‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 121 sur 335 · A M. LE MARESCHAL DE SCHOMRERG · texte numérisé non relu

A M. LE MARESCHAL DE SCHOMRERG

GOtVERNEUIi POUR SA MAJESTÉ EN LANGUEDOC.

[Paris,] 10 septembre i6/i3.

Monsieur,

Quoyqu'il ne me puisse rien arriver de plus agréable que les offres que vous me faites de vostre affection, elles n'ajoustent pourtant rien à la créance que j'en avois.

Aussy ne pretends-je vous rien dire de nouveau, ni dont vous ne soyez fort persuadé, quand je vous asseureray que jamais personne ne me surpassera en la passion que j'ay de vous servir et au désir de

DU CARDINAL MAZAR1N. 357

me conserver vos bonnes grâces. Ayant sceu ce qui s'est passé icv et Septembre

comme la Revue, ayant employé inutilement la douceur et les bienfaits

pour divertir les mauvais desseins de quelques esprits, a esté contrainte

d'user d'une conduite plus forte pour les dissiper, je n'y ajousteray

rien, sinon que, connoissant cette Princesse, vous pouvez juger combien

elle se doit estre fait de violence en quittant les mouvemens de la bonté

qui luy est si naturelle1, etc.

GCXXXIX.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I. f" 106 verso.

A M. LE MARESCHAL DE GUERRIANT

[Paris,] 10 septembre tb43.

Monsieur,

M. Le Tellier2 vous escrit si amplement, et M. de Tracy vous entretiendra si au long des resolutions qu'on a prises icy pour les affaires d'Allemagne, que je n'ay rien à y ajouster, sinon que, dans les efforts que j'ay conseillé de faire en ce pays-là, pour y faire dominer les armes du Roy et de ses confédérés, après le service de Sa Majesté, je n'y a\ rien tant considéré que vostre interest. Vous apprendrez encore plus particulièrement dudit sieur de Tracy, à qui cette lettre servira de créance, la véritable passion que j'ay pour tout ce qui vous regarde. Je me promets de vous en rendre avec le temps les preuves si certaines, que vous connoistrez que vous n'aurez jamais honoré de vostre amitié personne qui en eust un plus parfait ressentiment.

1 Le reste comme ci-dessus , |). 33g. provient de Michel Le Tellier, renferme plu

On trouve dans les manuscrits de la sieurs documents pour la campagne d'AUe-

Bibliothèque impériale (Tr. h 169) un re- magne en 1 643. (Voyez, aux folios 21 recto,

cueil des instructions données aux généraux 28 verso, 38 recto, les instructions au» duc

d'armée depuis le commencement de la d'Enghien , an comte de Rantzau et au mare-

campagne de l'année i6'i3. Ce recueil, qui chai de Guébriant.)

Septembre i663.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. 1 , f° 1 07 recto et verso.

A M. LE DUC D'ENGHIEN

[ Paris, | 10 septembre 1 6 4 3 .

Monsieur,

Le sieur de Tracy vous allant trouver bien informé des resolutions qu'on a prises de deçà, je fairois une chose superflue de vous les escrire. Me remettant donc à ce qu'il vous en dira et à ce que vous en escrira M. Le Tellier, je me contenteray de vous tesmoigner icy la continuation de ma joye, qui suit le progrès de vos armes, et celle que je conçois desjà par avance de ce que vous devez faire pour donner une aussy belle fin à cette campagne que vous luy avez donné un commencement glorieux. Quoy qu'il arrive, il ne surpassera jamais les souhaits que je fais pour vous, de qui je suis passionnément et sans reserve, etc.

P. S. Vous verrez, par la despesche de M. Le Tellier, comme la Reyne, ayant considéré la forte despense que vous faites, vous envoyé trois mille pistoles du sien. Ce n'est pas qu'elle ne tienne cela fort peu de chose; mais vous jugerez, par ce petit soin, que l'affection qu'elle a pour vous embrasse généralement tous vers interests, tant les petits que les grands, de quoy je vous suis caution. J'ajouste encore icy que l'action que vous allez entreprendre, si Dieu en besnit le succès, comme nous l'espérons, sera des plus utiles à cet Estât et des plus esclatantes pour vostre réputation1 qui se soient faites de ce siècle; de quoy, à mon avis, vous demeurerez d'accord avec moy.

' Il s'agissait, comme on le verra ci-après, briant, afin qu'il pût repasser le Rhin et de conduire des renforts au maréchal de Gué- prendre ses quartiers d'hiver en Allemagne.

GCXLI.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. 1, P 107 verso.

A M. LE MARESCHAL DE BREZÉ

[Paris,] 11 septembre 166b.

Monsieur,

Bien que je n'eusse pas besoin, pour vous croire mon amy, des offres que vous me faites de vostre affection, elles ne laissent pas de m'estre fort chères. Vous croirez aussy, s'il vous plaist, que je les ay receues avec tout le ressentiment et tout le désir de m'en revancher dont l'ame d'un homme de bien est capable. Le sujet qui vous a excité à m'escrire a véritablement quelque chose de fascheux. Je vous dira\ pourtant, comme à mon amy, que, dans la certitude que j'ay de n'avoir jamais meslé mon interest particulier avec le service que je rends au Roy, et de n'avoir jamais perdu l'occasion d'obliger ceux que j'ay peu. sans avoir jamais nuy à personne, je me trouve une telle asseurance contre tous les mauvais desseins qu'on pourroit faire contre moy, que rien n'est capable de l'esbranler, si ce que je dois à la bonté du feu Roy et à la confiance que la Reyne me fait l'honneur d'avoir en moy ne m'estoit pas plus cher que mon repos et la seureté mesme de ma personne '.

Septembre i643.

' A cette époque , Mazarin avait complètement triomphé de la cabale des Importants : Beaufortétaitemprisonné;révêquede Beauvais et plusieurs autres prélats avaient été renvoyés dans leurs diocèses; les duchesses de Monbazon et de Chevreuse, exilées; Cliâteaiincuf, éloigné do la Cour, etc. On donnait beaucoup d'explications plus ou moins erronées des actes de vigueur dont Mazarin parle <lans plusieurs de ses lettres. \u lieu de reconnaître la réalité du péril qui

avait menacé le cardinal, on prétendait qu il availvoulu ruinerses adversaires. C'estce que répète Grotius dans une lettre du 9/1 9 septembre i643. Il y rappelle les causes qui. depu is le commencement de la régence d'Amie d' Autriche, avaient excité, puis trompé l'ambition de la maison de Vendôme: «Diix Vendocinensis et uxor cjus ex jussu Bcgin»' regentis abiere. Dux Bellifortius adhuc in carcerc Vicennensi [est]. Causa' haruni mutalionum nori vulgaotur. sed plerique aiunl

Septembre i643.

Ce sont mes véritables sentimens, que je m'asseure que vous approuverez, aussy bien que la resolution que j'ay faite d'estre, toute ma vie et plus que personne du monde, etc.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine. n° 1719. tom. I. f 108 recto.

A M. DE GASSIOIV,

MARESCHU. DE (AMP.

[Paris,] 11 septembre 1 663.

Monsieur

H ne me pouvoit arrivée rien de plus agréable que les marques que j'ay eues de vostre guerison, par la lettre que vous m'avez escrite de vostre main. Je désire de tout mon cœur qu'elle soit bientost parfaite, et qu'elle vous permette de venir icy, affîn que vous y receviez les applaudissemens et la reconnoissance que vos services méritent.

cum Rex œgrotaret atque etiam cum jam fato functus esset, Reginam semet et liberos suos commendasse in lidem Vendocinensis liberorumque ejus, multaque dédisse animi in ipsos singularia indicia, nec alios calidius laborasse pro Regina, ut ad eam solam regimen regni perveniret. Nunc vero cum percipiendi essent istorum oflîciorum fructus , postquam omnes alii, qui restituti sunt, aut veteres suas prœl'ecturas aut novas accepere, vident isti solos se esse sine honoribus. Nam Britanniam Armoricam, quœ Vendocinensis prœfeelura fuerat, sibi retinuit Regina. ideo quod ei diceretur non sine periculo provinciam fore in ejus manu qui ex materno sanguine jus sibi in eam esse diceret. Maris impenum . quod Regina in compensationem ejus praefçcturœ Vendocinensi destinaverat,

quoniinusadeum perveniatobstant princeps Condaeus et dux Anguianus, faventes allini suo Bressœo , duci Fronsaci . qui illud imperium nunc obtinet. (Voyez plus haut, p. 27^1 . une lettre de Mazarin au maréchal de Brézé, et la note.) Hic dolor juvenem elati animi [ducem Bellifortium ] ad consilia praecipitia egit. r (Epistolœ ineditœ, p. 76.)

L'ambition et le dépit des ducs de Vendôme et de Beaufort ont sans doute contribué à former la cabale des Importants, mais on doit surtout tenir compte des intrigues de Mmes de Monbazon et de Chevreuse. Grotius lui-même l'a reconnu. (Voyez p. 296. note a.) C'est surtout dans les articles de M. Cousin sur les carnets de Mazarin que l'on trouve des détails authentiques et circonstanciés sur ces événements.

Vous pouvez penser que personne ne me surpassera en la joye de Septembre

vous voir, ni en la passion de vous servir.

Pour ce qui est du régiment de Vanberg, la conjoncture a porté que la Reyne a esté obligée d'en disposer en faveur du colonel Schaw, dont le régiment a esté remis à M. de Rantzau, et vous-mesme jugerez bien que c'estoit le moins qu'on pouvoit faire pour un gentilhomme de mérite et qui sert avec honneur depuis longtemps. Sans cela, vous pouvez croire que j'aurois fait grande considération sur ce que vous desirez, et que j'aurois tasché de vous faire paroistre en cette occasion, comme je le fairay en toutes les autres qui se présenteront, que je suis passionnément, etc.

ccxLni.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719. lom. I, f° 107 verso.

A M. LE DUC D'ANGOILESME.

[r*àris,] 11 septembre i643.

Monsieur.

Après le jugement que vous faites d'un homme et d'une affaire, je 11 \ ay rien plus à examiner : on agira donc de deçà conformément à vostre pensée et au mémoire que vous avez envoyé à M. Le Tellier. Que si neantmoins le temps conseilloit d'y changer quelque chose, vous en serez averty dans la marche que va faire M. le duc d'Anguien '.

Vous demeurerez seul maistre du champ et conservateur de nos frontières. Nous pouvez croire combien cela nous met en repos; mais combien particulièrement j ay de satisfaction de vous voir dans un

1 Pendant que le due d'Enghien eondui- Grotius écrit, le 9/19 septembre i6ù3 :

sait des secours au maréchal de Guébriant, rDtix Imjolismcnsisinter Mosam etMosellam

le duc d'Angouléme lut chargé de oouvrii aliquidhabet copiarum.» (Epitiola médita,

la frontière entre la Meuse el la Moselle. |>. 7H.)

kf,

septembre employ où vous pourrez faire paroistre ce que vous sçavez, et acquérir de la gloire sans la partager avec personne. Croyez que je suis de toute mon ame, etc.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f° 108 recto.

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