GRAND MAISTRE DE L'ARTILLERIE
| Paris,] 9 septembre 1 663.
Monsieur,
Je trouve, dans la lettre que vous m'avez fait la faveur de m'esciïre du sixième de ce mois, tant de marques d'affection et de tendresse, que je serois insensible si je n'en estois touché jusqu'au plus profond de mon ame. Elles me sont donc extresmement chères, et je les reçois avec tout le ressentiment dont un homme de bien est capable.
Après cette véritable protestation, permettez-moy de vous dire que j'estime comme je dois le conseil que vous me donnez, bien que j'aye des considérations qui m'empeschent de m'en servir, et que, voulant user des autres précautions que la prudence me conseillera pour ma conservation, je ne puis condescendre à celle-là, qui n'est ni conforme à mon humeur ' ni, à mon avis, convenable à la condition du temps
' On conseillait à Mazarin de s'entourer Mazarin prit immédiatement certaines prédune garde particulière , comme l'avait fait cautions. Il écrit le 3o septembre (10 ocle cardinal de Richelieu. Grotius indique que tobre) : (rCardinalis Mazarinus domum sibi
et à la disposition des esprits. Quand mesme je me tromperois en Septembre cecy, le désintéressement de ma conduite, dont nulle considération au monde ne me faira jamais despartir, et la pureté de l'intention avec laquelle je regarde le bien de l'Estat, la resolution ferme et inesbranlable que j'ay de faire plaisir à qui je pourray et de ne faire desplaisir à personne, me mettent en estât de ne rien craindre, et d'attendre sans esmotion tout ce qu'il plaira à la divine Providence de permettre qu'il m'arrive. Si je voulois pourvoir à mon repos et à ma seureté, j'en sçaurois trouver le chemin infaillible, sans abandonner mesme le service de la France. Mais je suis trop obligé à la bonté du feu Roy, je dois trop à la confiance que la Reyne me fait l'honneur d'avoir en moy, et je chéris trop la France, qui seule me tient aujourd'hui lieu de patrie, pour considérer ni mon repos, ni ma vie, tant que je luy sera y utile, et jusqu'à ce que le vaisseau soit au port. Ou je periray dans la tourmente, ou j'auray cette satisfaction de n'avoir rien espargné pour ayder à l'y conduire. Ce sont mes véritables sentimens, que je veux croire que vous ne condamnerez point, comme je me promets aussv que vous agréerez l'inviolable resolution que j'ay faite d'estre toute ma vie, etc.
sumpsit proxime eam in quam Regina jani migrant, relictam Régi a Richeliaco; et cuslodia, quae erit ad borlos regios, attingel ipsius januam , et sic ipsius quoque securitali consulet. i (Epistolœ ineditœ , p. 84.)
Les libelles contre Mazarin le représentaient sous les traits les plus odieux. On lui reprochait surtout de dépouiller la France pour se faire construire des palais en Italie : -rln cardinalem Mazarinum multi jnciuntur quotidie libelli. Dicitur mille sexcentos hommes babere in opère Romae, ad augendas quas a Renlivoliis emitaîdes.» (Ibid. p. go.)
Enfin dans une lettre du 29 octobre (7 noraribre) il est question dune garde pour Mazarin : rr Regina nunc tunnas optime ar-
matorum equilum [Mazarino ] dédit, ad ipsius custodiam, non sine causa, cum quantum ejus erescitpotentia, tantumdem crescal maie ei volentium numerus. » (Ibid. p. 0,3.)
La puissance du cardinal , ajoute le même Grotius (ibid. p. 100, lettre du li/th novembre), était devenue en peu de temps aussi redoutable que celle de Richelieu : trAdeptusest intra brève tempus cardinalia Mazarinus quanlam Riclieliacus unquam habuit auctoritatem , et Riclioliacus Rege invite; hic vero plane votante Regina.»
Voyez aussi la lettre à M. de Gampi (10 septembre i6A3) sur les valets de pied que Mazarin tirait de son régiment italien . el qui lui formaient une véritable garde.
Septembre
GGXXXVII.
Manusc. de la Bibliolli. Mazarine. n" 1719, tom. I, f° 107 recto.