RESIDENT POUR SA MAJESTÉ PRES LA SEREMSSIME REINE DE SUÈDE
[Paris,] 20 aoust i643.
Monsieur,
J'ay escrit depuis peu à M. le chancellier Oxenstiern, à qui je donne part de Testât de cette Cour et de la constance de la volonté de la Reyne de poursuivre jusqu'au bout les desseins commencés pour le bien de la confédération, et de ne mettre jamais les armes bas que par un traité de paix générale. Vous luy en confirmerez les asseurances et luy représenterez qu'on en peut voir des preuves indubitables, par l'effort que nous venons de faire pour la prise de Thionville, dont les fruits ne doivent pas estre moins communs à nos confédérés d'Allemagne qu'à cette Couronne.
On va aussy envoyer un renfort considérable au mareschal de Gue-
briant, pour agir avec plus de vigueur contre l'armée bavaroise1, et Août i643. l'on fait des subventions extraordinaires à madame la Landgrave de Hesse, pour luy donner moyen de tenir la campagne du costé de la Westphalie; que, en un mot, on a résolu de s'appliquer aux choses d'Allemagne plus fortement qu'on n'a fait jusques icy, et de redoubler nos efforts de ce costé-là pour contraindre nos ennemis de venir à une paix qui soit heureuse et qui ayt de la durée.
C'est ce que vous luy fairez principalement valoir, et le conjurerez de faire en sorte que, tout mouvement d'ombrage et de deffiance mis bas, la couronne de Suède ne corresponde pas seulement, comme elle a fait auparavant, aux bonnes intentions de ses alliés; mais qu'elle s'unisse encore plus estroitement de volonté et d'action avec eux, et surtout qu'il se forme une communication d'assistance réciproque plus intime qu'elle n'a esté par le passé entre les armes suédoises et les hessiennes, puisque cette forte et sincère correspondance faira fleurir el prospérer la cause commune avec des avantages plus certains et plus durables qu'ils ne seroient autrement des membres qui la composent. Vous n'oublierez pas aussy de luy représenter comme la prospérité accompagne partout les justes desseins de Sa Majesté : que Villeneuved'Ast2, la meilleure forteresse de Piémont, et qui met toute cette province en liberté, a depuis peu esté réduite sous l'obéissance de M. le duc de Savoye; que l'armée du Roy est maintenant devant Trin, place importante de Montferrat, el la réduction de laquelle le donnera tout entier à M. le duc de Mantoue; que le mareschal de La Molhe a une puissante armée sur les frontières de l'Arragon pour exercer le roy d'Espagne, qui est venu en personne à Sarragosse pour s'opposer aux armées victorieuses de la France3; et que M. le duc de Brezé est en la coste de Catalogne pour appuyer par mer, s'il en est besoin, ce que
' Les passages des lettres de Grotius cités ! Villeneuve -d'Asti avait été prise par
plus haut (p. a33, note i) prouvent que l'année du prince Thomas. cet ambassadeur insistait vivement pour que ' irRegem Hispanis audimus adhuc ess<
des renforts fussent envoyés à l'année de apud Ccesaraugustam cum exercitu quin-
Guébriant; mais il n'avait pu rien obtenir decim millium [militura] aut supra.* i //.
tant qu'avait duré le siège '!<■ Thionville. Grotiï epistolœ inédite, p. 6
Uni i643. le mareschal de La Mothe ' entreprendra du costé de terre; qu'au reste le dedans de l'Estat ne sçauroit eslre plus tranquille, et que la prudence et la bonté de la Reyne sont telles, qu'elles estouflent de tous coslés jusqu'aux moindres semences de divisions et d'aigreurs particulières, de sorte que nos amis se peuvent seurcment moquer de la vanité des bruits que nos ennemis font courir, que nous sommes à la veille d'une discorde civile et qu'il y a parmy nous de la matière toute preste pour le trouble2. Vous appuyerez principalement sur ce point et fairez voir que, les forces manquant à nos ennemis pour nous nuire, ils se consolent de la vérité de leurs malheurs par cette fausse espérance, ou au moins en repaissent la facilité des peuples pour adoucir le desespoir où ils commencent d'entrer.
1 rrLamottam Odincurtium (La Molhe- Houdancourt) [esse] Barcinonœ, ubi paret obsidium Tarragonœ aut Rosarum.r, (//.
Grotii episl. ined. p. 69.)
2 II y avait eu , en effet , quelques troubles à la Cour, et la cabale des Importants s'agitait pour renverser Mazarin. On trouvera plus loin des détails sur le dénouaient de cette intrigue. Les divisions avaient éclate' à l'occasion d'une querelle de femmes. (Voyez les Mémoires deM"e deMontpensier, édit. Charpentier, t. I, p. 76 et suiv. ; les Mémoires de Mm° de Motleville, ann. 16 43; le Journal d'Olivier d'Ormesson, 1. 1, p. 89 et suiv.; la Jeunesse de M"" de Longueville, par M. Cousin, h* édit. p. 229 et suiv.)
Grotius parle aussi de ces intrigues de cour dans ses lettres : n-Mombasonii uxor oblocula dicebatur hliœ principis Condœi, quœ nupta est duci Longovillano. À Regina jussa satisfacere in magno cœtu uxori principis Condœi, matri ejus quam res speclabat.
lécit hoc eo vultu gesluque, ut magis asperare offensam , quam mollire videretur, et ea de re se jactasse dicitur. Regina et Condœa princeps, ad merendam vocalœ, viderunt.
quod non cogita verant, ibi esse Mombasoniam. Questa est ad Reginam princeps Condœa; Regina Mombasoniamabscederejussit; ea non abscessit. Post id Regina feminam. forma et formam amantium numéro superbam, ab aula et hac urbe abesse jussit. Res per se exigua mirum in quas partes viros distrahebat: accedunl veteres simultates inler Borboniam et Guisiam , id est Lotharingicam . domum , ex qua est fratris regii uxor ( Marguerite de Lorraine , femme de Gaston d'Orléans), dux Guisius. Elbovius, et in qua innupta est Chevreusia. Hœc domus. quorum prœcipui apud hispanicas terras receptum habuere, ad pacem properat. et forte nimis. Princeps Condœus ex usu suo judicat filium habere ciuctum legionibus.n (H. Grotii epistolœ inedilœ , p. 61 ; lettre du 12 août i643.) . . rrMombasonia, quas ad placandam principis uxorem ac filiana jussa eral excedere, cum in quo erat loco, ab hac urbe non procul , multis procerum , prœcipue ex Lotharingica domo . ofliciis frequentaretur. longius amota est ad leucam quinquagesimam.i (Ibid. p. 69; lettre du 1 q août. )
Pour mon particulier, je vous supplie d'asseurer encore M. le chan- Août l6û3. celier [Oxenstiern] qu'il ne sçauroit honorer personne de ses bonnes grâces qui ayt plus de passion de les mériter, ni qui désire plus sincèrement correspondre à la bonne volonté qu'il tesmoigne avoir pour moy. Croyez aussy, pour ce qui vous touche, que j'y prendray tousjours beaucoup d'interest, et que je fairay valoir comme je dois vos services auprès de la Reyne, puisque je suis véritablement, etc.
GCIII.
Manusc. de la Bibliolh. Mazarine, n° 1719, tom. I, f° 90 verso.
A M. LE MARESCHAL DE LA MOTHE-HOUDANCOURT
[Paris,] 21 aoust i643.
Monsieur,
Bien que je sois certain qu'il a esté impossible de rien faire au delà de ce que vous avez fait, et que je sçache que vous ne manquez ni de zèle, ni de prudence, ni de courage pour entreprendre tout ce qui sera raisonnable pour le service du Roy, faisant neantmoins profession d'estre vostre serviteur, et prenant part comme je fais en tout ce qui vous regarde, j'ay creu estre obligé de vous dire qu'il importe que vous fassiez au plus tost quelque chose digne des forces que vous commande/ et des efforts qu'on a faits icy pour les payer '. Je sçay que vous n'avez pas besoin de cette exhortation, et que je fais une action superflue; aussy nest-cepas pour moy, ni pour les personnes qui jugent equitableinent des choses que je vous escris cecy; c'est seulement pour certains esprits, dont il y a partout grand nombre, à qui il est nécessaire d'oster les prétextes de murmurer, et de trouver à redire en la conduite des autres. Vous ne trouverez pas mauvaise celte liberté, puisqu'elle part
1 On voit, par les lettre» de Grotius, que curtius nihil agit, sed otiosmn per Catal'on se plaignait de l'inaction du maréchal launian slaliva lenel niilileni. - (//. Grolii de La Mothe-Houdancourl : '•Motta Odin- epist. ined. p. 6G.)
NAZABIH. — "l. 38
w.t 1 663. d'une personne à qui vos interests ne sont pas moins chers que les siens propres, et que c'est une marque de la véritable passion avec laquelle je suis, etc.
GCIV.
Manusc. de )a Biblioth. Mazarine, n" 1719, tom. I, f° 9/1 recto.
A M. LE VICOMTE DE TURENNE
[Paris,] 31 aoust 1 6 6 3 .
Monsieur,
Je ne vous fairay point de grands discours pour respondreà certains points de vos dernières lettres, me remettant des autres choses à ce que vous apprendra M. de Gremonville. Je vous diray donc avec toute vérité que vous avez tort de vous figurer qu'on mette icy en compromis le rang qui vous est deu, et qu'on n'y rende pas à vostre mérite tout ce qui luy appartient1. Asseurez-vous qu'on y a des pensées aussy hautes pour vous que vous le pourriez désirer, et que vous en verrez de si grands effets, que vous demeurerez d'accord que
1 Les plaintes de Turenne et l'ambition de la maison de Bouillon excitaient le mécontentement et les soupçons de Mazarin.
C'est vers l'époque où cette lettre fut écrite (fin d'août) qu'il consigne, sur un de ses carnets (3" carnet, p. &7~5i) où il déposait ses pensées secrètes, l'expression de ses sentiments intimes dans un passage italien dont voici la traduction : rrLe vicomte de Turenne, en ce moment, va cherchant tous les sujets de mécontentement. Il était le plus humble et le plus accommodant [sous le cardinal de Richelieu], et maintenant il fait des pointilleries et se plaint. On croit, et il le croit aussi, que tout le parti protestant
le considère comme un soleil naissant et comme un homme appelé à le remettre dans tout son lustre. Sa Majesté lui a fait espérer la charge de maréchal de France, et malgré cela il ne laisse pas d'être inquiet. On pense , dans son intérêt et pour avoir occasion de l'avancer, à l'envoyer avec un corps d'armée en Italie , et pour cela il faut surmonter bien des difficultés. Cependant il parle de cette mission comme d'une grande faveur qu'il a faite à la Reine. Cette année, il n'a pas reçu du Roi, en gratifications extraordinaires, moins de 3o,ooo livres; et il se plaint, oublieux de la façon dont il était au temps passé, où il ne recevait rien et se louait du
DU CARDINAL MAZAR1N.
les impressions qu'on vous donne ou que vous vous donnez vous- Août i643. inesme à vostre desavantage ne sçauroient estre plus trompeuses. Je vous conjure donc, au nom de Dieu, de vous mettre l'esprit en repos de ce costé-là , et de vous fier en nous du soin de la reconnoissance qui est préparée à vos services. Ceux qui voudroient affoiblir en vous cette confiance, et vous rendre mon amitié suspecte, sont aussy peu vos amis de ce costé-là que les miens, et je vous puis jurer qu'il n'y a point d'homme en France pour les interests duquel j'aye une passion plus sincère ni plus forte que pour les vostres. Que cette asseurance vous suffise, s'il vous plaist, et ne vous en despartez point que l'expérience ne vous ayt fait voir si c'est à vray ou à faux que je vous la donne. On prépare icy un petit renfort d'infanterie, outre les recreues qui
traitement que lui faisait le cardinal [de Richelieu]. 5!
Les Mémoires publiés sous le nom du maréchal de Turenne, et composés surtout avec sa correspondance, ne parlent pas des sentiments d'inimitié que le maréchal nourrissait alors contre Mazarin. Mais on en trouve la preuve dans les Mémoires du marquis de Ghouppes , qui ne sont pas compris dans les grandes collections de Mémoires. Le marquis de Chouppes raconte (t. I, p. 102 H suiv.) une entrevue de Turenne avec le maréchal de La Meilleraye, près duquel il s était rendu de la part de Mazarin : a MM. de Turenne et de Ruvigny, dit-il dans ce passage , arrivèrent deux heures après moy. Ils alloient servir en Italie, et comme Bourbon n'éloit pas bien éloigné de leur roule, ils avoient voulu profiter de l'occasion pour voir le maréchal, ou (ce qui me paroist encore plus vraisemblable) ils avoient dessein de faire
quelques tentatives pour l'engager dans des interests opposes à c<-u\ du cardinal. M. de La Meilleraye. ayant sçu leur arrivée, ne voulut pas r [ii ils fussent instruits de la mienne. Il me lit passer <lans mie chambre qui lou-
choit à la sienne. Il voulut cependant que j'entendisse tout ce qui se diroit dans la conversation ; ce qui ne me fut pas bien difficile, parce qu'il y a voit, dans la chambre où j'étois, une porte qui donnoit dans la ruelle de celle où le maréchal reçut ces Messieurs. 11 me fit mettre derrière la porte, et fit placer MM. de Turenne et de Ruvigny dans la ruelle , de sorte que je ne perdis pas un mot de tout ce qui fut dit.
rr Après les premiers discours de politesse . la conversation tourna sur les affaires publiques, et en particulier sur celles du Maréchal. Ces Messieurs n'oublièrent rien pour lui persuader tout le contraire de ce que je lui avois dit. Ils lui assurèrent qu'il n'y avoit aucune seureté à la Cour pour lui ; que si on pouvoit se saisir de sa personne , on éloit résolu de le mettre à la Bastille ; que le cardinal Ma- Earin aebattoitqued'uneaile; queM.de Beaufort et l'évesque de Beauvais étoient maistres de l'esprit de la Reine, » etc. Ce passage, où le marquis de Chouppes résume une conversa tion qui dura, dit-il, plus de trois heures, prouve que Mazarin ne se trompait pas sur les dispositions de Turenne à son égard.
loûi i643. se font pour estre en Piémont à la fin du siège de Trin, et pour entreprendre après cela quelque autre chose avant que la campagne finisse. Je vous en donne avis par avance, affin d'y disposer les officiers, à qui vous représenterez qu'on fait icy des efforts pour bien payer l'armée et affin qu'elle ne manque de rien. Croyez qu'il est impossible que personne au monde soit plus que moy, etc.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, toiu. IV, f° 1 36 recto.
AL SIGNOR PRENCIPE TOMMASO M SAVOIA
Di Parigi , li 22 agosto i643.
La Maestà délia Regina ha intieramente approvata la rissolutione che Vostra Altezza ha presa di far 1' impresa di Trino ; le qualité et importanza di questa piazza sono assai note, e mentre dalla condotta e valore di Vostra Altezza saranno le cose maneggiate, se ne puô sperare trà poco tempo esito felice; e Sua Maestà si promette che non sarà difficile l' intraprendere doppo qualch' altra cosa. Si scrive percio da M. Le Tellier per ordine di Sua Maestà nella maniera che Vostra Altezza mi ha accennato credere opportuna, e si farà ogni sforzo per mandare tutte le assistenze che saranno necessarie. Di già, oltre la
A MONSEIGNEUR LE PRINCE THOMAS DE SAVOIE
De Paris, le sa août 1 643.
Sa Majesté la Reine a complètement approuvé la résolution qu'a prise Votre Altesse d'attaquer Trino; la qualité et l'importance de cette place sont bien connues, et pourvu que Votre Altesse dirige les choses avec son habileté et sa valeur ordinaires, on peut espérer un bon résultat dans peu de temps. Sa Majesté se promet qu'il ne sera pas difficile d'entreprendre ensuite quelque autre chose. A cet effet, M. Le Tellier, par ordre de Sa Majesté, écrit de suivre la marche que Votre Altesse m'a indiquée comme la plus sûre, et l'on fera tous
recîuta délia valle, che sarà disei cento huomini, si faranno passare due Mi i6û3 regimenti, che, mentre si osservi quello è stato promesso, assai forti saranno, e cosi con le reclute di Madama Reale, e col regimento che leva Vostra Altezza, si potrà mettere insieme un buon' rinforzo d'infanteria.
Non crederei si dovesse pensare a Ponte-Stura , poichè essendo impossible a Spagnuoli, quando Trino sarà caduto, d' havervi communicatione alcuna, facilmente nell' inverno con ogni poco soccorso, che si mandi dalli quartieri, le guarnigioni di Casale, Trino, Asti e Veruta, potranno fare l'impresa; ma crederei bene molto utile il prendere qualche posto nel paese nemico, che dasse commodité di acquartierarvi una parte dell' essercito ; perché in questo modo col ritirarne un' altra parte in Francia, quella che si lasciarebbe in Piemonte non gl' apportarebbe grand' incommodità. Accenno questo in passando a Vostra Altezza, essendo perô certo che quello sarà rissoluto dalla sua prudenza sarà il più accertato per il servitio di Sua Maestà.
Mi rimetto al signor referendario Marchisio per tutte le altre
les efforts pour envoyer tous les secours nécessaires. Déjà, outre les recrues de la vallée [du Pô], qui seront de six cents hommes, on fera passer deux régiments, qui, si l'on tient ce qui a été promis, seront assez forts; et ainsi, avec les recrues de Madame Royale et avec le régiment que lève Votre Altesse, on pourra réunir un bon renfort d'infanterie.
Je ne croirais pas qu'on dût penser à Ponte-Slura, car, comme après In prise de Trino il sera impossible aux Espagnols d'avoir des communications, il sera facile, pendant l'hiver, avec tous les petits secours qu'on enverra des quartiers aux garnisons de Casai, de Trino, d'Asti et de Verue, de faire l'entreprise. Mais je croirais bien plus utile de prendre quelque poste dans le pays ennemi; ce qui permettrait d'y établir les quartiers d'une partie de l'armée. De cette manière, une partie de l'armée se retirant en France, celle qu'on laisserait en Piémont ne l'incommoderait guère. Mais j'indique cela en passant à Votre Altesse, étant bien convaincu que tout ce que sa prudence aura résolu sera le plus sûr pour le service de Sa Majesté.
Je m'en rapporte à M. le référendaire Marchisio pour toutes les autres
\oùi i643. cose che riguardano il servitio di Vostra Altezza, la quale puô lare sicurissimo capitale dell' affetto délia Regina, e nelle occasioni 1' Altezza Vostra riconoscerà che io non avanzo che la pura verità.
La presa di Thionville è seguita due mesi pid presto che don Francesco di Melos non si persuadeva. La perdità di questa piazza e délia hattaglia ha posto li neniici in gran confusione, poichè pretendevano di poter riparare a tutti li danni, che sovrastavano alla loro monarchia con 1' essercito di Fiandra, e don Francesco di Melos si dichiarava capace di questa impresa.
Se Vostra Altezza havrà da accennare qualche cosa per tirare avvantaggio dalla sudetfa conquista, la supplico a farlo, e sarà mia cura il far valere gl' elîetti de! suo zelo alla Maestà délia Regina, che sa benissimo con quanto fondamento 1' Altezza Vostra puô discorrere d' ogni cosa, e particolarmente di quelle di Fiandra, dove ha opéra to per lungo corso d' anni, e con la gloria che tutto il mondo sa. Iddio laccia godere a Vostra Altezza il colmo d' ogni félicita, mentre con tutto il cuore resto, ecc.
choses qui concernent le service de Votre Altesse, qui peut en toute sécurité faire fond sur l'affection de la Reine, et qui, dans toutes les occasions, reconnaîtra que je ne lui avance que la pure vérité.
La prise de Thionville a eu lieu deux mois plus tôt que don François de Melos ne l'avait pensé. La perte de cette place et de la bataille [de Rocroi] a totalement confondu les ennemis; car ils prétendaient pouvoir réparer toutes les pertes de leur monarchie avec l'armée de Flandre, et don François de Melos se proclamait capable de conduire cette entreprise à bonne fin.
Si Votre Altesse a quelque chose à nous indiquer pour tirer parti de cette victoire, je la supplie de le faire; je mettrai tous mes soins à faire valoir les effets de son zèle auprès de S. M. la Reine, qui sait très-bien avec quelle autorité Votre Altesse peut parler de toutes choses et particulièrement de celles de Flandre, où pendant de longues années elle a fait la guerre, avec la gloire que tout le monde sait. Que Dieu comble Votre Altesse de toutes les félicités! Je demeure de tout cœur, etc.
Août i643.
CGVI.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f° g& recto.
A M. DU PLESSIS-PRASLIN
[Paris,] 2^4 aoust i643.
Monsieur,
Depuis vostre dernière du 29 juillet, nous avons appris la dernière resolution de l'armée, qui a esté le siège de Trin1. Après le jugement de chefs si sages et si expérimentés que sont ceux qui la commandent, nous ne pouvons douter que ce n'ayt esté que le mieux qui se pouvoit faire dans la conjoncture présente de l'Italie. Sçachant quel a esté vostre zèle pour le service du Roy, et vostre capacité au fait de la guerre, j'aurois tort de vous exhorter à ce à quoy vous estes assez porté de vous-mesme et que vous estes capable de faire. Je vous conjureray seulement d'apporter ce qui despendra de vous pour faire régner la bonne intelligence dans l'armée, d'où despend principalement le bon succès de tout ce qui s'entreprendra. Je ne doute point que vous ne le fassiez, comme aussy vous devez vous asseurer que je ne perdray point d'occasion, de faire valoir vos services auprès de Sa Majesté et de vous en procurer la reconnoissance qu'ils méritent, puisque je suis véritablement, etc.
P. S. Je vous ay escrit, par une de mes précédentes, que vous pouviez employer le régiment de Louvigny pour renforcer la garnison d'Ast ou celle de Nice de la Paille, ainsy que vous le jugerez plus à propos; vous apprendrez le reste de ce que vous avez à faire des despesches de M. Le Tellier.
1 On peut consulter le récit que le comte furent prises successivement par les armées
Du Plessis-Praslin a tracé de la campagne réunies de la France et de la Savoie, sous
de i6&3 dans sos Mémoires (édit. Michaud les ordres du prince Thomas, du maréchal
et Poujoulal. p. 369-370). On y voit que de Turennc et du comte, plus tard maré-
Ifs villes d'Asti. deTrino et de Pontô-Stura chai, Du Plessis-Praslin.
loûl i64â.
ccvir.
Manusc. de la Bibliolh. Mazarine, n° 1719, tom. I. f° o,5 verso.
A M. LE DUC D'ENGHIEN
[Paris,] 26 aousl i643.
Monsieur,
La Reyne approuve fort la resolution que vous avez prise de pousser Bec1 et de prendre. Sire2, et ensuite d'assiéger Longuy3 et de nettoyer ce qui est sur la Sarre. Estant sur les lieux et ayant les lumières et le conseil que vous avez, je ne doute point que vous ne preniez le party qui sera le plus advantageux au bien des affaires. Un autre que vous se fust reposé après les deux plus mémorables actions de ce siècle; mais je vois bien que le désir de la gloire ressemble au feu, et qu'il s'augmente par la multitude des succès qui la produisent. Vous pouvez juger que, faisant ma plus forte passion de la vostre, je ne ressens pas de petites joyes de vous voir dans cette ardeur de conquérir, et d'estendre les limites de la France 4.
Quant à la proposition que vous me faites de faire Beaugency gouverneur de Sire, elle est certes fort obligeante pour moy, et j'en ay un
1 On écrit ordinairement Beck. Après la prise de Thionville, Condé alla braver ce général espagnol jusqu'aux portes de Luxembourg.
2 Sierck ou Sirk, sur la Moselle, place de l'éleclorat de Trêves, dont les Espagnols s'étaient emparés en i635.
3 Longwy. La garnison de cette place ne cessait d'inquiéter la Champagne.
4 L'avidité de la maison de Condé n'était pas moindre que sa gloire. On en peut juger par les notes secrètes des carnets de Mazarin. Il y écrivait (/ic carnet, p. 72) : «M. le Prince demande pour son fils la Cham-
pagne et Mézières. Son fils m'a demandé les Trois Evêchés et Metz. M. le Prince a encore proposé de renoncer à la Bourgogne et à toutes les places qu'il y occupe pour le Languedoc et Montpellier, à condition que son fils aurait eu ces places avec le gouvernement de Champagne. *
Cette avidité de la maison de Condé causa les plus grands embarras à Mazarin. Mais c'est seulement dans les notes confidentielles du cardinal, et non dans sa correspondance, qu'on trouve la trace de la lutte qu'il soutint . en i6/i3 et 16/1/1 , contre l'ambition des princes de la maison de Condé.
particulier ressentiment; mais il me semble que, y ayant dans l'armée Août 166.S. tant de braves gens qui exposent tous les jours leur vie pour le service du Roy, il sera plus à propos de les préférer à une personne qui n'est plus dans les occasions, quoyque d'ailleurs elle ayt du mérite. Pour ce qui est de la lieutenance du Roy de Thionville, où vous ave/ establile sieur deCampeils, j'ay un desplaisir extresme que, au mesme temps que vous en avez demandé le gouvernement pour M. de Marolles, vous n'ayez aussy fait instance en faveur du sieur de Campeils pour la lieutenance du Roy. Vous devez vous asseurer qu'il m'eust esté aussy aysé de vous procurer de la satisfaction pour l'un que pour l'autre, et que vous n'aviez qu'à tesmoigner de le désirer pour l'obtenir. Mais puisque la rencontre a porté que, lorsque vous vous estes déclaré, la Reyne en avoit fait expédier les provisions en faveur du sieur de La Plaine, vous pouvez juger que, dans la juste présomption où l'on estoit que vous ne songiez point à cette charge pour personne, il n'y va rien du vostre dans ce changement, et que l'intention de la Reyne ayant, par effet, devancé la vostre, vous ne vous fairez point de tort de vous en désister pour un si légitime sujet. Au contraire cette defference que vous rendrez à Sa Majesté sera un puissant moyen de faire accorder quelque chose de meilleur audit sieur de Campeils, à quoy je m'oblige d'estre vostre solliciteur. Cependant je crois qu'il n'y aura point difficulté de luy faire donner la pension qu'avoit Perceval, en attendant quelque rescompense plus réelle et plus considérable, qui ne manquera point de s'offrir dans le cours de cette longue et grande guerre. La liberté que vous m'avez donnée de vous ouvrir mes sentimens, et de m'expliquer avec franchise, me fait croire que vous ne trouverez pas mauvaise celle dont j'use en cette occasion, et que mesme vous en fairez considération, puisque, à mon aVis, elle est dans l'ordre et qu'elle part de la personne du monde la plus passionnée pour vos interests, et qu'effectivement je suis autant qu'on le puisse estre, etc. me remettant à M. de Montbas de plusieurs autres choses, dont je 1 ay entretenu pour vous les dire.
Je me remets à la despesche de M. Le Tellier de plusieurs autres
MAZAMN. 1. 3p
Août t643. choses que je laisse de vous escrire. J'ay seulement à vous supplier, quoy qu'on vous puisse escrire de Paris, de me reserver une oreille, et de suspendre vostre créance jusqu'à ce que je vous aye informé au vray de Testât de la chose.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n" 1719, lom. I, f° 96 recto et verso.
A M. LE COMTE DE RANTZAU
[Paris,] 2 4 aoust 1 643.
Monsieur,
J'ay donné part à la Reyne du contenu de la vostre que vous avez pris la peine de m'escrire du 20 de ce mois. Vous ne devez point douter que Sa Majesté n'ayt fait la considération qu'elle devoit de sentimens si raisonnables que les vostres, et qu'elle n'eust peu tirer de là un argument de ce que vous sçavez dans l'art militaire, quand mesme elle n'en eust pas esté, comme elle est, très-persuadée. Il n'est pas possible que M. le duc d'Anguien, ayant de si bonnes troupes et estant assisté de si braves chefs, ne rende encore mémorable par des succès importans le reste de cette campagne. C'est ce qui comblera ma joye dans la passion que j'ay pour sa gloire, et qui m'apportera un nouveau contentement par la part que je sçay que vous aurez en tout ce qui se faira de remarquable.
Vous m'obligerez de continuer à m'escrire vos sentimens sur Testât des choses, vous asseurant qu'ils ne seront pas ensevelis, et que je les fairay valoir comme ils méritent auprès de Sa Majesté. Je croy qu'il ne sera pas malaysé de vous le persuader, dans la créance que vous devez avoir que vos interests ne me touchent pas moins que les miens propres, et que je n'ay point de plus fort désir que de voir reconnoistre vostre vertu par des bienfaits qui correspondent à l'estime qu'on en a, et particulièrement celluy qui est, etc.
Manusc. de ia Biblioth. Mazarine, n° 1719. tom. II. f° io3 recto.
A M. DE GASSION
[Paris,] 2/1 aoust i6&3.
Monsieur,
Il ne me pouvoit arriver rien de plus agréable que d'apprendre que vostre blessure n'est point dangereuse, et que vous en serez quitte pour de la douleur, bien que celle-cy me soit fort sensible. J'en attends avec impatience la guerison, pour avoir plus tost le contentement de vous voir icy, et pour vous y renouveller les asseurances que je vous ay données de mon affection, dont j'espère que vous recevrez des preuves si certaines, que vous ne vous repentirez jamais d'y avoir pris de la confiance. Vous y trouverez aussy que l'estime que la Reyne fait de vostre mérite et la considération en laquelle elle a vos services ne seront pas stériles, et que ses promesses sont inviolables.
iManusc. de la Biblioth. Mazarine. n° 1719. tom. IV. P 188 recto.