A M. DE FONTENAY
[Paris,] 19 aoust i663.
Mons
leur
Le voyage que va faire M. de Ghavigny2 n'est pas une retraite de la Gour, ni une marque de disgrâce. C'est un employ qu'il a voit désiré avant la mort du feu Roy, et dont l'objet est d'un prix qui ne peut estre esgalé par aucun autre qu'on se puisse proposer dans Testât présent de l'Europe. Je le luy aurois envié s'il eust despendu de mon choix, et si le commandement absolu de la Reyne ne m'eust arresté icy, pour servir le Roy dans ses Conseils. Asseurez-vous donc qu'il part avec les bonnes grâces de Sa Majesté, de laquelle il recevra infailliblement des
1 Claude Duval, sieur de Coupeauville, abbé de la Victoire (diocèse de Sentis) , mort le 8 décembre 1676. L'abbaye de la Victoire avait été fondée par Pbilippe-Auguste, après la victoire de Bouvines.
2 Cbavigny était désigné pour négocier la paix de Westpbalie, comme on l'a déjà vu. On faisait , si l'on en croit Grotius , de grands
préparatifs pour celle ambassade. Il écrivait le 29 juillet 1 643 : rrLegati ad pacis colloquia iluri, Davausius et Cbavigniacus. majorem sibi comitatum comparant quam velil qui eos sequuturus credilur. dux Longovillanus : babebunt \n viros nobiles. pueros nobiles totidem, cursores lotidem.- (//. Grolii epistoke ineditœ , p. 5i.)
marques illustres après son retour d'Allemagne. Pour moy, vous ne Aoûi 1643. douterez point que je ne sois inesbranlable dans les devoirs de l'amitié , et que, l'ayant tousjours estimé, je n'appuyé tousjours ses interests sans reserve et à l'esgal des miens propres. Quant aux vostres, asseurez-vous aussy qu'ils me seront extresmement chers, et que je ne perdray point l'occasion de vous en donner des preuves, et de vous faire voir que je suis véritablement, etc.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719. tom. I, f° 92 reclo.
A M. LE DUC D'ENGHIBN.
[ Paris,] 19 aoust 1 643.
Je ne parleray point du contentement que je ressens pour la prise de Thionville, puisque vous le pouvez juger par le vostre, et que, ayanl tant de motifs de m'en resjouir, il est impossible que je n'en sois que médiocrement touché. Je passe donc sur cette matière, quelque agréable qu'elle soit, pour vous dire que, recommandant les interests de M. de Grignan1, vous me recommandez une personne dont il y a longtemps que je considère le mérite, et la maison duquel a desjà receu quelque preuve assez remarquable de la passion que j'ay pour elle. Le désir iHiint moins que vous avez que je le serve en l'affaire dont vous mVscrivez me suffiroit seul pour [n'obliger à m'employer pour la faire réussir.
On envoyé les provisions de mareschal de bataille pour M. de Mauvilly.
Pour ce qui est du régiment de la Marine, je vous prie de consi-
Louis-Gaucher d'Adhémar de Monteil, mourut le h août 1668. G'esl le père de comle de Grignan, meslre de camp du ré- François d'Adhémar, comte de Grignan, giment d'Adhémar, maréchal de camp , elc. gendre de M de Sévigné.
Aoùi i643. derer combien c'est une chose délicate de choquer la Reyne dans ses sentimens, et que c'est un sujet à estre manié avec une grande circonspection cl adresse. Je fairay neantmoins tout ce <|ue je pourray pour vous obéir, et pour obliger un corps de si grand service et rempiy de tant d'honnestes gens que celluy-là.
Vous verrez, par la copie d'un mémoire que j'ay receu de Bruxelles, que vous avez tellement humilié les Espagnols que, nonobstant le secours qui leur vient d'Allemagne, ils ne sont plus capables que d'avoir des pensées deflensives pour nous; tout le gain qu'ils se proposent de faire le reste de la campagne est de ne faire point de nouvelle perte. J'ay entretenu fort au long M. de Coligny '; vous pouvez penser que vous avez esté le principal sujet de la conférence. Je me remets de plusieurs autres choses à ce que vous escrira M. Le Tellier, et à ce que vous dira de vive voix le sieur de Tourville. Je ne finiray pas néantmoins sans vous tesmoigner le ressentiment qui me demeure de la bonté que vous avez pour moy, et sans vous asseurer que vous n'honorerez jamais personne de vostre amitié qui ayt plus de passion de la mériter que moy, ni de qui vous deviez attendre une plus sincère correspondance, puisque, après le service de Leurs Majestés, je suis absolument et sans reserve, etc.
P. S. Lorsque j'ay receu la lettre en laquelle vous m'escrivez de la charge de lieutenant de Roy de Thionville pour le sieur de Campeils, les expéditions avoient esté faites en faveur du sieur de La Plaine, dont le mérite vous est assez connu. Il se présentera quelque autre occasion où je seray peut-estre assez heureux pour pouvoir servir ledit sieur de Campeils, que je considère fort, et à cause que vous l'aymez, et d'autant qu'il vaut beaucoup. Le sieur de Tourville, que j'ay fort particulièrement entretenu, vous rendra compte de cet entretien.
1 Maurice de Châtillon , comte de Coli- cette blessure. Il était fils aîné du maréchal
gny, qui fut blessé dans un duel avec le duc de Châtillon. ( Voyez, sur le duel à la suite
de Guise, au mois de décembre i643, et duquel il succomba, le Journal d'Olivtn
mourut peu de temps après des suites de d'Ormesson, t. I,p. 128.)
Original signé aux archives de la famille d'Esneval, au château de Pavilly (Seine-Inférieure). Copie du temps dans le Manusc. de la Biblioth. Mazarine n° 1719, tom. I , f° oa verso.
A M. DE GREMONVILLE.
[ Paris,] 20 aousl 1 663.
Monsieur,
Jay receu vos deux lettres du 22 juillet et du 8 de ce mois, et appris par icelles le commencement du siège de Trin l, après les diverses tentatives qu'a faites nostre armée. Elle est commandée par des chefs si sages qu'il faut croire que c'est ce qui.se pouvoit faire de mieux dans la conjoncture présente. H y a peut-estre quelque chose à désirer en ces entrées de secours qu'on n'a pas esvitées, et qui ne se peuvent reparer qu'avec une grande perte de temps et d'hommes. La faute vient sans doute des officiers inférieurs, qui n'ont pas esté assez exacts à faire leur devoir, et qui sont tombés dans le vice dont on accuse la nation, c'est-à-dire la négligence. Il faut croire que ce relaschement de discipline se restablira à l'avenir, et que l'amour du service renaistra avec le soin qu'on prend de deçà de mieux payer l'armée qu'on n'a fait auparavant.
Vous devez continuer de veiller à entretenir tousjours la bonne intelligence qu'ont observée jusques icy messieurs les lieutcnans généraux et les piquer de la considération de leur propre honneur, qui despend bien davantage des bonnes actions qu'ils sont capables de faire, et qu'ils ne sçauroiont faire estant ensemble sans cette bonne intelligence, que des effets de leurs jalousies particulières, qu'ils ne peuvent exercer sans préjudiciel' notablement au service du Roy et aux devoirs de leurs charges.
Pour ce qui est de ce que vous m'cscrivez de messieurs du Conseil
1 Le prince Thomas avait investi la ville de Trino le h août.
Août 1 663.
loiîi t643, de Cazal, c'est un vieux levain qu'ils ont clans l'âme, duquel il faut souffrir quelque chose, et en dissimuler ce qui n'est pas de grande conséquence, et qu'on ne pourroit corriger sans causer une altération plus fasclicuse que le mal qu'on veut oster. Mais cela se peut mieux juger clans l'occasion et à veue que de loin et sur des avis.
Je remets aux despesches de M. Le Tellier toutes les autres choses qui concernent vostre employ. Je vous diray seulement, avant de finir, que je ne croirois pas aymer assez le bien des affaires du Roy, si je n'avois une passion particulière de servir une personne qui le procure si soigneusement que vous le faites. Asseurez-vous donc que je ne perdray point d'occasion de faire valoir comme je dois vos services auprès de la Reyne, et de vous faire paroistre par effet que je suis véritablement, etc.
Manusc. de la Bibliotli. Mazarine. n° 1719. lom. I, î" 98 recto.