‹ Lettres du cardinal Mazarin pendant son ministère (volume 3)Chapitre 66 sur 100 · POUR ENVOYER AUX AMBASSADEURS · texte numérisé non relu

POUR ENVOYER AUX AMBASSADEURS

Amienii. 3 juin 1657.

Avant que^ de partir de Paris, on avoit recognu le peu d'apparence* qu'il y avait de rien entreprendre du costé de la mer*, parce que les Espagnols s estant bien doutez^ que le traité conclud avec l'Angleterre engageroit sans doute * la France à quelque entreprise de ce costé-là, ils ont travaillé continuellement depuis trois mois'' à munir Gra vélines et Dunkerque de toutes les choses nécessaires; et lorsqu'ils ont veu nostre armée à la frontière, ils ne se sont pas contentez seulement de jeter en chacune de ces deux places un renfort de deux mille hommes de leur meilleure^ infanterie, mais ils ont formé un corps de quatre mille soldats^ auprez de S*-Omer, commandé par M. le prince de Ligne , qui avoit ordre de se jeter dans la place dont ^^ l'armée françoise approcheroit le plus. C'est pourquoy le

^ Ce titre placé en tète du mëmoire n*est pas de ia main de Mazarin.

* Mazarin avait écrit auparavant que; Rose a effacé ces mots et écrit avant que.

^ Le peu de mot^s raisonnables,

* G'e8t4-dire, contre les places maritimes de Mardyk, Dunkerque ou Gravelines.

* Les mots s'estant bien doutez corrigent n'ayant pas doute qui sont dans la minute de Mazarin. La correction est de la main de Rose.

* Rose a biffé les mots sans doute dans la seconde minute.

^ Les mots depuis trois mois sont autographes et ont été ajoutés sur la seconde minute par Mazarin.

* Ces mots de leur meilleure sont autographes et ont été ajoutés par Mazarin en interligne; ils remplacent de la meilleure qu'ils eussent que le Cardinal avait écrit dans la première minute après infanterie.

* Soldats est dans la première minute.

Rose Ta remplacé par hommes dans la seconde.

^' Dont corrige que écrit par Mazarin dans la première minute.

kn

Roy, voyant bien ^ qu'il estoit inutile de songer à aucune de ces deux Juin i65' places, résolut d'attaquer Gambray, mais avec un tel secret quil n^y avoit que quatre personnes qui en eussent oonnoissance , et je le dis seulement à M. de Turenne^ à Amiens, qui approuva fort ce dessein; et comme Tarmée qu'il commande estoit du costé d'Arras, parce que luy-mesme avoit creu devoir attaquer quelque place sur la Lys, on convint avec luy qu'il la feroit marcher dû costé d'Aire pour donner lieu ^ d'autant plus aux ennemis de juger^ que nous attaquerions, conjointement avec les Anglois, une des dictes places; et pour les confirmer^ jusques au bout dans cette croyance, on fit desbarquer entre Calais et Boulogne les Anglois au nombre de six à sept mille. Leur armée navale se mit d'un costé devant Gravelines et de l'autre ferma le port de Dunkerque, et le Roy et la Reyue, avec touto la Cour, s'advancerent à Montreuil; et lorsqu'on vit toutes les forces ennemies s'engager de plus en plus du costé de la mer et dans la Flandres, et que seulement un corps de quatre mille hommes commandé du ^prince de Condé demeuroit entre Sambre et Meuse, vers le pont de Longui\ outre une forte garnison qu'il avoit mise à Rocroy pour empescher ainsy l'armée que commande le mareschal de La Ferté de rien entreprendre de ce costé-là, le Roy envoya l'ordre à M* de Turenne de tourner tout court et marcher en diligence à Cambray, où M. de La Ferté devoit se rendre aussi en diligence, de mesme que le corps anglois * et en mesme temps Leurs Maj***, avec toute la Cour. L'entreprise avoit esté fort bien conduite ; car on avoit si bien préparé toutes choses dans les places voisines de Cambray, qu'en deux fois vingt-quatre

* Bien a été biffe par Bose dans la seconde minute.

* M, de Turaine dans la première minute de Mazarin.

^ Les mots donner Keu sont une correction de Rose dans la seconde minute et remplacent obliger.

*' Les mots de jnger ont ëtë écrits en interiigne par Rose et remplacent h soubfonner.

^ La seconde minute a supprimé encore , qui, dans la première, suit confirmer.

* Rose a corrige du en par k.

' Longwy.

' Depuis devoirs jusqu*à Anglois , le mem* bre de phrase a éié écrit en interiigne par Mazarin et Rose pour corriger le passage suivant : Avoit ausst/ reeeu (Fordre) de marcher, comme le corps angloisfaisoit aussu^

Juin 1657. heures, il y auroit eu dans le camp des vivres et des munitions de guerre en abondance \ quand le siège aurait deub durer six semaines; ce qui n estoit pas à craindre , parce que n y ayant ^ dans la place que quatre cents hommes, on auroit pris sans aucun obstacle tous les dehors la première nuict, et dans quinze jours les assiégez auroient esté contrainctz de capituler.

M. de Turenne avoit faict une marche de seize lieues avec la ca- Valérie et estoit arrivé à 1^ pointe du jour aux portés de Cambray, et Tinfanterie, avec le bagage et le canon, ponts de bateaux et deux mille cinq cens chariots, des vivres et munitions de guerre, se rendit au mesme lieu à midy. M. de Turenne, aprez avoir séparé les quartiers et pris toutes les avenues, commença à faire travailler à la circonvallation à neuf heures du soir; mais le prince de Gondé, à qui don Juan et Garacene avoient donne advis qu'asseurement nous en voulions aux places de la mer, s'estant mis aussytost' en marche avec ses troupes pour secourir lesdictes places, se rencontra par malheur^ entre Valenciennes et Bouchain lorsqu'il apprit^ que Gambray estoit investy, et prit la resolution de s'y jeter, à la faveur de la nuit, avec trois mille chevanx qu'il avoit. Ge qui luy fut d'autant plus aisé qu'outre que l'on n'avoit travaillé que quatre heures à la circonvallation, par uue seconde fatalité, non moindre que la rencontre du passage dudict prince proche de la place dans le moment que M. de Turenne Tavoit investye, le guide qui conduisoit ce secours s'estant esgaré dans l'obscurité, il fut contraint de s'escarter du droit chemin qui alloit à la porte où il avoit résolu d'entrer, et ainsy ledict prince évita de passer au lieu ^ oA M. de Turenne, avec quarante escadrons et plusieurs bataillons les uns sur les autres, l'attendoit de pied ferme sur l'advis

' Les mots en abondance ont été ajoutés * Par malheur a é\à écrit par Rose ea

en interligne par Rose. interligne.

* La phrase depuis ee qui jusqu'à n*y ' Apprit, écrit en interligne par Rose»

ajfant a âé écrite par Rose en interiigne. corrige eut adois.

' Les trois mots s'estant nUs austystost * Au Heu est écrit en intoligiie de ia

sont écrits en intedigne de la main de Rose. main de Rose et corrige par Fendrait,

certain qu'il avoit eu de sa marche, en sorte ^ qu'il estoit impossible Jtûn 1607. qu'il en eschapast un seuP. Neantmoins, par le destour qu'ils prirent, ils ne laissèrent pas d'estre chargez par quelques escadrons des nostres, qui leur tuèrent bon nombre de gens et firent plus de trois cens prisonniers, et, entre autres, quantité d'officiers, parmy lesquels il s'en rencontra huit ou dix de marque. Gela pous a rompu nos mesures pour l'attaque de Gambray; mais l'armée du Roy estant fort consi* derable, il sera malaisé que les ennemis puissent parer à tous les coups qu'elle est en estât de leur porter dans le cours de cette cam* pagne.

CCLXXXa.

Aff. ëlr., Aagleterre, t 69, T 10a. — Mioate en partie autographe.

À M. DE BORDEAUX

La Fère, 3 juin 1667.

On ne pouvoit pas mieux parler ny répliquer plus à propos que vous avez faict à M, le Protecteur, mais j'ay esté surpris de voir que ce que vous me mandez de ses sentimens à nostre esgard soit différent de ce que m'a dict M. l'ambassadeur Loçkhart, Içquel m'a bien tesmoîgné que M. le Protecteur souhaitoit fort que l'on attaquast une des places de la mer, comme il est porté par le traité*, mais non pas que, sans cela, il ne pourroit estre satisfaict, n'estant pas persuadé des raisoRs. /qu'on a desduites pour faire cognoislre qu'il iia pas esté possible de rien entreprendre de ce costé-là *.

* I^ phrase depuis rattendoii jusqu^ii en de notre aile droite, fl eut été e^trén^emeiit forte €8t .écdte en ioterligae de la main de heureux sa, ^e fut «auvé de lu mort ou de 4a Rose. prison; et e'eat en quoi on ne aaufait aaa^s

* Bnsay, dans ses Mémoires (II, 99), estimer son «ok^prise.^

confirme ce détail : (r Le prince, dit-il, faillit ' Art I du traité de Paris, s^^mai 1667*

à être pris par un officier du r^izaent de * Autographe d^uis pourra iâtre jv^

Clérambault ... ; s*il fut tombé sur le poste qffUh ce ««até-tt.

Juin 1657. Et, en effect, ce seroit vouloir nous rendre responsables de choses qui ne despendent pas de nous S puisqu'il n'estoit pas en nostre pouvoir d'empescher que les ennemis, sur la cognoissance ou le soupçon qu'ils peuvent avoir eu de nos desseins, n'ayent renforcé les garnisons de leurs places maritimes et pourveu à leur seureté, en sorte que de les attaquer et s'exposer visiblement à recevoir un affront r estoit qu'une mesme chose ^.

Le Roy estime en un si haut point tout ce qui vient de M. le Protecteur, et sçait qu'il a tant d'expérience et de lumières dans le fait de la guerre et^ en toutes choses, que Sa M^ n'auroit pas de peine à se conformer à ses sentiments, quand mesme il ne s'agiroit pas de l'exécution d'un traité qu'Elle veut entretenir religieusement de sa part. Mais je ne pense pas que M, le Protecteur eust peu estre d'advis que l'on attaquas! Gravelines, la meilleure place de l'Europe, munie abondamment de tout^, et dans laquelle chacun sçavoit que les ennemis avoient faict entrer, d'extraordinaire, 3, 5oo hommes effectifs, la plus grande partie Espagnols naturels, sans parler du corps que le prince de Ligne avoil entre Aire, Saint-Omer et la mer, pour nous disputer le passage du Neuf-Fossé et pour se jeter dans la place que nous eussions voulu attaquer, lorsque ledict passage auroit esté forcé. Cela ne s'accorde pas avec ce que M. le Protecteur vous a dict qu'il n'y avoit que cinjq cens hommes. 11 se peut pourtant faire que, dans le niois d'avril, Gravelines ne fust pas si bien pourveu comme elle l'a

* Cromwell n'ëtait pas seul à croire que Mazarin ne voulût éluder la stricte exécution du traité. On peut même se demander jusqu'à qud point le Cardinal était dors résolu à livrer aux Anglais, en cas de succès, une place de Timportauce de Dunkerque; sui^ tout en face de l'impopularité dont cet article était Tobjet dans Topinion publique française. «La France, écrivait im étranger qui séjournait en ce moment à Paris, commence à avoir horreur de cette entreprise.

d'autant que, donnant ainsi pied aux Anglais, eu deçà de la mer, elle peut en recevoir un jour très-grand dommage, i» (Jovrnal de voyage de deux HoUtmdaU à Paris, p. 347.)

* Autographe depuis et pourveu jusqu'à mesme chose,

* Mazarin a ajouta en interiigne dans k fait de la guerre et.

^ Mazarin a ajouté ces quatre mots eo interligne.

esté depuis; mais il estoit impossible d'y rieu entreprendre; car vous Juin 1657. sçavez bien que ie corps anglois n'est arrivé dans ce royaume que depuis le 18 jusqu'au â/i de may, quoy que les troupes de Sa M*^ fussent assemblées toutes dans les frontières de Picardie et de Champagne dez le 1)0 d'avril, et que les équipages de l'arlilterie et des mines fussent aussy prests dez ce temps-là ^

. Il est vray aussy que l'armée des ennemis a paru jusques à présent plus foible encore que ne dict M. le Protecteur, n'ayant jamais eu en un corps six mille hommes; car elle estoit toute séparée dans les places, qui estoient menacées, et en des petits corps dans les endroits propres à s'y jeter; mais, lorsqu'ils joindront toutes leurs forces, comme ils font présentement, il est certain qu'elles compteront au moins vingtquatre mille combattans, et si M. le Protecteur est bien adverty de Flandres, comme nous le sommes, il trouvera qu'il n'y a rien de sy certain que ce que je vous mande ^. Cependant on ne laisse pas de faire tout ce qui se peut, afin d'obliger les ennemis à desgarnir leurs places de la mer et s'en aller' ailleurs, en sorte que nous puissions desrober une marche et y aller, le Roy ayant faict exprez assiéger Montmedy dans le Luxembourg par le corps d'armée que M, le mareschal deLaFerté commande, laissant entre Saint-Quentin et Landrecy es M. de Turenne* avec une armée de vingl^sept mille hommes effectifs *, compris le corps anglois, lequel s'y peut joindre en trois heures *, afin d'engager, par toute sorte de moyens'', les ennemis à quelque mouvement qui nous donne jour à pouvoir* aller fondre tout-à-coup sur quelqu'une des places de la mer, à quoy M. de Turenne a ordre de

* Tout le passage depuis ehacttn sçavoit * Autographe depub /ots^ott^ jusqu'à Tujusqu'à dès ee temps-là est autographe, sauf renne.

quelques mots. ' Effectifs a été ajouté par Mazarin en

* Tout ce paragraphe est de la main de interligne.

Mazarin , sauf les mots suivants : il est vray * Autographe depuis lequel jusqu'à

mtssy que Farinée des ennnemis. , . , et que heures,

ne dict M. le Protecteur. ^ Les mots par toute sorte de moyens sont

' Autographe depuis s*en aller jusqu'à le autographes. Boy, " A pouvoir autographe.

VAZABIR. ?U. 63

tmPMtZUM lATIOIAlC.

jain 1657. songer preferabiement à tout autre chose; ^, outre qu'il e^ fort ponctuel à lexecution des ordres qu'il reçoit, je vous pois dire que, par son inclination) il est plus porté aux desseins de la mer qu'à aucun autre, et sur cela je vous puis dire sincèrement que nous^ ne souhaitons pas moins que M. le Protecteur de faire des progrez de ce costélà, ou bien il faudroit que je m'entendisse^ avec les Espagnols; car on^ eognoit fort bien qu'ils seroyent perdus en Flandres ^, s'ils perdoient leurs places maritimes, et que tous les coups qu'on leur portera en cet endroit4à seront mortels et décisifs.

Je vous remercie de toutes les nouvelles, et je vous prie de me mander si vous croyez me pouvoir envoyer quelque jeune cheval de la qualité que je vous ay escrit, comme aussy de m'infornier précisément et au dernier mot de la despense qu'il faudra faire pour le fret de quarante frégates, dont je vous ay escrit^.

CGXG.

Bibl. nal., ms, fimcJa Baltise, 1. 176, f° agi.

À J.-B. COLBERT*

* [Saint-Quentin, 6 juin 1657.]

(iZTHAIT.)

Après avoir parie à Goibert de plusieurs affaires particulières , Mazarin lyoïtie :

J'appréhende que le prince de Gondé ne voudra [sic) pas relascher Girardin "^ pour Barbezieres, et en ce cas on pourra faire le procez à celuy-cy sans risque que Girardin soit traité de mesme, mais on n'oubliera rien pour sa liberté d'une façon ou d'autre, quoyque l'on ayt

^ Aotograplie depuis à quoy M» de Tu- ^ Ce dernier paragraphe est tout entier

renne jusqu'à que nous. autographe.

' Les mots Ufa/udreit et je m^entendisse * Cette lettre a été imprima en partie

sont autographes. par M. P. Ciëment. {Lettrée, Inetnietùnu,

* 0(1 autographe. Mémoires de J.-B. Golhert, t. I, p. 973-

* Les mots en Flandres ont été ajoutes ^73.)

en interiigne par Maxario. ' Voy. ci^dessus, p. &79.]

affaire à un bofnme qui a toasjours régie la justice par l'interest. Mandez Jnm 1667. moy s'il est vrai que Toa eut mis Cbem^raut^ hors de la Bastille et cooime cela s'est faick. Je fais état d'envoyer toiisjours ledict Barbezieres à la Bastille.

■Axaj

GCXCI.

BiU. mt., me. f. fr., MéUmget de Co^ai, t 5i A, f° i5 v*. — ItGnate.

À M. DE TURENNE

LaF^, 10 juin 1657.

(bxtbait.)

le vous reuYoye Biondeau^ pour estre auprez de vous et fournir aux despeoses nécessaires, suivant l'ordre que vous luy en donnerez. Il porte avec luy de qooy satisfaire aux gratifications que Ton a promises è plusieurs officier» de l'armée. Je luy ay (aict aussy donner mille escas pour M. de Yarennes', auquel Sa M^^ a accordé la grâce que jay demandée pour son bean-frere*. J'ay faict encore donner icy à la peisonne qu'y avoit envoyé exprès M. de Schomberg les mille escus que je luy avois promis, et mesme j'ay feiict donner cent pistoles de gratif&cation pour distribuer aux gendarmes escoasois, que je croy présentement à l'armée au nombre de soixante-quaire bien montez et en fort bon estât.

J'ay receu des lettres de M. le mareschal de La Ferté, par lesquelles faisant response à ce que je luy avois mamdé par le sieur Talon et le chevalier de Clerville , il me dict qu'il executeroit ponctuellement les

' Chemeraul-Tabouret, frère de Barbe- ' Voy. ci-dessus, p. 63 et 11 a.

zières. • Roger de Nagu, marquis de Varennes,

' Ailleurs ce nom est ëcrit Blmdot. (Yoy. avait ^ousë Henriette d*Hostun , qui avait

CMiewas, p. ai6.) On voit, par cette lettre, trois frères : Louis, Roger et Laurent d'Ho^

que c'était un agent des finances,, chargé de tun,

la dépense de l*armëe, qui opérait sur la Rien n'indique duquel de ces trois per-

frontière de TEst, ecmune Gombaut pour sosnages parle Mazarin. Tarmée de Catalogne.

Juin 1667. ordres du Roy; qu'il depeschoit à M. de Grandpré, afin qu'il investisse la place ^ avec la cavalerie et les dragons qu'il lui envoyoit pour cet effect, et que, luy, faisoit estât d'y estre au plus tost avec l'armée mercredy prochain de bonne heure; mais le s' Talon me mande à part qu'il y seroit mardy au soir : ledict sieur Mareschal avoit esté obligé de retarder sa marche d'un jour pour attendre le pain. Je croy, par ce que m'escrit ledict a"" Talon, qu'il espère de réussir, et j'ay escrit eu sorte à M. de Fabert que je suis asseuré qu'il ne manquera d'aucune des choses qui peuvent estre nécessaires pour achever heureusement cette entreprise. Nous ne sçavons pas ce qu'il y a dans la place; mais j'ay esté bien aise que le comte de Grandpré^ ayt défait à plate couslure une compagnie de quarante cinq maistres qui y estoit entretenue.

Ledict sieur Mareschal me faict de grandes instances, afin que le destachement des troupes qui luy sont destinées se fasse au plus tost pour pouvoir achever la circonvallation et empescher que le gouverneur de Luxembourg, assemblant toutes les troupes qui y sont, n'entreprenne sur quelqu'un de ses quartiers. 11 sera donc à propos que, sans perte d'un moment de temps, vous fassiez mettre en marche lesdictes troupes, les faisant partir demain matin de bonne heure, parla route que vous jugerez plus seure, ayant esgard au corps de cavalerie qui est à Rocrpy, que l'on dict estre fort considérable.

Le corps auglois partit hyer matin d'Amiens. Il doit estre demain au soir à Ham, oùil recevra quinze jours de subsistance, comme le chevalier Reynold a demandé, et quelques armes qu'il a aussy souhaitées pour armer des recrues qui luy sont arrivées. Apres quoy, ils iront à Saint- Quentin pour joindre ensuite l'armée; quoyque j'aye quelque inquiétude sur une depesche que je viens de recevoir d'Angleterre, par laquelle M. de Bordeaux me mande qu'ayant informé M. le Protecteur des raisons que nous avions eues de ne pas attaquer une place du costé de la mer, M. le Protecteur avoit tesmoigné de n'en estre pas satisfaict et de vouloir s'attacher à l'exécution du traité. Sur quoy pourtant il

^ Oo a vu, dans la lettre précédente, * Sur Grandprë, voy. le t VI, p. 963,

qu'il s'agissait de Montmëdy. des Lettres de Mazarin.

se remet à ce que me doit dire M. Tambassadeur Lockart, auquel on Juin 1667. avoit escrit plus particulièrement là-dessus. Je croy qu'il arrivera au* jourd'huy de Paris, et je verray avec lui tout ce qui se pourra faire pour la satisfaction de M. le Protecteur, lequel auroit grand tort de nous vouloir obliger à des choses, lesquelles il y auroit impossibilité d'exécuter; estant bien aisé de voir que, si nous nous fussions opiniastrez à exécuter le traité, la France et l'Angleterre se seroient exposées visiblement à recevoir un affront, ce qui devoit estre plus sensible à M. le Prolecteur que les delays que l'on apporte à entreprendre du costé de la mer, attendant une conjoncture qui nous donne lieu de le faire avec apparence de bon succez. Enfin, s'il y a quelque moyen d'attaquer une place de la mer, c'est celuy que l'on pratique maintenant en faisant entreprendre M. le mareschal de La Ferté dans un lieu esloigné de la mer pour observer les mouvemens que les ennemis feront, et voir s'ils se résoudront à retirer le corps qu'ils tiennent entre la Lys et la mer.

Le régiment d'Alsace est arrivé avec huit cens hommes, et je le feray passer à l'armée, afin que de là il s'en aille au Quesnoy (ainsy qu'il a esté résolu), où l'on prendra soin de luy faire donner quelque chose pour subsister. Nous avons encore le régiment royal, que l'on dict estre bon, mais je ne sçay pas ce qu'il contient. Le régiment de Limosin («ic) «st aussy arrivé, et l'on asseure qu'il est composé de cinq cens hommes. Les regimens de S. A. R. et de Seyron (?) (cavalerie) ^ doivent passer aujourd'huy et s'en iront à l'armée. Je croy que les regimens de Villequier, de Mondejeu et les trois compagnies qui estoient restées à Bethune vous auront joint, et en cas que ces trois compagnies et le régiment de Mondejeu ne vous eussent pas joint, il ne tiendra qu'à vous de les faire venir, leur escrivantpour cet effect, parcequ'ils sçayent bien que tout cela est destiné pour servir à la campagne. Mais comme je prevoy qu'il faudra faii'e tout ce qui sera possible pour la satisfaction des Anglois en entreprenant quelque chose du costé de la mer,

' Voy. sar Jean de Seyron, lieulenaot gëDëral depuis i655 et charge, en 1687, ^^ 8^^' vernement de la Fère, le tome IV, p. 1^7, des Lettres de Mazarm.

Juin i657* OU au moios en se mettant en estât de le faire, afin que» s'il n'y a pas apparence de l'entreprendre, eux-mesmes tombent d'accord de nous en dispenser, je vous conjure de vous y appliquer dez à présent et chercher tous les moyens qui, imaginablement, se peuvent pratiquer pour cela, afin que, lorsque l'eiltreprise de M. le mareschal de La Ferté sera achevée, on puisse tenter celle que les Anglois tesmoigneut de souhaiter avec tant de passion.

Et si, pour cet effect, vous jugiez à propos de tenir un corps du coslé d'Ârras et de Bethune sous prétexte de la conservaticm des places qui sont de ce costé-là> avec visée de vous en servir en temps et lieu pour le dessein de la mer, je remets à vous de l'examiner et Texecuter, comme vous adviserez pour le mieux: mais en ce cas, vous affoiUissant, il faudroit que vous prissiez un poste bien seur, dans lequel vous n'eussiez pas sujet d'appréhender les ennemis, quand mesme ils joindroient toutes leurs forces. Je croirois encore en ce cas qu'il ne seroit pas mal d'envoyer à Monstreuil le régiment royal et celui de Limosin avec un régiment de cavalerie, aûn de ne pourvoir seulement, par ce moyen, à ia seureté de la place, mais aussy d'avoir cela en lieu propre pour vous en servir du costé de la mer, le faisant joindre au corps que vous auriez du costé d'Arras et de Bethune.

Si vous approuvez la chose, je vous prie de me le mander en diligence; car, au lieu de faire marcher à l'armée le régiment royal ou [celui] de Limousin S on l'envoyeroit tout droit à Monstreuil, et je prendrois soin de luy faire donner quelque subsistance dans la place, afin de le bien conserver. Si vous croyez mesme qu'il fust plus à propos d'envoyer le régiment d'Alsace à Montreuil et l'un des deux autres au Quesnoy, en me le mandant, je me conformeray à vostre advis. Je considère aussy, eu proposant de mettre ces regimeus dans des places et [de] leur donner quelque subsistance, qu'on les conservera pour en tirer du service à un siège, et que, s'ils vont à l'armée, ils fondront en un instant; mais enfin, de tout cecy, il ne sera faict autre chose que ce que vous manderez.

^ Le nom est écrit ici Umousm.

Il y a nouvelle que Black a bruslé et coalé à fond dans un port des Juia 1667. Canaries seize vaisseaux d'Espagne tout prests à s'en retourner aux Indes ^ •

ccxcn.

Aiï. étr., FraDce, t. 97^, f"* 3o8; originai signe. — Quelques lignes autographes.

À J.-B. COLBERT

La Fère, j i juin 1657.

Ne sachant pas escrîre au s' de Viquefort^, parceque c'est un esprit dangereux, qui n'useroit pas bien de mes lettres^, je désire que vous ralliez voir poar luy dire , de vive voix , que j'ay l'eceu celle qu il ma escrite du a 5 du mois passé pour justifier sa conduite et particulière-ment l'application qu'il a faicte à son propre usage de l'argent qui iuy a voit esté confié pour M. l'électeur de Saxe; que je ne sçay pas s'il est

^ La bataiOe h laquelle Mazarin fait ici allusion est Tune des plus glorieuses pour la marine anglaise , au xvii' siècle. Elle avait eu lieu au mois d'avril 1687. Robert Blacke, ne en 1 699 , membre du Pariement en 16^0, et Tun des plus cbauds partisans de Gromwdl, avait été improvise amiral en 1 6A9 , après la mort du comte de Warwick. Il se signala par son audace, et, en i656, il avait d^à capturé plusieurs vaisseaux espagnols près de Cadix. En 1657, il rencontra Tescadre ennemie dans la baie de Santa- Cruz où Tamiral don Di^o Alvarez s'était embossë, h Tabri du canon des forts qui garnissaient la câte. Blacke parvint néanmoins, après un combat acbamé, à anéantir cette flotte. Il ne survécut guère k son triomphe et mourut le 17 août 1657, avant d avoir pu débarquer en Angleterre.

* Ou Wicquefort.

' L'existence de Wicquefort justifie cette méfiance de Mazarin. Abraham de Wicquefort, né à Amsterdam en 1698, entra au service de l'électeur de Brandebourg et fut chargé de le représenter en France. Soupçonné en 1 658 dWoir abusé de sa position pour faire aux États-Généraux de HoOande des révélations indiscrètes, il fut enfermé un an à la Bastille. Plus tard, résident du duc de Brunswick k la Haye , et chargé par la Hollande de traduire des papiers importants, il fut accusé de les avoir communiqués à l'ambassadeur anglais (1 676 ) et condamné à un emprisonnement perpétuel. Il s'échappa au bout de quatre ans et alla mourir à Zeli (i68fi). B a laissé divers mémoires imprima et une Histoire des Provinces-Unies,

Juin 1667. vray, comme il dict, que Sa M^ luy doive quelque somme, mais que je sçay fort bien que Targent qui luy avoit esté déposé entre les mains n'estoit pas destiné pour luy, qu il le sçavoit aussy bien que moy; que, neantmoins, ce n'est pas l'argent qui nous soucie le plus\ mais bieu l'inconvénient qui est arrivé de l'avoir diverty^ puisque cela nous a faict perdre M. l'électeur de Saxe; que, d^ailleurs, c'estoit par son conseil que le s' de Londy estoit allé trouver M. le Prince, et qu'enfin j'ai leu et considéré ses raisons, et qu'aprez les avoir bien examinées, je n'ay pas trouvé qu'elles m'ayent persuadé; et vous me manderez ce qu'il vous respondra là-dessus '.

Je vous envoyé une lettre que les officiers* de Moissac m'ont escrite. Vous examinerez la proposition qu'ils font pour l'establiss^nent d'un presidial ^, et vous m'en escrirez vostre sentiment.

Je vous prie de porter vous-mesme les expéditions ey-jointes à M. de Novion^ et luy faire un compliment de ma parf.

' Qoi nous caasè le plus de souci. xvu* siècle. La vente des rr offices si offrant

' Détourne. nu gouvernement une ressource perma-

* Le dernier membre de phrase depuis ef nente, Térection en presidial de la sénëvous jusqu'à làrdessus est ëcrit en interligne, chaussée simple de Moissac, qui dépendait de la main de Mazarin. alors du parlement de Toulouse et du pré-

^ Les titulaires d'offices. sidial de Montauban, eût été une simple

* Les p]*ésidiaux étaient un àegré de ju- mesure fiscale que ne justifiait aucune néridiction intermédiaire entre les bailliages cessité administrative. «

et sénéchaussées, et les parlements, supé- * Voy. sur Nicolas Potier, s' de Novion, le

rieurs aux uns, inférieurs aui autres, sur tome V, p. 69, des Lettres de Mazarm. — Ce

lesquds ils empiétaient volontiers. Ces tri- magistrat, Tun des plus influents du Par-

bunaux, inaugurés en i55i, avaient été lementde Paris, était président depuis i6&5

créés peu à peu dans les divers ressorts, et ne devint premier président qu'en 1678.

sous des influences et pour des motifs mul- Nous ne savons de qudles expéditions il

tiples. Aussi étaient-ils très inégalement s'agit ici. répartis sur la surface de la France au ^ Cet alinéa est autographe.

III II Juin 1667,

CCXGIII.

Aff. étr., Ftsance, t. «79, f* ai,.^ Copie- du temps.

k M. DE THOU'.

[La Fère], i& juin 1657.

( EXTRAIT

J'ay veu tous les papiers, que vous m'avez envoyez, avec beaucoup de plaisir, puisqu'on connoist par là l'assiette des affaires de MM. les Ëstats, les sentiments de leurs ministres et Testât de leur négociation dans les endroits où ils les employent, et vous méritez beaucoup de louange d'avoir, en si peu de temps , peu avoir tant de lumières et vous asseurer des intelligences, qui estoient nécessaires pour estre si bien adverty que vous Testes.

Il paroist, par les lettres du sieur Borel^ que ses intentions ne sont pas fort favorables pour les interests de cette couronne, et qu'il juge toutes choses plus tost par le mouvement de sa passion que par la raison et la vérité. Mais si MM. les Ëstats se laissent conduire par ses ad vis, ils se repentiront bientost, et ledict sieur Borel sera confus d'avoir si mal servy ses supérieurs et sa patrie.

On voit, par la relation que vous faites des conférences que vous avez eues avec les députez de MM. les Estats, quils sont tousjours dans la chicane, et qu'à Taccoustumé, au lieu de vous faire une response précise sur ce que vous leur avez déclaré, de la part du Roy, ils employent le temps à vous faire des interrogations. C'est pourquoy vous avez bien fait de les presser, et je ne doute point que, suivant les derniers ordres du Roy, que M. de Brienne vous a envoyez, vous n'ayez terminé l'affaire, ou pris la resolution de vous

* Jacques-Auguste de Thou, baron de * Boved, sieur du Duynbeecke, était,

Meday, président de la première Chambre depuis i65o, ambassadeur des Provinces-

des enquêtes au parlement de Paris, avait été Unies à la cour de France, nommé ambassadeur en HoBande en 1657.

MAXAIJll. — TU. 66

M»AIMUB lATIOVAU.

Juin 1657. retirer sans plus de delay; car il est bien estrange que ces messieurs soyent si mal conseillez de s'opiniastrer sur une pointillé avec un grand roy, à qui ils ont tant d'obligation, lors mesme qu'il faut que les plus mal intentionnés tombent dacciord que lesdicts sieurs Ëstats, par l'action de Ruyter S ont fait une injure sensible à Sa M*^ avec beaucoup d'esclat, et personne ne sçait comprendre, sans exclure ceux qui voudroient voir cette affaire accommodée, comme les ambassadeurs d'Angleterre et de Venise, par quelle raison ils font difficulté de donner la satisfaction qu'on demande, puisque, par ce moyen, ils recevront celles qu'ils peuvent prétendre, qoi sont solides et considérables, au lieu que celle qu'ils donnent au Roy conmte ea apparence, à laquelle il» sont obligez, parce que Sa M^ a esté offensée à la veue de tout le oionde.

CGXCIV.

Aff. ëtr., France, t. ayA, f** 3i6. — Autographe si^ë.

A J.-B, COLBERT

ht Fère, i5 juin 1657.

Lescot^ s'en retourne, et vous trouverez cy-joinct un mémoire de ce que la Reyne lui doibt; et comme Sa M^ me commande de le faire payer argent comptant, tous en parlerez, de ma part, à M. Toubeuf [m) ', et mesme au s' Bertillac, afin que la volonté de la Reyne soit

^ Voy. drdessiiflip. &ÎS.

' Ce mot e»t pev lif ible. Je crois cependant que Maiarin a écrit Lescot, nom d'un orftvre souvent dté par hif.

' Le s' Tubeuf , dont ie nom revient fréquemment dans les %omm prëoëdents des Lettrm ie Mtaarm et dans le présent volume, où Ton a déjà donné sur lui quel* ques renseignements biographiques (voy.

cî-desBUs, p. i& , note 5), joua «a itit aises important dans les affaires financières de Tépoque. Il avait débuté, sous Richelieu, comme trésorier de France à Paris ; en 1 63o , il était munitionnaire , puis intendant de Tsarmée de Piteont U devînt, en i636, eonseiHbr^mattPe k la Chambre des comples de Paris, pois pnMdent dans cette néme co«r. Mais h charge qu'il exerça le plus ac>

DU CARDINAL MIZARIN.

exécutée sans aucun 4elay; h\&x entenidu qu'au lieu qu'il demande Join 1657. six mille deux oens iivres , on ne luy en baillera que cinq mille cinq cens. ^ J'avois soiDgé de faire passer, avec M. de Gooiinges^, Lescot^ en Portii|val; mais ne sçachant |kae ^u'il pourrcÂt aiTiver assez à temps à la Rodielle, je ne prends [peint] resûlutian ià--dessus, désirant po«r* tant que, ai vous croyez qu'il paisse s^'embarquer avec ledict Gominges, vous le faisiez [sic) partir sans perdre un moment, luy [donnant] des lettres de crédit. consideraUe et mesme cinquante ou soixante mille escus à prendre du s" Teri»)n^, dans les espaces qui seront plus advan* taggieuses [sic) à transporter* S'ii pttst arriver à temps, ce sera une bonne affaire, et j'en serois tres^^ayse. Je vous prie de bien examiner la diose, oi mandeannoy ce que vous aurez résolu.

Afil ëtr., Pays-Bas, t. Ai^f*" 56. — Copie du temps.

k M, DE TCRENNE.

(bxtbait.)

La FàM^ 17 ynn 1667.

On alla voir hier les Ânglois. Je me persuade que vous senez fort satisfait de ce corps ; car, outre que le nombre est effectif, ce sonl tous soldats bien faicts et qui ont la mine 4e rendre bien service dans mie

tivement, et avec le pias de profit, fiit œile d'intendant des finances. Quoique marguil- Uer de SRint-Ëuslache, Tubeof ne joaissait pas d'une grande r^utatioa d intégrité;: un jour qu'il 4^it assis au sermon à c&të dn duc d'Orléans .(La Kivière étant de l'autre côté), l'évéque de Belley, Le Camus, qui était en ckaire, s'écria, comme s'il eût parlé è Dieu : «rJe vous vois là. Mon seigneur, entre deux brigands.»

Tubeuf a;a6n historiette dans Tallemant (1" édit,t. m, p. 38).

* Cette addition «st, comme oe qui précède, aat(]|gpn^be et se trouve4iu f* ifj^

* Voy. ci-dessus, p. &55, les instructions données k II. de Commipgea.

' Le nom n'est pas plus lisible que cidessus.

* Colbert du Terron. (Voy. ci-dessus, p. 491.)

Juin 1667. oceasion. Je leur ay dict de ne bouger de Riblemont (sic) ^ jusques à ce qu'ils ayent de mes nouvelles. Je ne leur en sçaurois donner que je n aye vostre response, aprez laquelle je leur manderay de marcher à Guise ou à Marly^ suivant ce que vous m'escrivez, si ce n'est que j'appréhende que vous ayez marché vers Sedan; car, en ce cas, ma pensée seroit de les mettre moitié à Guise, moitié à Saint-Quentin, pourveu qu'ils veuillent bien se séparer.

Cependant je suis obligé de vous dire que M. Tambassadeur Lockart, dans l'entretien que j'ay eu hier avec luy à Riblemont, me parla fort des places de la mer', me laissant entendre qu^il luy sembloit que la conjoncture n^estoit pas mauvaise pour aller de ce costé-là, et que, si nous y voulions faire quelque entreprise, comme on y estoit obligé par le traité, on nous envoieroit d'Angleterre non seulement un plus grand nombre de troupes que M. le Protecteur tireroit de son armée, mais aussy toutes les choses dont il seroit besoin. Je vous prie d'y faire réflexion, car comme nous [avions]* la raison de ne nous engager pas à l'attaque de ces places-là, quand il n'y avoit nulle apparence d'y pouvoir réussir, il importe aussy qu'ils cognoissent que nous n'en perdons pas l'occasion quand il y a lieu * de [le] faire avec l'espérance d'un bon succez, et vous voyez bien à quel point il nous convient de ne mesconter [sic) pas une puissance dont l'union nous est si nécessaire dans la conjoncture présente.

Mazarîn craint que, pendant le siège de Montmëdy, Condé n'attaque Stenay ou Mouzon. n engage Turenne à se mettre en relation avec Fabert , qui Tavertira du passage des troupes à Givet.

^ Ribemont. * La copie porte avotu.

* La copie porte bien Marly; mais je ' La phrase a été reproduite d'après la

présume que c'est une erreur, pour Mar- copie, qpestsouvent défectueuse. Il fendrait

ville, probablement lire : nous n'en perdrons pas

' Mardick, Dunkerque, Gra vélines. V occasion, quaiOlily aura lieu, etc.

Juin 1657.

Bibl. nat, ma. fonds Baluze, t. 176.

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