A M. DE NEUBOURG
[Paris,] 9 janvier iG46.
Monsieur,
J'ay receu celles que Vostre Altesse m'a fait la faveur de m'escrire du 1 h et du 16 du passé. J'ay encore meurement considéré les offices que le sieur de Polheme a faits de sa part. Sur quoy je respondray à Vostre Altesse que personne ne sçauroit estre plus sensiblement touché que moy du mauvais traitement dont elle se plaint qu'on la menace et qu'on a desjà commencé à luy faire; mais, comme c'est un effet de la mauvaise volonté qu'on a contre elle, et que la conjoncture présente et ce qui s'est passé depuis peu sur le Danube ont donné lieu de manifester, j'ose asseurer avec certitude Vostre Altesse que le Roy sera bientost en estât de faire cesser ces plaintes et de faire en sorte que ses alliés n'ayent rien à craindre de ceux qui les veulent opprimer.
Si Vostre Altesse prend les resolutions que toutes les raisons d'Estat luy conseillent de prendre, elle n'a pas beaucoup à craindre, ayant
son pays couvert des places que tient madame la landgrave de Hesse, Janvieri644. et pouvant estre deffendu par son armée, laquelle Sa Majesté, sans parier des autres forces, va rendre fort considérable.
Puisque Vostre Altesse voit clairement le joug qu'on luy prépare, il me semble qu'elle ne doit point tarder à s'en garantir, en ayant les moyens et la facilité , et qu'elle ne doit attendre que la ruine de ceux qui n'ont pas commencé à l'outrager pour en demeurer là et pour ne luy oster pas tout à fait la puissance de s'en ressentir, après luy en avoir donné le sujet. Elle peut voir que la ligue qu'on médite portera à faux ie titre qu'on luy donne de deffensive, puisqu'elle commence par le despouillement de celuy qui est le principal membre de tout le corps Wesl.pbalique, et par conséquent qu'il y a plus d'apparence que Dieu besnira les armes de ceux qui véritablement et effectivement n'agissent que pour restablir les despouillés ', comme font celles du Roy, que les armes de ceux qui ont un dessein bien différent, comme sont celles du part y contraire.
Outre que, quoy qu'il arrive, Vostre Altesse doit considérer que, si elle se livre à la discrétion de ceux qui ne luy pardonneront jamais la résistance qu'elle a apportée à leurs volontés, elle demeurera, au traité de la paix, dans le précipice où elle se sera laissé jeter, sans que personne se mette en peine de l'en retirer; comme, au contraire, si elle s'attache au bon party, il ne souffrira jamais que la paix se conclue sans faire restablir Vostre Altesse dans tous ses pays, droits, privilèges el autres eboses qu'elle auroit perdues durant le cours de celle guerre. Elle pourra faire reflexion sur ce que je viens de luy représenter et profiter de l'avis que je luy donne, qu'elle trouvera, si je ne me trompe, conforme à ses interests particuliers, selon lesquels je lu\ conseille de régler sa conduite, et non autrement.
Quand ses ambassadeurs seront arrivés ic\. je me promets de leur faire voir encore plus clairement celle vérité el de leur faire comprendre que personne ne peut agir avec Vostre Utesse plus sincèrement que
Illusion â la maison Palatine, à laquelle p. 33 1, note.) L'Empereur uvail enlevé à appartenait le dur de Neubourg. (Voyez 'die maison le Palatinol du Rhin.
:Vi'i LETTRES
janvier 166 A. moy 11 i avec un zèle plus véritable pour ses inteiests, puisque personne n'est avec plus de passion, etc.
Manusc. de la liibliolli. Mazarine, n" 1719, totn. I, f° i5s? recto el verso.
A M. LE DUC DE BREZÉ
[ Paris,] i5 janvier îfi'i S;
Monsieur,
J'av appris, par la vostre du 5 de ce mois et par le courrier que vous avez envoyé, la prise qui a esté faite par les vaisseaux du Roy d'un navire chargé de bled, qui alloit de Sicile à Gennes. Sur quoy j'ay à vous dire que l'intention de la Reyne est que ce bled soit employé au ravitaillement de l'armée, et qu'on en soulage d'autant la Provence, où il y a grande disette; qu'elle entend neantmoins d'en rendre exactement le prix à ceux à qui il appartiendra, et de ne frustrer personne du droit qu'il y pourroit avoir.
En quoy vous pouvez croire que les interesls de M. le commandeur Des Goûtes et des capitaines que vous me recommandez avec tant de passion ne seront pas oubliés; vous les en asseurerez, s'il vous plaisl, et que leurs services, et particulièrement ceux dudit commandeur, ne demeureront pas sans reconnoissance de la part de Sa Majesté. Je vous conjure donc de mesnager cette occasion à son contentement, et, par l'espargne que je vous exhorte de faire, autant qu'il se pourra, de l'argent du Roy aux radoubs et autres nécessités de l'armée, de me donner moyen de faire valoir icy vostre conduite et vostre zèle pour le bien des affaires de Sa Majesté.
Dans la part que je prends en tout ce qui vous regarde, je seray ravy qu'on commisse, par effet, que vous n'estes pas seulement sage et courageux dans les combats, mais que vous entendez encore parfaitement l'économie et la subsistance des armées navalles.
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Quant à l'autre prière que vous me faites de recommander à M. de Janvier 1 644. Saint- Ghaumont1 une affaire que M. le commandeur Des Goûtes a à Rome, je le fairay en termes si torts et si efficaces, qu'il connoistra facilement ce que vous pouvez sur moy et l'estime que je fais de son mérite; l'un et l'autre, certes, est fort grand, et il ne me peut rien arriver de plus agréable que les occasions de le tcsmoigner, et surtout de vous faire voir qu'il ne se peut rien ajouster à la passion avec laquelle je suis, etc. après m'estre remis de plusieurs autres choses à la despesche de M. de Brienne.
P. S. La présente n'estant point partie sytost que j'avois creu, j'y ajousteray encore que vous devez employer les bleds du vaisseau pris aux provisions des vaisseaux et des1 galères, et que, s'il est jugé d<* bonne prise, le droit de M. le commandeur Des Goûtes luy sera soigneusement conservé, sinon que la Rcyne faira lousjours telle considération de ses services et de la recommandation que vous en faites, qu'il aura sujet d'en estre satisfait; à quoy vous pouvez croire que je tiendra y la main, comme aussy à ce que les capitaines qui auront fait de la despense pour se mettre en estât de bien servir trouvent des gratifications raisonnables dans les prises qui se fairont.
M. le chevalier Garnier s'en allant bien informé de toutes choses. ce soi oit peine perdue de vous en escrire davantage, et vous devant cstre bientost icy, nous remettrons à vostre arrivée à prendre les résolu lions nécessaires pour le service du Roy.
J'escris fortement a M. de Saint-Chaumont et à M. le commandeur Des Goûtes.
' On écrit ordinairement Saint-Chamond à la fin de l'année i646, pour ne s'être ou Sainl-Chamont. (Voyez ci-après, p. 55a, pas opposé à la nomination du papedunooole.) — Cel ambassadeur fui disgracié, centX.
Jnnvji i i ii'i '
M n 1 1 m se . de La Biblioth. Mazarine, n" 1719, loi». I. f' 102 verso.
A M. D'AVAUX
[ Paris,] 1 6 janvier 1 fi'i.'i '
Monsieui
J'a\ receu vos deux dernières du 19 et du 26 du passé. Pour rcspondre à la première, je vous dira y (jue je suis marry que des considérations importantes m'empescbent de faire esclater la générosité dont vous avez usé et l'offre que vous faites à la Reyne. Je voy bien qu'elle ne pouvoit partir d'un meilleur principe, et que le zèle que vous avez pour le service du Roy et pour le bien de vostre patrie en est la cause; mais aussy je considère que, si la Reyne descendoit à l'usage de ce remède2, estant particulièrement proposé par M. le surintendant des finances3 et par MM. les plénipotentiaires, nos ennemis croiroient nos affaires en plus mauvais estât que, grâces à Dieu, elles ne sont, et partant que, au lieu de nous avancer vers une paix honorable, nous courrions fortune de nous en reculer, par la créance qu'ils auraient que l'extrémité où ils s'imagineroient que nous serions tombés nous obligerait à l'accepter à des conditions desavantageuses. Mais nous n'en sommes pas là, et je vous puis asseurer que l'argent ne manquera point au Roy pour continuer ses desseins, et qu'on ne lais-
1 Le père Bougeant (Histoire du traite pagne. n Je n'ai pas trouvé la lettre indiquée
de Weslphalie, liv. I) indique une lettre de par ie père Bougeant. Quant à l'opinion de
Mazarin aux plénipotentiaires de France. Mazarin sur le cardinal Bosetti, on voit,
en date du i5 janvier 166/1. Celte lettre est par une lettre au cardinal Bichi (ci-dessus,
citée à l'occasion d'un passage de cette His- p. 3 1 5-3 16) , qu'elle n'était pas favorable. loire ainsi conçu : «Le cardinal Bosetti avoit 2 II semble, d'après la suite de la lettre.
été nommé pour cet emploi [ l'emploi de qu'il s'agit d'un emprunt à contracter en
médiateur]. Mais il étoit haï du cardinal Hollande.
Mazarin : il avoit eu en Angleterre des liai- 3 Le comte d'Avaux était surintendant
sons avec Mm° de Chevreuse; il avoit fait des finances en même temps qu'ambassa-
paroistre beaucoup d'inclination pour l'Es- deur plénipotentiaire à Munster.
sera pas d'apporter du relaschemenl aux souffrances du peuple, par le Janvien6â/i soin qu'on prend de faire cesser plusieurs causes qui l'incommodent sans accommoder les affaires de Sa Majesté. Encore depuis peu je viens d'espargner plus de deux millions de livres sur l'artillerie et sur la' marine, et sur d'autres choses. Nous [nous efforcerons] d'apporter en tout le reste le plus de mesnage qu'il se pourra, et je vous jure en mon particulier que, pour cela, nous n'oublierons quoy que ce soit, et que je ne donnerois pas seulement mon bien, si j'en avois, mais encore une partie de ma vie pour pouvoir en mesme temps donner un entier soulagement à la France et une dernière perfection à nos affaires; mais puisque cela est impossible, il faut tendre à nostre grande fin, qui est la paix, par les moyens les plus courts et les plus efficaces, quoiqu'ils ne soient pas si plausibles et spécieux en apparence.
\ ous jugez bien, par l'effort que nous allons faire en Allemagne, où esl le principal siège de la guerre, que nous n'avons rien tapt à cœur que de la terminer bientost el, par une conséquence nécessaire, de mettre fin à ce que le peuple souffre. Je me promets que vous approuverez autant mon sentiment que je loue la passion que vous avez pour le bien de l'Estat, particulièrement en un temps où cette passion n'est pas fort commune. Je n'ay pas pourtant laissé de faire valoir auprès de la Reyne et au Ciel ' les offres que vous avez faites.
Pour ce qui est de ce que vous m'escrivez en faveur de M. de La Thuillerie, je n'ay [rien] à vous dire, sinon que, ne m'estant proposé que deux buis dans l'employ dont il a pieu à la Reyne de m'bonorer. de bien servir le Roy et d'obliger, selon mon pouvoir, les personnes de mérite, il ne me pourroit rien arriver de plus agréable que de procurer à M. de La Thuillerie la reconnoissance qui est deue à sa vertu et à ses services, et, partant, qu'il n'a qu'à me faire précisément seavoir ce qu il désire qu'on fasse pour sa satisfaction. Je luy en escris en ce sens, et je ne doute point qu il ne vous communique ma lettre; ce
M.iz.irin désigne-l-il i>ar ce mol quoique qu'il a'esl pas facile dVclaircir. Je ne crois personnage qu'il ne veut pas nommer, par pas qu'on puisse prendre l'expression an exemple le duc d'Orléans? Col un point Ciel dans le sens littéral.
ViS LETTRES
Janvier i6û 4. <|iii me l'ait finir, après mon accoustumée mais fort véritable protestation que je suis passionnément et plus que personne, etc.
CCCXCIII.
Manusc. de la Bibliolh. Mazarine, n° 1719, tom. I, f° 1 53 reclo et verso.
A M. LE PRINCE D'ORANGE
[Paris,] 16 janvioi- 1 (Vi'i.
J'escris à Vostre Altesse, non pour justiffier le séjour que M. de Beringhen fait icy, puisqu'elle en sçait assez les causes, mais pour luy tesmoigner que la connoissance que j'ay prise de son mérite me fait voir que l'impatience qu'elle pourroit avoir qu'il fust auprès de sa personne ne sçauroit estre plus raisonnable. Neantmoins, comme la Reyne désire absolument qu'il demeure encore, je m'asseure que Vostre Altesse ne s'opposera pas à sa satisfaction, et qu'elle acquiescera à une nécessité qui monstre qu'elle ne pouvoit faire choix d'un homme qui soit plus digne de son amitié et de son estime.
Après le jugement de la Reyne, qui a creu que son séjour estoil utile de deçà, j'aurois mauvaise grâce de parler à Vostre Altesse de mon interest particulier, dont je ne doute point qu'elle ne fist quelque considération, et de luy représenter que la conduite dudit sieur de Beringhen ne m'ayant pas donné moins de passion pour sa personne qu'elle en a laissé à Vostre iVltesse, je jouis d'un contentement qui me vient de la volonté de la Reyne et du besoin qu'on a de luy. S'il n'y avoit neantmoins, Monsieur, que ma seule considération, je supplie Vostre Altesse de croire que je la fairois céder à ce que je luy doys, et que je me priverois, pour l'amour d'elle, de ce qui me pourroit estre le plus cher au monde, puisque rien ne me peut estre si cher que l'honneur de ses bonnes grâces et la qualité dont je fais profession, d'estre, etc.
GCCXCIV.
Manusc. de la Bibliolh. Mazarine, n° 1719. tom. [,f° i53 verso.
J;i 1 1 v i t- 1 1 (3Ai.