S'EN ALLANT AMBASSADEUR EN PORTUGAL
Gompiégoe, mai 1G57.
(bxtiait.)
La seule considération de n'apporter pas un nouvel obstacle à la conclusion de la paix a jusqu'à présent empesché le Roy de se rendre aux pressantes et continuelles sollicitations qui^ depuis dix ans, luy ont esté faictes, de la part du roy de Portugal^, par diverses personnes envoyées exprex, de faire un nouveau traité, par lequel le Roy s'engageroit èr ne point faire la paix que ledict roy n'y fust compris^; moyennant quoy le mesme roy donneroit, tous les ans^ une somme d'argent, qui serviroit à continuer la guerre plus vigoureusement, et particulièrement du costé de Catalogne, ou pour presser les Espagnols en Italie, faisant quel^jne entreprise dans le royaume [de Naples], où il sembloit que les peuples estoient assez disposez à secouer le joug d'Espagne.
Après avoir irëcapitulë les nombreux motifs qui devaient porter le roi de France à accorder au roi de Portugal le traité qu*il sollicitait, Mazarin déclare, comme au début de ce mémoire, que le désir et Tespérance de conclure la paix lont seuls arrêté; mais, voyant que toules les tentatives qu'il a faites pour rendre le
^ 6a0boo-Jêan-Bapti4te de Commio^, vembre 1666. Il arait en pont successeur
nommé maréchal de ctimp en 1 6^9, lieu- son fils atné Alphonse VI, sous la tutelle
tenant général en i65a, mort en 1670, à de sa mère, Louise de Gusroan.
67 ans. ' Voy. sur ces n^ociations avec le Por-
* Jean IV, pi*emier roi de Portugal de tugal les Mémoires de Brierme (édition Mila maison de Bragance, était mort le 6 no- chaud, p. i5i).
Mai 1667. repos à la chrëtientë ont échoué, le roi de France a résolu d'y contraindre les Espagnols par la force.
C'est pourquoy, continue Mazarin, après avoir signé une ligue offensive et deffensive avec l'Angleterre, et pris ses mesures avec le roy de Suéde et divers princes d'Allemagne, tant catholiques que protestants, afin de prévenir les maux que nous devions appréhender de la déférence aveugle que l'Empereur avoit pour les Espagnols et [de] leurs poursuites continuelles envers la Pologne, le Danemark, le Moscovite et autres, pour tascher d'accabler les alliez de cette couronne et pouvoir ensuite plus facilement et plus vigoureusement continuer la guerre contre elle, Sa M*^ dis-je, a résolu de donner les mains aux nouvelles instances que le père Domingo del Rosario luy a faictes, de la part de la reyne régente de Portugal ^ de ne point conclure la paix sans que le roy de Portugal y soit compris; et, pour cet effecl, elle a commandé qu'il en soit expédié un pouvoir en bonne forme au sieur de Comminges, affin que, tombant d'accord des autres conditions qui doivent composer ce traité, il le puisse signer, au nom du Roy, avec asseurance que les ratifications nécessaires seront envoyées aussytost.
Les conditions que l'ambassadeur doit exiger du Portugal sont : i*" une somme de deux millions d'or, qui seront payés en deux termes par avance. Le premier terme commencera du jour que les ratifications seront fournies. L'ambassadeur pourra consentir que le payement du second million n'ait lieu que dans la troisième année après la signature du traité. Il insistera aussi pour que la place de Tanger en Afrique soit remise aux Français, comme l'avait proposé le Père Domingo. Il demandera, en outre, six bons vaisseaux de guerre, pour servir tous tes ans, pendant six mois, dans l'armée navale du Boi, (ant que la guerre durera. Comminges pourra se contenter de quatre; mais il ne se relâchera sur ce point, comme sur celui du payement du second million, qu'à la dernière extrémité. Le roi de Portugal devra encore s'engager à attaquer l'Andalousie ou la Galice, pendant que les Français envahiront la Catalogne et les possessions espagnoles en Italie.
^ Louise de Gusman, mère d'Alphonse VI.
DU CARDINAL MAZARIN. à57
. Mai 1667.
Aff. ëtr., Pay»-Ba8, t. 38 (sans indication de page ni de folio). —
Copie du temps.
À M. DE TURENNE
Gompiègne, i3 mai 1667.
(IXTIIAIT.)
J'ay receu vostre lettre du 1 1 de ce mois dez hyer au soir. J'envoyay, par deux divers endroits, ordre à M. de Casteinau de marcher avec le corps qu'il a à Rheims pour joindre ceiuy qui est à Laon, et tous ensemble prendre la route entre Guise et la Capelle, donnant de la jalousie, au moins dans leur marche, à Rocroy, comme fera, de son costé, M. le mareschal de La Ferté, a6n d'engager le plus longtemps que l'on pourra le corps que nous [avons] advis que le prince de Condé assemble entre Sambre et Meuse, et s'en venir, aprez, entre Han {sio)^ et Peronne, ainsy que vous m'avez mandé, pour y attendre vos ordres.
Je luy ay mandé mesme, et l'ay replicqué encore ce matin à Jacquier, d'avoir tout prest à Peronne et à Han de quoy donner quatre ou cinq rations de pain aux troupes, afin que ledict s' de Casteinau puisse aller tout droit au lieu que vous luy ordonnerez, sans estre obligé de s'arrester pour prendre du pain en pas un lieu.
Le reste de la dépêche est rempli de détails sur les mesures adoptées, afin d'assurer le succès de h campagne. A la fin de cette lettre, Mazarin revient encore sur la nécessité de punir les officiers qui trnont pas fait leur devoir?). Il ajoute qu'il sera bon de donner quelque gratification à ceux tqui ont leurs compagnies plus fortes qu'ils ne doivent^.
' Ham.
MAZABlil. Vit: 58
IVVBIMKUK MATIOIALK.
Mai 1657.
GCLXVI.
Aff. ëtr., France, t. 97Â, f* 998. — Copie du temps.
AU COMTE DE BRIENNE
Compiègne, i3 mai 1667.
J ay receu les deux lettres que vous avez pris la peyne de m'escrire. Je ne m'estendray pas beaucoup pour y respondre, parce que j*espere, de moment à autre , avoir le bien de vous voir. Si vous estes encore à Faris, à l'arrivée de celle-cy, il faudra faire, s'il vous plaist, de nouvelles instances à Tambassadeur d'Angleterre et luy dire que j'ay esté surpris de voir, dans une lettre de M. de Thou, que Bore! ^ eust escrit de là' que l'ambassadeur d'Angleterre ïuy avoit dict que M. le Protecteur a voit grand sujet de se plaindre de nous, car asseurement cela ne peut faire qu'un mauvais effect dans la conjoncture présente.
Je vous envoyé un projet d'instruction pour M. de Cominges*, que j'ay dicté à la haste. C'est pourquoy je vous prie d'y adjouster ott retrancher tout. ce que vous jagerea à propos. Je ne sçay si, dans l'autre instruction, il a esté dict quelque chose de la protection des affaires de Portugal en cour de Ronve; mais il est bon de se souvenir de ce point, et le mieux seroft que les provisions nous en fitrsseat envoyées, le nom* en blanc, parce qu'on la rempliroit peufr^stre dun autre [nom] que [celuy de] M. le cardinal [Ursin]^ ou, si l'on jugeoit
^ Ambassadeur des Provinces-Unies en France. Ce per^nnage était assez mal dispose à IVgard de la France. Dans Taffaire dès vaisseaux capturés par Ruyter, ii chercha plutôt à envenimer la querelle qu*à Tapaiser. Au dire de deux de ses compatriotes qui étaient alors à Paris {Journal de voyage de deux Hollandais , en 1 667, publié par M. Faugère , p. 1 1 7 ), il se comportait rren vrai pen-
sionnaire d^ Amsterdam » et (rn^était pas propre pour cette Cour n .
* De France.
* Voy. ci-dessus, p. â55.
* On laisserait en blanc le nom du cardinal qui serait chargé de la protection du Portugal en cour de Rome.
* La copie porte Veein; erreur évidente., puisqu'on ne trouve pas de cardinal de ce
Aô9
à propos de le confirmer dans cet employ, ce seroit en sorte que le Mai 1657. roy de Portugal pourroit estre aaseuré d'en estre parfaictement bien servy.
Vous aurez seeu que Ruyter est de retour au Texel, où il a emmené là deux vaisseaux du Boy. C'est pourquoy il sera bon que M. de Gominges se hasie de partir, et que vous escriviez au s' Martel de la Rochelle de ne perdre pas un moment à se mettre à la mer aussytost que M. de Gominges sera arrivé.
Le projet d'instruction est conforme à ce que Sa Majesté résolut au Louvre, aprez avoir esté bien examiné la chose S en la présence de plusieurs personnes, qui ont l'honneur d'estre du Conseil de Sadicte Majesté. Au nom de Dieu , depeschez promptement M. de Gominges, et dictes-luy qu'il doit gaigner des momens pour se rendre au plus tost à la Rochelle.
Aff. ëtr., France, l. ayi, f* a 38. — Copie du temps.
Gompiègne, 16 mai 1667.
Le Roy a esté fort surpris djes nouvelles difficultez que l'assemblée [du clergé] apporte à la signature du contract touchant le don qu'elle luy a faict ^, et je vous advoue qu'en mon particulier, je ne puis assez m'estonner d'une telle conduite. Il n'y a pas la moindre apparence de
nom. La maison des Unios a dooné, an contraire, plnsieura cardinaux. (Voy. t. VI, p. 3i5 , des Lettres de Maaarm.)
' La copie porta bien 4iprl» mwr e$ti bien exammi la choee, etc. On serait tenté de retrancher le mot esté,
* Ce contrat, imprime, figure aux Arcliives nationales (AD+) vcomme bit et
passé entre le Roi et le diigé de France, aaseaaUé par permissioii de S. M. en la ville de Paris, le la janvier 165711. On ne peut 9*expli(pier les difficultés dont parle ici Malaria, qu^au sujet du cbilfre du ndon gratuit», distinct de la subvention annuelle, et qui fut porté à 9,700,000 livres, sur Tinsistanoe des commissaires royaux.
Mai 1657. raison à ce que ces Messieurs prétendent pour les cent mille escus, non plus qu'au refus qu'ils font pour les clauses qui étoient insérées aux precedens contracts.
Et pour ce qui est des officiers S je vous prie de les faire souvenir, de ma part, qu'ils ont tousjours dict que c'estoit un argent que le Roy tireroit en six mois, et cependant je croy qu'ils le veulent remettre, à cette heure, en deux ans.
Neantmoins, Sa Majesté remet à M. le (Chancelier) S à vous et à M. Servien d'aviser ce qu'il y aura de mieux à faire en ce rencontre , pour le bien de son service, et désire qu'aprez avoir faict tous vos efforts pour ses advantages, vous terminiez cette affaire, a6n que l'Assemblée puisse finir sans autre delay, Sa Majesté estant persuadée qu'à la fin ils se [relascheront]^ des clauses, qui sont évidemment injustes.
Si l'on voyoit que, tenant un peu ferme, l'on pust les réduire aux choses qui pourroient rendre le don plus advantageux, je suis bien d'advis qu'on le fist; mais estant sur les lieux et pouvant sçavoir, en présence de l'assemblée, [des]* plus zelez pour le service du Roy, ce qu'on en doit espérer, vous pourrez [mieux]* juger de ce qu'il faut faire et prendre les résolutions qui seront plus convenables; car si les instances et les contestations ne doivent servir de rien, il [vaut mieux) ^ les faire cesser de bonne heure pour faire finir l'Assemblée.
On avoit proposé d'envoyer à [sa]'' résidence l'archevesque de Sens", sans attendre que le contract fust signé, pour ne pas souffrir plus longtemps l'extravagance de sa conduite, laquelle il a voulu commencer^ par une fausse générosité, qui tient beaucoup de l'inso-
^ Des titulaires d'offices. ^ Mesme dans la copie.
* La copie porte le ChevaUer; mais , pour * Il faut, metme dans la copie, ces sortes d'affaires, c'était toujours le ^ La dans la copie.
Chancelier qui agissait au nom du Roi. ' Louis-Henri de Pardaillan de Gondrin.
D'ailleurs, le ChevaEer seul n'aurait pas de ( Voy. sur cet archevêque, ci-dessus, p. i5o
sens. et 193.)
^ Dans la copie : ils se relasehent. * Sic dans la copie; ne faudrait-ii pas
* Les dans la copie. plutAt eounnnerf
lence, vu les propositions qu'il a voulu faire, en dernier lieu, en faveur Mai 1657. du cardinal de Retz, pour voir s*il luy pouvoit réussir d'esmouvoir les esprits. Neantmoins, Sa Majesté n'a pas voulu prendre la dernière résolution là-dessus, sans avoir auparavant fadvis de M. le Chancelier S de M. Servien et le vostre, considérant^ si cela ne pourroit point donner prétexte de faire durer plus longtemps l'Assemblée.