‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 11 sur 335 · AU PERE PROVINCIAL MAZARINI,. A ROME · texte numérisé non relu

AU PERE PROVINCIAL MAZARINI,. A ROME

De Saint-Germain, le a.3 décembre 16&2.

Je suis devenu comme stupide par la véhémence de ma douleur, qui s'augmentera encore à mesure que le temps me donnera la faculté d'envisager la grande perte que j'ai faite, et vous pourrez juger de l'excès de mes regrets par mon impuissance à les exprimer.

Je persiste toujours dans la résolution de ne négliger aucun moyen d'obtenir de Sa Majesté la permission de la servir hors de ce royaume, mais je crains beaucoup les marques d'affection de Sa Majesté, qui, poussée par sa bonté et par le cas qu'elle a toujours fait des conseils de ce grand cardinal, ne me croit pas incapable de la servir; car il a plu à Son Emincnce, dans sa maladie,

1 Michel Mazarin, frère du ministre; il tion de ce moine fut cause de discussions

en a été question dans la lettre précédente. très-vives entre la France et la papauté. Elle

Michel Mazarin devint dans la suite maître éclatait dès cette époque, et on la verra

du Sacré-Palais, puis cardinal du litre de se manifester encore plus fortement par la

Sainte-Cécile et archevêque d'Aix. L'ambi- suite.

Décembre essendo piaciuto a Sua Eminenza nella sua malattia di rendere a Sua Maestà avvantaggiosi testimonj délia mia sufïicienza, e rappresentarli, che valendosi di me, 1' havrei servita fedelmente e bene. Ma oltre che io non ho altra ambitione clie vivere in riposo, servendo corne devo questa Gorona et onorando sin' ail' ultimo spirito la memoria de! mio gran benefattore, questo mare è troppo tempestuoso per fidarvisi invitato dalle apparenze di buon tempo.

Io ho avuto 1' occasione di trattenere Sua Eminenza più volte, prima che cadesse inferma, sopra i vostri interessi, e come si rallegrô délia vostra elettione, cosi restô grandemente discontenta delli ostacoli che per parte degli Spagnuoli e più dai cardinali Barberini vi si facevano. La maggior riflessione che Sua Eminenza facesse nel negotio era di vedere una religione cosi insigne in procinto di una grandissima divisione, e che senza vostra colpa si havesse a dire che questo inconveniente fosse cagionato dalla vostra elettione. Stimava dunque a proposito, che in publico et in particolare voi non dimenticaste cosa alcuna per far conoscere quanto vi era sensibile di vedervi ridotto a termine di

de donner les assurances les plus avantageuses de ma suffisance et de lui représenter que, si elle m'employait, je la servirais fidèlement et avantageusement. Mais, outre que je n'ai d'autre ambition que de vivre en repos, en servant comme je le dois la couronne de France, et en honorant jusqu'à mon dernier soupir la mémoire de mon grand bienfaiteur, cette mer est trop orageuse pour s'y fier, sur les apparences d'un temps favorable.

J'ai eu l'occasion d'entretenir plusieurs fois Son Eminence, avant qu'elle tombât malade, sur vos intérêts; elle se réjouit de votre élection; mais elle fut très-irritée des obstacles que vous suscitaient les Espagnols, et plus encore les cardinaux Barberini. Ce qui, dans cette affaire, donnait le plus à penser à Son Eminence, c'était de voir un ordre religieux si considérable menacé d'une très-grande division, et que, sans qu'il y eût de votre faute, on eût sujet de dire que ce malheur avait été occasionné par votre élection. Elle pensait donc que vous ne deviez, en public et en particulier, rien négliger pour faire savoir combien il vous était pénible de vous voir réduit à l'alternative, ou de perdre

perdere la riputatione , o vedere divisa la vostra religione; ma rimase Décembre meco, che si prenderebbe risolutione e vi darebbe consiglio di quello haveste a fare, quando fosse più chiaramente veduta la volontà del Papa e de' suoi nipoti, e frattanto Iddio lo chiamô a se.

Yoi potete immaginarvi quanto mi sia sensibile la persecutione che ricevete, e senza esagerarvela punto, vi assicuro che non mi affligerebbe tanto se fosse fatta alla mia persona, conoscendo molto bene che il mio riguardo è in gran parte causa di quanto si intraprende contro di voi.

Sua Maestà ha parlato al Nuntio di suo proprio moto in termini cosi risentiti per il vostro generalato, che non si puô dire più, dolendosi in particolare che gli Spagnuoli fossero più considerati ne! proteggere cose ingiuste che Sua Maestà havendo dal suo canto la giustitia. E nel rimanente ha sostenuto vigorosamente la risolutione del marchese di Fontanè, a cui noi dobbiamo le obbligationi che voi vedete^ io ne havro eterna memoria, e potrete assicurare Sua Eccellenza per mia

votre réputation, ou de voir la division dans votre ordre. Elle convint avec moi qu'on prendrait une résolution , et qu'on vous donnerait des conseils sur ce que vous aviez à faire, quand on aurait vu plus clairement la volonté du Pape et de ses neveux; sur ces entrefaites, Dieu l'appela à lui.

Vous ne pouvez vous imaginer combien m'est sensible la persécution que vous éprouvez, et, sans rien exagérer, je vous assure que je ne serais pas aussi affligé si j'en étais moi-même la victime; mais je sais très-bien que le mauvais vouloir contre moi est cause en grande partie de tout ce qu'on entreprend contre vous.

Sa Majesté a, de son propre mouvement, parlé au nonce en termes si énergiques pour votre généralat, qu'on ne peut rien dire de plus fort; elle s'est plainte surtout de ce qu'on avait plus de considération pour les Espagnols, irai appuyaient une injustice, que pour Sa Majesté, qui avait la justice de son côté. Au reste, elle a vigoureusement soutenu la résolution du marquis de Fontenay, à qui nous avons les obligations que vous voyez; j'en garderai un éternel souvenir, et vous pourrez assurer de ma part Son Excellence que je

Décembre parte, che viverô in grand' inquietudine sin che mi ricsca di operare qualche cosa in suo servitio. Intanto facio continuamente valere al Re le ottime qualité de! detto signore e i servitii che ha resi e rende alla Ma esta Sua.

A mie- parère, voi dovete governarvi con estrema moderatione ed umiltà, testificando un gran dispiacere del pregiuditio che dalle oppositioni che vi si fanno sovrasta alla vostra religione, cd il molto che vorreste contribuire per impedirlo. Insostanza, bisogna fare il possibile per stabilirvi nel generalato, e riuscendo impossibile, conviene procurare che almeno lo siate per qualche tempo e che lo lasciate con reputatione, ricevendo dal Papa o dal Re una buona chiesa, sopra di che mi rimetto al signor ambasciatore, a cui scrive sopra di ciô Monsieur di Chavigni diffusamente, con ordine di comunicare con esso voi e concertare quello sarà più opportune alla reputatione del Re e vostro avvantaggio.

Vi prego di considerare che, nel posto ove io sono presentamente,

ne serai pas tranquille tant que je n'aurai pas le bonheur de faire quelque chose pour son bien. En attendant, je fais continuellement valoir au Roi les excellentes qualités de ce seigneur, et les services qu'il a rendus et qu'il rend à Sa Majesté.

A mon avis, vous devez vous conduire avec une modération et une humilité extrêmes, en montrant un grand déplaisir du tort que les oppositions qu'on vous suscite font à votre ordre, et le grand désir que vous avez de tout faire pour contribuer à l'empêcher. En somme, il faut faire tout votre possible pour vous établir dans le généralat, et, si cela devient impossible, il faut faire en sorte que vous l'occupiez au moins pendant quelque temps, puis de le quitter avec honneur, en recevant du Pape ou du Roi un bon siège; sur quoi je m'en remets à M. l'ambassadeur, auquel M. de Chavigny a écrit à ce sujet très-longuement, avec ordre de s'entendre et de se concerter avec vous sur ce qui conviendra le mieux à l'honneur du Roi et à vos intérêts.

Je vous prie de considérer que, dans le poste où je suis présentement, on

sarebbe molto mal' inteso che la Francia venisse a rottura col Papa, Décembre e per un interesse che riguarda mio fratello. Mi assicuro che voi sarete dell' istesso avviso, e pcrcio, trovandosi modo di mettere l'onore del Re a coperto nelli punti sopra li quali il signor ambasciatore prétende di essere maltrattato, ed in specie nell' affare delduca di Parma, sarà a proposito che segua 1' accomodamento, e 1' ambasciatore di Venetià ha grandemente insistito che si sostenghino ben le cose cou fermezza, ma che in modo alcuno non si venga ad una totale rottura. Bisogna ancora che avvertiate di ricordare al signor ambasciatore che s' intenda bene col duca di Parma, e non concluda nieute negli affari che lo riguardano, senza haver prima ben concertato con Sua Altezza. Sono rimasto molto maravigliato del signor cardinale Antonio, ancorche habbia sempre creduto che non havrebbe mai havuto forza, vivente il Papa, di contradire al cardinale Barberino, quando ancora qucsti havesse preteso cose contro il gusto di Sua Emincnza. Ad ogni modo conviene al servitio di Sua Maestà che voi vi governiate in modo

verrait d'un très-mauvais œil que la France en vînt à une rupture avec le Pape, et cela pour une chose qui concerne mon frère. Je suis certain que vous serez du même avis. C'est pourquoi, si l'on trouve le moyen de mettre l'honneur du Roi à couvert sur les points pour lesquels M. l'ambassadeur prétend être maltraité, et spécialement pour l'affaire du duc de Parme, il sera bon qu'il y ait un accommodement. L'ambassadeur de Venise a fortement insisté pour que les affaires se mènent comme il faut et avec fermeté, mais que, dans aucun cas, on n'en vienne à une rupture totale. Il faut encore que vous ayez soin de rappeler à M. l'ambassadeur qu'il doit s'entendre avec le duc de Parme, et ne rien conclure dans les affaires qui regardent ce dernier sans s'être bien concerté avec Son Altesse.

Je suis enchanté de ce qu'a fait Monseigneur le cardinal Antonio; j'avais toujours cru qu'il n'aurait jamais la force, du vivant du Pape, de contredire le cardinal Barberino, quand celui-ci prétendrait des choses contraires à l'opinion de Son Eminence le cardinal Antonio. En tout cas, il convient, pour le service de Sa Majesté, de vous conduire de manière à vous concilier Leurs Eminences

Décembre da ridurre lo spirito dell' Eminenze Loro e procuriate, aggiustandosi le cose, rimettervi nella pristina confidenza, e da questa parte si farà tutto quello sarà giudicato ragionevole per infervorarlo ne! servitio di Sua Maestà.

H cardinale Antonio ha havutfr grau torto con voi, ma a parlarvi liberamente, credo habbia havuto qualclie ragione di dolersi délia sortita che voi faceste dal suo palazzo perandare a farvi ricevere allaMinerva senza havere prima concertato cosa alcuna con Sua Eminenza.

Havrei caro di sapere se il cardinale Verospi si è adoprato con animosità di voi.

Non ho altro da soggiungere in riposta delli vostri spacci, rimettendomi nel di più alla viva voce del signor di Montreuil1, che vi parlera a lungo sopra tutti gli affari, e sopra le occorrenze di questa Corte.

Di gratia, fate sbrigare il matrimonio di nostra sorella, ed assicuratevi dell' affetto mio in ogni miglior forma.

et à tâcher, si les affaires s'arrangent, de regagner l'ancienne confiance du cardinal Antonio, et, de notre côté, on fera tout ce qui sera jugé raisonnable, afin de ranimer son ardeur pour le service de Sa Majesté.

Le cardinal Antonio a eu grand tort avec vous, mais, à vous parler franchement, je crois qu'il a eu quelque raison de se plaindre que vous soyez sorli de son palais pour vous faire recevoir à la Minerve, sans vous être auparavant entendu sur rien avec Son Eminence.

Je tiendrais à savoir si le cardinal Verospi s'est occupé de vous avec zèle.

Je n'ai rien autre chose à ajouter en réponse à vos dépêches. Je m'en remets pour le surplus à ce que M. de Montreuil vous dira de vive voix et longuement sur toutes nos affaires et sur ce qui se passe à notre cour.

De grâce, faites hâter le mariage de notre sœur, et soyez sûr de mon affection la plus dévouée.

1 M. de Montreuil était le secrétaire de Fontenay-Mareuil. (Voy. p. 27, note 1.)

Décembre

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. IV, f" i45 recto.

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