‹ Lettres du cardinal Mazarin pendant son ministère (volume 3)Chapitre 54 sur 100 · À M. LE MARQUIS DE CARACÈNE · texte numérisé non relu

À M. LE MARQUIS DE CARACÈNE

Paris, s8 déceitabre j656.

(ïtTRAIt.)

La lettre qu^il a pieu à V. Exe. de m'escrire du 16 de ce mois est si obligeante en toutes façons, que j aurois peine à satisfaire aux remerciemens que je lui en dois. Je suid tres-^ayse que les passe-ports luy ayent esté à la fin rendus, et je me resjouis de ce que le plaisir et le divertissement du seigneur don Jean [sic) se rencontrera dans la curiosité que la Reyne a eue de voir la Bernadille^ puisque, si elle vient icy, ce sera pour passer ensuite en Flandre.

Je rends grâces à V. Exe. de la favorable response qu elle me faict touchant les gazettes^; mais, en mesme temps, je suis bien surpris de sa plainte contre celles de France , ne pouvant imaginer que le gazetier', après les rigoureuses défenses qui lui ont esté faictes de tout temps, ayt osé y rien insérer qui pust blesser tant soit peu le respect deub aux testes couronnées et à leurs principaux ministres. Neantmoins, s'il s'est oublié, je respons à V. Exe. que sa faute sera chastiée, et elle me fera faveur si elle a agréable de prendre la peine de marquer l'endroit. Mais peut-estre qu'elle entend parler* de quelques gazettes à la main , qui sont défendues à peine de la vie et qui ne laissent pas pourtant de courir toutes les semaines dans Paris. Véritablement, comme elles sont remplies de nouvelles du dedans du

' La Bernadi]la était une célèbre corné- ' On a vu cinlessas qde Maxario s'était

dienne espagnole que la reine Anne d'Au> plaint d'une gazette publiée à Bruxdies. triche avait désiré attirer à Paris. (Voy.aux * La Gaiette {de France) ou plutôt La

Analyses une lettre du 9 novembre i656, Gazette y avait été fondée par Théophraste

adressée au marquis de Garacène.) Renaudot.

Dëconibre 1 656. royaumc Contraires mesme au service du Roy, je ne voudrois pas res-

pondre de ce qu'elles contiennent à Tesgard des pays estrangers. D'une seule chose la puis-je bsseurer, qui est que, bien loin d'apporter la moindre connivence de nostre part à ces sortes de libelles, rien ne peut sauver les autheurs, si Ton vient à les descouvrir.

J'ay veu ce que V. Ëxc. a pris la peine de me respondre touchant les prisonniers de guerre, et aussytost on a mandé le s^ du Hoquet S qui estoit allé en Normandie, afin de le faire partir pour se [rendre] à Cambra y et adjuster cette affaire avec ceux que le seigneur don Jean aura agréable d'y envoyer.

Quant au s' Juigo de Tolède, lorsque j'ay veu, par la lettre de V. Exe, ce qu'elle desiroit de moy et la part qu'elle prend à ce qui le touche, je n'ay pas manqué d'envoyer les ordres nécessaires à Antibes pour le faire mettre en liberté sur sa parole, et afin qu'il puisse aller travailler luy-mesme à l'exécution de son eschange avec le s"* de Valpergue; et quoyque celuy-cy ne soit pas du rang du premier, on les considérera icy comme esgaux pour servir V. Exe. et M"* la marquise [de Caracene] en la personne dudict s^ don Juigo de Tolède. Au surplus, s'il n'a pas esté traité avec toute la douceur et toute la civilité qu'il auroit pu souhaiter, V. Exe. jugera aysement que, quelque inclination que nous eussions à en user d'une autre manière ^ nous ne le pouvions sans injustice, veu les rigueurs extraordinaires et, s'il faut ainsy dire, inouies, que l'on a faict sans relasche [souffrir] aux prisonniers français qui sont à Naples, et entre autres à ce pauvre Valpergue, que j'ay toujours reclamé comme mon domestique.

' Ou plutôt du BosqucA. (Voy. t. VI , p. aaS, note 7, des Lettres de Mazarin,)

CGLIV.

Aff. ëtr. , France, L 37^ , f 1 87. — Copie du temps '.

Page 1