‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 178 sur 335 · AMBASSADEUR EN SUISSE · texte numérisé non relu

AMBASSADEUR EN SUISSE

[Paris,] 11 décembre i643.

Monsieur,

VI. l'ambassadeur de Venise nous a représenté avec quelque ressentiment que vous traversiez les levées que la Republique l'ait en Suisse Sur quoy, sans m'arrester à rechercher si cette plainte est bien ou mal fondée, je vous diray en gênerai que les ministres de Sa Majesté ne se doivent pas esloigner de ses intentions, qui sont de travailler de tout son pouvoir à remettre la concorde entre le Saint-Père et les princes de la ligue1, et que, pour faire réussir un si louable et pieux dessein et pouvoir agir avec plus d'autorité et dédicace envers les deux partis. il est à propos qu'elle tienne une conduite qui paroisse désintéressée et pure de partialité; sans quoy, les ollices qu'elle fairoil faire, estan! suspects, deviendroient par conséquent inutiles.

Je vous diray ensuite de cela que je ne doute point que nos ennemis ne lassent beaucoup de bruit à l'occasion de l'accident qui est arrivé à nostre armée d'Allemagne, et qu'ils n'en èslèvenl de grands trophées. Mais je vous puis asseurer que, quand bien mesme nous (Missions preveu cel eschec, nous n'aurions pas laissé de nous v exposer-, pour faire voir à nos alliés avec quelle vigueur nous embrassons les affaires d Allemagne, et leur guérir l'esprit du soupçon qu'ils avoienl

On a vu pins haut (p. 207) que Venise râbles. Grolius se fail l'écho de ces griefs

était entrée dans la ligue italienne dirigée (Epùt.itieditœ,p. H4): nrHostiumexercitus

contre le pape Urbain VIII. in Germania est ad \\ millia ; Gallicus eegre

Vfazarin répond indirectement, dansée nu millia babuit, iia ni mirura sil eum tam

passage, aux reproches qu'on lui adressait longe abiisse a prœsidiis suis.» (Voyez aussi

d'avoir exposé une armée peu nombreuse la noie delà pane 4^3, sur une lettre de

aux attaques de Corées ennemies considé- Mazarin en date du ■>•"> novembre. I

19/i LETTRES

Décembre que nous voulions espargner quelqu'un des ennemis du party confederé. J'espère que ceux-ci counoistront bientost que la Fiance ne s'abal ni ne s'estonne pour de si petites disgrâces, et qu'elle a des forces et du courage de reste pour en soutenir de plus grandes. C'est ce que vous représenterez adroitement au lieu où vous estes et partout où vous entretenez correspondance.

J'ay encore, avanl de finir, à vous donner avis que vous ayez l'œil [pour] que les levées que M. le baron de Goupet doit faire pour messieurs les Vénitiens n'attirent point de nos gens; ce qui ne seroit pas seulement contraire au bien des affaires de la Fiance, mais encore à celuy de la Republique, qui n'a point d'interest si fort que l'abaissement de la maison d'Austriche et la prospérité de nos armes en Allemagne. Vous mesnagerez cecy avec adresse et prudence, et croirez, s'il vous plaist", que personne ne sera jamais plus que moy, etc.

Manusc. de la BiMioth. Mazarine, n" 1719, tom. I, f° 1 65 reclo.

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