‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 118 sur 335 · A M. DE LÀ FERRIÈRE · texte numérisé non relu

A M. DE LÀ FERRIÈRE

CONSEILLER DU ROY EN SES CONSEILS, MUSTRE DES REQUESTES ORDINAIRE DE SOM HOSTÏL ET INTENDANT DE L\ JUSTICE EN GUYENNE.

| Paris, | -j septembre 1 643.

Monsieur,

Je vous suis bien obligé de la peine que vous prenez de in'informer de Testât des affaires du Rouergue. Il eust certes esté à désirer que

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l'obéissance pour le Roy s'y fust trouvée tout entière, et que tous les Septembi esprits s'y fussent contenus volontairement dans leur devoir. Mais puisque cela n'a point esté et qu'il s'y est fait un commencement d'esmotion, qui n'a point passé en révolte1, j'estime qu'il faut essayer de conserver l'autorité et les droits de Sa Majesté par les voyes douces, avant que de venir aux extresmes, et que pour cela vous devez agir d'intelligence avec M. de Noailles, et vous prester la main l'un à l'autre, comme il en a receu l'ordre. Que si neantmoins il est besoin de quelque cbose de plus fort que la raison, asseurez-vous qu'il ne vous manquera point, et qu'on tiendra soigneusement la main afliu que le Roy soit obey. Mais le particulier de cela et des résolutions du Conseil, vous l'apprendrez des despesches de M. de LaVrillière, auxquelles me remettant, je me contenteray de vous dire que, vous estimant beaucoup, je seray tousjours avec grande passion, etc.

GCXXX.

Manusc. de la Biblioth. Mazarinè, n° 1719- tom. I, f" io5 recto.

A M. LE DUC DE BREZÉ

SI «INTENDANT DE LA MARINE ET NAVIGATION DE FliANl.E.

| Paris, | 7 septembre 1 GM.

Monsieur,

.1 -i\ appris par vostre dernière la conférence que vous avez eue avec M. le mareschal de La Motbe, et les motifs qu'il a eus de ne s'embarquer point à aucun siège où vous luy soyez nécessaire. J'a\ receu dans le mesme paquet la relation du combat et de la prise des vaisseaux qui alloienl ravitailler Roses2. Cela veut dire que vous ne voulez point combattre sans vaincre, et que vostre commandement rendra tousjours les armes du l»o\ heureuses. J'espère neantmoins que ce ne sera qu'un

1 Voyez ci-dessus, p. 383, note. <l«' la lettre de Grolius on il est question <!<■

Voyez ci-dessus, |>. 34a. note, l'extrait ce succès.

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Septembn

commencement de victoire, el que Dieu \ous reserve encore un plus ample sujet de gloire et à moy une plus grande matière de joye avant la fin de la campagne. Quoy que c'en soit, je suis certain qu'il ne tiendra pas à vous que cela n'arrive, comme vous devez estre asseuré que je ne manqueray point de faire valoir vos bonnes actions auprès de Sa Majesté, comme leur mérite et, mon affection m'y obligent. Croyez aussy que tous vos autres interests me sont infiniment chers, el que je les appuyeray tousjours avec la mesme passion que je suis véritablement, etc.

Manusc, fie la Bibliolh. Mazarine, n° 1719, tom. I, f' io5 verso.

A M. LE GENERAL DERLACH1,

OOEVEnNEUR DF. BRISACB POU! SA MAJESTÉ.

Paris, I 7 septembre 1 643.

Monsieur,

Vous ne serez jamais trompé dans la confiance que vous avez en mon alîection; elle vous est parfaitement acquise, et je me charge du

1 Jean-Louis d'Erlacb était né à Berne le 3o octobre 1595. Il fit ses premières armes sous le prince d'Anhalt et sous Maurice de \assau. En 1626, il s'attacha au roi de Suède Gustave-Adolphe, el fit, sous ses ordres, les campagnes de Litbuanie, de Livonie et d'Allemagne. Après la mort de Gustave-Adolphe, il servit dans Tannée de Bernard de Saxe-Weymar et contribua à la prise de Brisacb en if)38. Bernard de Saxe- Weymar e'tant mort en 163g, Jean-Louis d'Erlacb devint le cbef de l'armée weymarienne, dans laquelle figuraient le colonel

Obeim, le colonel Bose et plusieurs autres capitaines renommés, dont il sera souvent question dans les lettres de Mazarin. (le lui d'Erlacb qui détermina les principaux chefs des Weymariens à passer au service de la France. Il en fut récompensé par te gouvernement de Brisacb et des autres places fortes du Brisgau (Fribourg, Neubourg, libeinfelden , Lauffenbourg, Seckingen, etc.) et enfin par une pension de 18,000 livres. D'Erlacb resta toujours fidèle à ta France et à son roi. A l'époque de la Fronde, il empêcha les Weymariens de suivre Turenne .

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soin de vos interests comme de celuy des miens propres. C'est pour- Septembre quoy, dans toutes les affaires que vous avez icy, vous me fairiez grand tort si vous vous adressiez à d'autres que moy, qui n'espargnera\ jamais ni mon crédit ni mes otlices pour les faire réussir à vostre contentement. Vostre mérite et la passion que vous avez au service du Roy exigent cela de moy, et je n'aurois pas les sentimens assez françois si je ne considerois très-particulièrement une personne qui est si utile à cet. Estât, et qui ne cède à aucun des sujets du Ro> en fidélité et en zèle. Au reste ne doutez point qu'on ne fasse tout ce qu'on pourra pour le bien des places de l'Alsace, et que d'icy en avant on ne s'applique avec tant de vigueur aux choses d'Allemagne, que. après que ce petit orage sera passé, j'entends le voisinage de l'armée, cette province pourra respirer longtemps à l'ayse et se reparer largement de l'incommodité qu'elle en recevra. J'espère neantmoins qu'elle ne sera ni grande, ni longue, et l'on donnera un tel ordre pour la subsistance de l'armée do M. le mareschal de Guebriant, qu'il n \ aura que le pays ennemy qui en soit chargé. Les affaires du Roy sont partoul ailleurs si florissantes, qu'il vous sera aysé à juger qu'elles lu\ permettent d'agir plus puissamment en Allemagne qu'il n'a fait jusques icy. Je vous conjure d'apporter de vostre costé tout Tordre el toute la diligence nécessaires pour contenir toutes choses au meilleur estât qu'elles pourroient estre, et pour confirmer Leurs Majestés dans la satisfaction qu'elles ont de vostre service. Quant à moy, je vous supplie derechef de croire que je manqueray de crédit ou que vous ne manquerez point à la Cour de protection efficace, et que je seraj tousjours plus (pie personne du inonde, etc.

qui voulait les entraîner dans ^;i révolte. néral d'Er loch, gouverneur de Brisach, pays Jean-Louis d'Erlach mourut l<> 96 janvier et places en dépendant, pour servir à l'histoin i65o. dn la guerre de Trente ans, 'ici ouvrage ;i été il ;i <;i(; |)iil)li(; ii Yverdun, eu 178a, un composé avec In correspondance <!»• Jeanrecueil en quatre volumes in-8s, sous le titre (.nuis d'Erlach. On \ trouve un grand de Mémoires historiques concernant M.legê- nombre de lettres de Mazarin.

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Septembre

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n 1719. tom. II. I 18.

A M. LE DUC D'ENGHIEN

| Paris. pti mbre 1 643.

Monsieur.

M. le marquis de Narmoustier ' vous dira assez quelle est ma passion pour vostre service, sans qu'il soit besoin que je vous en donne si souvent des asseuranecs. Il ne m'a pas esté malaysé d'obtenir de la Reyne qu'il allast servir sous vous, puisque vous l'avez désiré, ri y à mo\ i'ascheux de le demander, en ayant le commandement de vostre part. .1 ay aussy l'ait résoudre l'affaire dont vous me parlez en faveur du sieur de Vignaux. M. de Tracy 2 sera bientost avec vous, qui vous portera les resolutions qu'on a prises icy pour les choses d'Allemagne. Attendant de vous escrire amplement par luy, je vous asseureray, à mon accous- I umée, que personne ne sera jamais plus que mov, etc.

CGXXXI1I.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine. n° 1719. tom. I, f° io5 verso.

A M. LE MARQUIS DE FONTENAY

[Paris,] 8 septembre 1 6A3.

I ay l'ait de. deçà ce que 1 interest de l'Estat et la passion que j a\

' On écrit ordinairement Noirmouticr était la qualité de ce personnage; il dit qu'il

1 Louis de La Trémouille. marquis , puis duc reçut la visite de M. de Tracy, intendant de

'le Noirmoutier). l'armée du maréchal de Guébriant: irVenil

2 Grotius, dans sa lettre du 9/19 sep- ad me Tracyus, conunissarius régis ad exer-

tembre (Epist. ined. p. 70), indique quelle citum mareschalli Guebriani. r

pour ce qui vous regarde exigeoient de moy sur l'affaire de vostre Sepiembn estaffier; vous l'apprendrez au long des despesches de M. de Brienne. sans qu'il soit besoin que je vous en dise davantage. Vous aurez sans doute sceu ce qui s'est passé icy, et comme la Reyne l, etc.

Vous n'avez point besoin d'estre informé de nos autres affaires, qui sont, grâces à Dieu, en fort bon estât partout, et que la prise de Tliionville va rendre encore plus florissantes. Je ne doute pas neantmoins que nos ennemis n'érigent à leur mode de grands trophées sur la marche de M. le marescbal de Guebriant vers le Rhin2. Mais ceux qui sçavenl qu'il ne s'estoit avancé vers le Danube que pour favoriser le siège de Thionville et pour en esloigner, comme il l'a fait, ceux à qui la proximité auroit peu donner la pensée de secourir cette place3, jugeront bien qu'il a fait l'effet que nous nous estions proposé; que s'estant desmeslé du milieu du pays des ennemis et d'entre ieurs places en leur présentant tousjours la bataille , qu'ils ont tousjours reffusée, cette marche ne luy peut estre qu'honorable. Ce rebrousscmeot doue qu'il a fait n'a esté que pour s'approcher du nouveau renfort que nous lu\ préparons, affin qu'il puisse plus facilement s'asseurer ses quartiers (I hiver et s'eslablir en de bons postes. Ce seront les fruits de la prise de Thionville, qui en attirera encore de bien plus grands à l'avenir, et je vous proteste que, dans le zèle que j'ay pour le bien des affaires de cette Couronne, ce me sera tousjours une grande satisfaction d'avoir seul emporté la resolution du siège de celle place contre tout le reste du Conseil, qui estoit de sentiment contraire.

Cette eonquesle nous donnera moyen de nous appliquer plus puis-

1 Su it un paragraphe Bemblable à celui <'\ arclo viclu, (ine mensis qui exiit, ad

de l;i lettre à M. <!«' Liancoort, p. :!•"><). Kentrigam vallem | la vallée de la Kenlzig |

1 Le maréchal de Guebriant, après s'être recessiti i Epistolw ineditce, |>. 65. avancé juaqu'.au Necker, vers Rothweil , avait ' Le maréchal de GuébrianI avait tenu en

été* i)lili;;<; de se replier sur le Rhin. Dès le échec les Bavarois el le duc Charles de Lor-

i5 août t6û3, Grotios écrivail : rr Mares- raine et les avail empêchés <lc portei

challns Gnebrianos, tentata Rolhlingœ el cours aux Espagnols. (Voyez YHislom du

minorum oppidorum oppugnatione, hoste maretchal de Guebriant, par Le Laboureur

«emper ipsin^ vestigia premente interdum p. 66a el sui\.

eptembre samrnent que nous n'avons fait jusques icj aux affaires de l'Allemagne, et d'aller renverser les espérances de nos ennemis jusques dans leur source, puisque, tant qu'ils auronl le pouvoir de continuer la guerre, ils font connoistre assez au monde qu'ils n'entendront à aucun traité de paix, el ne se reposeront que par l'impuissance de marcher.

Je me suis un peu estendu sur cette -matière, affin que vous lussiez informé au vray de ce qui en est, et eussiez de quoy opposer la vérité aux apparences dont nos ennemis taschent d'adoucir leur malheur el de tromper les simples. Croyez, s'il vous plaist, que je seray tousjours plus que personne du monde, etc.

Mauusc. rie la Bibliolh. Mazarine, n° 1719. lom. I, f" 106 reclo.

A M. D'AIGUEBONNE

[Paris,] 8 septembre i643.

Monsieur,

Je vous supplie de croire que ceux qui vous ont figure quelque diminution en mon affection ont deviné ce qui n'esloit pas, et vous auriez grand tort de recevoir une alarme que ma conduite ne vous donnera jamais; asscurez-vous donc que, vous estimant beaucoup, je ne puis qu'avoir beaucoup de passion pour ce qui vous touche, et que je ne reçois pas un petit desplaisir quand je ne puis vous en rendre dv^ preuves, comme au sujet de la compagnie d'Espanel, dont la Reyne avoit disposé quand je reçus vostre lettre et les lettres de plusieurs autres qui avoient la mesme prétention.

Pour ce qui est du dessein de Madame [Royale] et de messieurs les Princes touchant le recouvrement des places que les Espagnols oui occupées sur M. le duc de Savoye, comme c'est une chose qu'il ne faut point présumer si elle n'est pas, il la faut aussy voir si elle est, el il esl quelquefois fort nécessaire délaisser prendre leur cours à certaines

inclinations, auxquelles on ne pourroit s'opposer sans desunir ceux qui Septembre se doivent bien entendre, et altérer leur confiance réciproque; qui seroit un plus grand mal et de plus dangereuse conséquence que celuy qu'on voudroit destourner. H ne faut pas neantnioins laisser d'observer toutes choses, quoiqu'il ne doive pas paroistre qu'on les observe, et par la comparaison des inconveniens de deux conduites contraires, la prudence veut qu'on se tienne à celle où il y en a le moins. Mais vous n'avez pas besoin de cet avis, ayant beaucoup de sagesse et d'expérience.

Vous avez sans doute sceu ce qui s'est passé icy l, etc.

CGXXXV.

Mariusc. He la Bibliotli. Mazarine. n° 1719- tom. I, f° 106 verso.

A M. LE VICOMTE DE TURENNE

I Paris, | 8 septembre i643.

Monsieur,

Le voyage du sieur de La Noue à la Cour ne vous doit point estre suspect. La satisfaction qu'on y a de vostre personne est trop grande pour que rien y puisse jamais altérer l'estime que la Reyne en fait et le désir qu'elle a de reconnoistre vos services. Vous en recevrez des preuves si certaines, à vostre retour, qui vous est accordé pour le temps que vous avez désiré, qu'elles vous guériront tout à fait de l'esprit de deffiance où l'on a tasché de vous jeter, pour des fins qui sont sans doute séparées de vos interests.

Quant à mo\,, je vous tiens si confirmé dans la créance que vous devez avoir de ma passion pour ce qui vous touche, que je croirois vous faire tort si j'avois la pensée que vous en doutassiez, et la dernière lettre que vous avez escrite à M. le Prince m'est une marque

Le reste comme dans la lettre à M. «le Liancourt. p, 33q.

<l kZAMH. I, ni)

Septembre que vous vous asseurez de n'avoir plus besoin de me recommander vos interests, qui, sans mentir, ne me tiennent pas moins au cœur que les miens propres. Je vous conjure, autant que je puis, de persévérer dans cette créance, dans laquelle vous ne serez jamais trompé, et de vous persuader que je m'oublieray moy-mesme quand je manquera)' h l'amitié que je vous ay promise et aux occasions de vous faire paroistre qu'il est impossible que personne soit plus que moy, etc., me remettant aux despesches de M. Le Tellier des choses concernant l'armée, dont vous m'escrivez.

GCXXXVI.

xManusc. de la Bibliolh. Mazarine, n° 1719, tom. I, f" 106 verso.

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