‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 163 sur 335 · A M. DE LA BERCHÈRE · texte numérisé non relu

A M. DE LA BERCHÈRE

[Paris,] îa novembre 16 h 3.

Monsieur,

J'ay receu deux de vos lettres, l'une du i3 octobre et l'autre du a novembre, avec une ample relation de Testât des affaires de la Catalogne et de tout ce qui concerne cette province. Sur quoy, après vous avoir remercié de la peine que vous avez prise, je vous diray que vous et moy nous devons tousjours nous tenir attachés aux intentions de la Reyne et ne viser qu'au mesme but qu'elle, qui est de conserver ce pays-là bien plus par l'inclination des habitans et par la douceur que par la sévérité et par la force. C'est pourquoy j'estime qu'il est à propos que vous quittiez les sentimens que vous pourrez avoir contraires à cette conduite, et que vous en supprimiez toutes les marques, sans qu'il en paroisse rien à l'avenir, ni par escrit, ni dans vos actions et dans vos paroles, particulièrement de celles qui peuvent venir à la connoissance de ces peuples; car, pour ce que vous m'avez escrit, ce sera une pièce secrète et qui ne sera point communiquée.

Au reste, ne doutez pas que nous n'apportions de deçà tout ce qui sera nécessaire pour maintenir les choses de ce pays- là en Testât que nous le desirons, et aflln que vous puissiez agir conformément aux intentions de Sa Majesté, ainsy que vous l'apprendrez en son temps, et par le menu, par les despesches de M. Le Tellicr. ' Le Goux de l.a Berchère, | Voyez plus liaul, p. 365, noio 1.)

Novembre Pour oe qui est du siège de Monzon1, j'en escris mes sentiniens à M. le mareschal de La Mothe, et luy représente quelques points sur lesquels il doit faire considération, affin de prendre le party qui sera trouvé le plus avantageux au service du Roy et au Lien de ses affaires. J'espère qu'il n'y manquera point, et qu'il sortira de cette occasion avec le mesme honneur pour nous et la mesme honte pour les ennemis qu'il est sorti des occasions passées. Ce pendant croyez que j<' seray tousjours très-veritahlement, etc.

GGGXXIV.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n" 1719, loni. I,f" 1 35 verso.

A M. LE MARESCHAL DE LA MOTHE

[Paris,] 12 no> ombre iG63.

Monsieur,

Je ne perdray point le temps ni les paroles à vous confirmer les asseurances que je vous ay tant de. fois données de mon amitié; il me suffit qu'elles soient véritables et que vous en soyez persuadé. Sans m'arrester donc à ce qui seroit superflu, je vous parleray du sujet du siège de Monzon, dont vous nous donnez avis, et je vous diray que la prise de cette place ne pouvant que relever la réputation des armes des Espagnols, ceux-ci ne sauroient gagner que nous ne perdions, et que l'impression que les peuples en recevront nous sera autant désavantageuse qu'elle leur sera favorable. Cela n'empesche pas neantmoins que vous ne deviez considérer jusqu'où la prudence vous conseillera de vous avancer pour disputer ce point de réputation et pour maintenir les choses en Testât où elles ont esté jusques icy, sans donnerque ce qu'il faut à la fortune des armes. Je m'asseure que vous ne

1 Cette ville était assiégée par Piccolo- tellanorum]quiiiiCatalauniasunt,obsessum mini , que le roi d'Espagne Philippe IV avait eunt Monzonem cum exercitu xiu niilliurn. » placé à la tète de son armée. rrEorum [Cas- (Grotii cpislolw ineditœ , p. ioa-io3.)

manquerez point de prendre, en cette rencontre, le meilleur party et le Nov. mbi plus avantageux au service de Sa Majesté, sans qu'il soit besoin que je vous y exhorte.

Pour ce qui est de l'opinion que vous avez que M. Le Tellier ne vous est pas favorable, à cause des lettres qu'il vous a escrites, je vous supplie de croire qu'en cela il n'a fait qu'exécuter les ordres qui luy ont esté donnés, et que, tant s'en faut qu'il ayt ajousté à ce qu'il y peut avoir eu de faseheux, qu'au contraire il l'a adoucy autant que son devoir el le commandement qu'il en avoit receu l'ont peu souffrir, et cela bien plus pour exciter à bien servir ceux à qui vous le fairez voir que pour se plaindre de vostre conduite; car, au reste, je suis certain qu'il a pour vous l'estime et l'inclination qu'il doit avoir, et, quand mesme il n'auroit pas, comme il a, ces sentimens pour vostre mérite, il est trop mon amy pour n'aymer pas les personnes qui me sont chères au poinl que vous Testes, et de qui je fais profession désire comme je le suis véritablement, etc.

P. S. J'ay entretenu M. de Noyers et M. de Rennes1 de plusieurs choses qui vous concernent; vous apprendrez des relations qu'ils vous en fairont quelle passion j'ay pour vos interests. Je vous dis derechef

1 Ce nom est diilicile à lire; il s'agit probablement de l'évêque de Rennes. Quant à Snl)let de Noyers, il était revenu à la Cour, où il avait encore un parti. (Voyez plus haut. p. .")()i. note.) Grotius parle du retour de Sublet de Noyers dans ses lettres : «Noyenis. ou Noyerius (on a imprimé Nojcnus) munus quidem quod babuit non recuperavit, sed et in urbem venil , et Reginamsalutavit. . . Favet desiasticorum . sed niagis monachorum .

preecipue Jesuitarum ordo.« (Epûtoke ined. p. 813.) De Noyers ne voulait pas vendre à Le Tellier sa charge <!'■ secrétaire d'Etat. •• N'iyeriusnoluitcessionern prescriplani dare de eo munere quod antehac obtinuit, spe-

rans aliam aulœ conversionein ex suo iisu.ji (Grotius, ibid. p. 89.) De Noyers finit toutefois par céder. Grotius écrivait,. leynovenibre i643 (ibid. p. 97) : crIS'oyerius Tillerio (Le rellier) cessil de oflîcio secrétariat us. -

Le retour de Sublet de Noyers à la Cour avait inquiété Mazarin: il en accusait l'évêque de Béarnais et 1rs Importants: «Bove procura il rilornodi M. di Noyers el tutti gli [mporlanii.- (3* carnet, p. 6.) — De Noyers deman dail, à remplir s 1 charge, et le premier président, Matthieu Mole, le soutenait: -M. di Noyers dimanda di venire a servirenella carica. . . Il primo présidente ne parla, n ( Ibid. p. 75.)- - Mazarin surveillait les visites qu'on

'i.Vi

Novembre <|iic la Reync n'a point esté mal satisfaite de vostre conduite; mais que, outre la raison que je vous ay designée, elle a voulu lesmoigner que, dans les heureux succès qui arrivent partout ailleurs aux armes du Roy, elle cust particulièrement désiré la mesme fortune à celles que vous commandez, pour faire voir qu'elle veut aussy peu espargner les ennemis de cet Es.lat en Espagne qu'ailleurs.

Manusc. de la Bibliotli. Mazarine, n° 1719, tom. I, f° 1 36 recto.

A M. BALTAZAR

CONSEILLER DO BOÏ EN SES CONSEILS , MAISTRE DES REQDESTES ORDINAIRES DE SON HOSTEL ET INTENDANT DE LA JUSTICE EN LANGUEDOC.

Paris,] i3 novembre 16 43.

Monsieur,

J'ay receu avec vostre lettre le discours qu'a fait M. le mareschal de Schomberg à l'ouverture des Estats de Languedoc. Je ne vous parleray pas de la beauté des pensées et des ornemens de langage que j'y ay remarqués. Je m'arreste seulement sur ce qu'il dit du désir de la Reyne

faisait à de Noyers : rc Visita di M. di Noyers da M"11 di Senece e Limoges (l'évêque de Limoges). » (4e carnet, p. 1.) — Il le pressait de donner sa de'mission : rrFar istanza a M. di Noyers délia demissione. n (Ibid. p. 8 1 .) — La somme demandée par de Noyers était considérable : «M. di Noyers per la sua carica 200 m. 1. , et cento mila alla sua diligenza, e piu cinquanta mila 1. a M. Le Tellier, al quale se li potra far sperare rimborsamento con il tempo, n (Ibid. p. 21.) — Parmi les partisans de De Noyers , Mazarin cite Guitaut , capitaine des gardes de la Reine : rrGhitto, alla presenza di M"" di Senece, disse a S. M. chc

era vero che io travaglia piu cbe Msr le cardinal (de Richelieu), ma che M. di Noyers era un gran huomo, che io n' havrei di fare, che non vi era huomo che travagliasse piu di lui. 51 (5e carnet, p. 109.)

Fatigué et inquiet de toutes ces intrigues, Mazarin insistait vivement pour que la Reine fit remplacer de Noyers : rrS. M. dopo haver dato lanto tempo a M. di Noyers senza che sia venuto ad alcuna conclusione per la sua carica, deve dar ordine in publico consilio che si faccino le provisioni per M. Le Tellier. » (6e carnet, p. 35.) (Sur De Noyers, voyez ci-après, p. 5o5.)

pour donner la paix, autant qu'il sera en elle, à la Chrestienté, et du Novembr soulagement aux sujets du Roy. Pour ce second, je vous puis dire qu'elle ne désire pas d'attendre la fin de la guerre, et le plus fort de tous les ordres qu'elle donne à ceux qui ont l'honneur de la servir en la conduite de ses affaires est de pourvoir véritablement aux moyens de maintenir les despenses nécessaires et sans lesquelles l'Estat tomberoit en une ruine inesvitable, mais aussy de rechercher tous les expediens qui se pourront imaginer pour faciliter aux peuples les moyens de payer ce que Sa Majesté exige d'eux. Ce sont les deux fins où doivent particulièrement viser ceux qui exercent dans les provinces des emplois pareils au vostre, et c'est de quoy je suis certain que vous vous acquitterez très-dignement et au gré de Sa Majesté.

Quant à l'obligation que vous protestez de m'avoir, elle est fort petite, si tant est qu'elle soit, et vous ne devez, à proprement parler, le choix que la Reyne a fait de vostre personne pour l'intendance de Languedoc qu'à la bonté de cette Princesse et à vostre propre mérite. J'altendray quelque autre occasion où je vous puisse plus véritablement tesmoigner l'estime que j'en fais.

CGCXXVI.

Manusc. de la Bibliolh. Mazarine, n° 1719, tom. I, f° 1 36 verso.

A M. LE MARESCHAL DE GUEBMANT

[Paris,] i3 novembre i643.

Monsieur,

Je n'ay rien à ajouster par celle-cy à la dernière que je vous ay escrite, sinon que \ous devez prendre le renfort que vous a\ez receu, conformément à la parole que je vous en avois donnée, pour une asseurance des choses qui vous seront promises à l'avenir. Nous attendons avec impatience le succès de vostre passage et le progrès de l'armée en un pays où il y a beaucoup de gloire à acquérir, y ayant de grandes

Novembre difficultés à surmonter, et que vous donnerez une aussy belle fin à cette campagne que Je commencement et la suite en ont esté mémorables. Je ne vous parleray point de la passion que j'ay pour tout ce oui vous regarde, puisque je m'en suis expliqué avec madame la Mareschale. qui vous le faira sçavoir et qui ne vous escrira jamais rien de plus véritable que je suis, etc.

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