RESIDENT POUR SA MUESTÉ PRÈS MADAME M PRINCESSE DE MANTOUE
[Paris, | s3 septembre i643.
Monsieur,
Vous me feriez tort déjuger, par la fréquence de mes lettres, de l'estime et de l'affection que j'ay pour vostre personne. Je désire de vous la tesmoigner dans les occasions par des preuves plus réelles et plus effectives. Vous devez tousjours travailler à guérir l'esprit de madame la princesse de Mantoue, quand on luy voudra donner des impressions contraires au bien de ses affaires et aux intercsts de cette Couronne. Je ne doute point qu'il ne luy vienne souvent de ces suggestions du dehors, et que ceux qui ne peuvent pas donner de grands effets ne luy fassent de grandes offres. Elle est trop avisée et a trop d'expérience pour ne sçavoir faire la différence des amis véritables et désintéressés de sa maison d'avec ceux qui ont eu de tout temps l'intention de l'usurper ou de Taffûiblir, enfin de ceux avec lesquels il n'\ a plus rien à craindre et tout à espérer d'avec ceux qui n'ont pas le pouvoir de faire ni de grand bien ni de grand mal. Mais je croy qu'elle n'a pas besoin de
1 Les Bonzi étaient d'une des premières dans les Mémoires de Sainl- Simon (édit. familles de Florence. On trouvera des détails Hachette, t. IV, p. 1 33 et suiv.). sur les principaux membres de celte maison
septembre ces avis et qu'elle prendra conseil de la condition du temps et de l'interest des affaires de M. son fils, quelle connoist autant que personne du monde. Vous i'asseurerez fortement de la constante passion qu'a Sa Majesté de la protéger et de maintenir sa maison dans tous les avantages qui luy appartiennent. Vous apprendrez le destail de tout ce qui les concerne des despesches de M. de Brienne, et le sieur de Priandy, que j'en ay amplement entretenu, ne manquera pas de le faire sçavoir à Madame de Mantoue. Croyez que je suis, etc.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f° ait verso.
A M. LE MARQUIS DE FONTENAY, A ROME
[Paris,] a 3 septembre i6&3.
Monsieur,
Pour response aux vostres du 26 aoust et du 7 de ce mois, je vous diray que j'ay veu le duplicata des lettres que vous avez escrites à la Reyne, et que je trouve l'affaire dont il est question heureusement esbauchée1. Vous apprendrez des despesches de M. de Brienne les sentimens qu'on a icy et les resolutions qu'on prendra sur cette affaire, affin d'essayer de la conduire à bon port. Ayant beaucoup contribué pour l'y acheminer, vous aurez aussy grande part à la gloire du succès, qui illustrera grandement vostre ambassade. Je m'asseure que vous aurez sceu avec joye le changement qui est arrivé icy pour les deputations estrangères, et comme la Reyne a désiré que M. de Chavigny servist le Roy dans ses conseils, la place duquel M. Servien a prise pour le voyage de Munster, et M. de Saint-Chamont celle de M. Servien pour l'ambassade de Rome. Croyez que je seray tousjours passionnément, etc.
1 Mazarin fait allusion, dans ce passage, la paix entre le Pape et les puissants aux négociations pour le rétablissement de italiennes coalisées contre lui.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f° 1 1 5 recto.
A M. LE BARON D'OYSONVILLE1,