À MADAME ROYALE (CHRISTINE DE FRANCE
[Paris], 10 février.! 667.
Apres divers entretiens aussy particuliers que ceux que j'ai eu avec le s' iBi>bé Aiporelti ^ et m'estre ouvert entièrement à luy sur plusieurs choses dont il rendra compte à V. A. R., il séroit peut-estre du respect de l^y espargner la peine de lire cette lettre. J'ose espérer neantmoins qu^elle u'aursi pas désagréable que j'aye l'honneur de lui tesnioigner la joye que le Roy a eue de donner les ordres, sans aucune con^tion^ pour la remise de la citadelle de Turin, puisque V. A. R. n^estime pa» qu'il soit {leeessaire peur le bien du service de Monsieur son fils^ qu'il la retiene davantage. Sa Majesté est ravie que ceste action achevé de justifier au public la sage et glorieuse régence de V. A. R., en sorte que le malin mesme sera contraint de la louer d'avmr su fier m à propos quelques places au feu Roy qui estoient menacées du mesme malheur qu'avoient eu les autres, de pourvoir avantageusement à la sécurité de ses Etats par ung depost dans lequel l'événement a bien montré qu'elle ne hazardoit rien et qui a donné lieu de rescouvrer les places qui avoient été prisée.
Pour moi, je n'obmeltrai jamais aucune des choses qui pourront faire voir avec plus d'esclat en quelle considération elle est çn cette cour, et quel avantage c'est aux affaires et à 1* Altesse royale de Monsieur son fils d'être assisté du crédit et de la puissante direction de V. A. R. Mats comme j'en ai dit beaucoup plus au mesme abbé Amoretti que
* J>rB!. AiBoretti, ekapdein et eonseiQer de lASS à 1676. Le roi- de Pranee avait do duc de Savoie, mort en janvier 1687. ooeupé là clfeaddlie de Turin sous prétexte
* Victor -Amédée H, due de Savoie, de la défendre contre les ennemis du due.
4â8 LETTRES
^lars 1667. je n'en poarrois escrire ici, je laisse le surplus à sa vive voix et particulièrement sur la conduite que M. le duc de Modène a tenue à Tegard de V. A. R. et des interest de Monsieur son fils. Et je demeure avec tous les sentiments d'une parfaicte soumission, etc.
GCLVni.
Aif. ëtr,, France, t. 379 , f* 100. — Copie du temps.
À M. DE GRAVËL.
[Paris], 17 mars 1657.
(amiAiT.)
Vous avez fort bien respondu au grand mareschal^ sur l'oifre qu'il a faicte d'une union particulière de son maistre avec le Roy, en cas que les autres princes *differassent trop longtemps à entrer dans la liaison projetée ''. Vous le remercierez de nouveau de la part de Sa M*^, de la manière obligeante avec laquelle il agit, et l'asseurerez qu'elle en a une parfaicte recognoissance, et qu'elle est tout-à-£ait persuadée de sa sincérité et de son affection pour cette couronne.
Du reste, je n'ay qu'à vous confirmer ce que je vous ay mandé, par ma précédente, qui est que, si M. de Mayence' peut s'ajuster avec le duc de Neubourg^, pour faire une partie des troupes que celuy-cy s'oblige de mettre sur pied par le traité que nous avons projeté avec luy, et qu'il prenne aussy l'argent, dont il conviendra pour cette levée, sur le fonds que nous devons donner audict s"" duc.de Neubonrg, le Roy en sera fort ayse *.
Ainsy S. A. El. se trouveroit armée et en estât de garantir sa personne et ses Estats des effects de la mauvaise volonté de l'Empereur,
' Au grand maréchal de Télectorat de ' Philippe de SehœnboriL (Voy. p. 9 AS.)
Mayence. * Voy. ci-^lesBua, p. 79.
' Il s'agisBait d'une ligue des princes al- * Pour les subventions pécuniaires payées
lemands pour forcer TEmpereur à respecter à rarchevéque-électeor de Mayence, voy.
la paix de Westphalie. ci-dessus, p. a&6 et a6i.
et, cet adjustemeot demeurant secret, ii ne paroistroit point à ses Mars 1657. Go-Electeurs et autres princes qu Elle eust fait un pas plus considérable qu'eux à Tesgard de la France, et il n'empescheroit pas la conclusion de la ligue que nous recherchons. Je me suis ouvert de cette pensée avec le chanoine Arnaud, et il sera bon que vous en confériez avec M. le prince de Hombourg^ et que vous examiniez ensemble les moyens de la faire réussir.
GCÙX.
t il
Aff. ëti\, (Sapplëmeat), t 17 (sans pagination). — Original signe
.et en partie chiffre.
À M. DE LUMBRES.
Paris, 98 mars 1667.
^ (bxtsait.)
Mazario le presse d'insister pour la conclusion de la paix entre la Pologne et la Suède. Le Brandebourg doit y entrer de concert avec la Suède :
Je vous ay mandé que, faisant cet office auprès des ministres de M. de Brandebourg, vous en devez en mesme temps faire pour raffermir tousjours dans la liaison qu'il a avec le roy de Suéde, qui doit estre indissoluble. Pour ce qui est de M. le baron de Schuerin^, vous m'avez faict plaisir de me mander ce qui seroit de son goust, a6n qu'il soit satisfait de ce costé-là.
J'adjouste, dans cette lettre, une nouvelle, mais puissante considération que vous employerez auprès du roy de Pologne et de ses ministres pour les rendre plus traitables à ce que nous desirons pour leur bien , c'est sur le mouvement des armées du prince de Transylvanie et des Cosaques : c'est que, dans toutes les apparences, ce prince ne se remue point qu'avec la permission du Grand Seigneur, et par conséquent qu'il ne soit asseuré d'estre appuyé de ses forces, s'il en est
^ Georges -Gbristien de Hesse. ( Voy. ci- ' Le baron de Schwerin était le prindpal
dessus, p. a 66.) ministre de Télecteur de Brandebourg.
MAZAiiN. — fil. 57
tHPBIHERII RâTtOHALB.
Avril 1657. besoin. La raison en est fort claire, d'autant qu'il n'est pas possible que le Grand Seigneur ayt peu apprendre le traité des Polonots avec l'Empereur et avecque les Moscovites sans une extrême jalousie, que la succession à la couronne de Pologne soit à la disposition de l'un pn de l'autre de ces deux princes , dont la puissance ne luy est que trop suspecte; et, par conséquent, il est à présumer qu'il n'y a rien qu'il ne fasse pour l'empescher.
Mazarin insiste, dans la suite de cette dépêche, sur les dangers que la continuation de la guerre présente pour la Pologne. Les Moscovites se disposent encore une fois à assiéger la ville de Riga. Mazarin ajoute en terminant :
Ils (les Polonois) se souviendront de la peur qu'ils avoient qu'elle ne fust prise, Tannée passée, et de l'inévitable conséquence qui en resulteroit pour leur commerce, si un prince si puissant et si ambitieux se rendoit maistre de ce poste. Pour ce qui est des assistances que l'Empereur leur peut faire espérer, 3s considéreront que, puisqu'il se desgarnit de ses principales forces pour les envoyer au secoure des Espagnols, jusque là mesme qu'il ne songe point au passage que le Grand Seigneur luy a demandé par ses Ëstats pour avoir de quoy s'y opposer, quelle subvention s'en doivent promettre les Polonois.
GCLX.
Aff. ëlr., Angleterre, t. 69, f* 70. — Minute.
À M. DE BORDEAUX. '
Paris, là avril 1657.
Nous avons appris , par vostre dernière depescbe du 5 de ce mois^ la resolution du parleonent d'Angleterre touchant le tikre de roy^ Gomme l'on ne doute point que M. le Protecteur, apret qu'il l'aura
* Il s'agissait de donner ee titre k Olivier Cromwell.
accepté, n'en fiasse donner part au Roy, il faudra que vous vous teniez AvHI 1657. prest pour faire aussy incontinent les complimens de Sa M^^ Cependant vous ne devez point hésiter à rendre office aux catholiques et employer le nom du Roy et son intercession, afin de leur procurer tout le soulagement qu'il sera possible. Il sera bon aussy que de delà ^ on travaille, comme on a desjà faict icy, à faire appréhender au Danemark de rompre avec la Suéde.
Aff. ëli\. Angleterre, U 69, f" 78. — Minute.
À M. DE BORDEAUX
(bxtbait.)
Paris, 91 avril 1667.
Les vaisseaux du Roy, que Ruyter a pris, navoient Caict aucune, prise. lis revenoient de \iareggio', où ils avoient desbarqué de Im- (anterie pour le service du Roy, et assenrement il n y a nulle excuse à ce précéder, et outre qu'il scandalise tout le monde en gênerai, il semble que l'Angleterre particulièrement y est offensée, puisqu'on en a employé le pavillon pour faire cette injure à Sa M**^.
Vous aurez eu desjà nouvelle de la mort de l'Empereur^. Cet accident sans doute changera bien la face des affaires et n'advance pas fort celles des Espagnols.
^ Le Parieme^ aiig^ venait de proposer la carëatioa d'une chaoïbre haule et d'offrir à Gromweli ]e titre de roi. On pouvait croire qn'-an tel acte ralUeniit an nouveau gouvernemeDi les sympathies d'un certain nonil»« de rojalistes; et, comme on le voit par cette dépêche, Mazarin ne doQtait pas 4{ue le Protecteor n'aoeeptAt. NéanoMÎns^ après en avoir déSbéré avec ses officiers, «eio-d s'ëtaat prononcés avec
foix^e pour le maintien de la forme répubUcaine^ Croinwell, pour ne pas les blesser, refîiga la couronne. U n'accepta que le droit de désigner son successeur.
* Du côté de l'Angleterre.
' Ville et port de Toscane, située dans le dttdié de liueqnes, à aS tHaffWtfres de la ville de ce aom.
* L'empeseur Ferdinand UI était mort le % «avril 1 6S7, à l'Agie de k^ ans.
Avril 16J7. ft-e-
GCLXU.
Aff. ëlr., Angleterre, t. 69, f* 7». — Minute.
À M. DE BORDEAUX
Paris, 98 avril 1667.
(extrait.)
Si les Estais des Provinces-Unies ne donnent une prompte et entière satisfaction au Roy sur le mauvais procéder de leur vice-admiral RuyterS les marchands anglois auront bientost ce qu'ils désirent, puisqu'ils souhaitent de voir eschauffer la querelle; car le Roy est résolu de ne rien relascher et portera cette affaire aux dernières extremitez plustost que de souffrir l'injure que ledict Ruyter luy a faicte. Cependant il faut escouter les propositions des marchands, qui offrent de noliser des vaisseaux au Roy, et en escrire icy le détail, sur lequel on vous mandera les instructions de Sa M^, leur tesmoignant que, dans la bonne intelligence qui est aujourd'huy establie entre la France et l'Angleterre, le Roy sera tres-ayse que les Anglois fassent tout le commerce, et les favorisera pour cet effect en tout ce qui luy sera possible.
Au reste, il n'y a rien de plus faux que le bruit que vous me dictes qui court de delà que le chevalier de la Lande et son compagnon avoient pris plusieurs vaisseaux hoUandois, quand Ruyter les a rencontrez^. Ils n'avoient faict autre chose depuis qu'ils estoient à la mer que le voyage à droite route de Toulon à Viareggio, où ils avoient porté de Tinfanterie pour le service du Roy, et s'en revenoient à Toulon
^ Voy. ci -dessus, p. /^35, et la lettre tion de Tamiral hollandais. Cette aflhire fol
précédente du a 1 avril 1 667. menée avec hauteur et faillit amener, comme
' Cette capture n'était, au dire des Hol- on va le voir, une rupture entre la France
landais , qu'une légitime représaSie pour les et les Provinces-Unies. L'Angleterre excitait
actes de piraterie commis par les capitaines Ift querelle dans Tespoir de ruiner le oom-
de ces vaisseaux. La France réclama avec merce hoUacdais, et Mazarin en fait assez
instance la restitution des prises et la puni- ouvertement la menace dans sa lettre.
pour y exécuter les ordres de Sa Majesté, qu'ils y dévoient trouver. Mai 1607. Cest une vérité constante et publique, laquelle il est bon de faire cognoistre aux lieux où vous estes, et que ce qu'a faict ledict Ruyter est un pur effeet des artifices et suggestions des Espagnols et de leurs adhérents, qui remuent ciel et terre dans le conseil des Provinces- Unies pour les engager à rompre avec cette couronne.
Âff. étr., France, t. ayi, P aaS. — Copie da temps.
AU COMTE DE BRIENNE
CompiègneS lo mai 1657.
J'ay esté surpris de voir le retardement du corps anglois^; car j'avois pris mes mesures sur ce qu'il arriveroit asseurement le 7 ou 8 de ce mois, et comme M. de Turenne estoit sur le point d'agir en cette conformité et que toutes les troupes généralement sont arrivées en leurs rendez-vous, en plusieurs endroits, sur la frontière de Champagne et de Picardie, [nous] recevrons un très-grand préjudice à ne les pouvoir pas mettre en action. Il sera bon que vous preniez la peine de faire cognoistre tout cecy à M. l'ambassadeur et luy dire que, si on eust pu sçavoir de bonne heure que les troupes d'Angleterre ne pouvoient pas sytosl venir, ou eust retardé à mander les nostres, afin de ne donner pas lieu aux ennemis de se préparer avec la diligence
' La Cour avait quitte Paris le 7 mai 1667 pour se rendre à Gompiègne.
* Le préambule du traite , signé à Paris ie â3 mars entre la France et l'Angleterre, portait que «rdès le mois d'avril 1667, s'il est possible, les deux puissances entreprendront consécutivement, à frais et forces communs, les sièges de Gravelines et dé Dunkerque, par terre et pslr mer. . . n Mais Ton ne fut prêt, pour ces sièges, ni en France,
ni en Angleterre, tandis que les ennemis, stimulés par Condé, avaient, comme on a vu, inauguré la campagne de bonne heure par la prise de Saint-Guilhain. M. Guizot {Histoire de la Révohuian d'Angleterre, tome II, p. 369) dit que les auxiliaires anglais, commandés par Sir John Reynolds, aiTivërent à Boulogne le 1 3 et le t /i mai ; mais il suit le calendrier anglais , qui était en retaixl de dix jours sur celui de la France.
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Mai 1657. qu'ils font, voyant que nous sommes tout prests d'entrer dans leur pays. Vous prierez aussy, s'il vous plaist, M. rambassadeur de vous dire s'il [n']y aura aucun delay au terme qu'il a pris pour [l'arrivée] ^ desdictes troupes sur nos costes; car il est de la dernière importance d'en estre ponctuellement advertis.
Il est vray que [j'ay]^ feict espérer au s^ ambassadeur de m'employer en faveur de certains marchands anglois, afin qu'on ne les poursuive pas au^ payement d'une taxe, et je vous seray obligé s'y vous prenez la peine d'en parler à MM. les Surintendans ^.
Il faut que M. le Protecteur soit tout-à-faict asseuré de l'armée, puisqu'il estoit résolu de prendre le tiltre de roy, et, si cela est, il n'y aura plus à appréhender aucune diversion dans ce royaume; car les Espagnols [perdront*] les grandes espérances qu'ils avoient conceues de proGter de cette nouvelle élévation de M. le Protecteur.
N'ayant paa entendu parler, depuis quelque temps, de M. le prince deTarente^ ny de M^ de la Trimouille, aprez m'esfcre employé comme [j'ay]^ faict auprez du Roy, pour obtenir de Sa M^ ce qu'ils demandoient, je vous prie de me mander d'oi!i vous croyez que puisse procéder le silence du dict s' prince, et de me croire, etc.
' La copie, qai est très dëfectoease « porte rarmée pour Varmée,
' Dans la copie : je fais.
' Il faudrait lire probablement : en payement.
" \\ avait é\Â promulgue, quelques mois auparavant, une déclaration du Roi portant «que tons étrangers, résidants ou possédant biens dans le royaume, qni n^ont obtenu lettres de naturalité, jouiront des mêmes honneurs , franchises, libertés et exemptions que les naturek français ... « Ce document (dassédans la collection Rondonneau , AD+, Arcb. nat., à la date du i5 janvier 1667} ^it peut-être destiné à donner satis&etiQn
au vœu formulé par l'Angtelerre en faveur de ses nationaux.
^ La copie porte prendront, qui fait un véritable contre-sens avec l'ensemble de la lettre. •
* Voy. à ce sujet le tome VI, page 190, des Lettres de Mazarm, Le prince de Tarente , après avoir été, à la suite de sa participation à la Fronde , arrêté et détenu à Amiens, puis relégué dans le Poitou , avait obtenu sa grâce du Roi. Il alla plus tard servir en Hollande, comme général , contre Tévêque de Munster, il revint par la suite en France , où il abjura le calvinisme.
' Dans la copie : comme t/ fieiict.
DU CARDINAL MAZARIN. /i55
Air. Ar., France, t. a^a.-f" ia4 et sniv.