‹ Lettres du cardinal Mazarin pendant son ministère (volume 3)Chapitre 67 sur 100 · RÉPONSE MARGINALE DE MAZARIN · texte numérisé non relu

RÉPONSE MARGINALE DE MAZARIN

i UNE LETTRE DE J.-B. COLBERT '.

(tXTIUIT.)

CoLttEBV.

RipoNM DS Mazibin.

Paris, là jain 1657.

Le gentilhomme que j'avois cy-devant nommé à V. E. pour estre gouverneur de M. Alphonce ^ estoit le s' de la Neuvelle, premier capitaine de la garnison de Brisach^ mais je la supplie de ne pas conclurre ce choix sans en examiner encores quelques autres pour prendre le plus digne, u\^y ayant rien à mon advis de si grande conséquence pour Tëducation de cet enfant qui promet beaucoup. V. E. peut voir et examiner s'il y en auroit point quelques autres à la Cour sur lesquels elle peut jetter les yeux; de ma pari mesme, sy V. £• me l'ordonne, j'en chercheray pour les proposer à V. E., avec le secret qui se doibt et qu'il est nécessaire d'observer en ces matières.

LaFère, 17 juin 1667.

Je suis résolu de mettre un gentilhomme auprès de mon neveu; je crois que celui que vous proposez sera propre, mais il faudroit examiner encore ses manières, et, pour cet effet, il seroit nécessaire de le pratiquer et reconnaître soigneusement ses sentimens. Voyez donc sur quel prétexte on le pourrait faire venir.

Flein qui estoit à M' de Mercœur m'a fait parler pour avoir cette place, je ne luy ai fait aucune response; il est de naissance et bien sage à ce qu'il me paroist; mandez-moy vostre avis encore là-dessus, car il se faut appliquer au dit neveu; car, pour ^'ainé^ il

' M. P. Clément n'a donné dans son recueil ni la lettre de Colbert ni la réponse de Mazarin.

* Alphonse Mancini, neveu de Mazarin, mourut en ]658, à l'âge de quator;se ans.

' PhiËppeJulien Mancmi; qui iut duc de Nevers et de Do^i; il mourut en 1707, h soixante-six ans.

Mazaiîn ne s'était pas trompé en jugeant qu'on n'en ferait rien.

Juin 1.657.

n'y a rien i faire on JB wsm him trompé.

Je viens de voir le s' flfe Viqacfbrt et, aprez Tavoir entretenu sur les 37,000^ receus par les mains du s' Baraouin, il est demewë d'accord que M. le duc de Saxe n'avoit receu de luy que 6,800^, mais qu'il luy devoit compte de 5,000 le^lis, et qu*il «voit retenu le surplus parce qu'U luy devoit de l'argent; et pour les &,<ooo escus restans, qu'il les avoit retenus, parce que le Roy luy devoit pareille somme il y avoit plus de dix ïms, dont il tne ÀonneiiDft menbirei; et après luy avoir répliqué ce qui est porté par la lettre Ae V. £L , je luy diray seidem^it que je n'ay jamais v^a soustenir une meschante action avec tant d'assurance.

Vkqtiefort, il y a longtemps qu'il a perdu la honte « cest paui*quoi il n a pas grande peine à soustenir efitontement ses friponneries; j'ai escrit sur son sujet à l'electew 4e Brandebourg, et lorsque j'aurai response, je resorudrai ce qu'il y aura à faire^

eMKa«^BE=«aiKK«cnaeto

OCXGVIL 6M. itt., nu. fonds Balaie. — Original signé.

GOLBERT À NAZABIN'.

(VXnAIT.)

CoLBBRT.

Paris, i& juin 16^7.

Je rends tres-humbles grâces à V. E.

de la bonté qu'elle a d'employer mon frftre «oubt 1^ te mai^ de <STammont et de Lionne'*; je la puis adseurer qu'ir

Mazariii.

La Fère, 19 juin 1657.

* Ne se trouve pas. dans fe 'Fecoeil de II. P. Giëmei^ -^ * Yùf, â-4e8sus, p. 486.

DU CARDITTAL MAZARIN.

emploiera tcwla aon induttrit «vec uua fidellitë loute entière.

Juin 1657.

Après ayoir veu la lettre que la ville de Mays8a« ^ a escrU k V, E, pour lestablissement d'un pr&idial, il n'y a que la considération de la nécessité des finances, qui passe par dessus toutes les antres raisons, qui puisse obliger V. E. de faire cette aflkyre, la ibqIIf piîeaiben dea offinera royaux en cette ville -là debvani asseurément rainer toute sorte de commerce^ et mesmes les droits de Tabbaye^ joint que peut estre Ton n*en retireroit pas plus de ao m« escus ou 80 m.^ et que Ton auroit beaucoup de peine à f n fiiire vériffier f édil an parlenenl de Tbonlouae.

J'envoye à V. E, deux lettres que je receus hier du s' de Yicquefort.

Je crois estre obligé de faire sou*venir V. E. d^une pensée qu'elle eust cet hiver, de faire quelque présent à M. de Montdejeux' pour les cypi^aux qu'il envoya pour Vincennes, dont il paya mesmes la voicture.

Cefuy qui nourrit les Kons de Vincennes me demande de l'argent avec empressement, et comme je n'ay pas

Si cela doit apporter préjudice , il le faut empêcher.

Mandes moi ce qu'où lui pour-* roit envoyer, car je prâtend» iuî faire un présent.

Vous lui pourree faire donner 1 ao^ pour le payement de ce mois

^ Voy. ci-dessus, p. 5o&.

' Ck>lbert, bien qu'il ait été rendu sous son ministère un certain nombre d'édits de création de charges vénales, fut néanmoins toujours opposé en principe à la multiplication excessive qui en avait été faite sous

Richdieu et Mazarin. On sait qu'U est fauteur de cette boutade, célèbre sous l'ancien r^jîme, que «rlorsque le roi crée un office, le bon Dieu crée en même temps un imbécile pour Tacheter N ' Gouverneur d'Arras.

et, vers le i o® de juillet, vou8 lui ferez donner autant.

Juin 1657. accoustumé de payer cette dépense, je suplie V. E. de me faire sçavoir combien je luy donneray par mois et depuis quel temps je le feray payer.

M. Tarchevesque d'Aides^ m'est venu voir ce matin pour me dire que le recouvrement de sa santé lobligeroit de s'en aller à la campagne pour quelques jours, d'autant plus qu'il ne voyoit point qu'il pust arriver aucune chose dans les affaires du clergé. où sa présence fust nécessaire, que M"* de Limoges, d'Angoulesme et de Conserans partoient lundy pour s'en retourner et que, s'il arrivoit quelque chose , il me prioit de luy faire sçavoir et qu'il ne manqueroit de se rendre icy aussitost; à quoi il a adjusté des protestations de demeurer tousjours ferme dans le service du Roy et dans les interests de V. E.; il m'a adjousté qu'il seroit bien ayse de sçavoir sy V. E. àvoit receu un original de la lettre de M' le cardinal de Retz à M" de l'assemblée, qui luy avoit esté addressée et qu'il avoit remise entre les mains de M*" Tévesque de Constance^ pour l'envoyer à V. E.

^ Sur Tarchevéque d'Arles, François d*Adhëmar de Monteii de Grignan, voj. le tome lit. p. 316, des Lettres de Matarm, — * Claude Auvry. (Voy. ci-dessus, p. 94.)

S'il y aura quelque chose à faire ainsi que j'ai dit à M. Servient qui vous en entretiendra, on pourra faire revenir M. d'Arles pour lequel j ai songé à demander au Roi le cordon bleu, et il me semble qu'après ce que j'ai fait pour lui, pour ses neveux et pour son frère, il doit être assuré que j'ai beaucoup d'amitié et d'estime pour sa personne et pour sa maison, et que je puis prétendre que, sans aucune réserve, il se déclare en toutes rencontres pour le service du Roi et mon ami particulier.

CCXCVllI.

Bibl. aat. , ms. f. fr.. Mélanges de Colbert, t. 5i A, f° 43 v"; minute,

et t. <23,soâ, f** îkù6; original.

À L'ABBÉ FOUQUET

( BXTBAIT. )

La Fëre, 90 juin 1667.

Tay esté tres-ayse de l'arrest de Dorât S et j'espère que vous me donnerez bienlost de grandes cognoissances du lieu où est le cardinal de Retz et de toute cette intrigue. Car vous pratiquerez tous les moyens imaginables pour faire parler ledit Dorât.

Je vous prie de tenir la main afin que les imprimeurs arrestez soient exemplairement punis; car, sans cela, on ne desracinera jamais cette canaille qui faict plus de niai à TEstat que les Espagnols.

Je suis estonné de ce que vous me mandez de la pièce qu'on vous a jouée auprès de M°^ de Chastillon; mais elle n'aura pas tardé d'en recognoistre la fausseté^.

M. le Chancelier avoit escrit en faveur du prevost de l'Isle'pour une compagnie de chevaux-legers qu'on vouloit lever à Paris; et comme je n'en ay pas ouy parler*, je vous prie de m'en informer, si vous en

^ Le sens est : de l'arrestation de Dorai. (Voy. sur ce conseiller au Parlement de Paris , t. IV, p. a 1 7, des Lettres de Mazartn. )

' La «r pièce T) dont il est ici question consistait en une scène qui fît alors grand bruit à la Cour, et dont on trouve les dëtaiis dans les Mémoires de Mademoiselle de Montpensier (édition Michaud, page 988) et dans V Histoire amoureuse de Bussy (édition Lalanne, t. Il, page ^1 1). iM"' de Gbâtillon, s'ëtant rendue au logis de Tabbë en son al>sence, s'était emparé des lettres d'amour quelle lui avait écrites, ainsi que d'autres

IIA2AII1I. Tll.

lettres du prince de Gondé, adressées à elle-même, et qu'elle avait confiées h Fouquet. Celui-ci, raconte Bussy, (rayant trouvé à son retour ce fracas chez lui , s'en alla choz la duchesse et conunença par la menacer de lui couper le nez ... 9). Il cassa divers meubles chez elle et sortit a après lui avoir dit mille injures n. D'ailleurs, ainsi que le conjecturait Mazarin , au bout de ti'ès peu de temps, la duchesse et l'abbé frse racommodèrent aussi bien qu'ils avaient jamais été».

' Le prévôt de l'Ile-de-France.

* De la levée de chevau-légers.

Juin i6r>7. sçavez quelque chose; et me remettant, à ce que j'escris à M. le Procureur gênerai et à ce que M. Servien luy dira, je vous asseure plus que jamais de mon amitié.

GGXCIX.

Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5i A, P â& v*; minute. —

Passages à chiffrer souligaés.

La P^, fto juin 16Ô7.

(extiuit.)

J'ay bien veu ({ue vous rapprochiez de nos frontières, que, saus donner la peine au corps anglois de vous aller tiXHiver où vous estiez, il vous pourroLt bien rejoindre, quoyquil ne partist pas de Guise. Vous n'aurez qu'à escrire un mot à Toucheprez ^ pour luy dire quand vous vouiez que ledict corps parte, et où il vous ira trouver. Je prie Dieu que l'application que ces gens-là ont à bien servir et Tordre dans lequel ils vivent fassent un bon effect à Tesgard de plusieurs regimens de Tarmée qui n'en usent pas de mesme.

J'avois desjà eu le mesme soupçon que vous pour Saint-Quentin, et pour cet effect j'avois faict envoyer ordre au régiment de Guise et à quarante hommes de celuy de la Fere d'y aller, avec resolution d'y envoyer aussi deux autres compagnies des gardes, de celles qui sont auprès du Roy, et les gendarmes, chevaux-legers et gardes du corps, aux premières nouvelles que nous aurions que l'armée ennemye marclmst pour s'approchei* de la frontière, quoyque, [les ennemis] manquent de quoy payer les vivres et [d'artillerie]*, ainsi que je vous ay mandé, j'eusse peine à croire qu'ils voulussent former un semblable dessein. A présent que vous vous approchez, on doit encore moins le soupçonner. Neantmoins si, nonobstant cela, vous estimiez qui! faille

^ Voy. ci-dessas, p. 471. — ' Ce mot, écrit en- interligne^ corrige d'equqMige. Je ne puis lire que d'artillerie, mais le mot est difficile à déchiflfirer.

envoyer deux ou trois compagnies de gardes de celles qui sont icy, on iuin 1667. le fera.

Je fais aussi partir pour Landrecy le régiment de dragons qui est composé de cent soixante bons homme» en six compagnies, et je crois qu'il y pourra airiver demain au soir.

Je reçois tout présentement une lettre de Talon , du Quesnoy, du 1 8 au soir, par laquelle il me mande que larmée des ennemis estoit encore à Genest entre Saint-Guillain et Mons; que toutes les garnisons de Bouchain, Gambray et Valenciennes lavoient jointe; que celle d'Avesnes partoit pour le mesme effect, et qu'il estoit sorty un grand convoy dudict Valenciennes pour aller à leur camp. Je croy que vous aurea receu les mesmes nouvelles de M. de Beauvau, et qu'ayant veu celles que M. de Fabert vous a données de Testât oi!k estoit désjà la cireonvailation de Montmedy, vous vous confirmerez de plus en plus dans^la créance que leur intention n'est pas d^aller, arec toutes leurs forces, tenter le seeours de ladicte place, mais plus tost de se tenir tous ensemble pour vous empescher de rien entreprendre; mais nous serons bientost esclaircîs de leur intention-, quoy qu'il me semble que, soit qu'ils voulussent attaquer du secourir, ils ont perdu assez d^ temps.

CGC.

Bibl. oat., m», f. fr., Mélangen de Colberi, t. 5i A, P 78. —

Minute de ia main de lienne.

À L'ÉLECTEUR DE BRAr^DEBOLRG '.

[La Fère]^ sa juin 1667.

Je me suis donné l'hotuieur d'escrire à V. Â. El. par le voye de [M.] d'Avaugour quelque temps après que nous receumes la nouvelle

* Frëdërio-Gnillaiime de HohenzoUem, conna sous le nom de «Grand Éiectenm, qui régna de i64o à 1688. ( Voy. U U, p. toco, des Lettres de Mazarin,)

Juin 1607. de la mort de ^Empereu^^ et parce que ledicl s** d'Avaugour luy avoit dict de la part du Roy, Elle aura veu Testât asseuré quElle peut faire de son amitié, à quel point Sa M^^ s'intéresse en ce qui la regarde et la profession que je veux toujours faire d'estre sincèrement un de ses plus acquis serviteurs; mais comme le mouvement continuel dans lequel est ledict d'Avaugour^ nous pou voit faire craindre avec raison, ou quela depesche ne s'esgarast, ou qu'elle ne fust peut-estre longtemps à luy estre rendue, on avoit pris la resolution d'envoyer un gentilhomme exprez chargé de tout ce que nous avons jugé nécessaire d'estre communiqué à V. A. El. dans la présente conjoncture, et de quelques nouvelles marques effectives de l'amitié du Roy, pour luy faire cognoistre que, si on luy suscite de nouveaux ennuys, ses bons amys redoublent leur affection; et lorsque ledict gentilhomme estoit sur le"^ point de partir, le sieur de Rray est arrivé, qui m'a rendu la lettre dont il luy a pieu me favoriser et m'a entretenu de sa part; de quoy je luy rends tres-humbles grâces, et je me resjouis que ma passion pour son service m'ayt faict obtenir du Roy qu'on ayt prévenu ses instances. Il m'asseure que ledict sieur de Rray luy rendra compte de l'entretien que j ay eu avec iuy sur ce sujet, et me remettant encore à ce que M. d'Avaugour et le sieur Rlondel y adjousteront de vive voix, je demeure, etc.

Ceci.

Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanges de CoWert, t. 5i A, f* 78 v'. —

Minute de la main de Lionne.

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