M. DE FOURILLE
Paris, à janvier 1667.
Janvier i657«
Noos avons receu icy deux ad vis en mesnie temps, auxquels jaurois tre^-grande peine d^adjojuster foy, s'ils ne nous avoient esté donnez par des personnes de probité et qui sont très affectionnées au service du Roy. Le premier est que quelques-uns de vos compagnons, au lieu de considérer comme il faut Temploy qui leur a esté donné pour restablir l'authorité de Sa M^^ dans une ville où l'on s'est si fort esloigné du respect et de l'obéissance qui luy sont deubs, s'en sont plaintz haultement, jusqu'à dire, en présence de» habitans de la mesme ville, qu'on les faisoit servir de reeors de sergens et qu'ils ne prenoient pas grand plaisir à ce mestier.
Je vous advoûe que, plus je fais de reflection sur ce discours, plus il me donne d'estonnement et me paroit extravagant. Il est extrêmement à craindre que le Roy qui ayme son régiment des gardes, venant à sçavoir qu'il s'y trouve des officiers qui ont des sentimene si contraires à leur d^bvoir et à la raison, ne prenne, contre ceux qui en seront coupables, des vésolutions bien différentes de l'affection et delà coofiaace qu'EUe a tesmoignée jusqu'à présent à tout le corps.
L'autre advis est qu'un des capitaines qui sont avec vous, ne s'estant pas trouvé asses^ conuoiodement dans le quartier qui luy avoit esté donné, s*en seroit venu, sans ordre et de son authorité privée, avec toute sa compagnie, dans un autre endroit de la ville et mesme auroit voulu se loger dans la maison d'un des échevins, et que vous, y estant accouru pour empescher l'effect de cette entreprise, et ayant
' Les mots :A M.de Furille, Paris, le Ajannier i65j, sont écrits de ia main de Mazarin. LeCanUiial ëerivait Fnrilk, pour Fowiik, d'après la prononeiation italienne.
Janvier 1657. comoiandé aux soldats de se retirer et s'en retourner en leur quartier, non seulement le capitaine auroit refusé d'obéir à vos ordres, mais auroit deffendu à ses soldats de le faire; vous, m'advoiierez que ce procédé est si extraordinaire , qu'il donne encore plus de subjet de s'en offenser que l'autre, et je suis obligé de vous dire que, quand ce seroit un de mes meilleurs amis qui s'en trouveroit coulpable, préférant, comme je doibs, le service du Roy à toute autre chose, je ne pourrois pas m'empescher d'eslre des premiers à condamner cette action. Je vous prie de m'escrire confidemment la vérité de l'une et de l'autre, afin que Sa M^*^ y pourvoye comme flHe le jugera nécessaire pour conserver l'ordre et la discipline dans un corps qui est obligé de donner l'exemple à tous les autres.
CGLV.
Aff. étr., Allcma^e, StÊppUment, t. 17 (sans pagination; original signe et en partie chiSrë). — PotH-^etiptum autographe.