Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministère
La correspondance du cardinal Mazarin pendant son ministère (16/12-1661) forme le complément naturel des lettres de Henri IV et du cardinal de Richelieu, publiées dans la Collection des documents inédits. Ces trois personnages, don! le caractère est si différent, ont suivi la même politique : ils on! combattu la maison d'Autriche, qui, depuis Charles-Quint, dominait en Europe, et Mazarin a eu la gloire de consacrer et de proclamer la victoire de la France dans les traités de Wcslphalie et des Pyrénées.
On a édité plusieurs recueils partiels de lettres de Mazarin. Les Négociations secrètes touchant la paix de Munster ' contiennent un grand nombre de dépêches du cardinal, adressées aux plénipotentiaires français d'Avaux et Servien. Un certain nombre de correspondances de Mazarin relatives à la paix des Pyrénées furent publiées en 1690; de nouvelles lettres furent ajoutées en 1698; et l'on fit de ces diverses publications un recueil qui parut à Amsterdam, sous le nom de Négociations secrètes des Pyrénées*. L'abbé d'Allaînval a donné une nouvelle édition de cet ouvrage, avec de nombreuses additions, 1 'i vol. in-fol. (La Haye, 1725.) — ' Amsterdam, •>. vol. in-iaj 1693.
MAZABIK. — I . k
n PRÉFACE.
sous le litre de Lettres du cardinal Mazarin, où l'on voit te secret de la paix des Pyrénées1. Enfin M. Ravenel a publié, pour la Société de l'histoire de France, un volume de lettres du cardinal, adressées à la Reine, à la princesse Palatine, etc. et écrites pendant sa retraite hors de France en 1601 et 1 65 2 2. On trouve encore beaucoup de lettres de Mazarin dispersées dans différents recueils. Je me bornerai à quelques indications : M. Pierre Clément a publié un cerlain nombre de lettres du cardinal dans le tome T de la Correspondance de Colbert5. M. le comte de La Ferrière, chargé d'une mission scientifique à Saint-Pétersbourg, a donné, dans le tome IV des Archives des missions scientifiques11, plusieurs dépêches de Mazarin à Brasset et aux présidents de Bellièvre et de Grignon, dont les originaux se trouvent à la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg5. M. V. Cousin a ajouté aux biographies de mesdames de Longueville, de Chevreuse et de Hautefort, des documents inédits, parmi lesquels se trouvent des lettres du cardinal.
Ces extraits de la correspondance de Mazarin sont bien peu de chose, comparés aux volumineux manuscrits qu'il a laissés. Mis en ordre par les secrétaires du ministre, que dirigeaient de Lyonne et Colbert, les papiers de Mazarin furent conservés par Baluze, bibliothécaire de Colbert. Le comte de
' Amsterdam (Paris), 9 vol. in-12; envoyées depuis longtemps au ministère par
1 7^5. M. Leouzon-Leduc, qui avait été également
- 1 vol. in-8°. Paris, Renouard, i836. chargé d'une mission en Russie, et c'est
3 Lettres, instructions et mémoires de Col- d'après les copies de M. Leouzon-Leduc que
bert, t. I. (Paris, Imprimerie impériale, j'ai reproduit dans ce volume et que je pu-
1861 .) blierai dans les tomes suivants les lettres de
' 1" livraison, p. 2 et suiv. Mazarin conservées à la Bibliothèque impé-
5 Les copies de ces dépèches avaient été riale de Saint-Pétersbourg.
PREFACE. in
Seignelay les vendit au Roi, avec les autres manuscrits de son aïeul, pour cent mille écus. Les papiers du ministère de Mazarin formaient alors quatre cent soixante-deux volumes L; ils furent porlés au dépôt des Affaires étrangères, et ils s'y Irouvenl encore aujourd'hui en grande partie. Cependant, par une suite de vicissitudes qu'il me serait impossible de retracer, plusieurs volumes de la collection ont passé dans d'autres dépôts. Ainsi la bibliothèque Mazarine possède la première partie des lettres de Mazarin pendant son ministère, les lettres de 16 k 2 à 1G/162. C'est seulement à partir de Tannée 1 646 que commence, aux Archives des affaires étrangères, la série des transcriptions des dépêches du cardinal. Cette collection renferme vingt-six volumes3. Elle est comprise dans la section France, et porte les numéros 21 à 46 4. Il faut ajouter à ces vingt-six volumes un
1 \ oy. Rapport adresse à Son Etc. le Ministre d'Etat, concernant les Archives de l'Empire et la Bibliothèque impériale, par M. Félix Ravaisson, p. 1 36. M. Ravaisson cile à l'appui de son assertion l'Histoire de la Bibliothèque du Roi, par Le Prince.
2 Ms. n° 1719, 5 vol. in-fol. Les trois premiers volumes contiennent des copies de lettres françaises, et les deux derniers, des copies de lettres italiennes. Ces volumes portent sur la reliure les armes de Colbert, et Tony trouve quelques corrections de sa main. La collection parait avoir été plus volumineuse; on a changé la tomaison des manuscrits. Il faudrait, pour reconstituer ces collections. qui ont été si malheureusement dispersées, comparer les volumes conservés aux Archives nationales avec ceux des Affaires étrangères et de la bibliothèque Mazarine. La Bibliothèque nationale a conservé
un volume qui parait se rattacher à la même collection. Il a la même reliure et porte également les-armes de Colbert. C'est un volume de tables indiquant les noms des personnes auxquelles sont adressées les lettres de Mazarin.
1 Je ne comprends pas dans ce nombre un volume qui contient des copies de lettres Italiennes de Mazarin, de i64o à 1O/11. Je ne m'occupe ici que des dépêches du cardinal pendant la durée de son ministère, de 1 fiia à 1GG1 .
4 Voici la nomenclature sommaire de ces volumes : t. XXI, lettres de îb'iti (italien 1 t. XXII, lettres de 10V16-16&7 (français); I. XXIII et XXIV, année i648 (italien): t,XXV,ann.i648-i6àQ (français); t. XXVI et XXVII, même époque (italien ); t. XXVIII. ann. i65o-i65i (français); t. \\I\ et \\\. ann. i65i-i659. — La collection
iv PRÉFACE.
grand nombre de lettres disséminées dans les différents fonds : Italie, Allemagne, Hollande, Angleterre, etc. Afin de se conformer à l'ordre géographique adopté pour la classification des Archives des affaires étrangères, on a été forcé de détruire l'ordre chronologique, qu'avaient suivi les secrétaires de Mazarin. C'est un inconvénient au point de vue de l'histoire.
La Bibliothèque nationale contient aussi un grand nombre de lettres de Mazarin, pour la plupart originales et signées, quelques-unes même autographes. On les trouve principalement dans les fonds Baluze et Gaignières, dans les papiers de Le Tellier et les mélanges de Glairembaut. Les Archives nationales et les bibliothèques de l'Institut, du Louvre1 et de Sainte-Geneviève, les archives et les bibliothèques de l'Italie, la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg, nous ont aussi fourni de précieux documents. MM. Canestrini et Sickel ont bien voulu se charger d'explorer les archives et les bibliothèques d'Italie. M. Leouzon-Leduc a envoyé au ministère de l'instruction publique les copies des dépêches qui ont été en-
présenle pour cette époque, et surtout pour les années 1 653 et i65i, des lacunes considérables. C'est au moyen des manuscrits de la Bibliothèque nationale, de la bibliothèque Mazarine et des Archives nationales que l'on parvient à combler une partie de ces lacunes. — Le tome XWl renferme les dépêches italiennes de Tannée 1 654 ; f. XW1I et XXXIII , dépêches italiennes des années 1 655 , 1 656 , 1657; t. XXXIV, XXXV et KXXVI, dépêches françaises des années i655, i656, i657, i658;t.XXXVH, dépêches italiennes de 1 658 ; t. XXXVIII ,
XXXIX , XL , XLI , XLII , dépêches françaises pour les années 1 658 et i65g; t. XLUI. dépêches italiennes pour l'année 1659; t. \LIV et XLV, dépêches françaises poulies années 1659, 1660 et 1661; t. XLVI. dépêches italiennes pour les années 1660 et
1 Les lettres du cardinal Mazarin conservées à la bibliothèque du Louvre avaient été, heureusement, copiées longtemps avant l'incendie qui a détruit cette précieuse collection.
PREFACE. v
levées de France à l'époque de la Révolution, et transportées en Russie l.
Plusieurs membres ou correspondants du Comité des travaux historiques, MM. Rathery, l'abbé Cochet, Combet, de Girardot, Simon, Mossmann, Rouard, Gomart, Ed. de Rarthélemy, Alphonse Feillet, etc. m'ont communiqué des pièces importantes. M. de Lépinois a pris la peine de faire transcrire les lettres adressées par Mazarin au duc de Rrissac en 1659. Je tiens à témoigner publiquement ma reconnaissance à tous ces membres ou correspondants du Comité historique. M. Daulne, ancien élève de l'Ecole normale, aujourd'hui conservateur de la bibliothèque d'Àlençon, a bien voulu traduire les lettres italiennes, après s'être livré à une révision patiente du texte, souvent altéré par les copistes.
\u milieu de celte abondance de documents, il fallait s'imposer un choix sévère pour ne pas dépasser les limites assignées à la collection. L'intérêt historique a dû nous guider. Comme il s'agit ici de documents historiques et non d'une biographie de Mazarin, nous n'avons dû comprendre, dans notre édition, que les lettres écrites pendant son ministère (décembre i642-mars 1661), et encore, parmi ces lettres, nous avons dû nous borner à en analyser un grand nombre, qui ont peu d'intérêt pour l'histoire. Nous ne publions guère que les dépèches adressées aux diplomates, aux généraux, aux intendants des armées et des provinces.
Les intrigues de cour, qui tinrent tant de place dans la vie du cardinal, en occupent peu dans sa correspondance. C'est
' On trouvera des détails très-complets rapports de M. F. a Ferrière-Percy {Archives sur la provenance de ces pièces dans les des missions scientifiques , t. III et t. IV).
v. PREFACE.
pour ses carnets1 qu'il a réservé ces détails. Quelques lettres italiennes, surtout relies qui s'adressent à son frère, Michel Mazarin, et au cardinal Bichi, ont un caractère plus intime2: Mazarin s'y épanche avec un abandon qu'on ne retrouve pas dans les lettres françaises.
L'introduction placée en tête de ce volume a pour but, d'abord de retracer rapidement la biographie de Mazariu jusqu'à l'époque de sou ministère, et en second lieu de faire ressortir l'intérêt que présentent les lettres du cardinal au point de vue historique. Pour atteindre ce but, il a fallu parcourir rapidement les principales phases de la guerre de Trente ans et insister spécialement sur la période qui s'étend de 16 k 3 à i648. La correspondance de Mazarin atteste avec quelle vigilance il s'efforça de conserver les anciens alliés de In France et de lui en acquérir de nouveaux; avec quelle ardeur il prépara les plans de campagne, stimula les généraux, prit part aux succès, répara les échecs, et, au milieu d'un pays épuisé par de longues guerres, trouva des ressources pour entretenir plusieurs armées, équiper des Hottes et payer des subsides à des alliés exigeants. Sans fermer les yeux sur les défauts du cardinal, sur son avidiié, sa dissimulation, ses intrigues, on ne peut méconnaître son activité prodigieuse, son intelligence des affaires de l'Europe, sa passion pour la
1 Voy. les articles que M. V. Cousin a nières années (iG4()-i65o). Ces manuscrits,
consacres aux Carnets de Mazarin dans le où les phrases sont tracées rapidement et
Journal des Savants (ann. 1 85 A et 1 855). parfois même au crayon, sont conservés à
Ces carnets, dont il sera souvent question, la Bibliothèque nationale parmi les manus-
forment quinze petits volumes, où Mazarin crits de Baluze.
écrivait de sa main ses pensées les plus in- ~ Voy. particulièrement dans ce volume,
times, ordinairement en italien, quelquefois p. 3o7 et surtout p. 3 12 et suiv. Voy. aussi
en espagnol, enfin en français, dans les der- p. h 98 et suiv.
PRÉFACE. vu
grandeur de ia France, qu'il ne séparait pas de la sienne. Voilà ce que j'ai cherché à exposer avec sincérité el impartialité.
Quant au commentaire des lettres, j'ai dû surtout le puiser dans les correspondances diplomatiques, dans les papiers d'Etat et dans les ouvrages du temps qui traitent des affaires extérieures. Ainsi les papiers de Michel Le Tellier conservés à la Bibliothèque nationale ' complètent souvent les renseignements fournis par Mazarin. La correspondance de l'ambassadeur de Suède, Hugues de Groot ou Grotius, est fort utile pour apprécier et rectifier les assertions du cardinal. Grolius suivait, avec une attention souvent peu bienveillante, les progrès de la France. Quoique représentant d'une puissance alliée, il voyait avec inquiétude les succès de nos armes el s'empressait de signaler les fautes du ministre2. Les archives de la maison d'Orange-Nassau, publiées par M. Van-Prinsterer, fournissent aussi des documents importants pour juger la politique de la France3. L'histoire de la minorité de Louis XIV, écrite en latin par Jean de La Barde'1, renferme
1 Bibl. nat. ms9. français, n05 l\ 169 et toriarum libri deccm, Parisiis, 1671, in-lx". '1170. Je ne cite ici que deux volumes de La liarde avait été secrétaire du secrétaire cette vaste collection. , d'Etat Chavigny, son cousin. Il était neveu
2 H. Grotii cpist. inedike, etc. quœ nunc du surintendant Bouthillier (Lettres du earprodttnt ex Musœo Meermanniano, Harlemi, dînai de Richelieu, t. VI, p. 336, texte et
1806. Il est fâcheux, comme j'ai eu occa- note). Il se donnait, à ce qu'il paraît, des sion de le faire remarquer plusieurs fois airs d'importance, qui provoquaient les raildans les notes, que cette édition soit remplie loties de Richelieu : rrll y a si longtemps, de fautes, qui défigurent les noms el altèrent écrit-il à Chavigny, que je demande à Von mémo quelquefois le sens des phrases. seigneur de La Barde les copies,') etc. (Ibid. Archives ou correspondance inédite de la p. 3 1 - 3 îî . ) Chavigny répond sur le même maison d'Orange -Nassau, par M. Groen- ton : ^Son Altesse de La Barde fait travailler Van-Prinsterer, 2* série, t. IV; 1859. incessamment aux dépesches que demande 4 Joannis Labardœi de rébus galliris his- Son Eminence. * Malgré ce ridicule. La Barde
mm PRÉFACE.
beaucoup de détails curieux, que cel auteur contemporain avait recueillis dans ses diverses ambassades. Sans négliger les Mémoires, qui font une partie importante de la littérature française, j'ai préféré ces documents moins connus et plus propres à éclairer des correspondances diplomatiques.
J'ai conservé autant que possible, en italien comme en français, l'orthographe de l'époque. Enfin j'ai cru devoir placer à la fin de chaque volume une table alphabétique. C'est, à mon avis, le seul moyen de rendre réellement utiles les recueils de cette nature, en donnant au lecteur* le moyen de trouver promptement les indications historiques ou géographiques qui lui sont nécessaires. Les grandes collections de documents historiques ont adopté cet usage, et j'espère qu'on ne me blâmera pas d'avoir suivi une méthode qui, en augmentant le travail de l'éditeur, rend plus rapide et plus facile celui du lecteur.
était un homme instruit et qui a rendu des gères, il fut employé dans plusieurs ambasservices à l'histoire. Après avoir été pria- sades, et spécialement à Osnabriick et en h pal commis du ministère des affaires étran- Suisse. Né en 1599, il mourut en 1691.
INTRODUCTION
Je me propose de présenter, dans celte introduction, un résumé rapide de la biographie de Mazarin jusqu'à son ministère (1602- 16^2), et ensuite un tableau général des affaires de l'Europe, et surtout de la dernière partie de la guerre de Trente ans, tableau nécessaire pour bien comprendre les lettres de Mazarin et se rendre compte des renseignements nouveaux qu'elles fournissent.
Biographie du cardinal Mazarin jusqu'à son avènement au ministère (16 juillet 1602 — 5 décembre 16/12).
La vie du cardinal Mazarin a été souvent retracée. Dès l'année i65o. le conseiller d'Etat Jean de Silhon, qui fut un des premiers membres de l'Académie française, publiait une apologie de ce ministre, sous le litre d' Éclaircissements sur quelques difficultés touchant l'administration du cardinal Mazarin . Peu de temps après la mort du cardinal, le comte Galeazzo Gualdo Priorato écrivit, en italien, une histoire de ce ministre, qui fut traduite en français2. Des Italiens, qui avaient vécu dans l'intimité de Mazarin, recueillirent les traits essentiels de sa biographie et ont pris soin
1 Paris, i65o,in-fol. par le même auteur. (Wûrtabourg, 166a,
Cet ouvrage fui traduit en latin, et pu- in-8°.) blié avec l'histoire du cardinal de Richelieu a Amsterdam, 1671, 3 vol. in-ifi.
x INTRODUCTION.
de nous les transmettre. L'un est l'abbé Elpidio Renedetti1, qui était à Home l'homme d'affaires de Mazarin; il avait vécu dans lin- I imite' du cardinal, et les renseignements qu'il fournit pour sa biographie ont une grande autorité2. Un autre mémoire anonyme, qui paraît avoir été rédigé par un des camarades d'enfance de Mazarin, -I été publié récemment3. Un écrivain du xvne siècle, qui avait raconté la vie de Richelieu, Aubery, a aussi retracé celle du successeur de ce ministre, dans son Histoire du cardinal Mazarin, depuis sa naissance jusqu'à sa mort u. Sans insister sur beaucoup d'ouvrages, où la vie de Mazarin est exposée en même temps que les événements contemporains, nous nous hâtons d'arriver aux travaux de notre temps, qui ont eu pour résultat de faire ressortir le génie politique de ce ministre. M. V. Cousin s'est occupé pendant plusieurs années des carnets de Mazarin5, et, remontant aux époques antérieures de la vie du cardinal , il a été conduit à retracer sa jeunesse et ses premières relations avec Richelieu, dans une série de mémoires6 qui ont jeté une vive lumière sur cette partie de l'histoire de Mazarin. Les détails donnés par M. Cousin sont tellement
1 J'ai suivi la forme ordinaire du nom ( Elpidio), celle qu'emploie Golbert dans ses iellres. Je ne sais pourquoi M. Cousin appelle Benedetli Elfridio. (Jeunesse de Mazarin , avant-propos, p. xvm.)
2 Raccolta di diverse memorie per scrivere la vita del cardinale Giulio Mazarini, etc. in-&°, Lyon, sans date.
: Ce mémoire, qui est tiré d'un manuscrit de la bibliothèque de Turin, a été publié dans la Rivistà contemporanea (novembre i85.r)). L'éditeur, M. Chiala, a trouvé postérieurement une meilleure copie dans la bibliothèque de Gènes et en a donné communication à M. Cousin. 11 faut ajouter aux ouvrages cités : la Vita del cardinale Giulio Mazzarini del doltore Alfonso Paioli (Venise
et Bologne, 1675, in-12); le Supplemento ail' Istoria d' Italia di Girolamo Brusoni (Francfort, 1 664); et enfin les Memorie recondile et le Mercurio de Vittorio Siri.
4 Paris, 1688, 2 vol. in-12; réimprimé en 1751, 4 vol. in-12.
5 Voy. Journal des Savants, ann. i85i et i855.
0 Ibid. ann. i864-i865. M. V. Cousin a réuni ces derniers articles en un volume, qui porte pour titre : La jeunesse de Mazarin. (Paris, Didier, 1 865.) M. Cousin y a embrassé la partie de la vie de Mazarin qui s'étend de 1602 à i63o. Voy. aussi Le palais Mazarin, par M. le comte de La Borde , et Les nièces de Mazarin, par M. Ani. Renée. (Paris, Didot; i856.)
INTRODUCTION. u
abondants et appuyés sur des textes si authentiques, qu'il suffira de les résumer.
Jules Mazarin naquit le 1 U juillet 1602, à Pescina ou Piscina '. petite ville des Abruzzes, non loin du lac Fucino. Son père se nommait Pierre Mazarini et était originaire de Sicile; il tirait son nom, si Ion en croit quelques écrivains, de la petite ville de Mazzara ou Mazare2. H s'attacha à la puissante et illustre maison Co-
' Benedetti le dit formellement; on a allégué une preuve encore plus décisive pour réfuter l'opinion de ceux qui font naître Mazarin à Rome: c'est l'acte de baptême, publié dans V Album de Rome (9 août 1 856 ). Mais je dois ajouter que cet acte n'a pas paru authentique à des juges compétents. Je le donne tel quel , comme preuve surabondante d'un fait qui semble bien constaté :
"Teslor et (idem facio ego infra scriptus canonicus et curatus ecclesiœ cathedralis Marsorum Sancta? Maria- Gratiarum civitatis Pescinœ Marsianœ diœcesis, qualiter, perquisito libro baptizatorum pênes me existente et per me conservato in dicta ecclesia cathedrali, inveni inter alios baptizatos el in dicto libro descriptos notulam infra scri- [)tam , 1° 1 3 a tergo , videlicet : — Die 1 4 Ju-
lii l603, JULIUS PiAVMl N1HIS , fiUuS PlîTRI
\1\zzarim, Palcrmitani , et dominas HoHTBSsi* ejus u.roris, baptizatus est a me domino Paschale Pippi, eumque de sacvo fonte baptismatis rccepil Christina obstetri.r civitatis Pesante; — et in fidem et perinde ego Lauretus de lilasis Mariais, canonicus et curatus ecclesia? cathedralis prajdicta». pra ■sentem notulam cxlraxi.
irPescinœ, die 1 9 Augusti 1 568.
-Kr.o Lurftis m linsis Maiums canom-
COS KT ClIUTUS HARO PROI'RIA.
tfSupra srriptum dominum Lauretum de Blaso Marino canon icum ecclesirc cathedralis Marsorum esse talem qualem se facit in fide supra scripta, testor ego notarius Lucas Piccherius civitatis Pescinae, et rogatus signa vi requisitus. Laus Deo.
irAdest signuni notariatus. 1
Mazarin signait dons l'origine Mazzarim par deux : , comme le nom est écrit dans l'acte de baptême. Plus tard, il supprima un z et signa Mazarini.
2 Les mazarinadcs insistent sur l'origine obscure de la famille Mazarin. Scarron dit dans une mazarinade de 16/19 :
Elie lit du val de Mazare Sortir ce minislre si rare; De Mazare vient Mazarin...
Comme on dit ie Manceau du Maine, Le Tourangeau de la Touraine, Basque, Champagne ou le Picard; Connue en usent en notre France Les fai|iiiiis de liasse naissance.
Saint-Simon, qui ne manque aucune occasion de décrier Mazarin, répète les bruits des mazarinadcs. ir Jamais, dit-il, on n'a pu remonter plus haut que le père de la trop laineuse Ëminence, ni savoir où elle est née. ni quoi que ce soit de sa première jeunesse. On sait seulement qu'ils étoient de Sicile: on les a crus des manants de la vallée <\< Mazare qui avoienl pris le nom de M a/arin.
x.i INTRODUCTION.
tonna, qu'il servit en qualité d'homme d'affaires. Le chef de cette famille, don Philippe Colon na, lui fit épouser llortense Buffalini, sa filleule, personne distinguée par son mérite et sa beauté'. Pierre Mazarin en eut deux fils, Jules et Michel. Le second, qui se lit dominicain, aspira un instant à la dignité de général de cet ordre, fut nommé archevêque d'Aix, cardinal du titre de Sainte-Cécile et vice-roi de Catalogne. Son ambition fut souvent une cause de soucis pour son frère Jules. Pierre Mazarin eut en outre quatre filles, dont l'une embrassa la vie religieuse, et les trois autres épousèrent : l'aînée, Girolamo Martinozzi ; la cadette, Lorenzo Mancini, et la troisième, Francisco Muti. Les filles de Mmcs Martinozzi et Mancini ont joué un rôle important1.
Jules Mazarin fut élevé avec soin par sa mère, Hortense Buffalini. Il étudia au collège Romain, dirigé par les Jésuites, et s'y distingua. Mais l'amour du jeu, qui était la passion dominante de cette époque, l'entraîna à de folles dépenses; il passa plusieurs fois de la fortune à la misère. Enfin, pour échapper à cette vie de désordre, il résolut de quitter Rome. Il suivit en Espagne, comme camérier, Jérôme Colonna, fils du connétable de Naples, et v resta trois années. 11 étudia, avec Jérôme Colonna, à l'université d'Alcala; il séjourna aussi à Madrid, et acquit dans ces villes une connaissance parfaite du caractère espagnol, des mœurs et de la langue de ce pays. Mais, à Madrid, il se laissa de nouveau entraîner par la passion du jeu, et fut sur le point d'épouser la fille d'un notaire qui lui avait avancé de l'argent pour payer ses dettes. Les Colonna, qui prévoyaient la brillante fortune et les hautes
comme on voit à Paris des gens qui se font Simon historien de Louis XIV (voy. j). 182-
appeler Champagne et Bourguignon, n Je 917)i et j'y ai indiqué en même temps les
ne cite ce passage que pour montrer com- causes de la haine de Saint-Simon contre le
bien on doit se défier de Saint-Simon, lors- cardinal.
qu'il parle de Mazarin. J'en ai donné d'autres ' Voy. Les nièces de Maiarin,\w Am.
preuves dans l'ouvrage intitulé : Saint- Renée.
INTRODUCTION. mi
destinées de Jules Mazarin, rompirent ses projets de mariage et le rappelèrent à Rome. Les auteurs de mazarinades n'ont en garde d'oublier cette aventure '.
De retour à Rome, vers 1699, Jules Mazarin s'attacha à compléter les études de droit canon et de droit civil qu'il avait commencées à l'université d'Alcala. Il suivit, au collège delà Sapience, les leçons d'un maître alors célèbre, Cosimo Fideli, et devint en peu de temps docteur en l'un et l'autre droit (cloctor in utroquc jure). Mais la vie d'études ne suffisait pas à son ambition; il saisit la première occasion d'entrer dans une carrière plus active. \La guerre de la Valteline venait d'éclater. Les deux branches de la maison d'Autriche (allemande et espagnole) voulaient s'emparer de cette longue et fertile vallée, qui aurait établi une communication prompte et facile entre leurs possessions d'Allemagne et d'Italie. Les Grisons, maîtres de la Valteline, appelèrent à leur secours la France. Après une campagne sans résultat décisif, il fut convenu que la Valteline, province catholique, qui supportait avec peine le joug des Grisons protestants, serait remi-e entre les mains du pape Grégoire XV. Le souverain pontife y envoya une, armée, dans laquelle le prince de Palestrine, de la maison Colonna, commandait un régiment levé à ses frais.\ Jules Mazarin obtint une compagnie de ce régiment, et se trouva transformé on capitaine d'infanterieT]
Dans cette campagne, il fit preuve de beaucoup d'intelligence. Souvent employé par les généraux dans les négociations avec les Espagnols et les Français, il se signala par son habileté diploma-
' L'aventure est travestie dans les mazOr T'attira maint coup d'élrivière
rinadet, et la fille du notaire est changée Quaml ,e '"pdinai Colonn«
r .... De paroles le malmena,
en fruitière :
• .,,• ,..,,„ Jérôme CoJonna devint dans la suite car-
Te souvient-il bien ri Alcala?
dinal; il n'était alors qu'étudiant, comme
F.'nmour de certaine fruilière Mazarin.
xiv INTRODUCTION.
tique et fut apprécié par les frères Sachetti, dont l'un était commissaire général de l'armée, et l'autre devint bientôt cardinallégat à Ferra re1.
Lorsque la guerre de la Valteline fut terminée, Mazarin séjourna quelque temps auprès du cardinal-légat de Ferrare. Puis il revint à Home, s'insinua auprès des neveux du nouveau pape, Urbain VIII (Maffeo Barberini). L'aîné, François Barberini, était secrétaire d'Etat; le second, Antoine, devint le principal protecteur de Jules Mazarin, et fut dans la suite cardinal, archevêque de Reims et grand aumônier de France; le troisième, Taddée, épousa plus tard Anna Golonna, fille du connétable de Naples, et devint préfet de Rome. Ce fut par la protection d'Antoine Barberini que, à l'époque où éclata la guerre de Mantoue, Jules Mazarin fut attaché à l'ambassade que le pape Urbain VIII envoya pour mettre un terme aux hostilités.
Le duché de Mantoue était revenu légitimement, en 1627, à la maison de Gonzague-Nevers. Il comprenait, avec le Manfouan proprement dit, le Montferrat, qui avait pour capitale la ville de Gasal. La France soutenait le nouveau duc de Mantoue, menacé par les souverains d'Autriche, d'Espagne et de Savoie.L'empereur Ferdinand II, le roi d'Espagne Philippe IV et le duc de Savoie Charles-Emmanuel convoitaient la succession des Gonzague, et ces ambitions rivales faisaient prévoir une guerre sanglante, que le pape Urbain VIII s'efforçait de prévenir. Il envoya à cet effet une ambassade à laquelle Mazarin fut attaché. Le jeune diplomate déploya clans cette occasion un talent et une activité remarquables.
Pendant une année entière (1629-1680), on le voit parcourant Mantoue, Milan, Turin, négociant avec Charles de Nevers, le général Spinola, le duc de Savoie, le maréchal de Créqui, et avec les Impériaux, enfin obtenant une suspension d'armes et la réunion
' Voy. pour les détails La jeunesse de Mazarin, par M. V. Cousin, cliap. 1.
INTRODUCTION. w
d'un congrès1. La duplicité du duc de Savoie fit échouer ces négociations. Richelieu, irrité de la conduite de Charles-Emmanuel, se dirigea, à la tête dune armée, vers l'Italie et s'empara de Pignerol (3o mars i63o)/De leur côté, les Impériaux assiégèrent Mantoue, pendantque les Espagnols pressaient Casai. Ces hostilités n'avaient pas suspeudu les négociations, etlMazarin ne cessait de courir d'un camp à l'autre avec des propositions de paix toujours éludées'2. Cependant les succès et les revers se balançaient : les Français avaient conquis le marquisat de Saluées (20 juillet 1 6 3 0 ), et les Impériaux, pris et saccagé Mantoue le 18 juillet. Charles- Emmanuel, duc de Savoie, dont les intrigues avaient contribué à allumer et à entretenir cette guerre, était mort le 26 du même mois. Son fils, Victor- Amédée, paraissait mieux disposé pour la paix; mais il fallait vaincre les défiances que la politique tortueuse de la Savoie avait inspirées à la France et aux deux branches de la maison d'Autriche.jMazarin ne se laissa pas abattre par des difficultés sans cesse renaissantes; il parvint à faire signer un compromis qui satisfaisait l'honneur des deux partis, et, au momenl où les troupes françaises et espagnoles étaient déjà en présence devant Casai, le 26 octobre i63o, et allaient en venir aux mains, il se jeta entre les deux armées en criant : la paix! la paix! Il réussitj non sans peine et sans danger, à suspendre le combat. La ville et la citadelle de Casai furent remises aux troupes du duc de Mantoue, et les armées françaises et espagnoles évacuèrent le Montferrat. i
Cet événement fit le plus grand honneur à Mazarin. Il devint, à partir de cette époque, un» personnage considérable, figura comme représentant du Saint-Siège au traité de Cherasco, qui termina définitivement et heureusement la guerre de la succession de Man-
Voy. pour les détails La jeunesse de 2 La jeunesse de Mazarin, par M. V. Cou-
Mazarin , par M. V. Cousin, cliap. iv el v. gin, chap. vi, vu, vm. ix.
INTRODUCTION
loue. Envoyé deux fois à Paris, il gagna de plus en plus les bonnes grâces de Louis XIII el de Richelieu. Il négocia entre le Piémont et la France le traité de Turin, qui fut signé le 5 juillet i63g : Pignerol resta définitivement à la France comme une des clefs do l'Italie1. Ces succès diplomatiques avaient clairement indiqué à quelle carrière Mazarin devait se consacrer. Il quitla l'habit militaire pour le costume ecclésiastique, et fut pourvu de deux canonîcats, l'un à Sainl-Jean-de-Latran, l'autre à Sainte-Marie- Majeure'-. Los charges de la prélature s'ouvraient devant lui : il fut
' Dumonl, Corps diplomatique, t. VI, i" partie, p. 4o, note. — Voy. aussi Aubery, Histoire du cardinal Mazarin, t. I, p. Ixiî-li-] (édil. de 1688, 2 vol. in-12).
' Ici se présente une question souvent controversée : Mazarin était-il prêtre? Les contemporains ne le croyaient pas engagé dans les ordres. La lettre en vers adressée au cardinal Mazarin par l'abbé de Laffemas ( Paris, h mars ibio) en est une preuve :
Vous èles un grand cardinal , Un homme do haute entreprise, Vingt fois abbé, homme d'Église, Quoique ne soyez in sacris.
N'ayant ordres donnés ni pris , Et n'ayant point le caractère Non plus que l'art du ministère.
Ce ne sont pas seulement les mazarinades qui affirment que Mazarin n'était pas prêtre. Son biograpbe, Aubery (t. I, p. 88 de l'édition de 1688) dit formellement : -■- Il est indubitable que le cardinal Mazarin, le cardinal de Savoie, le cardinal-infant et quantité d'autres n'ont jamais été ordonnés diacres. El cependant on ne sçauroit sans extravagance douter que les uns et les autres n'ayenl été de vrais cardinaux." M. Cousin se prononce également pour la négative (Jeunesse de Mazarin, p. 60A) : rr Mazarin. dit-il, est
entré dans l'Église sans avoir Jamais été prêtre." D'autres écrivains ont soutenu le contraire. ( Voy. entre autres les Problèmes historiques, par M. Jules Loiseleur, p. 1/19 et suiv., et Les nièces de Mazarin, par Am. Renée, 2 e édit. )
Les lettres contenues dans notre premier volume ne fournissent aucun éclaircissement pour la solution de ce problème. Mais on trouve dans la suite de la correspondance de Mazarin des textes qui prouvent qu'il n'était pas engagé dans les ordres. Je n'en citerai qu'un exemple, qui me parait décisif. En 1 65 1 , Mazarin, retiré à Bruhl près de Cologne, songeait à se rendre à Rome. Mais il était arrêté par cette considération , qu'il n'avait pas recules ordres sacrés. Il écrivait à un de ses confidents, qui était son bomme d'affaires à Rome,ElpidioBenedelti: rr Quant à la peine portée parla bulle pour défaut des ordres , on doit considérer surtout la privation du droit de voler dans le conclave . el pour cela je désirerais savoir si, dans le cas où je prendrais les ordres sacrés, j'aurais le droit de vote sans qu'aucune autre dispense lût nécessaire." — rrQuanto alla pena délia ffbolla per difetto degli ordini, non è di poca rrconsideratione quella délia privalione délia rr voce attiva nel conclave . e perciô desiderarei
INTRODUCTION. xvn
nommé vice-légat d'Avignon (1 63 k), puis nonce en France (1 63 6- 1 636). Les Espagnols l'accusèrent de partialité, et obtinrent du pape Urbain VIII qu'il renvoyât son légat à Avignon (î 636). Mazarin y resta peu de temps; il espérait atteindre enfin cette dignité de cardinal, but de toutes les ambitions de la prélature romaine. ^Mais le parti espagnol lui était hostile et lui suscita des obstacles qu'il ne put franchir, malgré la protection déclarée de la France . attestée par les lettres du cardinal de Richelieu. Ce ministre écrivait à Mazarin le ih août î 638 l : rr J ai su tout ce qui se passe à liome sur votre sujet. . . Si vos ennemis sont puissants, votre protection n'est pas foible. Le Roi vous aime, et je serai toujours trèsaise de vous témoigner que je suis véritablement votre très-affertionné à vous rendre service. r> Un second billet de Richelieu, en date du 17 décembre 1 63 8 2, n'est pas moins explicite : «-Monsignore Colmardo3 connoitra, par la dépêche qu'on fait présentement à Rome, combien il fait bon s'attacher au service des grands princes et bons maîtres, comme est celui que nous servons. Il connoitra ensuite qu'il fait bon avoir de bons amis, et que je ne suis pas des moindres qu'il ait au monde. »
La puissante recommandation de Louis X UI et de son minisire ne suffit pas pour triompher de l'opposition espagnole. Mazarin, reconnaissant enfin que c'était en France qu'il devait aller conquérir son chapeau de cardinal, s'y rendit au commencement de I ;i n née 16/io.
Louis XIII et Richelieu l'accueillirent avec empressement et ne
irsaperese, qutmdoprerulerdgl'ordinisacri, inédits relatifs à l'histoire de France), t. VI,
-restera habilitait) alla delta voce senza do- |>. 1 00-1 10.
(fvere ottenere allra dispensa.» (Lettre du 5 Ibid. p. -255-95G.
10 juin 1 G 5 1 , mscr. bibl. Ma/.arine. n" 1719. ' Nom de convention sous lequel Mazarin
I), fol. 184-187.) est souvent désigné dans la correspondance
' Lettres du cardinal de Richelieu, pu- de Richelieu. bliées par M. Wenel | Gollect. des documents
nrcn INTRODUCTION.
tardèrent pas à lui donner de nouvelles marques de leur confiance. L'année même de son arrivée à Paris, Mazarin fui envoyé en Savoie avec une mission importante. Victor-Amédée 1, fils et successeur de Charles-Emmanuel, n'avait survécu que peu de temps à son père. Après un règne de quelques années, il mourut en 1 636 laissant la régence à sa veuve, Christine de France, pendant la minorité de son fils, Charles-Emmanuel II. Fille de Henri IV et sœur de Louis XIII, la nouvelle régente avait toutes les sympathies de la France. Mais le parti espagnol lui suscita de dangereux adversaires dans la personne de ses beaux-frères, le cardinal Maurice de Savoie et le prince Thomas! Le but de la mission de Mazarin était de ménager une réconciliation entre ces princes et la régente de Savoi^^Il y travailla avec autant d'habileté que de succès, et, le 2 décembre 1660, il leur lit signer un traité qui mettait un terme à tous les différends et rattachait à la France les princes Maurice et Thomas1. Plusieurs obstacles s'opposèrent à ce que le traité reçût une exécution immédiate; mais on parvint à les lever, et la réconciliation de la maison de Savoie s'accomplit définitivement sous la médiation de la France2. ^-Xiouis XIII s'empressa de reconnaître l'important service que venait de lui rendre Jules Mazarin, et obtint enfin pour lui la dignité de cardinal, à laquelle il fut nommé le 1 6 décembre 1 fi^tfj Aussitôt après cette promotion, Tomaso Vallemani, un des gentilshommes du cardinal Antoine Barberini, fut nommé camérier d'honneur du pape Urbain VIII, pour aller porter à Mazarin les insignes de sa nouvelle dignité. Louis XIII était alors à Valence, en Dauphiné. Ce fut là que. le 20 février 16^2, il remit à Mazarin la barrette, dans la principale église de Valence.
1 Dumonl, Corps diplomatique, t, VI, 3 Aubery, Histoire de Mazarin, t. I. l" partie,}). 195-196. p. 87 de l'édition citée.
2 Ibid. p. 35 3-3 60.
INTRODUCTION
Pendant le voyage de Languedoc, où Richelieu eut à lutter contre la maladie, contre de puissants adversaires (Cinq-Mars, le duc d Orléans, le duc de Bouillon) et contre l'indifférence et presque la haine de Louis XIII, Mazarin ne cessa de montrer au cardinalduc un dévouement à toute épreuve. Ce fut lui qui signa le traité par lequel le duc de Bouillon livra Sedan à la France1, et il alla en prendre possession au nom du Boi. Ce fut encore lui qui empêcha la colère de Louis XIII d'éclater contre Chavigny, le confident et l'ami de Bichelieu2. Souple et insinuant, Mazarin s'interposait entre ces deux hommes, aigris par la maladie et par les intrigues de leur entourage. Et ce qui atteste sa merveilleuse habileté, c'est qu'il échappa aux soupçons de ces esprits défiants et conserva jusqu'à la fin toute leur confiance. Bichelieu, mourant, le désigna à Louis XIII comme l'homme le plus capable de lui succéder3, et, dès le lendemain de la mort de Richelieu, le 5 décembre 16/12, le Boi adressait aux parlements, aux gouver-
Aubery. Histoire de Mazarin, t. I.
1 Ibid. p. 95.
"' Les lettres de Mazarin ne laissent aucun doute à cet e'gard. (Voy. t. 1, p. 2, h. 18. 29, l\3.) irMême en mourant, écrit Mazarin, il (Richelieu) a voulu me donner de nouvelles marques de son affection (an- '■'»• morcndo ha volulo darmi nuove marche), r, I ai trouvé à la Bibliothèque nationale, dans la boîte du Saint-Esprit, 11° 117, qui contient les litres de Mazarin comme chevalier du Saint-Esprit, une copie d'une lettre de Richelieu à Mazarin. où le cardinal-duc le désigne formellement pour son successeur. J'ai communiqué celte lettre au savant éditeur de la correspondance de Richelieu.
M. Avenel en a contesté l'authenticité, en se fondant sur ce que. depuis un certain temps.
Richelieu ne pouvait plus signer, et sur la formule même de la signature : Armand, cardinal-duc de Richelieu. Quoi qu'il en soit . je donne ici en note le texte de celle lettre . conservée dans les papiers de la famille Mazarin :
fr Monsieur.
irLa providence de Dieu, qui prescrit des limites à la vie de tous les hommes, ma vaut fait sentir en cette dernière maladie que me:jours estoient comptés; qu'il a tiré de mo\ tous les services que je pouvois rendre au monde , je ne le quille qu'avec regret de D'avoir pas achevé les grandes choses (pie j'avois entreprises pour la gloire de mort roy et de ma patrie; mais, parce qu'il nou^ faut soumettre aux lois qu'il nous impose, je besnis cette sagesse infinie et reçois Par-
xx INTRODUCTION.
neurs de province el aux ambassadeurs des lettres patentes pour leur annoncer qu'il avait appelé* le cardinal Mazarin dans ses conseils :
Nos amez et féaux, Dieu ayant voulu retirer à lui nostre très-cher et tresamé cousin le cardinal-duc de Richelieu, lorsqu'après une longue maladie nous avions plustost lieu d'espérer sa guerison , cette lettre est pour vous en donner avis avec un tres-sensible regret d'une perte si considérable, et pour vous dire qu'ayant depuis tant d'années receu des effets si avantageux des conseils <jt services de nostre dict cousin, nous sommes résolus de conserver et entretenir tous les establissemens que nous avons ordonnez durant son ministère et de suivre tous les projets que nous avons arrestez avec luy pour les affaires du dehors et du dedans de nostre royaume, en sorte qu'il n'y aura aucun changement et que, continuant dans nos conseils les mesmes personnes qui nous y servent si dignement, nous avons voulu y appeler nostre très-cher cousin le cardinal Mazarini, de qui nous avons esprouvé la capacité et l'affection à nostre service dans les divers employs que nous luy avons donnez, et qui nous a rendu des services si fidèles et si considérables, que nous n'en sommes pas moins asseurez, que s'il estoit né nostre sujet. A ces causes, nous vous mandons et ordonnons que, dans le rencontre des affaires qui se pourront offrir, vous ayez à vous conformer entièrement à ce qui est en cela de nos inten-
rest de ma mort avec autant de constance que j'ay de joye de voir le soin qu'elle prend de m'en consoler. Gomme le zèle que j'ay tousjours eu pour l'advantage de la France a fait mes plus solides contentemens, j'ay un extresme desplaisir de la laisser sans l'avoir affermie par une paix générale. Mais puisque les grands services que vous avez desjà rendus à l'Estat me font assez connoistre que vous serez capable d'exécuter ce que j'avois commencé, je vous remets mon ouvrage entre les mains, sous l'adveu de nostre bon maistre, pour le conduire à sa perfection, et suis ravi qu'il recouvre en vostre personne plus qu'il ne sçauroit perdre en la mienne. Ne pouvant, sans faire tort à
vostre vertu , vous recommander autre chose, je vous supplieray d'employer les prières de l'Eglise pour celuy qui meurt,
rr Monsieur,
« Vostre très-humble serviteur.
ff Armand, cardinal-duc de Richelieu.';
Cette lettre, authentique ou non , exprime un fait incontestable, c'est que Richelieu avait lui-même désigné Mazarin pour son successeur, soit qu'il se fût borné aux recommandations verbales indiquées par les lettres citées plus haut, soit qu'il eût dicté à un de ses secrétaires ce vœu suprême pour la grandeur et la prospérité de la France.
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dons, et empescher que, sur cet accident, il n'arrive aucune altération aux choses qui regardent nostre service et la tranquillité publique, mais qu'elles soient toutes maintenues au bon estât où elles se trouvent, selon que nous l'attendons de vostre fidélité et affection. Si n'y faites faute : car tel est nostre plaisir. Donné à Paris, le 5 décembre 16/12.