‹ Lettres du cardinal Mazarin pendant son ministère (volume 3)Chapitre 64 sur 100 · CCLXXXVI · texte numérisé non relu

CCLXXXVI

Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5i A, ^ 11 v*. — Att ëtr., France, l. 379, r* taa et suiv.; copie du temps. — Angleterre, t. 69, f" 106 etsuiv.; minute. — Cette minute est incomplète.

À M. DE BOBDEAUX.

Amiens, s juin 1657.

(extrait.)

On n'oublie rien icy pour tesmoigner amitié aux troupes angloises. Tay pris soin mesme de les faire traiter aux lieux où elles passent. J'ay faict advancer de l'argent aux officiers pour se mettre en esquipage,et la confiance est si grande , qu'on les faict passer et loger en corps dans toutes les places, comme Boulogne, Monstreuil , Bue^ et AbbeviHe,où elles séjournent à présent jusqu'à nouvel ordre. Au reste, elles se comportent si bien que Sa M^"^ en est satisfaite de plus en plus.

Nous n'avons pas de si bonnes nouvelles que vous des affaires de Portugal; car on nous marque qu'OHvença^ estoit assiégé et qu'à Madrid, l'on se tenoit comme asseuré du succez de cette entreprise,

' Empêcha M, de Turenne. * Piace forte de Portugal dans la pro-

* Petite ville du dëpart. de la Somme, vince d'Alentejo, à ^h kilomètres sad de

sur la Maye, à sS kil. nord-ouest d'Abbe- Badajoz. Cette ville fut, plus tard, cédée k

ville. TEspagne.

Vous avez sceu, d'ailleurs, comme M. de Turenne, après qu'on Juin 1657. avoit reconnu le peu d'apparence qu'il y avoit de rien entreprendre du coBté de la mer, avoit tourné tout court vers Cambray, à dessein de l'investir.

Mazarin reproduit les détails qu'il a donnés ci-dessus, p. /î8i, sur les causes qui ont forcé Turenne de renoncer au siège de Cambray.

J'ay des advis certains que le roy de Hongrie S à l'instance des ministres d'Espagne, qui gouvernent son esprit encore plus qu'ils ne faisoient celuy de l'Empereur ^, a ratifié tout ce que son père avoit promis au roy de Pologne, c'est-à-dire, de l'assister avec une armée contre la Suéde, moyennant que ledictroy de Pologne et la republique' asseurassent la succession de ce royaume-là à l'archiduc*, frère dudict roy de Hongrie, lequel, en exécution de cela, on m'asseure qu'il a donné des ordres pour faire marcher de la Silesie un corps composé de quinze mille combattans.

En outre, je sçay qu'il a envoyé en diligence divers ministres, dont la pluspart sont sujets du roy d'Espagne, au grand duc de Moscovie^ à Ragotsky^ à Kmiclniski, à l'électeur de Brandebourg et au roy de Danemark'', afin de tascher de séparer les uns de la liaison dans laquelle ils sont avec la Suéde, leur faisant cognoistre qu'il (le roi de Suéde) ne pourra pas résister à tous les efforts que l'on va faire contre luy, et que, s'ils continuent à vouloir demeurer dans ses interests, ils courent grand risque de se perdre avec luy; et au grand duc de Mos-

' L'archiduc Léopold, roi de Hongrie, raineté appartenait à i^assembiée des nofat élu empereur d'Allemagne le 18 juillet blés. i658. * Cbaries-Joseph, né en 16^9, mort en

* Ferdinand III, père de rarchiduc 1666.

Lëopold, était mort, comme on Ta dit, le ^ Alexis-Michaelowitz, second grand-duc

1*' avril 1667. de la dynastie des Romanovv.

^ Quoique la Pologne eût un roi, eUe * Georges II Ragotsky. (Voy. ci-dessus,

se gouvernait réellement comme un État p. A&a.)

républicain. Le roi ëtait au, et la souve- ' Christiem IV.

MizARin. ~ Tii 6a

IMrkiallllB VATIONALI.

Juin 1657. covie^ pour l'animer à continuera faire puissamment la guerre contre luy (contre le roi de Suéde), après le grand secours composé de bonnes troupes qu'on envoyé au roy de Pologne , [après] l'apparence qu'il y a de diminuer le nombre des ennemis du roi de Pologne et la rupture que va faire le Danemark, de son costé [avec la Suéde], car le ministre, qu'ils^ ont despesché audict roy de Danemark, luy a iporlé tout ce qu'il souhaitoit pour en venir à l'exécution.

J'ay encore cognoissance qu'à Vienne, ils se tiennent asseurez, par les lettres de Gonstantinople, qu'ils ne doivent pas appréhender le passage du Grand Seigneur pour aller en Dalflaatie, parce que les préparatifs pour cette entreprise estaient tout-à-fait ralentis et que le raesme Grand Seigneur donneroit ordre au Ragosky de se retirer; à faute de quoy, il feroit envahir ses Estats.

On voit donc qu'il se forme de grands orages contre le roy de Suéde, et quoyque l'on n'oublie rien icy pour luy donner les advis que l'on croit meiJleurs pour son service, et mesme les assistances dont il est capable, dans la nécessité qu'on a à présent de fournir à tant de nécessaires dépenses qui vont jusqu'à l'excez, et bien que l'on fasse agir puissamm^t, de la part du Roy, auprès de celuy de Danemark, pour l'empescber de venir à la rupture ', neantmoins Taffaire est si importante et peut tirer après soy de sy grandes conséquences, que j'ay creu qu'il estoit absolument nécessaire de faire parvenir, par voslre moyen, tout ce que dessus à M. le Protecteur, afin que, par sa prudeuce, il prenne les resolutions qu'il jugera plus propres pour le soustien du r^y de Suéde, ne luy envoyant pas seulement quelque assistance d'argent, mais agissant aussy fortement auprez du roy de Danemark, afin qu'il n'emploie pas ses armes contre la Suéde.

Vousprendrez donc, s'il vousplaist, occasion de luy en parler; mesrae, vous devez ne perdre pas de temps d'en informer le secrétaire d'Estal, afin que, sans perle de temps, il en puisse faire rapport à mondict

' Le sens est : le rot de Hongrie a envoyé au granàrduc de Moscovte. — * Tel est le texte do ms. Il faudrait : il a depesché, puisque c'est le roi de Hongrie qui est sujet du verbe. — ' Ici s'arrête la minute. Le reste de la lettre ne se trouve que dans la copie.

sieur le Protecteur, qui excusera, je m'asseure, la liberté que je prends Jnin 1657. de luy donner les advis que j'ay, et de luy proposer des choses que je n'estime pas moins du bien de son service que de celuy de Sa M*-.

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